ACTE I , SCfc.lE m
SCÈiXE TROISIÈME.
Le jardiD du duc.
NINON, NINETTE, dans deux bosquets séparJs.
NINON
Cette voix retentit encore à mon oreille.
NINETTE
Ce baiser singulier me fait encor frémir.
NINON
Nous verrons cette nuit j — il faudra que je veille.
NINETTE
Cette nuit, cette nuit , je ne veux pas dormir.
Toi dont la voix est douce , et douce la parole , Chanteur mystérieux , reviendras-tu me voir? Ou , comme en soupirant l'hirondelle s'envole , Mon bonheur fuira-t-il , n'ayant duré qu'im soir ?
NINETTE
Audacieux fantôme à la forme voilée ,
138 A QUOI KÈVETfT LES JEUNES FILLES.
Les ténèbres ce soir seront-ils sans danger? Te reverrai-je encor dans cette sombre allée , Ou disparaîtras-tu comme un chamois léger?
NINON
L'eau , la terre et les vents, tout s'emplit d'harmonies. Un jeune rossignol chante au fond de mon cœur. J'entends sous les roseaux murmurer des génies... Ai-je de nouveaux sens inconnus à ma sœur?
NINETTE
Pourquoi ne puis-je voir sans plaisir et sans peine Les baisers du zéphir trembler sur la fontaine, Et l'ombre des tilleuls passer sur mes bras mis ? Ma sœur est ime enfant , — et je ne le suis plus.
NINON
0 fleurs des nuits d'été , magnifique nature !
0 plantes ! ô rameaux , l'un dans l'autre enlacés !
NINETTE
0 feuilles des palmiers, reines de la verdure, Qui versez vos amours dans les vents embrasés !
siLvio entre.
Mon cœur hésite encor j — toutes les deux si belles! Si conformes en tout, si saintement jumelles ! Deux corps si transparens attachés par le cœur ! On dirait que Taînée est l'étui de sa sœur.