‹ Un touriste dans l'extrême OrientChapitre 33 sur 41 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

DE SAIGON A ANGKOR 8 — 17 décembre.

Le Baltambang. — Le Mékong. — Mytho. — Le royaume de Cambodge. — Pnom-penh. — Le Grand Lac. — Une province siamoise. — Siem-réap. — Angkor-wat et Angkor-tom. — Retour au Cambodge. — Une fête de nuit dans la capitale du roi Norodom. — Retour à Saigon.

8 décembre. — Je vais voir M. Roque, armateur du Battambang ; gracieusement, il m’offre sur le prix du passage une réduction de 30 pour cent, égale à celle que j’ai obtenue sur les Messageries : je payerai 42 piastres au lieu de 60, pour le trajet d’aller et retour de Saigon au Grand Lac, en tout 1400 kilomètres.

Cette affaire réglée, M. Roque me retient à dîner; mais auparavant, vers cinq heures, alors que le soleil est sur le point de disparaître, nous faisons en voiture, par une température délicieuse, une charmante promenade au Jardin public, dans les beaux quartiers qui avoisinent le palais du Gouvernement et la cathédrale, puis au Jardin botanique, fort intéressant et très bien tenu. J’y admire deux superbes tigres, mais ce qui me frappe le plus, c’est de voir que ces allées et ces jardins, d’une création relativement récente, sont déjà peuplés d’arbres magnifiques, au tronc énorme, au développement exubérant; sous l’inffuence d’un climat

humide et chaud en toute saison comme celui de la Cochinchine, la végétation ne subit aucun temps d’arrêt, et les arbres croissent avec une rapidité vraiment extraordinaire.

La campagne, partout bien cultivée, est ravissante. Après la chaleur énervante de la journée qui oblige les Européens à faire la sieste, ou du moins à se renfermer dans leurs appartements de dix heures du matin à quatre heures du soir, je ne connais pas de plus vif plaisir que celui de respirer un air frais, et de se sentir rapidement entraîné sur de belles routes bien ferrées et parfaitement unies; le sable rouge dont on se sert pour les entretenir, la teinte fauve du sol, l'éclatante verdure qui vous environne, cette vivacité, ce contraste des couleurs, tout concourt à charmer vos regards et à augmenter votre bien-être à celte heure bénie du jour, — qui, pour bien des gens, n’est, hélas! que l’heure de l’absinthe.

Après le dîner, nous allons au Cercle, où je fais connaissance avec le capitaine du Battambang , M. Hamelin, ancien collègue de M. Dutreuil de Rhins au service de l’Annam, et ayant comme lui commandé un des cinq bâli- . ments de guerre dont j’ai parlé plus haut. Il me présente à mes deux futurs compagnons de voyage, un Anglais et un Allemand, qui vont entreprendre comme moi une excursion de touriste aux ruines dJAngkor. Le premier est M. Coop, directeur à Saigon de la Hong-kong and Shanghai bank ; quant au second, je le reconnais immédiatement pour avoir fait avec lui, en octobre 1878, une traversée sur ÏAnadgr, de Marseille à Pointe-de-Galle : c’est M. Detmaring, négociant fixé depuis de longues années à Saigon, et associé du consul anglais M. Haies. Tous deux parlent très bien le français; nous ferons, je l’espère, bon ménage. Il n'y a pas d’autres passagers Européens.

9 décembre. — Favorisés par le reflux et le courant, nous avons descendu la rivière en moins de quatre heures.

DE SAIGON A ANGKOR

A son embouchure, on stoppe, car il fait encore nuit, et il existe des bas-fonds dangereux entre le delta secondaire du Donnai et celui beaucoup plus important du Mékong, dans lequel il s’agit de pénétrer. Dès que le jour paraît, on se remet en route. La mer est houleuse; notre petit vapeur à roues, peu chargé, est rudement secoué, mais bientôt nous retrouvons le calme dans le Gua-tieu, la plus orientale des bouches du grand fleuve.

Le Mékong, communément désigné autrefois sous le nom de Cambodge, est le plus puissant cours d’eau de l’Indo- Chine; c’est aussi l’un des fleuves les moins connus du monde. De 1866 à 1868, une expédition française, commandée par M. de Lagrée, explora son cours inférieur et moyen, mais ne put parvenir à le remonter jusqu’à la frontière de Chine. On suppose que le « Capitaine des eaux 1 » est le même fleuve que le Lanlzan-kiang qui coule dans une des longues vallées parallèles du Tibet oriental, et dont la source est voisine de celle du Yang-tsé-kiang.

Le volume de ses eaux est considérable; en de certaines parties de son cours, son niveau s’élève de 10 mètres, à l’époque des crues. Malheureusement, le Mékong ne peut être utilisé comme voie commerciale que sur une faible étendue; au delà du royaume du Cambodge, des cataractes, des rapides infranchissables, s’opposent à la navigation. Son delta, en y comprenant la péninsule de Camao, terre évidemment déposée par le courant fluvial, mesure plus de 300 kilomètres du S. -O. au N.-E. Il tend sans cesse à s’accroître ; la ligne des bas-fonds se prolonge au delà des côtes jusqu’à une cinquantaine de kilomètres

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