‹ Un tour dans les prairies à l'ouest des États-Unis [microforme]Chapitre 28 sur 44 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Chasse au cheval sauvage.

Nous quittâmes le camp des buffles à huit heures du matin,et nous eûmes deux heures d’une marche extrêmement fatigante sur la crête d’une petite chaîne de collines couvertes de maigres forêts de chênes nains et coupées par de profonds précipices. Parmi ces chênes j'en remarquai plusieurs d’une taille extraordinairement petite; ils n'avaient pas plus d’un pied de haut, et portaient néanmoins une quantité prodigieuse de petits glands. Ce fruit abonde dans toute l'étendue des forêts transversales; on y trouve même un chêne-pin dont le

sifde on éta gentil] peaux.

* un

dans ersel.

mais 8 pas, C'était honte ; pas à ensant toutes

gland est assez agréable au goût et mûrit de bonne heure.

Sur les deux heures, nous arrivâmes à l'endroit où cette chaîne de collines escarpées s’abaisse pour former une vallée à travers laquelle coule la branche septentrionale dela rivière Rouge. Une belle prairie, d'environ un demi-mille de largeur, émaillée des fleurs jaunes de l’automne, s’étendait à une distance de deux à trois milles, au pied des collines; elle longeait du côté opposé Ja rivière, dont les bords étaient ornés d'innombrables cotonniers. Après avoir été si longtemps fatigués par l’aspect monotone des forêts que nous venions de traverser, nos yeux se reposaient avec plaisir sur le fraiset brillant feuillage de ces arbres, qui nous annonçaient la fin prochaine de notre voyage.

La prairie était agréablement semée de bouquets d'arbres ou de bosquets, si heureusement disposés, qu’on les eût dits plantés par la main des hommes. En jetant les yeux sur cette fraîche et délicieuse vallée, nous aperçûmes une troupe de chevaux sauvages qui paissaient tranquillement sur yne pelouse, à un mille de nous sur notre droite; etsur la gauche, à peu près à la même distance, plusieurs buffles, les uns broutant, les autres couchés et ruminant parmi ces riches pâturages et à l'ombre d’un massif de cotonniers. A la vue de ce pittoresque tabieau, on était tenté de se croire sur les terres de quelque gentilhomme campagnard, et au milieu de ses troupeaux.

On tint conseil, et l’on se détermina à profiter de l’occasion favorable qui s’offrait de prendre quelques chevaux, en exécutant une grande manœuvre de chasse qui consiste à cerner ces animaux avant de les attaquer. Cette chasse exige *:: grand nombre d'hommes bien montés. Ils se distriouent dans toutes les directions , à une certaine distance l’un de l’autre. et forment ainsi autour des chevaux un cercle de deux à trois milles de circonférence. Gette première opération exige beaucoup de soins et de précautions ; car les chevaux sauvages sont, de tous les habitants des prairies, les plus faciles à effaroucher, et ils sentent de très -loin le chasseur sous le vent.

Quand le cercle est formé, deux ou trois chasseurs courent sur les chevaux, qui se sauvent dans une direction «pposée. Mais, de quelque côté qu’ils approchent de la circonférence, un autre chasseur se présente devant eux et les force à rebrousser chemin. De cette manière ils sont chassés et repoussés sur tous l?s points, et ils continuent de galoper en rond dans ce cercle magique jusqu’à ce qu’ils soient entièrement épuisés; alors il est facile aux chasseurs de les aborder et de leur jeter le lariat sur le cou. Cependant les plus forts de ces animaux, les plus courageux et les plus légers à la course, parviennent souvent à s'échapper, de sorte qu’en général on ne prend que des chevaux de seconde classe.

On prépara donc une chasse de ce genre. Les

à profiter dre quelmanœuvre x avant de \d nombre t dans touce l’un de hevaux un ence. Gette soins et de ont, de tous 8 à effarouseur sous le

| trois chas-

le lariat sur ks animaux ; \ la course, sorte qu'en de seconde

genre. Les

bêtes de somme furent d’abord cachées dans les bois, et attachées solidement aux arbres, de peur qu’en voyant courir les chevaux sauvages elles ne fussent tentées de fuir avec eux. Vingt-cinq hommes, sous le commandement d’un lieutenant, reçurent l’ordre de se glisser le long de la vallée, en suivant le bois qui bordait les collines. Ils devaient s’échelonner dans le taillis, à cinquante toises l’un de l’autre, et ne se montrer qu’au moment où les chevaux seraient poussés dans leur direction. Une autre compagnie de vingt-cinq hommes fut envoyée de l’autre côté de la vallée, pour se cacher derrière les arbres qui bordaient la rivière, et une troisième troupe de même force devait former une ligne à travers la partie inférieure de la vallée, de manière à joindre les deux ailes.

