CHAPITRE XVIII
Une grande Prairie. — Trace par les loups.
S de buffles, — Daim chassé — Les forèts transversales,
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Nous entrions dans cette saison agréable, mais un peu aride, nommée été indien. Une légère vapeur, répandue dans l'atmosphère, tempérait l’ardeur des rayons du soleil, et adoucissait ce que le paysage pouvait avoir de rude, en jetant sur les objets éloignés un vague mystérieux. Cette vapeur, qui tenait un peu de la fumée, devenait de jour en jour plus épaisse, et l’on finit par l’attribuer à des prairies éloignées incendiées par des chasseurs indiens. es
Nous n’étions pas encore bien loin dans la prairie, que nous vimes des empreintes profondes de pieds d'animaux. Ces empreintes formaient des lignes parallèles à une petite distance l’une de l’autre ; on reconnut en elles la trace des buffles. On vit aussi des traces de chevaux, qui furent examinées avec attention par les plus expérimentés de nos chasseurs. Ce ne pouvaient être des traces de chevaux sauvages, car on n’apercevait aucune empreinte de pieds de poulain; et, comme les chevaux qui avaient passé par là n'étaient point ferrés, on en conclut qu'ils devaient appartenir à des chasseurs pawnees. Dans le cours de la matinée nous ne découvrimes les traces que d’un seul cheval ferré; c'était peut-être celui d’un chasseur cherokee, ou bien un cheval de la frontière volé par les sauvages.
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d’un pied de cheval devient pour le voyageur un sujet d'observation et de soupçon, La question est toujours de savoir si cette trace est celle d’un ami ou d’un ennemi, si elle est récente ou d’ancienne date, si celui qui l’a laissée est à portée ou non d’être rencontré.
Nous avancions toujours de plus en plus dans le pays. À chaque instant nous voyions bondir à droite et à gauche des daims qui s’enfonçaient dans les bois; mais ces apparitions n’excitaient plus la même ardeur de poursuite. En descendant une pente de la prairie, nous eûmes un spectacle assez curieux, Une troupe de sept loups noirs et d’un Joup blanc chassaient de compagnie un daim qu’ils avaient presque réduit aux abois.. Ils traversaient Ja ligne que nous suivions sans paraître nous aperceyoir ; ils coururent encore pendant un mille, gagnant à chaque instant du terrain sur le pauvre animal, qu'ils atteignirent enfin au moment où il se plongeait dans un ravin.
Plusieurs de nos gens montèrent sur une hauteur d'où l’on pouvait voir le fond du ravin. Le pauvre daim était complétement cerné par ses ennemis, qui le tenaient, les uns aux flancs, les autres à la gorge. I fit deux ou trois efforts, deux qu trois bonds désespérés; mais il fut terrassé et mis en pièces. Les loups noirs, dans leur rage famélique, ne firent aucune attention au groupe de cavaliers qui les considérait ; mais le loup blanc lâcha sa proie, et se mit à fuir par monts et par vaux, faisant lever sur
son passage quantité de daims qui fuyaient comme lui dans différentes directions.
La Fourche-Rouge se présenta de nouveau à nos regards, roulantses eaux troubles entre deux chaînes de collines boisées et à travers un pays vaste et magnifique. Les prairies qui bordent la rivière sont en général si agréablement variées par des bois, qu’on dirait que ces bois ont été plantés par la main des hommes. Il ne manque qu’un clocher de village, ou les créneaux d’un fort, ou les tourelles d’un château de plaisance s’élevant çà et là au-dessus des arbres, pour donner à ces contrées sauvages l’anparence des plus beaux sites de l’Europe.
Vers midi nous atteignimes la lisière de cette ceinture de forêt, qui s'étend sur quarante milles de largeur du nord au sud, de l’Arkansas jusqu’à la rivière Rouge, et sépare les hautes prairies des prairies basses, ce qui lui a fait donner le nom de Cross -'l'imber (forêt transversale). A l’entrée de cette forêt, nous vimes les traces d’un campement de Pawnees, de cent à deux cents loges. Le crâne d’un buffle gisait près du camp, et la mousse qui le couvrait montrait qu’il était là au moins depuis un an. À un mille plus loin nous campâmes sous un bosquet superbe, arrosé par une belle fontaine et un ruisseau. Notre étape de ce jour avait été de quatorze milles.
Pendant l'après - midi, nous fûmes rejoints par deux hommes de la troupe du lieutenant King, que nous avions laissée en arrière quelques jours aupa-
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ravant pour chercher les chevaux égarés. Tous les chevaux avaient été retrouvés, mais quelques-uns à la distance de plusieurs milles. Le lieutenant et dixsent de ses cavaliers étaient restés, pour chasser, à notre dernier campement, car ils avaient découvert des traces récentes de buffles. Le plus ils avaient vu un beau cheval sauvage; mais il s'était enfui avec une vitesse qui défiait toute poursuite.
L'espoir de rencontrer le lendemain des buffles et peut-être des chevaux sauvages remplit tous les cœurs de joie. Nous avions besoin d’un stimulant de cette sorte, car nos jeunes gens commençaient à se lasser de l’ordre qu'ils étaient obligés de garder dans la marche.et dans les haltes. Le capitaine et quelques cavaliers sortirent pour chasser ; mais ils ne rapportèrent qu’une daine et quelque dindons.
Nos deux chasseurs, Beatte et Tony, se mirent aussi en campagne. Le premier revint avec un daim couché en travers sur son cheval et le déposa, selon sa coutume, à l’entrée de notre loge, sans rien dire. Tony reparut au camp sans gibier, et seulement avec sa charge habituelle de contes merveilleux. Lui et les daims qu’il poursuivait avaient fait des prodiges ; pas un de ces animaux n’était venu à la portée de son fusil sans être frappé mortellement ; mais, chose étrange, tous avaient continué leur chemin, comme si les coups qui leur étaient destinés ne les regardaient pas.
Nous qui connaissions la justesse du tir de Tony, nous fümes obligés de conclure de tout cela, ou que
le créole avait tiré avec des balles enchantées , ou que les daims eux-mêmes étaient enchantés. Cependant il nous rapporta une nouvelle plus importante : il avait vu les traces de plusieurs chevaux sauvages ; et maintenant ilse trouvait sur le point de se signaler par de grands exploits; car ce dont il se glorifiait le plus, c'était son adresse dans la chasse aux chevaux.