‹ Un spectacle dans un fauteuilChapitre 4 sur 82 · ACTE I, SCÈIVE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈIVE I

Pourquoi ne Tois-je rien? voilà la question. Suis-je im épouvantail ? — ou bien l'occasion , Cette prostituée , est-elle devenue Si boiteuse et si chauve , à force de courir , Qu''on ne puisse à la nuque une fois la saisir ? J'ai cherché comme vous le chevreuil dans la plaine; Mon voisin l'a tué, mais je ne l'ai pas vu.

LE CHOEUR

Et si c'est ton voisin , pourquoi le maudis-tu? C'est la communauté qui fait la force humaine. Frank, n'irrite pas Dieu ; — le roseau doit plier. L'honmie sans patience est la lampe sans huile , Et l'orgueil en colère est mauvais conseiller.

Votre communauté me soulève la bile.

.le n'en suis pas encore à mendier mon pain.

Mordieu , voilà de l'or, messieurs , j'ai de quoi vivre.

S'il plait à l'ennemi des hommes de me suivre ,

Il peut s'attendre encore à faire du chemin.

Il faut être bâtard pour coudre sa misère

Aux misères d'autrui. — Suis-je un esclave ou non .'

Le pacte social n'est pas de ma façon :

Je ne l'ai pas signé dans le sein de ma mère.

Si les autres ont peu , pourquoi n'aurais-je rien?

Vous (pii parlez de Dieu, vous blasphémezle mien.

Tout nous vient de l'orgueil , même la patience : L'orgueil , c'est la pudeur des femmes , la constance Du soldat dans le rang, du martyr sur la croix. L'orgueil , c'est la vertu , l'honneur et le génie ; C'est ce qui reste encor d'un peu beau dans la vie , La probité du pauvre , et la grandeur des rois. Je voudrais bien savoir, nous tous tant que nous sommes? Et moi tout le premier, à quoi nons sommes bons? Voyez-vous ce ciel pâle , au-delà de ces monts ? Là , du soir au matin , fument autour des hommes Ces vastes alambics qu'on nomme les cités. Intrigues, passions, périls et voluptés, Toute la vie est là , — tout en sort , tout y rentre. Tout se disperse ailleurs , et là tout se concentre. L'homme y presse ses jours pour en boire le vin , Comme le vigneron presse et tord son raisin.

LE CHOEUR

Frank, une ambition terrible te dévore.

Ta pauvreté superbe elle-même s'abhorre ; Tu te hais , vagabond , dans ton orgueil de roi, — Et tu hais ton voisin d'être semblable à toi. Parle, aimes-tu ton père ? aimes-tu ta patrie? Au souffle du matin sens-tu ton cœur frémir, Et t'agenouilles-tu lorsque tu vas dormir? De quel sang es-tu fait, pour marcher dans la vie Comme un homme de bronze, et pour que l'amitié ,

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