‹ Un tourlourou (volume 2)Chapitre 23 sur 28 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

«N aOMAN A DEUX.

Pourquoi Pierre n'avait-il pas retrouvé Marie sous la porte cochère où elle devait l'attendre pendant qu'il courait chercher une voiture? C'est ce qu'il faut aussi que nous sachions.

Marie grelottait, frissonnait en regardant tomber la plcie. et elle trouvait déjà que Pierre tardait beaucoup à revenir, lorsque tout à coup quelqu'un descendit un escalier derrière elle . c'était un monsieur mis avec élégance. 11 passe près de Marie «ans la voir, car il faisait déjà nuit; puis il s'approche du cabriolet en criant : — Allons, Tony !

Le jockey baisse le tablier ; ce monsieur va monter dans son cabriolet lorsque Marie, qui a reconnu sa voix, s'écrie :

— Àh 1 mon Dieu... monsieur le comte d'Aubigny !

C'était en effet le brillant Alfred qui venait de faire un° visite dans la maison où s'était abritée Marie; en s'entendanta^k.^er. il s'arrête, aperçoit une femme et s'approche d'elle.

— Qui donc est là, qui me connaît?...

UN TOURLOÙROU. SB»

— C'eut, moi. monsieur Je comte!*..

— \ij«s... en maisi cette voix!... se pourrait-il?... c'est Marie... la cnarmante Marie...

— Oui, monsieur, c'est bien moi.

— Eh, mon Dieul que faites-vous là... seule... sous cette porte?,..

— Monsieur, il pleut tant ; j'attendais une voiture.

— Mon cabriolet est tout à votre service.

— Gomment! c'est votre cabriolet qui est là?

— Sans doute... mais vous êtes mouillée... vous tremblez, je crois...

— C'est que j'ai bien froid.

— Vous ne pouvez pas rester là 1 ... cela n'aurait pas le sens commun... Montez donc dans mon cabriolet...

— Mais... c'est que... j'attendais... on devait revenir.

— Encore une fois, vous ne pouvez pas attendre là... ce n'est pas convenable... vous vous exposez à être insultée... d'ailleurs le portier va fermer sa porte; vous voyez qu'il s'y dispose; que ferez-vous dans la rue par le temps qu'il fait?

— Oh bien! alors... je vais monter avec vous... d'ailleurs il ne revient pas... il est peut-être encore à la salle de police.

Marie a dit ces derniers mots assez bas pour que le comte ne puisse les entendre. Celui-ci fait monter la jeune fille dans son cabriolet ; il s'y place à côté d'elle, le petit Tony monte derrière, et le cheval est lancé.

— En vérité, je ne reviens pas encore de ma surprise, dit le comte tout en fouettant son cheval. Comment! c'est vous, mademoiselle, vous que l'on a crue perdue... enlevée!... qui avez disparu si subitement de la maison de campagne de madame de Stainville!. . . Savez-vous que pendant quelques jours on s'est imaginé que c'était moi qui vous avais fait disparaître 1...

— Vous! monsieur... ah! on se trompait bien!

— Certainement qu'on se trompait, et personne ne le savait mieux que moi. Mais enfin il a dû vous arriver bien des aventures 1

— Oh! oui, monsieur, et je vous les conterai si vous le voulez...

— Vans me ferez grand plaisir... Mon Dieu, cette pluie nous va dans la figure., heureusement nous voici arrivés...

25f UN TOrrR LOTIR OU.

— Où cela, monsieur?

— Mais chez moi... Ah, mon Dieu!... vous m'y faite* ivnser! Et moi qui ne pense pas à vous demander votre adresse, pour savoir où je dois vous conduire...

— Mon adresse, mais je n'en ai pas...

— Comment, vous ne demeurez pas quelque part?

— Non, monsieur.

— Ah! c'est fort drôle!... Et où donc comptiez-vous aller ce soir?...

— Je vous dirai tout cela, monsieur... Si vous vouliez me mener... me conduire chez madame de Stainville.

— Chez madame de Stainville? très-volontiers! mais c'est bien loin d'ici! rue Saint-Dominique, faubourg Saint-Germain.

— Je ne sais pas où c'est, monsieur.

— Et vous êtes mouillée... ce cabriolet ne vous abrite pas... Tenez, voulez-vous vous reposer un instant chez moi?... nous allons trouver un bon feu... et deux de mes amis qui doivent m'aitendre pour diner... je leur avais donné parole pour six heures; il en est plus de sept... Pendant que vous vous chaufferez, on ira chercher une voiture, puis je vous mènerai chez madame de Stainville... qui sera enchantée de vous revoir! car elle vous croit perdue... morte même, et elle est désolée!... Eh bien! cela vous convient-il ainsi?

