‹ Un tour dans les prairies à l'ouest des États-Unis [microforme]Chapitre 18 sur 44 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Maladie au camp. — Le vieux Ryan et les trainards. —

Symptômes de changement de temps, et changement d'humeur.

Le 18 octobre, nous nous préparions à nous meltre en marche à l’heure accouturmnée, quand on vint informer le capitaine que trois cavaliers étaient pris de la rougeole et hors d'état de nous suivre, et qu’un autre manquait. Le dernier était un vieil habitant des frontières, nommé Sawyer, qui avait gagné en âge, mais non en expérience, et qui, étant

parti la veille pour chasser dans la prairie, s'était probablement égaré. En conséquence on laissa une garde de dix hommes pour soigner les malades et attendre le traînard. Si les premiers se trouvaient suffisamment rétablis dans l’espace de deux à trois jours, ils devaient nous rejoindre, sinon être reconduits à la garnison.

Prenañt congé du camp malade, nous dirigeâmes

notre course vers l’ouest, le long des sources de mille petits ruisseaux qui, à travers de profonds ravins, coulaient tous vers la Fourche - Rouge. Le terrain, élevé et inégal, était pauvre et sec, mêlé d'un gravier qu’on rencontre partout dans cette partie du pays, et coupé par des forèts de chènes d’un aspect assez désagréable. ; … Dans le courant de la matinée, je reçus une leçon sur l'importance de ménager et de soigner son cheval sur les prairies. J’avais la faiblesse d’être fier de celui que je montais; il était plein de feu et surpassait en vigueur la plupart des chevaux de la troupe. En traversant les profonds ravins, il gravissait les côtes les plus escarpées comme un chat, et franchissait d’un seul bond la plupart des ruisseaux. J’appris bientôt combien il était imprudent de ma part de le laisser se livrer à de tels exercices. En le faisant sauter par-dessus un faible courant d’eau, je le sentis fléchir sous moi. Il marcha encore quelque temps en boitant; mais enfin il tomba sans pouvoir se relever ; il avait une entorse à l’épaule.

Que faire? il ne pouvait suivre la troupe, et il

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m'était trop précieux pour que je l’abandonnasse sur la place. La seule alternative était de lerenvoyer au camp des malades partager leur fortune. Mais une nouvelle difficulté se présenta : personne ne paraissait disposé à reconduire le cheval, malgré les belles récompenses que j'offrais. Soit que les histoires de Tony sur les Pawnees eussent frappé l'imagination des jeunes cavaliers qui les avaient écoutées, soit que la crainte de s’égarer en chemin arrêtât ceux qui n’y croyaient point, aucun ne se présenta. A la fin cependant, deux jeunes hommes s’'avancèrent et consentirent à partir ensemble, afin que s'ils étaient forcés de passer la nuit dans les prairies, ils pussent veiller et dormir tour à tour.

Je confiai donc mon cheval à leurs soins, et je le regardai longtemps d’un œil triste s'éloigner en boitant; il me semblait que inute ma force, toute mon ardeur, m’abandonnaient avec lui.

Je jetai les yeux autour de moi pour lui trouver un successeur, et je fixai mon choix sur le cheval que j'avais cédé à Tony lors de notre passage à l'agence. Mais à peine eus-je fait entendre au créole que je désiraïs reprendre ce cheval, en lui abandonnant le petit cheval surnuméraire qu’il conduisait en laisse, qu’il éclata er remontrances et er lamentations étourdissantes, au point de pouvoir à peine reprendre sa respiration. Je n’eus pas le cœur d’affliger ainsi ce pauvre homme; je le laissai en possession du cheval dont il était si fier, et je me contentai de l’autre, quelque usé qu’il fût.

us UN TOUR

Je fus sensible à ce revers, auquel cependant le cavalier est sans cesse exposé sur les prairies, et j'éprouvai alors à quel point le courage de l’homme dépend de son cheval. Jusqu’à ce jour j'avais pu faire des excursions à volonté en dehors de la ligne, et courir après les objets qui avaient éveillé mà curiosité. Maintenant j'étais réduit à me conformer au pas de ma monture, et à suivre patiemment et lentement le cavalier qui me précédait. Je compris alors surtout combien il est peu sage, dans des expéditions de ce genre, où la vie d’un homme peut dépendre de la force et de la vitesse de son cheval, de fatiguer ce généreux animal par des exercices inutiles.

