ACTE DEUXIÈME
I." t' éCxVr ri'pr(5seiuc un sire champêtre des enTironsde'Jérltttleiii»
\J.S APOTPES (r.rceplé Judax), I.ES DISCIPLES, LES SAINTES FEMMES, ENFANTS, FOULE.
riERRF.
' Amis, on afiendant que !♦* malin* parai se, El I our .^anitiQer \ 8 iri>tanlî« qu'il nous Ui.'^sp. lîépoions, «iaii? un rliœur. rtl Inmne .<(f<»n'u 1 •
l'Ont lô.-^ûjini-itt déji It-s chantiers (ÎIsnM' ! F»*ininfS, [:arû'ip('Z à nos rhanfs liénïq'.ies !^ IJiiis-rz à nos voix vos accords angéi^uos !
El vous, qu'un noble instincl a conduils jusqu'ici, Allocs, pitits eu'aiits, chiUitz, chantez aussi!
HlEMIfiR CHO UP,
Piupfo, >^ Ion tour, poile enûn la couronne!
^ne?€? \cMus c'est Irop le déûer.
'^J" Ml a-scz de bourre u\ sur le Irôio :
^, faut (!e roi supi-rimer le métier.
« Qjuiuis, loi s^^ul, t- s v.as danî» la cwi ière !
kt^'Ui be^oin d'mu'b''^ comniC un troupeau?
]a liberlé, tille de la lum ère,
'te guiJera sijr ton chemin nouveau.
DEI^XIÈME (IIOKUP.
r.< mmenl peux-tu l'effrayer de Tonige?
Ilelas! pour loi h* malheur eslau poit.
Quéifre n ille ans debout sur le tiva^e, Ay-!u jamais vu poin !re un meilleur S' ri?
AfiVoiile donc bs C( ups df la lempô e !
C'est aux pi.i<sanls à craii-.dre les i€\ers. Un JMiw d'orajze est" nu beau jour de fôle Pour le caplif donl ilbri^e les feri.
TIIOIS È>U: CliOKl R.
Romps à la Tîm le.'' indig»'Os enlra\e> î Et, M ta niuin porte qurlquos faux «'Oj:| s,
Peuple, Terrear se pardonne aux esclaves f Le ciel, d^ailleurs, instruira ton courroux.
Tu n'iras point, dans un affreux délire, Sur tes amis appesantir ta main ; Et, si la force établit ton empire.
Avec douceur tu seras souverain.
QUATRIÈME CHOIUR.
Ne forme plus qu'une seule famille ! ' De tous les rangs ne fais plus qu^un seul rang I Abats, sans peur, ce qui maintenant brille !
Tout ce qui brille est aujourd'hui tyran.
Sois attentif au signal de la guerre!
Bientôt viendra le moment du réveil.
Chacun naquit héritier de la terre :
Que chacun donc ait sa paift au soleil !
PIERRE
Suspends tes doux accords, troupe ardente et fidèle ! Et puisses-tu toujours conserver ce saint zèle ! Le maître approche. Enfants, qu'il aime tant à voîh. Allez à sa rencontre ! Allez le recevoir !
{Les enfants sortent.) SOàlfE XI.
LES MÈUES {excepté les enfants), nouvelle foule qui précède J£sus, HËRODE, MALGHUS déguisés.
hérode, bas à Malchus.
Malchus, arrêtons-nous en cet endroit !
HALCHUS, bas à Hérode.
^ • Ah ! Prince,
Cachez à tous les yeux le chef de la province ! Je suis encor tremblant que vous ayez osé Jusqu'ici...
hérode, bas à Malchus.
Pourquoi donc ? Suis-je mal déguisé ?
Yotts-méme^ qui pourrait ainsi vou) teconoaltre?
PIERRE
Le voie! !
iUES MÊMES, JÉSUS, roWS, LES ENFANTS, PEUPLE.
Quoi! iudasle sûl!
JODJkS , ayani: Vair de commander.
Salut au maître !
Gloire au IU)érateur des Juifs !
LE PBUPLE.
Vive Jésus !
Vive Jésus ! ^
p^ROixs , bas à Malchuê.
Les rois sont-ils ainsi reçus ?
JÉSUS
De ces transports flatteurs modérez l'allégresse, Frères ! Il faut, en lent, mmitrer de la sagesse. Evitez cea élans aui trompent chaque jour !