— Oui, monsieur, je le veux bien.

Le cabriolet s'arrête devant une fort belle maison de la rue d'Antin. La porte cochère s'ouvre, la voiture entre dans la cour, d'Àubigny descend, donne la main à Marie, et la fait monter par un superbe escalier jusqu'au second étage; un valet attendait avec de la lumière. La jeune fille se laisse toujours conduire par son guide, qui lui fait traverser plusieurs pièces meublées avec luxe; enfin il s'arrête dans une chambre plus petite, toute tapissée en cachemire. Là le feu pétille dans une jolie cheminée gothique, là les pieds ne se posent que sur des tapis épais et soyeux; des globes artistement travaillés sont suspendus au plafond, et recèlent une lumière douce qui a quelque chose de mystérieux; des coussins disposés tout autour de la chambre invitent au repos , tandis que des glaces fixées au-dessus répètent l'image des personnes qui entrent dans ce délicieux 6éjour.

Marie s'assied près du foi en jetant les yeux autour d'ede,

et l'on voit dans ses regards l'admiration que lui fait éprouver l'aspect de cet élégant boudoir.

— Chauffez-vous... mettez-vous là tout contre le feu, dit d'Aubigny en jetant de côté son surtout. Mai3 vos pieds sont mouillés...

— Oli! oui... mes jolis souliers sont perdus... j'en suis bien fâchée 1

— Qu'importent les souliers l... c'est de vous qu'il faut s'occuper... je n'ai pas ici de souliers de femme, mais j'ai de délicieuses pantoufles fourrées, dans lesquelles vos petits pieds se sécheront... Legris, apportez des pantoufles à madame.

Le valet de chambre s'empresse d'exécuter les ordres de son maître ; Marie se laisse faire : elle chausse les pantoufles pendant que le comte dit à son domestique :

— Eh bienl où sont ces messieurs... au salon?

— Monsieur, ces messieurs se sont lassés d'attendre. Ils ont prétendu que vous les aviez invités pour six heures; ils ont attendu jusqu'à sept, et sont partis.

— Quoi, vraiment! Dalville et de Fombreuse?...

— Ils sont partis il y a dix minutes, monsieur.

— Ahl ah! c'est fort plaisant... Gomment me trouvez-vous, mademoiselle Marie, j'invite du monde à dîner chez moi, puis j'oublie mes convives, et je ne rentre pas!...

— Moi, monsieur, je vous aurais toujours attendu.

— Oh ! mais vous, c'est que vous êtes femme , et que vous êtes bonne... non que je veuille dire que vous êtes bonne parce que vous êtes femme!... A propos, avez-vous dîné?

— Oui, monsieur.

— Ah ! c'est dommage, car je vous aurais priée d'accepter mon dîner.

— Vous n'avez donc pas dîné, monsieur?

— Non... j'ai oublié l'heure dans la maison où j'étais, et c'est bien pardonnable quand on est avec celle...

Le comte s'arrête, comme s'il pensait qu'il n'est pas convenable de prendre Marie pour sa confidente; celle-ci le regardait et semblait attendre la fin de sa phrase. D'Aubigny reprend :

— Je vous avouerai que j'ai très-faim!

— Mon Dieu, monsieur, dînez, ne vous gênez pas, je vous en prie, je puis très-bien attendre... Maintenant je ne suis plus sous une porte cochère.

— Oh! que vous êtes aimable! th bien! je vais profiter de votre permission ; mais afin de ne point vous quiiter, si vous le permettez, je dînerai ici près de vous.

— N'ètes-vous pas le maître, monsieur?...

— Je ne le suis jamais lorsqu'une dame est avec moi. LegrisJ... servez-moi à dîner ici... Un seul couvert, madame ne veut rien prendre.

Legris s'empresse d'exécuter les ordres de son maître. Bientôt une petite table élégamment servie est apportée dans le boudoir, et placée près du feu. Marie regardait de temps à autre autour d'elle , comme pour s'assurer qu'elle ne rêvait point. 11 lui semblait si extraordinaire d'être maintenant chez le comte d'Aubigny, qu'elle était forcée de rassembler les circonstances qui l'avaient amenée là, pour se dire qu'elle n'était pas le jouet d'un songe; cependant l'émotion qu'elle ressentait n'avait rien de pénible, et les battements précipités de son #pur n'étaient point causés par l'effroi.

D'Aubigny se met à table, puis il dit à Marie :

— Je n'ai point oublié que vous m'avez promis le récit de vos aventures... et je suis bien curieux de l'entendre... Si vous étiez assez aimable...

