‹ Un touriste dans l'extrême OrientChapitre 2 sur 41 · Mousmé signifie jeune fille · texte numérisé non relu

Mousmé signifie jeune fille

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avais admiré chez mon hôte de fort belles, exécutées par un praticien indigène ayant passé deux années en Hollande pour se perfectionner dans son art. M. Petersen, qui parle parfaitement le japonais, veut bien me servir d’interprète, et, le lendemain matin, nous allons voir le photographe Uyeno.

Quelle charmante promenade ! Nous sortons de la ville, et suivant un sentier ombreux, au bord d’une petite rivière dont les eaux limpides courent sur un lit de cailloux, nous arrivons bientôt devant un portail aux angles relevés, sur lequel s’étale une enseigne en anglais et en japonais. C’est là, en pleine campagne et dans un site ravissant, véritable paradis pour un photographe, que se trouve l’habitation de M. Uyeno. * ,

Le maître de la maison, très peu vêtu, nous reçoit au seuil de sa demeure, tapissée partout de fines nattes; puis il nous fait visiter son établissement, qui se compose de plusieurs ateliers, séparés par de jolis jardins. Il fait venir pour nous deux chaises et une table, meubles destinés exclusivement aux étrangers ; car les Japonais ont l’habitude de s’accroupir sur le plancher, et c’est dans les postures les plus invraisemblables, et qu'en tout cas nous trouverions fort incommodes, qu’ils écrivent, se livrent au repos, prennent ljurs repas et même exécutent les travaux les plus délicats.

Les photographes japonais excellent dans l’art de colorier leurs produits. Dans aucun pays je n’ai vu de plus jolies photographies: ce sont de véritables aquarelles; les‘*couleurs sont employées avec sobriété et les diverses teintes graduées avec un goût parfait. Uyeno est un artiste dans ce v^enre. J’étais émerveillé par tout ce qu’il me montrait, l\et j’aurais voulu tout emporter. Comme, d’un autre côtéAses prix étaient minimes, je ne résistai que faiblement à Ai tentation : moyennant vingt yen (environ 60

francs, au cours actuel du papier-monnaie), je lui achetai 78 grandes photographies, la plupart coloriées.

Nous rentrons en ville. M. Petersen me guide à travers les principales rues du quartier commerçant, et nous arrêtons nos djinrikshas devant un grand magasin d’antiquités. En présence des merveilles qui me passent sous les yeux, de cette profusion de bibelots qui coûtent si cher en France, et surtout de leur bon marché relatif, j’oublie ma prudence habituelle. Comment résister au désir de me rendre acquéreur d’une armure superbe, vieille de deux siècles, absolument complète et qu’on me laisse, avec le coffre ancien qui la renferme, au prix de 12 yen (36 francs), alors que je me rappelle en avoir vu une beaucoup moins belle, affichée 600 francs, non loin du boulevard Mont, maître ? Le premier pas est fait; j’achète un lot de sabres et de poignards, un arc et son carquois , des boîtes laquées , des petits bronzes, des éventails, etc.; plus loin, je dévalise la boutique d’un marchand d'images ; j’achète des' albums, des livres illustrés, des séries de caricatures. Je me. dis, il est vrai, pour excuser mes folies, que j’ai une occasion d’envoyer mes acquisitions en Europe : résolu à me débarrasser de tout mon attirail sibérien, des couvertures et des lourds vêtements qui me sont devenus inutiles, je vais faire confectionner up.e grande caisse, et j’expédierai le tout [k Marseille, par le prochain paquebot.

L’unité monétaire, au Japon, est le yen d’argent, dont la valeur intrinsèque égale celle du dollar américain ou de la piastre mexicaine, soit 5 fr. 30 centimes. Aujourd’hui, par suite de la baisse de l’argent dans l’extrême Orient, cette valeur n’est plus que de 4 fr. 75. Le yen se divise^en 100 sen ; la série des pièces d’argent est de 5, 10,^0 et 50 sen. Ces monnaies sont d’un type analogue az.x nôtres, fort belles et très bien frappées à Ozaka, par ils Japonais eux-mêmes. Elles n’ont qu’un défaut : c’est d’être à peu près

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introuvables au Japon, par suite de la dépréciation du papier-monnaie. 11 en est de meme des pièces d’or; celle de 5 yen équivaut à la livre sterling 1.

Le Japon en est déjà au règne du papier, même pour les plus petites transactions. Il existe des billets de 10, 20 et 50 sen (0 fr. 30, 0 fr. 60 et 1 fr. 50) ; il y en a aussi de 1, * 2, 5, 10, 20 yen et au-dessus. Ces derniers sont fabriqués à Tokio, sous la direction de M. Chiossone, Génois d’origine et très habile graveur. Ils portent nos chiffres arabes avec des inscriptions japonaises; quelques-uns représentent des scènes allégoriques ; d’autres sont ornés des portraits de héros japonais. Le papier en est excellent, à la fois souple, léger et résistant ; il est aussi difficile à déchirer que du parchemin. *

Je terminai cette journée par une promenade en mer. Mon hôte, retenu au bureau du télégraphe, ne pouvant m’accompagner, je me tirai d’affaire tout seul.

