‹ Un spectacle dans un fauteuilChapitre 5 sur 82 · ACTE I , SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I , SCÈNE I

L'amour , la confiance , et la douce pitié , Viennent toujours glisser sur ton être insensible , Comme des gouttes d eau sur un marbre poli ? Ah , celui-là vit mal qui ne \ it que pour lui. L'ame, rayon du ciel, prisonnière invisible. Souffre dans son cachot de sanglantes douleurs. Du fond de son exil elle cherche ses sœurs ; Et les pleurs et les chants sont les voix éternelles , De ces filles de Dieu qui sappellent entre elles.

Chantez donc , et pleurez , si c'est votre souci. 3Ia malédiction nest pas bien redoutable : Telle qu'elle est pourtant, je vous la donne ici. Nous allons boire un toast, en nous mettant à tabk Et je vais le porter :

{Prenant un verve.)

Malheur aux nouveau-nés !

Maudit soit le travail! maudite l'espérance! Malheur au coin de terre où germe la semence, Où tombe la sueur de deux bras décharnés ! Maudits soient les liens du sang et de la vie ! Maudite la famille et la société !

Malheur à la maison , mallieur à la cité. Et malédiction sur la mère-patrie !

UN AUTRE CHOEUR , Sortant d'une maison. Qui parle ainsi? qui vient jeter sur notre toit A cette heure de nuit ces clameurs monstrueuses , Et nous sonner ainsi les trompettes hideuses ' Des malédictions ? — Frank, réponds, est-ce toi? Ce n'est pas d'aujourd'hui que je connais ta vie. Tu n'es qu'un paresseux plein d'orgueil et d'envie. Mais de quel droit viens-tu troubler des gens de bien ? Tu hais notre métier, Judas! et nous le tien. Oue ne vas-tu courir et tenter la fortune , Si le toit de ton père est trop bas pour ton front? — Ton orgueil est scellé comme un cercueil de plomb. Tu crois punir le ciel , en lui gardant rancune ; Et tout ce que tu peux , c'est de raidir tes bras Pour blasphémer un Dieu qui ne t'aperçoit pas. Travailles-tu pour vivre , et pour t'aider toi-même? Ne te souviens-tu pas que l'ange du blasphème Est de tous les déchus le plus audacieux , Et qu'avant de maudire il est tombé des cieux?

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