‹ Un tour dans les prairies à l'ouest des États-Unis [microforme]Chapitre 17 sur 44 · EE · texte numérisé non relu

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le capitaine parvint à découvrir la direction qu’avait prise l’animal blessé, laquelle, faisant angle droit avec celle du troupeau, nous conduisit dans une forêt ouverte. Les traces du sang devenaient de plus en plus faibles et se montraient à de plus grandes distances, jusqu’à ce qu’enfin elles disparurent entièrement sur un terrain si dur et dans une herbe si sèche, qu’il était impossible d’apercevoir la moindre empreinte des pieds de l’animal.

« L’élan doit être caché quelque part dans les environs , dit le capitaine ; ces buses qui volent audessus de nos têtes nous l’annoncent; elles planent toujours ainsi autour des bêtes mortes. Mais, comme l'élan que nous cherchons ne peut plus nous échapper, suivons les traces de ceux qui sont encore en vie : il est possible qu'ils se soient arrêtés à une distance peu considérable, et que nous les surprenions pendant leur repas. »

Nous retournâmes donc sur nos pas et nous suivimes de nouveau les traces des élans, qui nous firent faire une course longue et pénible par monts et par vaux. De temps à autre nous apercevions un daim qui bondissait sur une clairière; mais le capitaine n’était pas disposé à se laisser distraire de sa chasse aux élans par un gibier si inférieur. Une bande de dindons, effarouchée par le bruit des pas de nos chevaux, se leva aussi devant nous; quelques-uns s'enfuirent de toute la vitesse de leurs longues jambes ; d’autres volèrent sur les arbres, d’où ils nous regardaient fixement le cou tendu. Le capi-

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Le capitaine et les deux cavaliers se mirent aussitôt à le dépecer avec leurs couteaux de chasse. L'intérieur était déjà gâté; mais on tira des côtes et des cuisses de grands morceaux de chair, qui furent entassés sur la peau étendue. On fit des trous ‘ sur les bords de cette peau, on y passa des cordes que l'on serra comme celles d'un sac, et l’on attacha le tout derrière la selle du capitaine. Pendant cette opération, les buses ne discontinuèrent pas de planer sur nos têtes, attendant avec impatience notre départ pour fondre sur la carcasse et la dévorer,

Après que tout fut terminé, le capitaine et moi nous remontâmes à cheval et nous retournâmes du côté du camp, tandis que les deux chasseurs continuèrent à battre la campagne. En arrivant au camp, j'y trouvai notre mélis Antoine. Il avait quitté Beatte, comme nous l'avons vu plus haut, de l’autre côté de l’Arkansas, et, étant tombé sur une fausse voie, il l’avait suivie plusieurs milles, lorsqu'il rencontra le vieux Ryan et ses compagnons, sur les traces desquels il reconnut alors avoir marché. Tous en-

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semble repassèrent l’Arkansas â huit milles au-dessus du gué où nous l’avions nous-même passé, ét retrouvèrent le chemin de notre camp du vallon, où l’arrière-garde les attendait. Mais Antoine, mieux monté que les autres et impatient de nous rejoindre, était parti seul et avait suivi nos traces jusqu’à notre camp actuel, portant avec lui un jeune ours qu'il avait tué.

Pendant le reste de la journée, le camp présenta un tableau mêlé de repos et d'activité. Quelques hommes, assis autour des feux, étaient occupés à préparer et à faire rôtir la venaison ainsi que la chair de l'ours, afin de l’emballer comme provisions; d’autres étendaient et apprètaient les peaux des bêtes qu’ils avaient tuées, tandis que le plus grand nombre étaient couchés dans l’herbe et à l'ombre, et s’amusaient à causer. De temps en temps un chasseur arrivait à cheval ou à pied, chargé de butin ou les mains vides. Ceux qui rapportaient quelque gibier le déposaient devant le feu du capitaine’, et passaient ensuite à leurs feux respectifs pour conter à leurs camarades leurs exploits de la journée. Le gibier apporté au camp consistait en six daims ou élans, deux ours et six à huit dindons.

Depuis la preuve qu'ils avaient donnée de leur habileté lors du passage de l’Arkansas, Beatte et Tony jouissaient d’une plus grande considération parmi les cavaliers ; je m’aperçus même que le petit créole était parvenu à se faire regarder comme un oracle par plusieurs des plus jeunes recrues qui

n'avaient pas encore visité les prairies. il avait continuellement un cercle autour de lui, écoutant ses contes extravagants sur les Pawnees, avec lesquels il prétendait avoir eu de furieuses rencontres. Dans le fait, ces récits étaient capables de donner les idées les plus terribles de l’ennemi sur les terres duquel nous venions d'entrer.

A entendre le créole, le fusil de l’homme blanc ne pouvait lutter avec l’arc et les flèches du Pawnee. Quand le fusil était déchargé, il fallait du temps pour le recharger, et encore souvent ne pouvait-on pas le faire sans difficulté, tandis que l’Indien n’avait qu’à tendre son arc. De plus, le Pawnee ne manquait jamais son coup, même à trois cents toises ; et à celte distance sa flèche pouvait percer un buffle d’outre en outre. -

« Je connais même un de ces sauvages, ajoutait imperturbablement le petit homme, dont le trait ainsi lancé à travers un buffle en blessa encore un autre. Et puis ils savent si bien se mettre à l'abri des coups de leur ennemi : ils se suspendent par une jambe à la selle de leur cheval, collent leur corps le long de ses flancs, et continuent de tirer par-dessous le cou de l’animal tout en galopant. »

Si l’on devait en croire Tony, chaque pas offrait un danger sur les territoires des tribus indiennes. Les Pawnees se tenaient en embuscade dans lestaillis et les ravins, ils avaient sur les hauteurs qui dominent les prairies des sentinelles cachées dansl’herbe, qui ne levaient la tête que par moments pour épier

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les mouvements des troupes de chasseurs passant en longues files au-dessous d'eux. Dans la nuit, ils rôdent autour des camps en se glissant entre les herbes, et imitent les mouvements des loups, afin de tromper les sentinelles avancées ; et lorsqu'ils se sont ainsi rapprochés d’elles, ils leur décochent une flèche au cœur, puis se retirent inaperçus.

En contant ces histoires, Tony en appelait souvent au témoignage de Beatte; mais la seule réplique de ce dernier était un balancement de tète ou bien un haussement d’épaules; car il éprouvait autant de dégoût pour les gasconnades de son camarade que de mépris pour l’inexpérience des jeunes cavaliers dans ce qu’il considérait comme la chose la plus importante de toutes.

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