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CHAPITRE XI

DE SHANG-HAÏ A PÉKIN 7 — 16 octobre.

Les concessions européennes à Shang-haï. — Départ pour Pékin. — Le Chin-tung. — La mer Jaune. — Tchéfou. — Le golfe du Petchili. — Takou. — Navigation sur le Peï-ho. — Tien-tsin. — Deux jours en charrette chinoise. — Arrivée à Pékin.

Lorsqu’on arrive à Shang-haï, on a quelque peine à se figurer que l’on se trouve réellement aux extrémités de l’Asie orientale. Le Wang-pou couvert de navires européens, les cheminées d’usines qui fument sur sa rive droite, les boulevards, les palais et les jardins qui bordent sa rive gauche, tout cela ne répond nullement à l’idée que l’on s’était faite de la Chine. Il y a pourtant, derrière ce rideau de la civilisation occidentale, une ville chinoise entourée de hautes murailles, et qui ne renferme pas moins de 600 000 habitants, mais on ne la voit pas tout d’abord.

La ville européenne se divise en trois parties. En remontant le fleuve, la concession américaine, limitée par la petite rivière de Sou-tcheou, est la première qui se présente à la vue; puis vient la concession anglaise , bâtie dans un coude du Wang-pou; enfin, au delà d’un petit canal, la concession française , qui s’étend jusqu’aux remparts de la ville indigène.

C’est dans la concession française que se trouve l’hôtel e. cotteau. 15

des Colonies, vaste établissement à plusieurs étages, tenu par un Français; on y reçoit une confortable hospitalité à raison de 3 piastres (environ 15 francs) par jour, tout compris, même le vin.

Mon premier soin, après avoir pris possession de ma chambre, fut de courir au bureau de poste que la France entretient à Shang-haï. C’était à Irkoutsk que j’avais reçu mes dernières lettres d’Europe, datées seulement de quel* ques jours après mon départ. Quatre longs mois s’étaient écoulés depuis cette époque ; aussi l’on me croira sans peine, si je dis qu’après avoir parcouru à la hâte le volumineux paquet qui me fut remis, et m’être assuré qu’il ne contenait aucune mauvaise nouvelle, je me sentis plus léger et mieux disposé que jamais à poursuivre le cours de mes pérégrinations.

Après le dîner, je fais un tour de promenade avec M. Michel. Des ciceroni chinois guettent les étrangers aux abords de l’hôlel, et les accablent de leurs offres de services plus ou moins suspectes. L’un d’eux, qui s’est accroché à nos pas, nous fait visiter un immense café indigène, luxueusement établi; dans le fond, plusieurs salles sont destinées aux fumeurs d’opium. Nous voyons un certain nombre de ces derniers étendus sur des cadres, demi-nus et déjà plongés dans un sommeil léthargique; ils sont d’une lividité repoussante, et plus semblables à des morts qu’à des vivants. D’autres se livrent, assistés par une femme ou par un jeune serviteur, aux opérations compliquées que nécessite la satisfaction de leur triste passion : la tête appuyée sur un coussin, ils présentent à la flamme d’une petite lampe une longue pipe de bambou dont la cupule exiguë, placée vers le milieu du tuyau, ne contient qu’une parcelle d’opium, grosse à peine comme une petite lentille, et qu’il faut entretenir à l’aide d’une aiguille, pour y ménager le trou nécessa/re au passage de l’air. Après cinq ou six

lLkwfa aires de Cottean au Japon et en Chine. ( De Vladivostok a Han-Weou.

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aspirations, la pipe est fumée. Malgré la faible quantité d’opium consommée à chaque fois, le fumeur épuise aussi biensabourse que sa santé, caria funeste drogue coûte fort cher (environ 200 francs le kilogramme) et, pour qu’un habitué arrive à un état suffisant de béatitude, il ne lui faut pas moins d’une vingtaine de pipes.

A une certaine distance du fleuve, on ne voit plus que des maisons chinoises. Ces quartiers indigènes sont très animés. A l'heure qu’il est, au contraire, on ne rencontre que de rares passants dans les rues habitées par les Européens ; les quais, si bruyants dans la journée, sont absolument déserts.

Le Comptoir d’Escompte de Paris possède une succursale à Sbang-haï; j’allai le lendemain y chercher de l’argent. Le système monétaire, en Chine, diffère complètement de celui en usage dans les autres pays civilisés. L’or n’a pas cours. L’unité de monnaie est le taël , qui vaut en ce moment 6 francs 44 centimes, et offre cette singulière particularité que personne n’en a jamais vu, et cela pour une bonne raison, c’est qu’il n’a jamais été frappé; c’est une monnaie fictive, servant seulement à l’établissement des comptes qui se règlent ensuite au moyen de lingots d’argent, ayant la forme d’un sabot grossier et pesant plus d’un kilogramme. A-t-on besoin de petite monnaie? c’est bien simple : on découpe ce lingot, avec des cisailles, en autant de morceaux qu’il est nécessaire, lesquels sont subdivisés à l’infini, au gré des détenteurs. Chaque Chinois appelé à donner ou à recevoir de l’argent, a toujours sur lui une petite balance destinée à peser les parcelles de métal.

