Deuxième Partie
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Toute l'après-midi, ils avaient couru les bibliothèques, pris d'une belle fièvre de travail, cherchant des indications pour un rôle que devait créer Jeanne dans une grande pièce historique. Et. à présent, en voiture, comme le jour finissait et que venait cette minute grise qui suit le coucher du soleil, ils ne disaient rien l'un et l'autre, emportés dans l'air tiède, vaguement rêveurs et alanjïuis. Mais, en traver-
saut la Concorde. Clairain. brusquement, s'écria :
« Tiens. Forge ! »
Jeanne d'un sursaut se retourna. Parmi les attelages et les piétons, sur la chaussée, tout près, une figure blonde, à moustache fine, la regardait. Elle lui sourit, eut de la main un geste amical.
« Bonjour, cher ami. »
Et Forge souleva son chapeau, légèrement. C'était un petit homme vigoureux, à tête jolie, à l'œil clair. Irrésolu, il fit quelques pas vers Jeanne, les lèvres remuées, avec des paroles qu'elle n'entendit pas; puis il se ravisa tout d'un coup, et continua sa route.
La voiture filait.
Clairain resta songeur. Il avait surpris, dans cette rapide rencontre, comme une gène, comme un trouble chez Jeanne et chez Forge. Lui. en l'apercevant, avait pâli un peu, et elle subitement était devenue nerveuse. Son sourire, son geste amical avait quelque chose de contraint, de forcé ; et puis, il ne savait quoi de froid et d'hostile dans le regard de Forge i^ son adresse l'avait frappé. Il tenta de savoir, il demanda :
« C'est lui? »
Elle haussa seulement les épaules, dit tranquillement :
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« Oh! non. mon ami, tu n'y es pas. »
Pourquoi demeura-t-il silencieux? Pourquoi doutait-il encore, malgré l'assurance calme de Jeanne et le ton sincère de sa réponse? En lui s'implantait cette croyance que, très maîtresse d'elle-même, elle ne lui disait pas vrai, et que Forge était bien l'inconnu, l'être mystérieux qu'elle avait aimé, qu'elle aimait encore après leur rupture. Des souvenirs, d'ailleurs, affluèrent. Il se rappela qu'autrefois il rencontrait souvent chez elle cette figure jolie, à crinière blonde, et que, depuis un mois, il ne l'y voyait plus. Pourquoi ? Puis ce furent de petits faits, des détails, des indices. Un jour, un nouveau peignoir que Jeanne portait n'avait pas plu à Forge. Jamais elle ne l'avait remis. Et d'autres petites choses encore vinrent préciser ses soupçons. Mais c'était surtout cette antipathie instinctive, ressentie dès le premier jour pour cet homme qui parlait en lui et faisait qu'il était certain de plus en plus de ne pas se tromper. Il dit :
« C'est lui. j'en suis sûr, je l'ai deviné rien qu'au regard qu'il m'a jeté. Va. il est de ces intuitions immédiates qui ne mentent pas.
Elle ne répondit pas, le regard distrait. Alors, il parla plus bas, pour que le cocher, devant eux, ne pût entendre :
« Sois franche, dis-le-moi ; que t'importe que je sache, et j'ai tant besoin de savoir, d'avoir une certitude!... C'est lui, n'est-ce pas?... C'est lui que tu as aimé avant moi; parle, tu vois bien que je souffre!... »
Elle se tourna de son côté, lentement, le regarda, et. l'air calme, la voix nette, presque froide, elle affirma simplement :
« Tu te trompes, ce n'est pas lui. »
Quand Clairain rentra, vers sept heures. Mélanie lui remit une carte et dit :
« Ce monsieur est là depuis un quart d'heure, il attend dans l'atelier. »
Clairain prit la carte et lut :