— Oh!... je ne demande pas mieux... Je vais vous dire tout ce qui m'est arrivé depuis que vous ne m'avez vue.

Marie commence son récit. D'Aubigny l'écoute avec attention; mais il l'interrompt pour s'écrier :

— Daulay !... qui l'aurait cru!... c'est Dauh.y qui vous avait enlevée!... Cet homme dissimule comme un traître de mélodrame! Pauvre madame de Stainville! si elle avait su cela... elle se serait peut-être repentie de vous avoir offert ses services. Mais continuez, je vous en prie.

Marie poursuit son récit, et le comte s'écrie bientôt :

— Ce Pierre est un brave garçon!... on voit qu'il vous est tout dévoué 1 Si j'étais colonel de son régiment, je l'avancerais, rien que pour ce qu'il a fait pour vous.

Marie continue de conter; lorsqu'elle arrive à ses aventures avec Bellepêche, d'Aubigny ne peut modérer l'excès de sa gaieté, il rit à en pleurer, en s'écriant :

— Comment! Bellepêche aussi 1 le vieux garçon est devenu un Don Juan!... un rouél... Ohl c'est pour en mourir... Pauvre Marie!... voilà les inconvénients de la grandeur : c'est votre

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futur titre de duchesse qui vous a fait faire ces deux conquêtes,., car... permettez-moi de vous le dire, malgré votre charmante figure, je crois que ces messieurs n'auraient point songé à vous si vous étiez restée... ce que vous étiez autrefois.

— C'est ce que Pierre me disait aussi, monsieur.

— Il vous aime bien ce jeune homme-là.

— Il me l'a dit, monsieur...

— 11 vous a connue lorsque vous n'étiez qu'une paysanne?

— Oui... et même alors... il a voulu m'épouser... mais je l'ai refusé... parce que... je n'éprouvais pas d'amour pour lui.

Le comte réfléchit quelque temps, et dit ensuite à Marie •

— Si vous m'en croyez, mademoiselle, lorsque vous serez chez madame de Stainville, vous ne lui parlerez pas de vos aventures avec MM. Daulay et Bellepêche.

— Pourquoi donc cela, monsieur?

— Parce que, dans le monde, il y a beaucoup de choses qu'il faut savoir pardonner. Madame de Stainville ne sera, certes, pas contente de savoir que M. Daulay vous avait enlevée... vous devez en comprendre le motif...

— Ah! vous avez raison, monsieur... je ne voudrais pas lui causer de peine... je ne parlerai point de M. Daulay.

— Fort bien ; mais si vous êtes généreuse pour l'un, pourquoi ne le seriez-vous pas pour l'autre? et, entre nous, la fin de l'aventure, la chute de Bellepêche au milieu des assiettes et des verres cassés, l'aura, je crois, suffisamment guéri de son envie de faire le séducteur!... Le pauvre homme se souviendra de ta leçon !

— Si vous me le conseillez, monsieur, je veux bien aussi ne pas parler de la conduite de M. Bellepêche avec moi... mais, mon Dieu!... que dirai-je lorsque ma protectrice me demandera ce qui m'est arrivé... ce que je suis devenue depuis que ie suis partie de chez elle?...

D'Aubigny sourit en disant .

— En effet, nous n'avions pas pensé à cela... Il faudra bien que vous disiez quelque chose... car le premier soin de madame de Stainville sera de vous questionner. Ma foi, alors... il faudra inviter un roman... une histoire... n'importe quoi... vous pourrez dire tout ce que vous voudrez, je vous garantis que MM. Daulay et Bellepêche se garderont bien de vous démentir.

— Mais, monsieur, c'est que je ne sais pas faire de romans, dit Marie en fixant ses beaux yeux sur le comte.

— Ohî c'est singulier! toutes les femmes savent en faire Eh bien, écoutez, je vous aiderai... nous allons chercher tous deux ce que vous pourrez conter à madame de Stainville... Legris, ôtez-nous tout cela.

Le valet de chambre s'empresse d'enlever le couvert, la table, de refermer la porte du boudoir. Alors le comte revient s'asseoir près du feu, tout à côté de Marie, qui depuis longtemps n'avait plus froid.

— Voyons, faisons un roman à nous deux, dit d'Aubigny en regardant la jeune fille qui est près de lui, et qui baisse les yeux depuis qu'elle se voit seule avec le comte.

— Ce doit être une chose fort agréable que de composer un roman en société avec une jolie femme, reprend le comte en souriant.

— Je ne sais pas, répond timidement Marie, j'ignore ce que c'est qu'un roman...