La piastre mexicaine, ou dollar, frappée spécialement pour le commerce de la Chine, n’a cours que dans les ports ouverts, et représente les trois quarts du taël ; sa valeur actuelle est de 4 francs 80 centimes. Le yen d’argent et la monnaie divisionnaire japonaise sont reçus également, mais

avec perte. Pour les petites transactions, on se sert de sapèques, disques faits d’un alliage de cuivre et d’étain, et percés au centre d’un trou carré qui sert à les enfiler à une cordelette; mais il en faut 1140 pour une piastre, ou 1520 pour un taël, de sorte que 20 francs de cette monnaie représentent la charge d’un homme *. Ajoutons à cela que les valeurs relatives du taël. de la piastre et des sapèques sont différentes de province à province et souvent même de ville à ville, ce qui vient encore augmenter la confusion.

Pour remédiera cet état de choses, les banques délivrent, en échange de valeurs sur l’Europe, un carnet de chèques. C’est ainsi qu’après la présentation de ma lettre circulaire, je reçus contre ma signature pour un bon de 2576 francs, un carnet me créditant de 400 taëls. Chaque fois que j’aurai un payement à faire, je devrai signer et détacher un feuillet de mon cahier. En Chine, un Européen n'a jamais de numéraire dans sa poche ; il paye toutes ses dépenses au moyen de petits papiers qui reviennent ensuite aux banques d’émission. J’ai entendu prôner ce système par de vieux résidants : assurément il facilite les transactions importantes; nul doute qu’il ne soit une source de bénéfices considérables pour les banquiers et les agioteurs. Quant à moi, simple touriste, je le trouve très incommode : les variations continuelles des cours, la différence des rapports entre les valeurs selon les localités, font que l’on ne sait jamais au juste ce que l’on possède d’argent.

Il existe aussi, depuis un temps immémorial, des espèces de billets de banque. Ce sont des chiffons de papier, signés de négociants connus; ils sont acceptés par le commerce, mais seulement dans la ville où ils ont été émis. On leur préfère généralement les lingots d’argent, dont la valeur est estampillée et qui sont toujours purs de tout alliage.

1. Un millier de sapèques pèse en moyenne plus de 4 kilogrammes.

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A latitude égale, le climat de la Chine est plus froid que celui de l’Europe occidentale. Shang-haï, bien que de

10 degrés plus au sud que Marseille, correspond, pour la température moyenne, au midi de la France; seulement, les étés y sont plus chauds, et les hivers plus rigoureux. Octobre est le meilleur moment pour visiter le nord de la Chine. Les saisons, en ce pays, suivent un cours plus régulier que partout ailleurs : en automne, une atmosphère tempérée remplace les chaleurs accablantes de l’été; le temps est presque toujours beau; les pluies fort rares.

M. Michel et moi résolûmes de profiter de ces circonstances favorables, pour nous rendre dans la capitale du Céleste Empire. Ce voyage, actuellement, ne présente plus de difficultés sérieuses, toutefois il exige encore assez de temps. Une simple excursion à Pékin (une semaine est suffisante pour la visite de la ville et de ses environs immédiats) demande au moins une vingtaine de jours.

Plusieurs fois par semaine, des steamers, convenablement aménagés pour les passagers, partent de Shang-haï, touchent à Tchéfou, à l’entrée du golfe de Pelchili, et remontent le fleuve Peï-ho jusqu’à Tien-tsin. Ce trajet de 750 milles (1388 kilomètres) se fait en cinq ou six jours, auxquels

11 faut ajouter deux autres journées en charrette pour atteindre Pékin.

Le 9 octobre, à huit heures du matin, après avoir laissé mon gros bagage à l'hôtel des Colonies, je m’embarque, muni d’une simple valise, sur le Chin-tung , vapeur à hélice appartenant à la Steam ship chinese Company. J’ai payé 50 laëls (322 francs) mon passage pour Tien-tsin, aller et retour.

Nous descendons avec une sage lenteur le Wang-pou; cette précaution n’est pas inutile pour éviler une collision, sur un fleuve parsemé de navires de guerre, de vaisseaux de toute nationalité, de ionques mues par de longues

rames, et d’innombrables sampans. Sur beaucoup de ces derniers, l’homme se tient assis à l’arrière, et de la main dirige le gouvernail, tandis qu’avec les pieds il met en mouvement deux avirons.

