‹ Un tour dans les prairies à l'ouest des États-Unis [microforme]Chapitre 19 sur 44 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Orages sur les prairies. — Scènes de nuit. — Histoires d'Indiens.

Pendant une partie de la journée, nous dirigeâmes notre course un peu vers le sud , à travers des forêts de chènes nains. Le sol sur lequel croissent ces arbres est presque aussi mouvant que cu sable, surtout en temps de pluie. Les chevaux ont alors beaucoup de peine à s’y tenir, et quelquefois leurs pieds s’enfoncent dansune tourbe spongieuse comme dans une fondrière. Telle était notre situation en ce moment, grâce à une suite de pluies d'orage, pendant lesquelles nous avancions péniblement et dans un morne silence.

Plusieurs daines partirent à notre approche, s’enfuyant à travers les clairières; mais aucun de nos gens ne sortit des rangs pour les poursuivre, comme cela s'était vu les jours précédents. Une fois nous passämes devant les os et les cornes d’un buffie ; une autre fois nous vimes les traces du mème auimal

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de petites cabanes que l’on couvrait ensuite de peaux et d’écorces. Chaque foyer avait un groupe qui se serrait autour de lui, occupé à se sécher et à se réchauffer, ou à préparer un repas substantiel. Quel- ‘ques cavaliers déchargeaient et nettoyaient leurs fusils, et les chevaux, débarrassés de leurs harnais et de leurs charges, se roulaient avec délices sur le gazon mouillé.

Les averses se succédèrent à de cnurts intervalles jusque bien avant dans la soirée. Avant la nuit on rassembla les chevaux qu’on avait laissés librement errer autour du camp, et on les fit rentrer dans les limites des avant-postes ; car on craignait avec raison que les Indiens ne profitassent des ténèbres, de la nuit pour commettre quelque vol. À mesure que le ciel devenait plus noir, nos feux brillaient avec un plus vif éclat, illuminant les masses de feuillage qui se balançaient au-dessus d’eux, tandis que d’autres parties du bois restaient dans une profonde obscurité. En voyant les figures de nos gens se dessiner dans l’ombre de ce tableau , on était tenté de les prendre pour des génies du désert, et les chevaux eux-mêmes paraissaient comme auiant de spectres.

Le bois, ainsi éclairé par la lueur rouge des feux, ressemblait à un vaste dôme de feuillage cerné par des ténèbres opaques; mais par intervalles un éclair révélait une plaine étendue, où des forêts, des ruisseaux paraissaient prendre vie pour quelques secondes , et, avant que l’œil eût eu le temps de les

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Cette histoire me rappela une tradition indienne qui m'avait été contée par un voyageur. Un guerrier

avait trouvé la foudre gisant sur Ja terre entre deux

moccasins artistement travaillés. Pensant qu’il avait

trouvé un riche butin, le guerrier voulut essayer les

moccasins; mais à peine furent-ils à ses pieds qu’il

fut emporté dans le pays des esprits, d'où il ne re-

vint jamais,

Ce sont là des contes simples et sans art; mais ils ne sont pas dépourvus d’un certain intérêt romanesque, Jorsqu’on les entend de Ja bouche de narrateurs à demi sauvages, auteur d'un feu de chasseurs et pendant une nuit orageuse, ayant une forêt d’un côté, de l’autre un désert où le silence n’est troublé que par des hurlements, et où peut- être vous êtes épié par des sauvages cachés dans les ténèbres.

Notre conversation fut interrompue par un violent coup de tonnerre, immédiatement suivi du bruit du galop d’un cheval qui courait dans la plaine. Chacun de nous écoutait dans un silence muet. Les pas de l'animal, après avoir résonné quelque temps avec force, devinrent moins distincts, et ils se perdirent bientôt dans l'éloignement.

Quand nous n’entendimes plus rien, nous commençâmes à faire des conjectures sur la cause de cet événement. Les uns pensaient que le bruit du tonnerre avait effrayé le cheval ; d’autres, que quelque sauvage s’en était emparé et avait fui avec Ini. A cette dernière supposition l’on objecta que l'habitude des

Indiens, quand ils avaient l'intention de voler un cheval, était de le détacher et de le monter sans bruit, et de se retirer le plus silencieusement possible, en tâchant d'emmener d'autres chevaux avec lui, s'ils pouvaient le faire sans donner l'alarme au camp. Mais d’un autre côté on prétendait que les Indiens avaient tout aussi bien pour habitude de se glisser au milieu des chevaux qui paissaient pendant la nuit, d’en monter un tout doucement, et de partir ensuite au grand galop. Rien n’est plus contagieux qu’une panique parmi les chevaux; celte fuite soudaine de l’un d’eux est suffisante pour épouvanter tous les autres, et ils se mettent à courir pêèle-mèle après lui.

Tous ceux dont les chevaux paissaient aux environs du camp étaient remplis d'inquiétude, car chacun pouvait craindre que le cheval fuyard ne fût le sien; mais il était impossible de s’en assurer avant le jour. Ceux qui avaient lié leurs chevaux étaient moins tourmentés; cependant, si le cheval laissé en liberté court le risque de se perdre, celui qui est attaché, et qui par conséquent ne peut choisir sa pâture, est sujet à sentir ses forces faiblir dans le cours d’un long voyage; et déjà, en effet, plusieurs de nos bêtes donnaient des signes d’épuisement.

Après une nuit sombre et tourmentée, l’aurore parut radieuse et brillante, et le soleil, en se levant, transforma tout le paysage comme par enchantement. A l’affreuse solitude qui nous entourait succéda une belle contrée découverte, offrant çà et là

de magnifiques bosquets et des massifs de chênes gigantesques, dont quelques-uns s’élevaient isolément, comme si on les avait plantés pour l’ornement de ces charmantes prairies. Nos chevaux, épars sous ces bosquets, donnaient à l’ensemble l'apparence d’un parc, et l’on pouvait à peine se persuader que l’on fût aussi éloigné de toute habitation humaine, quoique notre camp, avec ses lentes grossières couvertes de peaux et ses colonnes de fumée bleue s’élevant au - dessus des arbres, trax annonçât plutôt la présence des sauvages que celle enc des hommes civilisés. prai Notre premier soin, dès qu’il fit jour, fut de | qui rassembler nos chevaux. Plusieurs s'étaient égarés gnée assez Join; mais ils furent tous ramenés, mème ond celui dont la fuite nous avait causé tant de soueis. des ç Il était allé jusqu’à une de nos dernières huttes, à loint: environ un mille du camp; on le retrouva paissant mer. tranquillement. voyai Le cor sonna le départ à plus de huit heures. resse Comme le risque que nous courions d’être molestés d'un « par les Indiens augmentait à mesure que nous pé- | au m nétrions plus avant dans le pays, notre colonne fut Nous formée avec plus d’exactitude qu’on ne l'avait fait Roche jusqu'alors. Chacun avait sa place marquée, et il Les était défendu de Ja quitter pour suivre du gibier, diffère: sans une permission spéciale. On mit les chevaux celles « de bât au centre de la ligne et une forte garde à la | profusi queue, herbes bage pl

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