— Je vais vous l'expliquer : on appelle ainsi des aventures imaginaires que l'on compose, et que l'on imprime pour récréer ce pauvre monde, qui a tant besoin d'être amusé. Mais quelquefois aussi, dans un roman, l'auteur ne raconte que ce qu'il a vu, ce qu'il a observé ; ses caractères sont pris dans le monde, dans la société; alors il les fait parler naturellement, et comme parleraient les personnages eux-mêmes: il ne donne point à un paysan le langage d'un marquis, à une grisette le bon ton d'une dame, il ne prête poin' à ses héros des vertus que l'on ne rencontre jamais dans le monde; il n'entasse pas non plus crime sur crime, et forfaits sur forfaits, parce que, grâce au ciel, les criminels sont aussi des exceptions, et qu'il prend ses tableaux dans la généralité; enfin, il peint les mœurs de l'époque avec le langage de l'époque, et ne juge pas nécessaire de fouiller dans un dictionnaire de vieux mots, et d'y prendre des expressions qu'on n'emploie plus pour parler d'objets qu'on emploie encore. Celui-là ne s'adresse pas spécialement à une classe en disant : J'écris pour vous qui savez me comprendre; il tâche d'être compris par tout le monde; et, s'inquiétant peu des critiques pédantes ou des injures grossières de ces aristarques qui méprisent le naturel parce qu'ils ne peuvent y atteindre, il pousuit sa carrière, persuadé que, dans tous les genres, il n'y a de vrais

succès que pour le vrai mérite; rendant hommage au talent partout où il le trouve, et ne demandant pour lui que la justice .qu'il rend aux autres.

— Je ne comprends pas encore ce qui me regarde dans tout cela, dit Marie en levant un peu les yeux sur d'Aubigny.

— Ah! pardon, pardon, mademoiselle!... je me laisse aller à une digression qui n'a aucun intérêt pour vous. Revenons à notre sujet... ou plutôt cherchons notre sujet, puisque c'est cela qui nous manque. Un roman est souvent un conte... Faisons donc un conte pour madame de Stainville.

— Un conte, je comprends cela beaucoup mieux.

— Il est permis de mentir lorsque c'est pour éviter une peine à quelqu'un. Vous pourrez donc sans remords mentir à madame de Stainville.

— Mon Dieu... je vous ai déjà dit... que je me conduirai comme vous me le conseillerez.

— Vous êtes vraiment trop aimable... Mais revenons à notre roman. Ordinairement, dans ces ouvrages-là, c'est l'amour qui forme le fond de l'intrigue.

— L'amour! répond Marie en baissant de nouveau les yeux.

— Sans doute... Quoi de plus naturel, de plus ordinaire que ce sentiment?... C'est lui qui bouleversa le monde... c'est lui qui le renouvelle sans cesse... Partout où il y aura un jeune homme, une jeune femme, l'amour viendra se mettre en tiers... surtout lorsque la femme sera jolie... comme vous...

Marie rougit en répondant bien bas :

t- Vous croyez donc que l'on peut m'aîft»**?...

— Devez-vous en douter!... ce qui vous est arrivé déjà d« vous le preuve-t-il pas aussi?

— Vous m'avez dit qu'on ne m'avait enlevée que parce que je serai duchesse.

— Cela n'empêche pas que d'autres ne puissent aussi vous aimer pour vous-même...

— Ah!... je l'ai cru... lorsque je n'étais qu'une pauvre fille d'auberge!... mais j'en doute à présent.

— Cependant ce jeune soldat, ce Pierre, vous a prouvé qu'il avait toujours pour vous le même attachement...

— Pierre... oui... Pierre a de la mémoire, lui... mais il en esC" d'autres... qui m'ont dit des choses... qu'ils ont oubliées depuis*

tftt UN TOURLOUROU.

Marie se tait. D'Aubigny en fait autant, mais il rapproche sa chaise du coussin sur lequel est la jeune fille, et, comme sans y penser, prend la main de Marie qu'il presse dans les siennes.

— Et ce roman? dit Marie après quelques instants de silence.

— Ah! oui, vous avez raison... ce roman... Nous disons d'abord : un jeune homme qui aime une jeune fille... C'est vous qui serez la jeune fille... puisque c'est vous qui devez être l'héroïne du roman que nous allons faire.

— Et puis après, monsieur?

— Un jeune homme est devenu éperdument amoureux de vous... il vous a vue... lorsque vous étiez encore au Tourne- Bride...

— C'était un jeune homme du grand monde... et quoique je ne fusse alors qu'une paysanne... il m'a dit qu'il m'adorait...