J'ai remarqué que les chasseurs et les voyageurs des prairies les plus expérimentés épargnent toujours leurs chevaux pendant les routes et ne les font jamais courir, excepté lorsque la nécessité l'exige. Les étapes des habitants de la frontière et des Indiens, quandils ont un long voyage à faire, excèdent rarement quinze milles, et souvent elles se bornent à dix à douze; de plus, les cavaliers ne s'amusent jamais à galoper ni à sauter.

Parmi nous cependant 1l se trouvait bon nombre de jeunes gens sans expérience, et qui ne pouvaient modérer leur ardeur en se voyant au milieu d’une contrée si riche en gibier. Il était impossible de les contenir dans les rangs lorsque nous passions par des râvins ou des clairières et que les daims partaient à droite et à gauche; on entendait aussitôt les ballés

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DANS LES PRIARIES 99

08 jeunes Némrods s’élancer à là poursuite des fuÿards, Une fois ils s'ébranlérent

Coinpagnie,

Après une marche de douze milles, nous camp

sur les bords d'un: pelite

ses confrères, les hommes roupe revenait Chargée de

offrit au Capitaine un quartier de la plus belle bête qu'il avait tuée.

08 hommes, Beatte heure dans l'après-midi le premier rentra avec an dai terre en silence, sui

fait apportés, si, ma] avaient tous échappé.

L'abondance l'égnait au Camp; en effet, oûtre le Commun gibier, on avai Vélérans |

servissent en cas de disette ; tandis que les jeunes chasseurs, dans leur inexpérience, jouissaient du présent et laissaient à l’avenir le soin de se pourvoir lui-même.

Le lendemain matin, 19 octobre, je réussis à échanger, au moyen d’une somme raisonnable, mon cheval contre un autre plus vigoureux et plus agile. Ce fut pour moi une grande satisfaction de me trouver de nouveau passablement monté. Je m’aperçus néanmoins qu’il n’était pas difficile de faire un choix parmi les chevaux de la troupe; car nos cavaliers avaient tous ce penchant pour le trafic qui devient de plus en plus commun dans les régions de l'Ouest. Pendant l’expédition il n’y eut peut-être pas un cheval, un fusil, une boîte à poudre ou une couverture, qui ne changeât plusieurs fois de maître ; et un fin trafiquant se vantait d'avoir, au moyen de marchés réitérés , remplacé son mauvais cheval par un bon, et mis en outre cent dollars (1)dans sa poche.

Le temps était couvert, et il faisait une chaleur étouffante ; un bruit de tonnerre se faisait entendre dans le lointain : ce changement dans l’atmosphère eut son effet sur l'esprit de la troupe. Le camp était d’un calme et d’un silence extraordinaires ; on n’entendait plus ces expressions bruyantes de gaieté qui accompagnaient les préparatifs du départ. Çà et là un court fragment de chanson, un rire étouflé, un sifflement solitaire frappait mon oreille; mais en

(1) La valeur du dollar est de 5 fr. 42 c.

général chacun vaquait silencieusement et tristement à ses devoirs.

Au moment de partir, on trouva qu'il manquait cinq chevaux, malgré les recherches minutieuses que l’on avait faites dans tous les environs du camp. Plusieurs cavaliers furent envoyés à leur poursuite; cependant le tonnerre continuait de gronder, et nous essuyâmes une petite averse.

Les chevaux ainsi que les cavaliers étaient affectés de ce changement de temps. Ils se tenaient çà et là, les uns sellés et bridés, les autres encore libres, mais tous découragés, abattus et la tête basse. Les hommes, de leur côté, attendaient en groupes et d’un air insouciant le retour de leurs camarades, tournant fréquemment un œil inquiet vers les nuages qui nous annonçaient la tempête. Un temps sombre inspire de sombres pensées. Quelques - uns de nos gens exprimaient la crainte que nous ne fussions épiés par quelque parti d’Indiens qui avait peut-être volé nos chevaux pendant la nuit. Toutefois l’opinion la plus générale était que ces animaux avaient repris le chemin de notre dernier campement, ou qu'ils s'étaient dirigés en ligne droite vers Fort- Gibson. A cet égard l’instinct des chevaux est, dit-on, semblable à celui des pigeuns; ils retournent au logis par le chemin le plus court, et en passant par des solitudes qu'ils n’ont jamais traversées.

Après avoir attendu jusqu’à une heure assez avancée de la matinée, on laissa une garde sous le

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commandement d’un lieutenant pour attendre les cavaliers absents, et nous nous mimes en marche, considérablement diminués de nombre. Cela ne paraissait pas plaire beaucoup à notre petit Tony, et il donnait à entendre qu’en cas d’une rencontre avec les Pawnees nous pourrions avoir le dessous,

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