Je monte dans un sampan 2 et, par signes, je fais comprendre au batelier que je veux traverser la baie et prendre un bain près du rivage opposé. En même temps, je lui montre un billet de 20 sen, que je lui promets* pour sa peine. Après avoir ramé pendant une demi-heure, il arrête sa barque au fond d’une crique solitaire, où tout semble créé pourïe plaisir des yeux et l’agrément des baigneurs. Un rocher à pic, faisant saillie sur une pente abrupte ou croit un épais fourré de bambous, projette son ombre sur les eaux tranquilles de la baie. Il est couronné par un pin^ente-

1. La monnaie de cuivre est la seule qui n’ait pas pris le chemin de l’étranger . Elle se compose de pièces de 2, 1 et 1/2 sen ou 5 rin , le sen vala ;st 10 rin. 11 y a aussi de plus petites pièces, de 1, 1 1/2 et 2 rin , eu enfin des sapèques chinoises, percées d’un trou carré au centre et umt la valeur, toujours fort minime, est variable. La grosse pièce obloi gue, de bas aloi, passe pour 8 rin.

2. Nom qÿe l’on donne dans tout l’extrême Orient aux petites embarcations des indigènes.

naire, aux rameaux bizarrement contournés; à sa base, au niveau de la mer, se creuse une grotte naturelle, dont le sol est formé d’un sable blanc et fin. Dans ces paysages japonais, on dirait que l’art le plus exquis a présidé à l'agencement des choses, et souvent c’est la nature seule qui a fait tous les frais.

Je pris un bain délicieux; l’eau tiède et transparente laissait apercevoir, à une grande profondeur, les cailloux et les coquillages qui tapissaient le fond de la mer. Mon batelier était prévenant et poli; sa barque était d’une propreté minutieuse. Pendant la traversée de retour, je m’habillai lentement, jouissant du splendide panorama de Nagasaki à la chute du jour et du calme complet de la nature à cette heure délicieuse. **

Les premières pentes des montagnes qui entourent Nagasaki sont occupées par de vastes cimetières, des temples et des jardins. La colline est taillée en gradins, et de magnifiques escaliers de pierre en permettent l’accès. Nous nous trouvons à l’époque du Boug. grande fête annuelle des lanternes; elle dure trois jours et a été établie en l’honifeur des morts, qui, selon la croyance populaire, viennent alors visiter leurs parents et leurs amis. En pareille circonstance, les Japonais se gardent bien de s’attrister. Tout kur sfert de prétexte pour se divertir; au lieu de s’abandonner aux idées de mélancolie et de recueillement qu'inspire chez nous le souvenk des morts, ils trouvent plus logique de se réjouir à k pensée qu’ils vont revoir ceux qu'ils ont aimés. En effet, puisque ces êtres qu’ils ont perdus viennent chaque année leur faire visite, à quoi bon prendre à ce moment un visage lugubre? N’est-il pa^> naturel de les recevoir gaiement et de leur faire passerÆoyeusement le peu de temps qu’ils ont à dépenser sur ce/te terre? C’est dans cet esprit que, chaque soir, pendante ces trois jours les cimetières sont illuminés au moyen de lanternes

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en papier peint de différentes couleurs. Au milieu de l’obscurité de la nuit, ces innombrables points lumineux, qui brillent de toutes parts sur le versant des montagnes, produisent un effet absolument féerique. Dans la journée, de joyeux groupes se donnent rendez-vous sur les terrasses funéraires. Les tombeaux sont de simples tables commé- • moratives qui conservent le souvenir des trépassés, sans évoquer aucune idée triste. Chaque famille a son enclos spécial dans le champ commun du repos, abrité par des arbres séculaires.

C’est de ce côté que, le jour suivant, je dirige ma promenade. Au pied de la montagne, s’élève un grand temple à l’entrée duquel se trouve une statue de bronze, représentant un cheval qplossal. Diverses constructions sacrées, dont les colonnes massives, en bois laqué, supportent un toit richement orné et couvert de tuiles vernissées, s’étagent sur les premiers gradins. Après les avoir dépassées, je gravis un long escîdier qui conduit à un beau jardin, planté de camélias gros comme des arbres et de superbes spécimens du Pinus japonica. Dans les tcha-ya 1 voisines, se pressent une foule de gens qui s’amusent paisiblement. Nous sommes au milieu du principal cimetière. Accroupies en cercles sur les dalles funéraires, des familles font gaiement de légères collations; on se rend des visite^; on voisine; on s’invite, pour ainsi dire, de tombe à tombe. C’est un échange de politesses, qui se traduisent par des salutations interminables; on s’incline jusqu’à terre, en poussant de petits cris joyeux. Hommes et femmes allument leuf petite pipe, boivent force tasses de thé ou de saki. De jolis enfants courent çà et là; chacun dispose, sur l’emplacement qui lui appartient, les lanternes qui serviront à l’illumination de cette*’' nuit. En attendant, et malgré la clarté du jour,

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