— Oh! non... non... pour notre roman, j'aimerais mieux que ce ne fût qu'un villageois... quelque riche fermier...

— Non... moi je veux que ce soit un homme du grand monde.

— Si vous y tenez absolument... Cependant j'aurais préféré un villageois, parce que notre roman allait tout seul... vous aimant déjà, il vous aurait aperçue dans les jardins de madame de Stainville, vous aurait épiée; puis, profitant du départ delà société, vous aurait enlevée, conduite dans une maisonnette éloignée, où il vous aurait tenue enfermée... vous auriez toujours résisté à son amour, et enfin, un jour, vous seriez parvenue à vous sauver. Vous voyez que le roman va tout seul.

— Comme vous voudrez, monsieur, répond Marie en retirant uvement sa main que d'Aubigny tenait toujours.

— Est-ce que mon roman ne vous plaît pas? dit le comte surpris de la tristesse qu'expriment les traits de la jeune fille,

— J'avoue que j'en avais fait un autre, dit Marie en cherchant à retenir ses larmes prêtes à couler. Oh! oui... j'en avais fait un... car à présent je comprends très-bien ce que c'est qu'un roman.

— Voyons le vôtre, alors...

— Ce n'est pas la peine. D'ailleurs, vous ne voulez pa<*... vous ne concevez pas qu'un monsieur bien élevé puisse m'aimer... Ah! vous avez raison... et moi j'étais une sotte de le croire... mais c'est fini... oh 1 c'est fini I... je ne le croirai plus jamais!...

UN TOUitLOUROU. 561

Et Marie sanglote en achevant ces mots, car elle n'est pas maîtresse de cacher ce qu'elle éprouve. En voyant pleurer cette jeune fille si jolie et si naïve encore, le comte se sent vivement ému. Il se rapproche d'elle, l'entoure de ses bras en lui disant

— Marie, pourquoi donc pleurez-vous ainsi?... qu'avez-vous?

— Ce que j'ai... vous me le demandez!...

— Serais-je assez malheureux pour vous causer du chagrin?

— Vous... Oh! non, monsieur, c'est moi qui ai tort... qui ai cru... Aussi pourquoi m'embrasser si tendrement quand j'étais à l'auberge... pourquoi me dire que vous m'adoriez?... Je me suis toujours rappelé vos paroles...

— Quoi! Marie, c'est pour cela?

— Oh! non, c'est mon roman que je vous conte... c'est une histoire que je fais... Tout cela ne peut pas être, je le sais bien.,. C'est comme ce jour où, dans un bosquet, dans le jardin de madame de Stain ville, vous m'avez rencontrée... alors vous êtes encore venu près de moi... vous m'avez tenue dans vos bras longtemps...

— Vous vous rappelez tout, Marie!...

— Mais c'est encore le roman que je vous raconte... Je me suis imaginé tout cela, car cela n'est jamais arrivé... Est-ci que vous pouvez m'aimer, moi?... non, non, c'est un rêve..0 je ne sais pas pourquoi je pleure... Ah I tenez, je ne sais ce qu« je dis.

La jeune fille pleurait toujours. D'Àubigny la presse dans sca bras en s'écriant ■

— Non, ce n'est point un rêve, Marie... je vous ai dit quç je vous aimais... Ah ! je vous le dis encore... qui pourrait voit tant de charmes sans en être épris?... Chère Marie, n© ptaurax donc plus...

— Non, non... vous ne pouvez pas m'aimer! répend la jeune fille en repoussant doucement le comte.

— Marie 1 vous ne pensez pas cela... Chère Marie... c'est peut-être parce que je redoutais le pouvoir de vos yeux que je fuyais les occasions de me trouver seul avec vous.

— Ah! ne me dites pas celai... je vous croirais encore, «* après je serais plu? malheureuse.

*- Ah l Marie, que vous êtes jolie!... Ah! ne me repottrar? pas... vous m'avez avoué que vous m'aimiez...

2H VS iOURLOUROC.

— Mais ce n'est pas une raison... et ce roman... Ohl lai?s moi, je vous en prie...

— Marie, ne me permettrez-vous pas de vous embrasser comme autrefois?... Vous me laissiez faire quand vous étiez paysanne... la petite duchesse ne sera-t-elle plus la même pour moi?

— Oh! si., toujours la même... mais vcus ne Cambrassiez pas ainsi... Q mon Dieu... et ce roman... Ah! si vous m'aimiez toujours l

D'Aubigny avait perdu la raison en embrassant Marie; bientôt le roman fut entièrement fini, et cette fois, Pierre ne se trouva pas là pour mettre obstacle au dénoûmenU

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