Nous franchissons la barre dangereuse de Wousong, qui chaque jour s’ensable de plus en plus, et nous entrons dans le Yang-tsé-kiang, si large qu’on n’en aperçoit pas la rive opposée. Bientôt on perd de vue la côte, basse comme celle de la Hollande, et le long de laquelle, en plusieurs endroits, on a construit des digues, afin de défendre les campagnes contre les inondations du fleuve et les tempêtes de l’Océan. Pendant plusieurs heures encore, la couleur rousse des eaux nous indique que nous sommes toujours dans l’estuaire du grand fleuve.

Toutes les cabines de la première classe sont occupées; nous avons à bord une douzaine de missionnaires protes tants, anglais ou américains, nos anciennes connaissances du Tokio-Maru , avec leurs femmes, leurs enfants et leurs élèves. Chose extraordinaire! c’est aujourd’hui dimanche, et on ne célèbre au salon aucun service religieux; je n’entends parler d’aucun prêche : probablement ces messieurs, étant de sectes différentes, n’ont pu se mettre d’accord ; en tout cas, ils jugent inutile d’essayer de se convertir réciproquement.

Bien que le Chin-lung appartienne à une compagnie chinoise, les hommes de l’équipage, seuls, sont Chinois; le capitaine, les officiers et les mécaniciens sont tous des Américains du Nord.

Il n’existe pas de seconde classe. L’installation des passagers de troisième, tous Chinois, est convenable. Ils sont au moins une centaine; chacun a son cadre séparé. Plusieurs fument l’opium , ce qui me paraît fort imprudent à cause de la petite lampe, toujours allumée, dont les fumeurs sont obligés de faire usage, et que souvent ils négligent d’éteindre

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avant de s’endormir; d’autres, pour se distraire, jouent à différents jeux ou bien chantonnent d’un ton nasillard, en s’accompagnant d’une sorte de guitare, fort petite. Le temps est superbe, il n’y a ni roulis ni tangage; cependant, bien peu se hasardent à monter sur le pont : ils préfèrent rester immobiles dans quelque coin sombre de l’entrepont, au milieu d’une atmosphère méphitique, saturée des vapeurs de l’opium et du tabac.

La température, qui ce matin était fraîche, presque froide, s’échauffe tellement vers le milieu de la journée, que le panka fonctionne au salon pendant le dîner. On appelle ainsi une sorte d’écran ou de grand éventail de forme rectangulaire, fixé au plafond et mis en mouvement par un coolie qui se tient près de la porte d’entrée ; ce ventilateur bienfaisant est d’un usage général aux Indes anglaises.

10 octobre. — Température, 24° ; mer absolument calme. L’eau n’a plus la couleur café au lait que j’avais remarquée hier, elle est devenue d’un vert sale : c’est la mer Jaune. Nous faisons roule droit au nord , hors de la vue de terre, avec une vitesse fort modeste de 9 à 10 milles à l’heure.

Nous sommes à la hauteur du point indiqué sur les vieilles cartes, comme occupé par l’embouchure du Hoang-ho ou fleuve Jaune. Depuis 1853, cet immense cours d’eau qui prend sa source à 3300 kilomètres dans l’intérieur, au milieu des montagnes du Tibet, a, par un de ces déplacements qui lui sont familiers, reporté son embouchure à 600 kilomètres au nord-ouest, de l’autre côté du promontoire de Chan-toung, dans le golfe du Petchili. C’est le plus considérable changement qui ait jamais été constaté, à l’époque actuelle, dans le cours d’un fleuve.

De jolis petits oiseaux, appartenant à plusieurs espèces, sautillent partout sur le pont. La haute mer les retient prisonniers à bord ; ’ls viennent fureter au salon et s’aventu-

rent jusque dans les cabines. Ce matin, un oiseau de proie en a saisi un. sous mes yeux.

La table, copieusement servie, est présidée par le commandant, M. Winsor, homme prévenant et causeur aimable. Trois fois par jour, à neuf heures, une heure après midi et six heures, sans préjudice du café au lait au lever et du thé à huit heures du soir, j’assiste, deux heures durant, à un cérémonieux défilé de plats de viande, de poisson et de légumes — avec des crêpes à la mélasse et des radis roses au dessert ; le tout arrosé de claret (vin de Bordeaux ordinaire), de sherry et d’eau glacée. Je passe, en France, pour être doué d’un bon estomac; cependant j’avoue en toute sincérité que je suis considérablement distancé ici par les hommes du Seigneur, et même par leurs blondes épouses.

Bien avant le jour, on entend dans les cabines des cliquetis de vaisselle. Ce malin, à six heures, mon voisin portait chez lui une assiette pleine de fruits, que tout Anglo- Américain a l’habitude de manger à jeun. Une heure après, on lui a servi, en guise d’apéritif, une copieuse pâtée de gruau arrosée de lait, puis quelques œufs à la coque qu’il a proprement vidés dans un verre et lestement avalés, ce qui n’a fait aucun tort à son déjeuner ordinaire.

