CHAPITRE X
DE KOBÉ A SHANG-HAÏ 29 septembre — 6 octobre.
Kobé et Hiogo. — Ozaka. — Un billet d’aller et retour pour Kioto.
— Le Tokio-Maru. — Encore la mer Intérieure. — Adieux à Nagasaki et au Japon. — Wousong. — Arrivée à Shang-liaï.
Kobé m’a beaucoup plu. Après Yokohama, c’est la colonie d’étrangers la plus importante du Japon; on y compte quatre ou cinq cents Européens, vivant soit dans la ville ellemême, soit sur les pentes des collines auxquelles elle est adossée. C’est une cité nouvelle, aux rues régulières, bordées de larges trottoirs plantés d’arbres. On la confond souvent avec la vieille ville japonaise de Hiogo, qui s’étend au sud, et dont elle est séparée par le Minato-gava. Le lit sablonneux du fleuve, endigué comme celui de la plupart des cours d’eau du voisinage, s’élève bien au-dessus de la plaine et reste presque toujours à sec, sauf après de fortes pluies; ses bords ont été convertis en une fort jolie promenade, plantée de pins magnifiques.
Le port de Kobé, protégé par une jetée, est assez profond pour que les navires viennent mouiller près du rivage; aussi attire-t-il une grande partie du commerce extérieur d’Ozaka, qui ne jouit pas des mêmes avantages.
La baie, bordée par une plage de sable fin, se développe gracieusement en demi- cercle, tandis que, derrière la ville,
de hautes montagnes s’élèvent en amphithéâtre, parsemées de maisons de plaisance, de temples, de tcha-ya, et couvertes, de la base au sommet, d’une puissante végétation.
Deux fois par mois, un steamer de la Compagnie japonaise Mitsou Bichi 1 part de Kobé pour Hong*kong, où il correspond avec la malle française. La même Compagnie entretient un service hebdomadaire de Yokohama à Shanghaï, touchant à Kobé et à Nagasaki, en connexion avec les vapeurs de San-Francisco, de sorte que Kobé se trouve en communication régulière avec l’Europe, la Chine et l’Amérique. D’autres petits steamers indigènes desservent les ports de la met Intérieure. Enfin, une voie ferrée réunit Kobé à Ozaka, d’où elle se prolonge ensuite, comme nous l’avons vu, par Kioto, jusqu’au lac Biva.
Les environs de, Kobé abondent en charmants paysages. Une des plus jolies promenades que l’on puisse faire est celle des cascades. A cinq minutes de la ville, on rencontre, au milieu d’un bois de camphriers et de cryptomérias, le temple shinto d’Ikouta, où est entretenu un cheval albinos, blanc avec des yeux rouges.
Une demi-heure de marche vous conduit ensuite, par un pittoresque sentier, au pied de la première chute — Metaki ou chute femelle, haute de 13 mètres, et formant un bassin circulaire dont l’eau limpide, immobile sur un fond de sable blanc, invite au plaisir du^bain. Après avoir traversé le torrent sur un pont de bois, on s’élève un peu sur les flancs de la montagne, et l’on arrive bientôt en face de la cascade supérieure — O-taki ou chute mâle, dont la hauteur est de 25 mètres. Le sentier qui y mène est bordé de maisons de thé, desservies par de jolies fillettes, aux allures provocantes. De ce point, on jouit d’une fort belle vue, mais le panorama doit être bien plus beau