‹ Un songe de nuit d'été. Version de Paul SpaakChapitre 4 sur 24 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

Un bois près d'Athènes.

Entrent une FÉE et PUCK, de côtés différents.

PUCK Esprit ? Esprit, où volez-vous ?

LA FÉE

Sur les coteaux, sur les vallées.

Les parcs, les clos, les feux, les ondes,

Partout, partout,

Plus vagabonde

Et svelte que la lune ronde.

Je promène ma course ailée!

Je suis à la reine des Fées!

Et sur les pelouses j'arrose.

Parmi les primevères roses,

L'herbe que sa danse a griffée.

Les primevères sont ses filles !

Vois-tu cet or pourpré qui brille

Sur leur robe en clartés soudaines 7

Rubis de feu, dons de la reine,

C'est de ces taches de rousseur

Qu'elles exhalent la douceur

De leur haleine !...

Je cherchais par ici des gouttes de rosée

Pour les pendre, pareilles

A des perles posées Sur leurs fines oreilles....

Adieu, petit lourdaud !... Tu nous reverras toutes, La reine et nous, tantôt; nous reviendrons....

PUCK

Ecoute !

Le roi donne ici même une fête de nuit;

Si la reine veut être sage

Qu'elle évite Obéron et se cache de lui !

Rien ne peut peindre son courroux

Depuis qu'elle a parmi ses pages.

Ce bel enfant doux et sauvage

Dérobé chez un prince hindou !

Obéron, jaloux, le voudrait

Pour en faire un des siens,

Et courir avec lui, par les vastes forêts.

Mais la reine qui le retient.

Le couronne de fleurs, en fait toute sa joie.

Si bien que, désormais, chaque fois qu'ils se voient,

Ces deux têtes chauffées

Exhalent leur colère en reproches cinglants,

A tel point que les Fées

Se blottissent de peur dans la coupe des glands !

LA FÉE

Si vos manières ne m'abusent.

Galopin,

Cervelle matoise,

Vous êtes le fameux Robin

Bon Enfant qui s'amuse

A lutiner les villageoises !

C'est vous qui répandez le lait des cruches pleines;

Détraquez le moulin au milieu du labeur;

Mettez la vieille hors d'haleine

Quand elle bat son beurre;

C'est par vous que s'évente

Et que s'aigrit la bière,

Et c'est vous qui riez quand votre ruse invente

D'égarer parmi les tourbières

Le voyageur qui s'épouvante !

Mais pour qui vous nomme Hobgoblin

Ou Puck, vous vous montrez plus plein

De grâces et plus complaisant

Que le plus souple courtisan !

Ai-je raison, esprit malin 7

PUCK

Tu dis juste ! Je suis ce rôdeur amusant,

Et je distrais le roi de ses mélancolies

Quand je trompe un bon gros cheval de paysan

Par mes hennissements de cavale en folie !

Parfois sous la forme réduite

D'une juteuse pomme cuite,

J'ouvre le four d'une commère

Et me cache dedans;

Ou, lorsqu'elle va boire un bon coup d'ale amère.

Je me heurte à ses dents

Et répands sa gorgée

Sur son menton pendant;

Ou bien, c'est une dame âgée

Qui va s'asseoir , tout à son aise.

Pour conter une triste histoire :

Elle croit que je suis sa chaise,

Mais, pftt.... je bondis en arrière.

Et la voilà sur son derrière,

Aux cris joyeux de l'auditoire Qui n'a jamais ri plus gaîment !...

Mais, silence ! Voici le roi !...

LA FÉE

Fâcheux moment, Voici la reine !...

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