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78 UN TACTICIEN DU XVn- SIËGLB.
coupée A la résenre, il y a de l'infanterie parce qu'il y a
une grande aile de cavalerie à soutenir, h
La formation sur trois lignes n'est même pas absolament de rigueur, et il est certains cas dans lesquels on peut constituer des lignes supplémentaires.
« Si dans une rencontre, l'armée se trouve n'avoir pas assez de terrain pour étendre ses lignes, alors les escadrons et les bataillons qui se trouveront de plus (1), il en faut former d'autres petites lignes, entre la première et la seconde, et même sur la troisième s'il y en a beaucoup de reste {fig. XII).
« Il vaut mieux observer cet ordre, que de trop serrer les troupes sur les grandes lignes (2). »
En résumé, au point de vue de la formation à adopter, il faut considérer deux cas essentiels; ou l'armée est assez forte, et elle a la place de s'étendre : alors il faut tâcher de déborder l'ennemi ; ou elle manque d'espace : et alors il faut la disposer de manière à ce que les troupes ne soient pas gênées (3). Voici en quels termes d'Âurignac résume ces deux grands principes :
« S'il faut ordonner une armée en pleine campagne contre une autre armée aussi forte, ou moins forte que la nôtre, alors il faut étendre nos premières lignes d'ordonnance le plus qu'on pourra ; d'autant que plus on peut faire combattre d'hommes à la fois, c'est toujours un avantage plus grand, que d'en faire combattre moins, ce qui se fait en observant
(1) Noie marginale : u que ce qui est dans le champ de bataille. »
(2) L*auteur se répète ensuite, et il écrit : « Lorsqu'uue armée se trouTe forte, et qu*elle n'a -pas assez de terrain pour étendre ses lignes, alors, il faut observer cet ordre, de former d'autres petites lignes, des troupes qui se trouveront de plus que les grandes ne peuvent contenir. »
(3) L'annotateur insiste sur ce point en écrivant :
« Il ne faut jamais se serrer dans un grand corps, mais plutôt multiplier les lignes, et laisser vos distances toujours au moins de la grandeur des corps, ou un peu plus grandes. En marchant^ toujours l'on •e serre. »
Ordte de bataille en un lieu resserré.
Fig. XII.
D*après an dessio da Livre de Gaerre. (Ms. de la Bihl, du génie, feuille n« 37.)
Rivière
cet ordre de longue étendue; pouvant, par tout ce qui se trouve plus étendu, embrasser les deux flancs de renaemî; et tout corps attaqué par trois côtés, il faut nécessaîreinent qu'il soit défait, quelque force, ou quelque solidité qu'il puisse avoir, comme j'ai déjà dit ci-devant.
f( Mais si Tarmée se trouve dans un lieu fort étroit et fort serré, alors, il est nécessaire de la mettre sur plusieurs lignes d'ordonnance, toutefois en telle façon que les escadrons et les bataillons de chacune puissent aisément passer dans les in ter* valles qui leur sont opposés, pour s'entre soutenir, rafraîchir et combattre sans nulle sorte de difficulté (1). »
Si l'armée peut être formée sur plus de trois lignes, il est par contre une règle formelle de laquelle on ne doit jamais s'écarter, c'est de toujours la disposer au moins sur deux lignes :
M En quelque lieu qu'on se trouve, il faut observer de mettre toujours l'armée du moins sur deux lignes, afin que la seconde puisse soutenir la première; et jamais sur une, comme lit Tilly h la bataille de Leipsio, et Vualstein son aile droite, à celle de Lutzen, tous deux généraux de l'Empereur; ce qui donna un si grand avantage au roi de Suède, d'avoir mis leurs armées dans un ordre si mauvais, que venant ensuite à combattre, il n'eut pas grand peine h. les défaire. »
Par la représentation schématique de ces deux batailles et une analyse raisonnée des fautes que commirent les deux généraux, d'Aurignac montre en effet quelle était la supériorité de la tactique employée par Gustave-Adolphe sur celle des généraux de l'Empereur (2).
Son témoignage est précieux, non seulement par les remarques critiques qu'il fait sur les deux batailles (3), mais
({) P. 55 et 56,
(È) Une reproductioD photographique des plans de ces deux bataiilles, esécutêe par le Service géographique de r armée, est insérée plus loin. Les légendes reproduites in extenso^ donnent de loDgs détails sur les disposition» prises^ ainsi que 1**5 numération des fautes commîies.