Beatte, le métis Antoine et l'officieux Tony étaient chargés de faire un circuit dans les bois, et de se porter dans la partie supérieure de la vallée, afin de pousser les chevaux en avant et de les faire tomber dans l’espèce de sac où on voulait les prendre. Les deux ailes se seraient alors resserrées derrière eux et auraient formé le cercle complet.

Les deux lignes latérales s’étendaient sans bruit et hors de la vue de chaque côté de la vallée, et la troisième en les joignant allait fermer la chaine, quand les chevaux sauvages donnèrent des maraues évidentes de frayeur ; ils aspiraient l’air avec force et regardaient autour d'eux avec inquiétude, comme pour s'assurer du danger dont ils sentaient l':p-

proche. A la fin ils s'avancèrent lentement vers la rivière, et disparurent derrière un monticule couvert de verdure.

Ici l’on aurait dû, si l’on avait suivi les règles de la chasse, envoyer un chasseur pour les tenir en échec; mais malheureusement notre feu-follet Tony était de la partie. Au lieu de se tenir tranquillement sur le côté droit de la vallée pour couper la retraite aux chevaux, dès qu'il les vit se diriger vers la rivière, il sortit de derrière les arbres qui le cachaïient, et s'élança comme un étourdi à travers la plaine, monté sur un des chevaux de relai du comte. Cette fougue dérangea tous nos plans. Le métis et une dizaine de cavaliers se joignirent au créole et se mirent à courir vers le monticule. Un moment après, les chevaux sauvages reparurent et descendirent la vallée avec un bruit de tonnerre, pendant que Tony, le métis et les cavaliers galopaient après eux, en hurlant comme des démons.

En vain ceux qui formaient la ligne transversale essayèrent d'arrêter les fuyards et de les faire retourner sur leurs pas. Ils étaient trop chaudement poursuivis; dans leur frayeur, ils s’élancèrent tête baissée au travers de la ligne, et la troupe entière se mit à leur poursuite.

Les buffles, qui jusqu'alors avaient ruminé tran… quillement au milieu des herbes, soulevèrent alors leurs masses énormes, regardèrent un instant avec surprise la tempête qui descendait la prairie, puis se mirent eux-mêmes à fuir d’un pas lourd, mais

accéléré. Bientôt ils furent atteints par la foule, qui devenait de plus en plus serrée à mesure que la vallée se rétrécissait. Alors chasseurs, buffles, chevaux sauvages, tout disparut pêle-mêle avec des cris et des hurlements qui retentissaient dans toutes les forêts environnantes.

Enfin les buffles tournèrent vers une bruyère verte sur les bords de la rivière, et les chevaux prirent un étroit défilé dans les collines, toujours relancés par les chasseurs. Beatte en laissa passer plusieurs : il avait jeté les yeux sur un beau cheval de Pawnees qui avait les oreilles fendues et les marques de la selle sur le dos, et il le serrait de près ; mais il le perdit dans les bois.

Parmi ces chevaux se trouvait une belle jument noire, En gravissant le défilé, elle trébucha et tomba. Un jeune chasseur, sautant à bas de son cheval, la saisit par la crinière et les naseaux. Un de ses compagnons vint à son aide. La jument se défendit avec bravoure, elle mordait et frappait des pieds de devant et de derrière; mais ses efforts furent en pure perte; un nœud coulant fut jeté sur sa tête. Cependant il se passa encore bien du temps avant qu’elle cessàt de se redresser, de se cabrer et de lancer des ruades à droite et à gauche. Les deux cavaliers la conduisirent alors le long de la vallée par deux lariats très -longs qui leur permettaient de se tenir à une distance assez grande pour être hors de la portée de ses pieds. Sitôt qu’elle cherchait à s'échapper d’un côté, on tirait de l’autre ;

et de cette manière elle fut graduellement subjuguée.

Quant à notre petit fou de Tony, qui avait gâté wute l'affaire par sa précipitation, il fut plus heureux qu’il ne le méritait. Il avait réussi à prendre un beau poulain couleur de crème, d'environ sept mois, qui n’avait pas eu la force de suivre les autres.

Le créole marchait avec fierté à côté de sa prise; quand le poulain se cabrait ou voulait mordre, Tony le saisissait par le cou et luttait avec lui; ou bien il sautait sur son dos, et prenait autant de grotesques attitudes qu’un singe perché sur le dos d’une chèvre. Mais ce qui me surprenait le plus, c’était la promptitude avec laquelle ces pauvres animaux, arrachés à la liberté illimitée des prairies, se soumettent à la domination de l’homme. Au bout de deux à trois jours, la jument et le poulain marchaient avec les chevaux menés en laisse et obéissaient avec la plus grande docilité.

Page 1