Rien, sauf le pain, ne trouve grâce devant l’appétit phénoménal de ces messieurs. Leurs enfants marchent sur leurs traces : j’en ai vu de tout petits, presque des bébés, prendre leur kari 1 complet. De mauvaises langues prétendent que la bonne cuisine du bord, jointe à la réduction de prix qui leur est accordée, n’est pas étrangère à leurs

1. Le kari est un met de haut goût, fort apprécié dans tout l’extrême Orient. Le riz en forme la base; on l’arrose d’une sauce de couleur jaune, fortement épicée, et dans laquelle nagent de petits morceaux de viande; puis, on y ajoute divers condiments particuliers au pays, piments, poissons secs, confiture de gingembre, etc. Le tout forme un aliment tonique, excellent, dit-on, pour la santé, dans les climats tropicaux.

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fréquents déplacements. Il paraît qu’autrefois on leur donnait le passage gratuit, mais on a dû y renoncer : eux et leurs nombreuses familles semblaient avoir élu domicile à bord des steamers ; ce genre de vie économique ne leur était sans doute pas désagréable.

Pour moi qui n’ai jamais pu m’habituer à faire trois repas sérieux par jour, je trouve ces interminables séances souverainement ennuyeuses : aussi je m’abstiendrai dorénavant de paraître au festin n° 2.

La soirée est délicieuse. A huit heures, apparition de la lune, toute sanglante, au milieu de la nuit sombre; peu à peu son disque s’élève, inondant l’espace de ses rayons argentés : la mer et l’horizon semblent se confondre dans une teinte uniforme, d’un blanc laiteux.

11 octobre. — Au point du jour, je monte sur le pont. Température, 22°. Nos petits compagnons ailés sont tous partis; guidés par leur instinct, ils ont regagné la terre qui est proche, et que l’on aperçoit à gauche sous la forme de hautes collines déboisées : c’est la péninsule de Chantoung, contrée fertile, riche en mines et très populeuse, qui sépare la mer Jaune du golfe de Petchili. De l’autre côté de ce promontoire formant la pointe extrême de la Chine proprement dite vers l’orient, nous sommes assaillis par un coup de vent qui retarde notre marche, et secoue rudement notre petit navire. Maintenant la route est à l’ouest, avec la terre en vue, au sud.

A trois heures, on aperçoit les îles de la baie de Tchéfou, rochers aux formes bizarres, séparés par des bas-fonds ou des bancs de sable. Un phare existe sur la première de ces îles.

Nous jetons l’ancre devant la ville. Le port est garni de navires de diverses nationalités; sur l’un d’eux je remarque la bannière du roi de Siam : l’éléphant blanc sur fond rouge. Il y a aussi plusieurs navires de guerre, deux

allemands, un hollandais, un américain et cinq canonnières chinoises. Bien que nous soyons en rade, le roulis continue à nous balancer fortement. L’état de la mer interdisant le débarquement des marchandises, nous serons forcés de passer la nuit ici.

12 octobre . — Ce matin, la mer est beaucoup moins houleuse; je descends à terre avec M. Michel.

La ville chinoise, l’ancienne Yentaï, plus connue maintenant sous le nom de Tchéfou, renferme une vingtaine de mille âmes. Elle est, d’ailleurs, peu intéressante; ses habitants vivent entassés dans d’horribles masures; ses rues étroites, sales et puantes, regorgent de passants vêtus de haillons, parmi lesquels je n’aperçois aucune femme et très peu d’enfants.

Le commerce de Tchéfou est considérable, grâce à la situation de son port à l’entrée du golfe du Petchili, en face delà côte méridionale de la Mandchourie, et à proximité des rivages coréens. C’est une des villes ouvertes aux Européens par les traités de 1861 ; la colonie étrangère compte une centaine d’habitants. L’hôtel Breach est bien situé, à proximité d’une belle plage de sable fin, émaillé de brillants galets en marbre de toutes les couleurs ; de jolies maisons de plaisance s’élèvent aux environs. Un climat tempéré y attire des baigneurs de plus en plus nombreux chaque année, heureux de fuir les chaleurs accablantes de la Chine méridionale et du Japon : Tchéfou est en train de devenir un Trouville asiatique. Du haut d’un monticule couronné par un vieux fortin chinois, on découvre une belle vue sur la rade, la mer semée d'îles, la ville et les montagnes environnantes. D’autres tours semblables, érigées sur divers points élevés de la côte, servaient autrefois à signaler aux habitants l’approche des pirates.

Les missionnaires protestants ont établi ici leur quartier général; ils y possèdent de vastes établissements, un collège

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et des chapelles. Dans leurs voyages à l’intérieur, ils portent le costume chinois, mais ils sont toujours facilement reconnaissables à leur barbe et à leurs cheveux blonds.