Hélae^ oombieu ae fois, trahi dans son amouf^v ' .{.i Le pauvre, quand enfin sa raison se réveille , MairaK.Ie lendei^ain son héros de la veille ! Du principe et de rhonome apprenez à choisir ! - L'un est impérissable... et Tautre doit périr ! Sachez donc, proûtanl des leçons qu'on vous donnev Adopter la pensée, et non pas la personne !
PIERRE
Maître, sur ce gazon, pour mieux vous faire ouïr» Montez ! De votre aspect cha«eua pourra jouir.
Oui ; daignez a^çcepter ce (r^ne de verdure,
Qu'en Attendant pour vous, a, formé la nâliure l ;
HÉfici)^^ « fart.
Li traître !
JÉSUS
En vérité, Peuples qui m'éeoulec ,. .
Vous êtes les auteurs de vos calamités.
La source de vos maui est dans votre ignorance. Instruisez-vous ! bientôt finira la souffrance. Ces fléaux, qu'en trennblant voit sufgir TuniverSy Ces farouches Césars dont vous porter les fers, Du Très-Haut, contr'e vous, ité Serrent point la'liainé : C'est l'esclave aui, seul, forge ici-bas sa chaîne f Lies tyrans par le ciel ne sont point protégés ; D'aucun don surhumain ils ne sont partagés ; . C'est à tort qu'on les croît des messagers funestes Chargés d'exécuter les vengeances célesteîs ; Ils n'ont point à remplir de semblables devoirs ; Et ce n'est pas le ciel qui vise leurs pouvoli^"! Comme lé ver obscur qui natt dans la poussfère^ Ils sont faibles et nus venant à la lumièr'e , Et^ frappés, à leur tour^ par le commun déslîn^. Arrivent au tombeau , quel que' soit leur çhemiti. Le terrible sillon que lai^e leur passage, C'est vbué' qui le tracez ; leurïorce est votre ouvrage. Cessez donc d'accuser le c\e\, si vous souffrez ! Tous lui prêtez des maux que vous seuls préparer. Le ciel, avec regret,^ assiste à -vos misères l 11 vous fit tous égaux ; il vous créa tous frères. Mais, vous avez osé changer ces«aintes lois ; Vous avez lâchement abdiqué tous vos droits ; Mécontents ou lassés de votre indépendance , Vous avez inventé l'orgueil et la puissance ; Au Heu de vivre en paix, s^ns hydres ni bourreaux , Vous avez pris des chefs, à l'ibstar des troupeaux ^ Vous vous êtes créé de barbares idoles ; . ^
Vous avez ceint leurs fronts de riches' auréoles ; Vous les avez armés du sceptre et de l'acier, Sans réserver pour vous le prudent bouclier ! Et, lorsque, épouvantés des sanglants sacrifices Qu*exigent ces faux dieux, sans devenir propices , Vous levez vers le ciel vos îùibéciles mains. Vous vous plaignez à lui du sort qu'ont les humains l Vous le rendez garant des profondes blessures
Sue vous font, chaque jour, ces. idoles parjures! Peuples, suspendez vos cri^ accusateurs!
C'est vous, et non le ciel, qui causez vos malheurs.
MALCHQSy bas à Héroie,
Entendit-on jamais un semblable langage ?
Cet h^mme ouvertement insur^ reiclavage, Approuvezivous, Seigneur, de, j^aiî^iU: son^m^ot^p. j
HÉEODB, bas à Malchut.
Écoutons ! . .
jfigus.
Tous «es cris, tous ces gémissements Guériront-ils, d'ailleurs> le mal qui vous possède ?" II faut, pour l'écarter, un plus actif remède. Quel mal céda jamais à de stériles pleurs ? Ce n'est pas en pleurant qu'on met fin aux douleurs,. Un peuple qui se plaint, et qui se plaint sans-cesse^ Ne doit rien espérer de la main qui l'oppresse.
?uand le lion, traqué jusqu'au fond des forêts, ombe et se reconnaît fourvoyé dans les rets, À de rauques accents ne bornant point sa rage, Il rappelle à la fois sa force et son courage, Sur l'nbstàcle ennemi se rue avec effort , L'attaque de sa griffe et de sa dent le mord , Et, souvent, secondé par sa noble furie.
Retrouve des déserts la liberté chérie, Ou, sous le pjége, enfin, s'il syecombe abattu, Le terrible captif a du moins combattu !
