‹ Un spectacle dans un fauteuilChapitre 36 sur 82 · ACTE IV · texte numérisé non relu

ACTE IV

Il marche , et le terrain commence à surplomber. — Enfin ; — mais n'est-il pas une heure dans la vie Où le génie humain rencontre la folie ? Ils luttent corps à corps sur un rocher glissant. Tous deux y sont montés ; mais un seul redescend.

0 mondes , ô Saturne , immobiles étoiles , Magnifique univeis ! en est-ce ainsi partout? 0 nuit , profonde nuit, spectre toujours debout, Large création , quand tu lèves tes voiles Pour te considérer dans ton immensité , Vois-tu du haut en bas la même nudité ?

Dis-moi donc, en ce cas, dis-moi, mère imprudente, Pourquoi m'obsèdes-tu de cette soif ardente, Si tu ne connais pas de source où Tétancher? Il fallait la créer , marâtre , ou la chercher. L'arbuste a sa rosée , et l'aigle a sa pâture. Et moi , que t'ai-je fait pour m'oublier ainsi ? Pourqiioi les arbrisseaux n'ont-ils pas soif aussi .' Pourquoi forger la flèche , éternelle nature , Si tu savais toi-même , avant de la lancer , Que tu la dirigeais vers un but impossible , Et que le dard parti de ta corde terrible , Sans rencontrer l'oiseau, pourrait te traverser?

Mais cela te plaisait. — C'était réglé d'avance. Ah ! le vent du matin ! le souffle du printemps ! C'est le cri des vieillards. — Moi,monDieu,j'ai vingtans .

Oh ! si tu vas mourir, ange de l'espérance, Sur mon cœur, en partant , viens encor te poser ; Donne-moi tes adieux et ton dernier baiser. Viens à moi. — Je suis jeune, et j'aime encor la vie. Intercède pour moi; — demande si les cieux Ont une goutte d'eau pour une fleur flétrie. — Bel ange , en la buvant , nous mourrons tous les deux.

( Il se jette à genoux ; un bouquet tombe de son iein. ) Qui me jette à mes pieds mon bouquet d'églantine ? Es-tu donc si long-temps resté sur ma poitrine , Pauvre herbe ! — C'est ainsi que ma Déidamia Sur le bord de la route à mes pieds te jeta.

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