A dix heures, on reprend la mer. Nous passons tout près des canonnières chinoises; elles ont été construites en Angleterre, et chacune d’elles est armée d’un énorme canon Armstrong. J’entends avec surprise résonner des airs connus : c’est que, à bord des navires de guerre chinois, les commandements se font au son du clairon, et qu’on a adopté nos sonneries françaises.

La plupart de nos missionnaires sont restés à Tchéfou. Nous avons deux nouveaux passagers : une doctoresse américaine ayant pris à Boston son brevet de médecin, et se rendant à Pékin pour y prodiguer ses soins, non seulement aux corps, mais encore aux âmes des personnes de son sexe; plus, un ingénieur anglais, constructeur de phares. Nous débarquons ce dernier, quelques heures après, sur l’une des îles qui forment, à l’entrée du golfe du Petchili, comme une chaîne réunissant la côte septentrionale du Ghan-toung à la pointe terminale de la péninsule de Mandchourie.

Au sortir de cet archipel, le vent fraîchit, la température baisse. Dans la soirée, le thermomètre ne marque plus que 17°.

13 octobre. — Temps gris et couvert. Rien en vue; cependant la couleur jaune de l’eau indique que nous devons approcher de l’embouchure du Peï-ho. A sept heures, on aperçoit une côte basse et une douzaine de vaisseaux ancrés à quelques milles de terre : mauvais signe, nous ne pourrons passer la barre, il faudra attendre la marée montante. L'ancre tombe. Un quart d’heure après, par bonheur, le capitaine se ravise ; nous reprenons lentement la route, et laissant la flotille en arrière, nous parvenons à franchir 1 passe, par 11 pieds de fond, en glissant sur la vase.

Nous voici en présence des fameux forts de Takou, si rapi-

dement enlevés pas les troupes anglo-françaises en 1860. Ces imposantes fortifications, qui se développent sur chaque rive à l’embouchure du Peï-ho, ont, je crois, plus d’apparence que de force réelle. Les murailles, en terre battue, se fendillent de toutes parts; les talus, non protégés par le gazon, s’écroulent sous l’action des pluies qui les battent en brèche. On dit cependant que les remparts sont armés de puissants canons.

Au delà des forts, tout n’est que boue. Impossible de rien voir de plus triste, que cette plaine marécageuse s’étendant à l’infini, dépourvue de toute espèce de végétation. Sa parfaite horizontalité n’est interrompue çà et là que par de petits monticules coniques : ce sont des amas de sel fabriqué sur place.

Je remarque aussi des moulins à vent d'un genre nouveau pour moi : semblables à une gigantesque machine à dévider qui aurait de 8 à 10 mètres de diamètre, ils tournent horizontalement sur un pivot, absolument comme un manège de chevaux de bois. Les voiles sont posées sur les parois verticales, parallèlement à l’axe central.

Un peu plus haut, est la ville de Takou. Villes et villages sont composés de maisons de boue, incapables de résister longtemps à la pluie, et demandant une réparation après chaque averse. Les toits de paille sont recouverts de terre; les murs, les rues, la campagne, et jusqu a l’eau du fieuve, tout est de la meme teinte jaune sale. Pas un arbre, pas trace de verdure. Cependant la population est très nombreuse; des cochons noirs grouillent partout : ils sont là dans leur élément.

On voit très peu de femmes; elles se cachent généralement en nous voyant passer. Ces malheureuses créatures paraissent absolument estropiées; elles se meuvent sur leurs petits pieds, d’un pas chancelant et incertain, se balançant continuellement et tenant les bras étendus, pour conserver leur équilibre.

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Le Peï-ho est un petit fleuve vaseux, à peine large comme la Seine entre Rouen et Paris. Nous devons le remonter jusqua Tien-tsin; dans ce parcours d’une centaine de kilomètres, il décrit de capricieux méandres qui rendent sa navigation fort difficile aux navires d’un certain tonnage.

A mesure que nous avançons, la campagne, sans cesser d’être plate, perd son caractère de stérilité; elle est parsemée de tombeaux ou tumulus, plus ou moins élevés, que les parents du défunt entretiennent avec soin. Au delà de Tang-kou, elle est parfaitement cultivée; de populeux villages se succèdent sur les rives, à des intervalles assez rapprochés; des nuées de travailleurs sont répandus dans les champs, pas un pouce de terrain n’est perdu : sur les terres où le riz vient d’être récolté, une autre culture se prépare; le blé nouveau verdit déjà entre des plates-bandes de choux énormes en pleine croissance. Quelques arbres animent un peu le paysage, mais ils sont si poudreux qu’on distingue à peine la couleur de leur feuillage.

Nous passons devant le fort de Sintcheng, construit par les Chinois, il y a quelques années, dans la prévision d’une guerre avec le Japon : c’est un vaste camp retranché, en terre, ayant 8 kilomètres de circonférence.