(3) Il nnahse et critique encore, moins longuement, la b.itaiHe d'AyeiQ (1635), et Tordre de bataille de rarchiduc Léopold devant Augsbourg (1646) et donne dea croquis à Tappui.
par la description même qu'il en donne. D'Aurignac a servi en Allemagne dans les troupes françaises qui vivaient côte à côte avec les troupes suédoises; il a pu causer longuement avec les officiers qui avaient pris part à ces combats, il a pu à loisir vérifier auprès d'eux les notes qu il recueillait, et ses plans ont la valeur de plans dressés par un témoin oculaire; par cette partie de son œuvre, il devient un véritable historien.
Lidée tactique.
Après les considérations générales sur le combat, et Texposé des principaux ordres de bataille, d'Aurignac ne croit pas avoir traité son sujet complètement. Ce qu'il veut bien faire comprendre à son lecteur, c'est qu'un général, même s'il est un fidèle observateur des règles posées, môme s'il sait bien disposer ses troupes en divers ordres de bataille, peut néanmoins n'être pas un bon chef à la guerre ; d'autres qualités lui sont nécessaires; il faut qu'il sache user de « stratagèmes », qu'il supplée au nombre par son génie, et qu'il remporte un succès en économisant le plus possible la vie de ses soldats :
^< Il ne suffît pas qu'un général soit capable de mettre en pratique toutes les choses ci-devant, ^t qu'il sache bien ranger une armée sur plusieurs belles ordonnances, mais il doit encore accompagner ces beaux ordres de quelques stratagèmes de guerre bien inventés ; là où la force manque, la ruse doit suppléer à son défaut, et de plus, il y a plus de gloire à vaincre son ennemi sans coup férir, si on le peut ainsi, ou du moins avec la perte de peu de gens, que le défaire avec une grande effusion de sang de vos soldats, »
Pour expliquer ce qu'il veut dire parla, d'Aurignac imagine des « stratagèmes », et il est heureux de les exposer au Roi dans son travail : « Je mets ici, Sire, écrit-il, deux (1) ordres de bataille que j'accompagne chacun d'une ruse de guerre de mon invention, et je m'assure que, si Voire Majesté se rencontre jamais dans quelque occasion de donner une bataille, comme il est arrivé à plusieurs Rois, vos prédécesseurs, et qu elle veuille s'en servir et mettre en pratique en temps et
(1) Il donne ensuite dans le texte trois stratagèmes.
%l UN TACTICtBM DU XVtl" SIÈCLE.
lieu, elle en tirera assurément un m grand avantage, que j'oserai presque lui assurer du gain do la bataille (1 ). »
D'AurIgnac a une belle confiance dans le? stratagèmes qu'il indique ; à vrai dire, il se vante un peu quand il les présente comme étant a de son invention «^ mais il n'en a pas main» de mérite à les recommander, parce que les manœuvres qu'il préconise marquent une véritable révolu ttoa dans Tari rnlHtaire. Déjà les généraux français avaient, aa cours des guerres civiles, imaginé certaines dispositioDs tactiques qui se rapprochaient de celles qu'expose d'Aurigoac (2) ; mais cet écrivain a subi, c'est chose indéniable, Tinfluence âuéiloise, et lI laisse voir k chaque instant combien les idées de Gustave-Adolphe Tont séduit, en particulier quand il parle de Tordre adopté par le roi de Suède à Leipsîc et à Lutzen.
La lecture de ces stratagèmes est d'ailleurs intéressante en ce qu'elle donne des détails sur les piqnîera, les mousquetaires, les valets, la manière de construire des fougasses» etc. Aussi est-il utile de les reproduire.
« Premier stratogème de gusrre {fg. XllI),
ce Mais pour bien mettre en pratique le premier stratagème que je propose dans ce premier ordre de bataiUe, il faut premièrement savoir que sur la seconde ligne l-â-3 il y a seize bataillons de cinq cents hommes chacun, qui font huit mille hommes en tout, dans lequel nombre je suppose qu'il y ait un quart depiquiers qui sont deuxmille hornmei; reslûntpar conséquent six mille mousquetaires, dont il en faut prendre quatre mille pour en faire quarante petits bataillons (3) de cent hommes chacun, à trois de hauteur, pour les mettre derrière les quarante escadrons des deux ailes de la première ligne, comme il est marqué ici par les chiffres 4 et 4; et pour les deux mille mousquetaires qui restent, il en faut faire de même
(I) P. 7(k U rédactiOQ du Ms. fr. 426d diS^rc l^gèremeot.
(i) Voir JifVM d'Histoùrt rédigée à VÉi<U major de tûrmét^ û' 4Î, juin 1004 ; V. A., Études historiques sur taTtiUcrie régimeniaire, p. 500, tm et 5i7 ; p. 528 et 529 (U bataille a Krj), etc.
(3) Il 7 a 9 pelotons » dans le Ms. du génie-
Premier stratagème de guerre.
Fig. XIII.
D'après un dessin du Livre de Guerre. (Ms. d« la Bibl, du génie, feâiile no 43.)
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