SCÈNE
Un bois près d'Athènes.
Entrent une FÉE et PUCK, de côtés différents.
PUCK Esprit ? Esprit, où volez-vous ?
LA FÉE
Sur les coteaux, sur les vallées.
Les parcs, les clos, les feux, les ondes,
Partout, partout,
Plus vagabonde
Et svelte que la lune ronde.
Je promène ma course ailée!
Je suis à la reine des Fées!
Et sur les pelouses j'arrose.
Parmi les primevères roses,
L'herbe que sa danse a griffée.
Les primevères sont ses filles !
Vois-tu cet or pourpré qui brille
Sur leur robe en clartés soudaines 7
Rubis de feu, dons de la reine,
C'est de ces taches de rousseur
Qu'elles exhalent la douceur
De leur haleine !...
Je cherchais par ici des gouttes de rosée
Pour les pendre, pareilles
A des perles posées Sur leurs fines oreilles....
Adieu, petit lourdaud !... Tu nous reverras toutes, La reine et nous, tantôt; nous reviendrons....
PUCK
Ecoute !
Le roi donne ici même une fête de nuit;
Si la reine veut être sage
Qu'elle évite Obéron et se cache de lui !
Rien ne peut peindre son courroux
Depuis qu'elle a parmi ses pages.
Ce bel enfant doux et sauvage
Dérobé chez un prince hindou !
Obéron, jaloux, le voudrait
Pour en faire un des siens,
Et courir avec lui, par les vastes forêts.
Mais la reine qui le retient.
Le couronne de fleurs, en fait toute sa joie.
Si bien que, désormais, chaque fois qu'ils se voient,
Ces deux têtes chauffées
Exhalent leur colère en reproches cinglants,
A tel point que les Fées
Se blottissent de peur dans la coupe des glands !
LA FÉE
Si vos manières ne m'abusent.
Galopin,
Cervelle matoise,
Vous êtes le fameux Robin
Bon Enfant qui s'amuse
A lutiner les villageoises !
C'est vous qui répandez le lait des cruches pleines;
Détraquez le moulin au milieu du labeur;
Mettez la vieille hors d'haleine
Quand elle bat son beurre;
C'est par vous que s'évente
Et que s'aigrit la bière,
Et c'est vous qui riez quand votre ruse invente
D'égarer parmi les tourbières
Le voyageur qui s'épouvante !
Mais pour qui vous nomme Hobgoblin
Ou Puck, vous vous montrez plus plein
De grâces et plus complaisant
Que le plus souple courtisan !
Ai-je raison, esprit malin 7
PUCK
Tu dis juste ! Je suis ce rôdeur amusant,
Et je distrais le roi de ses mélancolies
Quand je trompe un bon gros cheval de paysan
Par mes hennissements de cavale en folie !
Parfois sous la forme réduite
D'une juteuse pomme cuite,
J'ouvre le four d'une commère
Et me cache dedans;
Ou, lorsqu'elle va boire un bon coup d'ale amère.
Je me heurte à ses dents
Et répands sa gorgée
Sur son menton pendant;
Ou bien, c'est une dame âgée
Qui va s'asseoir , tout à son aise.
Pour conter une triste histoire :
Elle croit que je suis sa chaise,
Mais, pftt.... je bondis en arrière.
Et la voilà sur son derrière,
Aux cris joyeux de l'auditoire Qui n'a jamais ri plus gaîment !...
Mais, silence ! Voici le roi !...
LA FÉE
Fâcheux moment, Voici la reine !...