Devant Kokou, village important, stationnent un nombre considérable de grandes jonques, peintes de couleurs éclatantes, ornées d’yeux gigantesques et de dragons dorés. On m’apprend qu’elles viennent toutes de Canton, et mettent un an à faire le voyage, aller et retour.

A six heures, on jette l’ancre à quelques mètres du rivage, car on ne peut songer à voyager la nuit sur un fleuve tel que le Peï-ho. Je passe ma soirée au salon; je lis et j’écris quelques lettres.

14 octobre. — Ce malin, le vent souffle du nord et le thermomètre ne marque plus que 9°; il fait froid : c’est l’hiver qui s’approche.

A huit heures, la marée montante, qui se fait sentir jusqu’ici, permet de continuer la route. Après force tours et détours imposés par les circuits du fleuve, nous apercevons enfin un vaste arsenal, de construction récente, qui nous annonce le voisinage de Tien-tsin. Peu après, nous abordons, sur la rive droite, aux quais du quartier européen, en face de Globe's hôtel .

La concession étrangère, régulièrement percée de rues plantées d’arbres et bordées de trottoirs, ressemble à n’importe quelle petite ville occidentale. Quant à la cité chinoise, qui compte environ un million d'estomacs (expression pittoresque employée en Chine pour remplacer le mot âme), elle se trouve à une certaine distance en amont. Nous la visiterons au retour : pour l’instant, l’essentiel est de nous rendre à Pékin.

A peine débarqués, nous nous faisons conduire au consulat français, véritable palais, bâti avec une partie de l’indemnité payée par la Chine à la France, à la suite des massacres de 1870. Il est midi. Le consul, M. Dillon, allait se mettre à table; il nous invite à partager son repas, et nous présente à Mme Dillon qui nous reçoit avec une grâce parfaite.

Pendant le déjeuner, nos aimables hôtes veulent bien, selon notre désir, organiser notre départ sans perdre un instant. Un domestique du consulat fait marché avec deux voituriers chinois qui, moyennant quatre piaslres et demie par personne, se chargent de nous conduire à Pékin et de nous y faire arriver le surlendemain, à sept heures du matin. Nous leur remettons deux piastres en plus, pour payer nos dépenses aux auberges. Ces hommes ne savent pas un mot de français ni d’anglais; nous, pas un mot de chinois; mais M. Dillon, qui les connaît, nous affirme que ce sont de braves gens, et nous recommande de nous laisser guider par eux, en toute circonstance, sans faire d’observations.

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De leur côté, les voituriers insistent pour qu’on nous supplie d’être patients en route, et de ne jamais leur donner de coups de bâton.

A deux heures, tout est prêt. M. Dillon nous a remis des passeports spéciaux, rédigés en langue chinoise; mon compagnon et moi sommes installés chacun dans une charrette attelée d’une mule qui doit faire ie voyage entier, et nous donnons le signal du départ. Impossible, on le voit, d’être plus expéditifs : nous devions ce résultat à l’obligeance de notre excellent consul.

Voyager en charrette chinoise est un véritable supplice. Dans le nord de la Chine, le véhicule en usage est tout petit, mais lourd et massif, absolument sans ressorts, et monté sur deux roues hautes, ferrées de clous à tête saillante. Il n’y a pas de siège ; il faut se glisser à l’intérieur sous un étroit grillage de fer et de bois, en forme de voûte, et recouvert d’une bâche en étoffe. Là on doit chercher, au milieu des bagages qu’on y a préalablement entassés, une position convenable que l’on ne trouve jamais. Le conducteur se place de côté sur l’un des brancards ; il est assurément plus à l’aise que l’infortuné voyageur, qui, ne pouvant s’asseoir à la façon européenne, ne sait que faire de ses jambes, et n’a même pas la ressource de s’étendre de son long, vu le peu de profondeur de la voiture. Au moins, dans le tarantass , on a plus d’espace, et les pièces de bois flexibles, qui supportent la caisse, remplacent, jusqu’à un certain point, les ressorts absents. Je n’aurais jamais cru qu’un jour viendrait où je regretterais mon équipage sibérien : c’est pourtant ce qui m’est arrivé sur cette affreuse route de Tien-tsin à Pékin, où j’ai été tout le temps cahoté atrocement, jeté de droite et de gauche, culbuté en avant et en arrière, sans un instant de répit, au risque de me briser la tête ou quelque membre contre les parois de la charrette.

E. COTTEAÜ.

En quittant le Consulat, nous suivons pendant quelque temps la berge du Peï-ho. Nous franchissons sur un pont de bateaux le Grand Canal Yun-ho « Rivière des transports », puis, laissant à gauche la cité proprement dite, nous nous engageons dans le dédale des horribles et puantes ruelles qui en forment les faubourgs. Ce n’est qu’une bonne heure et demie après notre départ, que nous atteignons enfin la campagne.