Et vous, vous n'avez point cet instinct de la brute ! Vous mourez, sans vouloir essayer de la lutte! Sans tenter un effort pour sauver VDtre sang, Au couteau meurtrier vous présentez le flanc! On dirait à vous voir d'innocentes hosties. ' ' .
mortels dégradés, ô races perverties, Sortirez-vons enfin d'une lâche torpeur ?
Quand se dissipera ce vertige de peur ?
Âvez*vous donc, ainsi que vos dieux imbéciles, Des yeux pour ne point voir, et des bras inutiles ' Peuples, allignez-vous en face des tyrans !
Comptez-vous ! comptez-les ! Comparez à leurs rangs, A leur groupe chétif, à leur suite guerrière, Tous les points animés de votre fourmilière ! Car, pour sa liberté, quand un peuple se bat. Femmes, enfants, vieillards, chez lui tout est soldats .
MÀLCaus, basa Herode.
Retirons-nous, Seigneur! ce discours plein^ d'audace Me ferait, malgré mot, découvrir...
HÉBODE^ ba9 à Malchus.
Ah ! de grâce^ Contenez -vous, Bfalchus! Ecoutons jusqu'au bout! Sachons faire la part d'un sang jeune et qui bout ! Entendez les raisons que donnera cet homme !
» ALCHUS, bas â Hérode.
: J'obéis.
(il pari.)
H le faut. Mais, j'en instruirai Rome.
JÊSCS.
Attendez- vous encor des malheurs plus afTreux,- Oa bien espérez-vous des jours moins rigoureux, Peuples ? Des temps passés rappelez la* mémoire \ Des siècles écoulés interrogez l'histoire ! i D'un rapide coup d'œil, parcourez les climats. Et là zone torride, et celle des frimats.
Et celle où le soleil, dans sa route profonde. Tempère les rayons de sa flamme féconde I Sur ses divers sentiers, suivez le genre humain ! Voyez quel fut son ^rt, et quel est son destin ! A chaque page, hélas! Sur chaque point du globe> ■ïA moins que l'ignorance à vos yeux le dérobe)^ S*ofi^ira constamment ce spectacle éhonlé * Du puissant exploiteur et du pauvre exploité. Partout, vous trouverez cette ligne néfaste Qui trace obstinément un scandaleux contraste. D'un côté, paraîtront les tréî^ors, la grandeur, Les plaisirs, le repos, en un mot , le bonheur. Et, de l'autre, votre œil verra sur cçlle terre Le cortège hideux que traîne la misère, La faim, la soif, le froid, le travail sans espoir, L'esclavage, l'aumône , enfin le désespoir!
Car, la main des Césars, prodigue autant qu'avdre> Fait entre les mortels ce partage baibare.
CNB VOIX DANS L£ PEUPLB.
» ' • • - • ri
C'est vrai. Nous sommes tous des lâches.
JUDAS, à Jésus.
Quel tableau Fut jamais mieux tracé I
UNE YOlX DANS LE PEUPLB.
Silence! .
JUDAS, à Jésus.
De Mvoir I...
Ah ! qu'il est beaa
■wi^
j<8U9i à Judas.
Paix ! Tenez votre langue muelte,- Judas ! Il faut du cœur qu'elle soit Tiuterprète.
JUBASy se prosternant aux pieds de Jésus, et baisant le bas d€
sa tunique.
Eh quoi ! vous penseriez?...
HÉHODE, à part»
Ah ! traître !
Jfisus, à Judas.
• Assert
HiRODB, bas à Malchus,
lialehus»
A vos yeux, dites-moi, qu'est maiateuat J^u$^?
VALCHCS, bas à Hérode.
Seigneur, je ne puis voir dans cet ioeendiaire Qu*un eimemi des grands, un flatteur du vulgaire» Up'.fol ambitieux^ en un mot.
HÉRODE ^bas à UakhuSé
taisons-DOus !
Il reprend.
JÉSUS
A ma voix, Pauvres, éveillez-vous î Éclairés sur vos droits, certains de votre force , Du peuple avec les grands proclamez le divorce ! Que des biens d'ici-bas chacun prenne sa part ! Et aH*on donne à César ce qu'on doit à César I
Quoi donc ! Vous, producteurs, vous, famille ORvrière» Vous, de tous les Etats la branche nourricière, * Qui, dès le chant du coq à l'heure où le jour ftiit, Ah commun entrelien dévoués^ loin dû bruit, Usés par.les labeurs, et souvent par la guerre, Fouillez, ensemencez, arrosez cette terre.
