‹ Un touriste dans l'extrême OrientChapitre 28 sur 41 · Mgr Zanoli est mort à Ou-tchang-fou, le 17 mai · texte numérisé non relu

Mgr Zanoli est mort à Ou-tchang-fou, le 17 mai

à confectionner des chaussures et des rubans. Il est fort curieux de voir les jeunes ouvriers tisser la soie, en faisant manœuvrer leurs pieds sur un clavier de chevilles de bois, avec une dextérité comparable à celle du pianiste dont les doigts courent sur les touches d’ivoire.

On me fit voir, avec orgueil, une grande horloge arrivant en droite ligne de Paris; son large cadran, placé sur la façade de l’édifice principal, s’aperçoit de fort loin et, grande nouveauté pour le pays, indique l’heure aux habitants de la ville. Mais ce qui me surprit davantage, ce fut le téléphone qui relie les nouveaux bâtiments de la mission avec les anciens, convertis en ateliers. Je n’avais pas encore eu l’occasion d’expérimenter moi-méme cet instrument; il était assez original que cette première épreuve se fit à Outchang-fou, au cœur de la Chine. Plusieurs fois les cris de : Viva VItalial Viva la Francia ! se croisèrent à travers l'espace, à notre satisfaction réciproque.

Je quittai la mission, comblé de petits cadeaux par Mgr Zanoli, qui avait tenu à me donner de nombreux échantillons du savoir-faire de ses néophytes. Nous retour^ nons au port, par un autre chemin. L’une des rues par lesquelles je passai était assez large, régulièrement dallée, presque propre et bordée de belles boutiques. La circulation, à Ou-tchang, est bien moins active qu’à Han-keou, où la foule pressée des piétons ne permet guère l’usage des chaises à porteur, tandis que j’en ai rencontré ici un assez grand nombre.

A quatre heures, j’étais de retour chez M. Scherzer, fort satisfait de mon excursion.

Le consul de France, à Han-keou, n’a qu'un seul justiciable, son propre frère, employé dans la douane chinoise. Ce dernier voulut bien me donner des renseignements détaillé sur celte importante administration.

Lor/tjue la douane était entre les mains des indigènes,

DE HAN-KEOU A SHANG-HAI

elle ne produisait presque rien au trésor. Le Gouvernement, voulant mettre un terme aux concussions effrénées et aux abus de toute sorte, chassa les employés infidèles et confia àM. Hart, Irlandais protestant, ancien directeur de l’arsenal de Fou-tcheou, le soin de les remplacer par des étrangers largement rétribués et au-dessus de tout soupçon.

M. Hart a entièrement réorganisé l’administration dont il continue à être le chef suprême. Il réside à Pékin et reçoit des appointements fabuleux, plusieurs centaines de mille francs par an. C’est lui qui choisit et dirige son personnel, composé aujourd’hui de 500 étrangers et de 1800 Chinois, ces derniers n’occupant que des postes secondaires. Les candidats aux fonctions d’employé de la douane chinoise doivent passer un premier examen, à Londres s’ils sont Européens, à Boston s’ils sont Américains; une fois admis, ils reçoivent ici un traitement de 540 francs par mois. Au bout de deux ans, ils subissent sur place un deuxième examen, et s’ils se sont suffisamment perfectionnés dans l’étude de la langue chinoise, ils avancent d’une classe, avec 150 francs de plus par mois. Après quatre ans, un employé a déjà 8 400 francs de traitement, non compris une indemnité de logement qui, pour Shang haï, s’élève à 2 800 francs. En France, quand un employé de la douane arrive à toucher de pareils appointements, ce qui est fort rare, il est bien près de sa retraite et de ses soixante ans d’age. Mais ce n’est pas tout : après avoir passé par les deux sections des quatre classes, l’employé est nommé délégué-commissaire, au traitement de 2 500 francs par mois; puis commissaire, avec des appointements variant de 40 à 75 000 francs par an.

La douane est chargée de la perception des droits sur les marchandises importées ou exportées, et, en mêmtl temps, de l’entretien des ports et du service des phares. Fes employés n’ont que cinq heures de bureau par jour. P6ur les

congés et la retraite, l’administration est très large : tous les cinq ans, on a droit à un congé d’une année, avec demisolde et le voyage de retour payé; après quinze années de services effectifs, on peut obtenir sa retraite.

Cette remarquable institution de la douane chinoise est un éclatant hommage, rendu par le gouvernement du Céleste Empire, à l’intelligence et à la probité des nations étrangères.

Le jour même de ma visite à Ou-tchang, à dix heures du soir, je prenais congé de mes aimables hôtes, MM. Scherzer, qui avaient tenu à me faire la conduite au bateau. Le Kiang-yung largue ses amarres par un brillant clair de lune; grâce à la double action du courant et de la vapeur, nous descendons le fleuve majestueux avec une vitesse qui n’est pas moindre de treize nœuds (24 kilomètres à l’heure). Bientôt les trois grandes cités du Yang-tsé ne sont plus pour moi qu’un souvenir.

Trois jours après, le 11 novembre, j’étais de retour à Shang-haï.

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