CHAPITRE VII
DE TOKIO AU FOUZI-GAVA 11-14 septembre.
Le Tokaîdo. — MM. Takayama père et fils. — Enoshima. — Odo- \ara. — Miyano'jhita et Kiga. — Un typhon à Hakoné. — Descente à Mishima. — Hara »t Yoshiwara. — Le Fouzi-yama.
Mes préparatifs sont terminés. J’ai remis mes bagages au bureau de la Compagnie japonaise de navigation à vapeur, la Mitsou Bichi , qui fait un service hebdomadaire entre Yokohama et Shang-haï, touchant à Kobé et Nagasaki; dans vingt jours je les retrouverai à Kobé, où je m’embarquerai pour la Chine. *
J’ai pris congé de mes nouveaux amis de Yokohama et de Tokio, et j’ai donné rendez-vous à M. Gambet pour le 5 décembre à Saigon. J’ai calculé que nous deviens nous y rencontrer à cette époque, lui rentrant directement en France, et moi me rendant à Singapour. J’étais loin de prévoir alors ce qui devait arriver!
Malgré les avis qui m’ont été donnés, je suis résolu à faire le voyage par terre, de Yokohama à Kobé, sans bagages et sans provisions d’aucune sorte; je n’emporte avec moi qu’une légère couverture de laine et un petit sac renfermant deux ou trois chemises de flanelle, avec une douzaine de mouchoirs ou de serviettes en papier. Il a été convenu avec mon jeune interprète que je vivrais absolument comme lui,
entièrement à la japonaise, et que je ne m’embarrasserais d’aucun des nombreux impedimenta que les Européens ont l’habitude de traîner avec eux, lorsqu’ils voyagent dans l’intérieur.
Gela posé, nous n’aurons besoin que de deux voilures et de trois hommes.
Sur le Tokaïdo, les gens pressés peuvent s'adresser à une agence qui leur délivre des billets, à des prix variant de 5 à 7 sen par ri \ valables pour toute la route, sous la condition de descendre aux hôtels de la Compagnie. De celte manière, on gagne du temps, car, à chaque station, on trouvera des kouroumas frais ; seulement, comme on change d’hommes très souvent, on est exposé à tomber sur des gens peu scrupuleux qui, sous n’importe quel prétexte, vous chercheront des difficultés.
C’est M. Takayama père qui a organisé notre expédition : il n’a pas jugé à propos d’employer cette méthode; il a engagé, pour toute la durée du voyage, trois djinrikis qu’il connaît depuis longtemps et qu’il me présente comme de braves gens en qui l’on peut avoir toute confiance. Lui-même nous accompagnera pendant les deux premiers jours, afin de mettre au courant son fils qui n’a guère l’expérience des voyages; car il était encore enfant quand il a fait la route de Kioto àTokio et, depuis cette époque, il n’a jamais quitté la capitale. Il a été convenu que je payerais en tout 4 yen (12 francs) par jour, pour les trois hommes et leurs deux voitures.
Donc, le dimanche 11 septembre, je quittais définitivement Yokohama par le train de 8 h. 15 du matin, muni d’un billet pour la station de Kanagava, où j’avais rendezvous avec MM. Takayama. C’est à ce point que la grande route, dite Tokaïdo, jusque-là parallèle à la voie ferrée,