Récoltez les moissons, parcourez les déserts, . Sondez la profondeur Aes Oeyves et des mers.
Explorez les forêts, gravissez les montagnes, Uaissant leurs produits aux produits des eamp^es.»
Tous demenrex en prcne aux (ourmenls de la («tm ! Parfois^pour les calmer, vous n'avez point de pain ! ' Et ces trésors premiers, cette manne annuelle^ Qu'avec tant de sueurs amassa votre zèle, S'écbappanl de vos mains, tombent dans les greoieM Où l'avare, sous clé, leé Mtient prisonniers, Attendant qu'averti par vos cris de détresse, 11 puisse, en les livrant, décupler sa richesse!
LB PEUPLB.
«C'est vrai.
JÉSUS
Yoas qui venez, serviteurs trop discrets.
Sur la table du riche apporter tous les metô Qui doivent assouvir soh ardeur sensuelle, Vous mangez le brouet dans l'antiqu^écuelle ? Vous en êtes réduits, ainsi que les troupeaux, A l'herbage deS champs, à l'eau d'impurs ruisseaux ? Tandis que, fatigués d'un excès d'abondance, Sentant s'éteindre en eux juéqu à l'intempérance» Ces mortels favoris dont vous servez les goûts. N'éprouvant plus enfin que d'horribles dégoûts» Tombent dans un état d'immonde léthargie, .
Abandonnant aux chiens les restes de Torpe I
LE PBOPLÏ.
C'est vraî.
JÉSUS
Vous bâtissez de superbes palais , De splendides hôtels que peuplent des laqua» , Des portiques dorés, de vastes colonnades, Où le riche, abrité jusqu'en ses promenades.
Peut se livrer en paix à ses honteux ébats ; Et vous, vous reposez sur dé hideux grabats ? • Souvent même, privés du tott de la chaumière, Où l'on trouve du moins la paille hospitalière. Il vous faut, sous le ciel invoquant le sommeil, Bravant l'horreur des nuits ou les feux du soleil^ En dépit des saisons et d'une faim cruelle.
Etendre sur le sol votre corps qui chancelle ?
LK peuple;
. C'est vrai, •
JÊI^US.
^oi I des troupeaux mi'onC élevis vos scjns, Refi'saot la toison à'vos irrôpres besoins,
On occiiipe, en secret» vos mains industrieases  tisser, chaque jour, ces trames merveilleuses , Ces étoffes sans prix, cest chefs-d'œuvre de l'art , Ces prodiges enfin, dont i'avide regard.
Cherchant si l'araignée en a formé la tresse, • Ne peut analyser l'éclat et la finesse !
Ouoi ! JHsques à ce ver triste et miraculeux Qui file des Césars les habits somptueux, On fait tout exploiter à votre intelligence ; Et, pourtant, vous devez , martyrs de rindigence> Dès le berceau, soumis à tant d'iniquités , Sous des lambeaux affreux cacher vos nudités! La sébille â la main, vous traversez le monde! Vous rôdez, mendiant sur la terre féconxle, Jusqu'à ce aue le sort, prenant pitié de vous. Vous accorae la mort, le dernier de ses coups I
LE PFUPLE.
C'est vrai.
JÉSUS
Vous, qui, des grands prévenant chaque envie, Aux dépens de la vôtre, embellissez letir vie. Qui, ployés par la faim sous le joug du travail, Conduits à l'aiguillon, ainsi qu'un vil bétail, Sous vos habiles doigts transformant la matière, Savez, seuls, retirer de sa masse grossière Les angles, les contours, les dessins gracieux Qui font d'objets impurs tant d'objets précieux, Quel salaire avez vous d'une fertile adresse ? Ces meubles fastueux où s'endort la paresse, • Ces écailles, ces bois, ces métaux travaillés. Ces marbres, ces granits péniblement fouillés, Tous ces trésors enfin, symboles du génie.
Qu'enfante chaque jour votre race bonuie, Vou^ appartiennent-ils ? Ces chars éblouissants. Qu'emportent avec bruit des coursiers hennissants, Sont-ils à vous ? Hélas ! durant la vie entière. Vous marchez, les pieds nus, sur les bords de l'ornière; Et, si dans vos chantiers vous construisez des chars, C'est pour être écrasés par les fils des Césars !