Jusqu’alors, la difficulté de nous frayer un passage au milieu de la foule nous avait obligés à marcher très lentement. Je m’imaginais qu’une fois sortis de la ville, il n’en serait plus de même. Yain espoir! L’état de la route — si toutefois on peut donner ce nom à un entre-croisement de sentiers ravinés et de chemins, pleins d’ornières et de fondrières, frayés à travers champs au gré des charretiers — ne permet point une autre allure que le pas, et je vois que nous devrons nous estimer heureux, si nous parvenons à faire 4 ou 5 kilomètres à l’heure.

On traverse un pays plat et monotone, parsemé de monticules qui sont autant de tombeaux, et de cercueils attendant une sépulture. La terre n’est que poussière, sans une seule pierre. Les récoltes sont enlevées; partout les paysans labourent, sèment le blé ou battent le millet. En nous voyant passer, ils interrompent un instant leurs travaux et nous examinent avec curiosité. Heureusement, il n’a pas plu depuis longtemps; s’il y avait de la boue dans les chemins, je ne sais comment nous pourrions nous en tirer. En octobre, aux environs de Pékin, le beau temps est assuré.

A neuf heures, on nous fait entrer dans la cour d’une auberge, déjà encombrée par les voitures des charretiers qui nous ont précédés. Là, nous faisons connaissance avec les hôtelleries chinoises, si différentes, hélas! des yado-ya japonaises. Au lieu de gentilles mousmés, rieuses et propres, de gros Chinois sales, à la peau huileuse, couverts

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de haillons; une odeur écœurante, particulière à la Chine, vous poursuit partout.

Nous voulons goûter à la cuisine indigène : on nous sert de petits morceaux de viande cuite à l’oignon et assaisonnée avec de l’huile de ricin; impossible d’y toucher. M. Dillon nous avait fait prendre quelques boîtes de conserves, du pain et du vin; sans cette précaution, nous aurions été obligés de nous contenter d’œufs durs, de riz à l’eau et de thé sans sucre.

Je n’ai jamais pu savoir le nom du village où nous nous trouvions; ce qui, du reste, importe peu, car, dans l’immense plaine qui s'étend entre Tien-tsin et Pékin, toutes les agglomérations de maisons se ressemblent : ce sont toujours les mêmes pauvres cabanes de boue, n’ayant, naturellement, qu’un rez-de-chaussée. Dans les auberges, les voyageurs sont logés dans une série de petits compartiments, dont la porte s’ouvre sur la cour où sont remisées les voitures; les fenêtres sont remplacées par des grillages de bois, garnis de papier en guise de vitres. Un lit de camp, construit en briques et couvert de nattes malpropres, occupe le fond de la cellule; il est creux par-dessous; en hiver on y place des charbons qui en font une espèce de poêle. Un escabeau remplace la table ; la nuit, on y dépose une lampe consistant en une simple écuelle pleine d’huile de ricin, qui répand, en brûlant, une odeur infecte.

15 octobre. — Ce jour-là, je n’ai eu le temps de prendre aucune note. Voici, dans tout son laconisme, l’extrait de mon carnet de voyage :

Départ à 1 h. 1/2 du matin; arrivée à l’auberge à 11 h. 1/2. — Départ à midi 1/2; arrivée à 6 h. à l’auberge. — Réveil à 11 h. 40 et départ à minuit. — Total : 15 heures de charrette.

Je me souviens que, pendant cette nuit, j’ai eu cruellement à souffrir du froid. La gelée blanche couvrait le sol,

et je n’avais, pour me protéger, qu’une mince couverture sous laquelle je grelottais.

Le soleil radieux, qui vient fort à propos me réchauffer, éclaire le même paysage que la veille. Le pays est toujours fort laid, mais extrêmement peuplé l. Nous rencontrons souvent des mendiants presque nus; quelques-uns n’ont pour tout vêtement qu’un lambeau de natte; des vieilles femmes demandent l’aumône, accroupies au bord du chemin.

Deux ou trois fois, nous avons traversé une large chaussée rectiligne, élevée de plusieurs mètres au-dessus de la plaine : c’est l’ancienne grande route de Pékin. Les dalles qui la recouvraient ont en partie disparu; à leur place, se creusent des trous profonds, véritables précipices qui interdisent absolument le passage. Pas plus que la grande route, on n’entretient les chemins qui la remplacent; aussi nos voituriers passent-ils souvent où bon leur semble à travers champs, pour éviter les ornières trop profondes. Ils font une grande partie de la route à pied, guidant leur mule amicalement pour ainsi dire, sans jamais la brutaliser, Renonçant à trouver dans l’intérieur de la charrette une posture commode, qui me permette de me reposer, je prends le parti de suivre à pied, ou bien de m’asseoir au dehors, sur le brancard, les jambes ballantes.

