‹ Un tourlourouChapitre 12 sur 55 · vy TonLLOuRou · texte numérisé non relu

vy TonLLOuRou

mettre son bonnet sur sa tête, et,s'eniparant du plat, cause de son désespoir, descend à sa cuisine où il appelle tout son monde.

« Marie, avez - vous mis quelque chose » dans ce mets avant de le servir ?

» — JMoi! monsieur, vous savez bien que » je ne me permettrais jamais cela.

» — C'est vrai, mon enfant... je vous sais » une fille respectueuse pour tout ce qui » sort de mes fourneaux. . . et puis vous » n'avez point de goiït pour la cuisine. » Est-ce vous, grosse Catherine ? »

La grosse Catherine était une fille que l'on employait aux gros ouvrages quand on avait besoin d'aide. Elle jure n'avoir pas approché des casseroles.

€ Et toi, Petit-Jean .'^ » dit maître Gobinard en s'adressant à son marmiton.

« — Moi , » répond le petit élève en se

» grattant l'oreille, « j'ai mis ce que vous

» m'avez dit.... le coulis.... le réduit.... pour

» donner de la couleur... vous avez même

~ » trouvé la couleur superbe...

va TODRLOUROU. 15

> — C'est vrai... mais où as-tu pris ce ré- « duit?... — Pardi... là... tenez; dans ce » pot... »

Le marmiton va chercher un pot qu'il apporte à son maître ; cehii-ci trempe son doigt, goi^te, puis laisse tomber le pot en s'écriant :

« Ah ! misérable! tu t'es trompé... au lieu » de coulis, tu as mis de la mélasse!... Ah! » je ne m'étonne plus si cela avait un goT^t » de médecine !...

» — De la mélasse!... » répond Petit-Jean, en ouvrant des grands yeux.

« — Eh oui!... cuistre!... de la mélasse!...

» — Est-ce que cela les rendra malades? » demande Marie.

» — Non!... mais je n'en suis pas moins » perdu de réputation!... un plat exquis est i> devenu détestable, grâce à ce drôle qui y

• introduit de la mélasse!... Petit- Jean, je » t'ordonne de courir après la calèche de » madame de Stainville, je t'ordonne de la » rattraj)er, et dès que tu en seras proche,

• de lui crier : Madame ! c'était de la mé-

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» lasse... c'est ma faute, c'est moi qui me » suis trompé!...

Va, polisson , va , et rattrape la calèche, » ou ne rentre plus chez moi! »

Petit-Jean, qui n'a jamais vu son maître dans une telle colère, se hâte de sortir, et court de toutes ses forces sur la route que la calèche a suivie, en criant:

« C'était de la mélasse !..., mais ca ne » vous rendra pas malade, c'est moi qui me » suis trompé de pot. »

Petil-Jean a disparu. M. Gobinard s'est laissé aller sur une chaise ; après toutes les secousses qu'il vient d'éprouver, l'aubergiste a besoin de repos. Mais de temps à autre il frappe de son poing une table qui est près de lui, et murmure :

« De la mélasse !... voyez pourtant à quoi » tiennent les réputations !... je vais peut- » être passer pour un gargotier dans l'esprit » de ces gens de Paris!... c'est désespérant! » c'est à s'arracher les cheveux !... »

Marie s'est approchée de l'aubergiste: elle essaie de le consoler ; mais il la repousse brusquement en lui disant :

• Laisse-moi, Marie, laisse-moi... tu ne » sais pas ce que c'est qu'une réputation à » conserver... tu ne sais pas ce qu'il faut de » travail, de temps pour l'acquérir!... va te » reposer... va coucher... mais laisse-moi. » La jeune fille obéit; d'ailleurs elle ne sera pas fâchée d'être seule dans sa chambre pour y rêver tout à son aise. Vous croyez peut-être qu'elle va penser à ce pauvre Pierre, qui s'est fait soldat parce qu'elle n'a pas répondu à son amour... oh ! vous vous trompez... est-ce qu'une femme s'occupe de 1 homme qui pleure pour elle ? I\ on , vraiment, celui qui trouble son àme, qui lui revient sans cesse à l'esprit, celui auquel elle pense toujours, c'est le mauvais sujet qui veut la séduire, c'est le libertin qui la lutine et lui ravit des baisers que l'amoureux timide n'ose même pas demander ! il est vrai que cet homme-là est beaucoup plus gai que celui qui soupire et pleure, et les femmes aiment surtout qu'on les fasse rire. Marie s'est donc éloignée. Goblnard est resté seul dans la salle, où il continue de

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