Nous pensions que vers huit heures on nous ferait déjeuner quelque part; cependant les villages se succèdent, et nous les traversons sans nous y arrêter. C’est peine perdue que d’essayer de nous faire comprendre par nos hommes;

1. La province du Pe-tchi-li (littéralement : Dépendance directe du Nord), l’une des 18 grandes divisions administratives de la Chine propre, renferme 36879858 habitants, sur une superficie de 148357 kilomètres carrés, c’est-à-dire presque autant que la France entière, sur une étendue quatre fois moins considérable. La densité de la population y est de 249 habitants par kilomètre carré ; en France, elle n’est que de 68, et en Belgique, de 173.

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nous sommes entièrement à leur merci : heureusement ce sont de braves gens.

A onze heures seulement, nous entrons dans la cour d’une auberge. On nous désigne une chambre pareille à celle où nous avons couché la veille. Nous demandons des œufs, et pendant que nous prenons notre maigre repas, une foule de villageois accourent pour nous voir. Nous avons beau fermer la porte : ils font avec leurs doigts des trous dans le papier, pour nous regarder manger.

A la halte du soir, nos voitures s’arrêtent dans un grand village fortifié, traversé par un petit cours d’eau sur lequel on a jeté un beau pont de pierre. Nous sommes, je le suppose, à You-kia-ouey, mais je n’en suis pas certain, car, comme je l’ai dit, il nous est impossible d’obtenir aucun renseignement de qui que ce soit.

Nous faisons une courte promenade hors du village, pour admirer à notre aise le coucher du soleil. Tous les paysages gagnent à être vus à cette heure du jour : les nuances variées qui se déroulent à l’horizon, les teintes ardentes dont se revêt la nature, font paraître presque belle cette contrée, très fertile assurément, mais totalement dépourvue de pittoresque.

En rentrant à l'hôtellerie, nous sommes suivis par une foule de gens qui observent tous nos mouvements. Leur curiosité, cependant, n’est pas trop importune; ils se tiennent toujours à une certaine distance de nos personnes. Les femmes se cachent dès qu’elles nous aperçoivent; d’ailleurs on n’en rencontre guère dans la rue, à peine une seule sur cent hommes.

16 octobre. — Nous sommes partis à minuit. La fatigue aidant, j’ai réussi, malgré le froid, à m’endormir dans la charrette. Au point du jour, je suis réveillé par ce bruit caractéristique qui résulte de la réunion sur un même point d’une multitude d’hommes et d’animaux. En ouvrant

les yeux, j’aperçois devant moi une imposante muraille crénelée, dominée par un portail gigantesque à quatre étages avec toits en saillie. Agréable surprise! je reconnais à l’instant les murailles de Pékin, pour en avoir vu le dessin dans le Tour du Monde. Je me hâte de prévenir M. Michel qui dort encore. Nous voici donc aux portes de la capitale du Céleste Empire!

Il s’agit maintenant d’y pénétrer. Les portes de Pékin ne s’ouvrent qu’à six heures, et devant nous, derrière nous, sur les côtés, s’étend une immense fde de voitures, de chevaux, d’ânes, de mules et de chameaux dont les conducteurs attendent, comme nous, que l’heure ait sonné. Cependant tous ces gens, d’apparence grossière, couverts de vêtements sordides, se rangent complaisamment pour nous livrer passage. Cela ne leur est pas toujours facile, car la foule est énorme; enfin, au risque d’être culbutés et mis en pièces, nous arrivons les premiers, juste au moment où l’on ouvre la porte.

Au sortir d’une longue et sombre galerie voûtée, nous nous trouvons dans la cité chinoise qui, de ce côté, n'a guère la physionomie d’une ville, mais plutôt d’un immense baraquement. On traverse d’abord de grands espaces vides et poudreux, où l’on retrouve les mêmes ornières et les mêmes fondrières que dans les chemins de la campagne, puis on pénètre dans un quartier habité. Nous suivons la rue des Fleurs, bordée d’une double rangée de boutiques basses, où l’on vend les fleurs artificielles dont les femmes chinoises aiment à orner leur coiffure. Plus loin, se dresse la muraille tartare ; nous en franchissons la porte colossale, et bientôt après, nous arrivons à l’hôtel Evrard, près de la Légation de France.

Nos voituriers, tournant leurs regards vers le soleil, me font signe de tirer ma montre : à cet instant même, l’aiguille marque précisément sept heures. Ces braves gens

Les murailles de Pékin

DE SH ANG-HAI A PÉKIN

ont tenu parole; ils sont tout joyeux de voir que nous sommes satisfaits. Nous leur donnons le pourboire qu’ils ont mérité, et ils nous témoignent leur reconnaissance en nous faisant tchin-tchin , c’est-à-dire en réunissant les deux poignets et en les portant successivement au front et à la poitrine, avec un profond salut.

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