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perges ou de leurs beaux pêchers j à dire combien il avaient récolté d'abricots , et le nombre de pots de confitures qu'ils en avaient tirés. Mais à la campagne , on est fort indulgent sur le choix de la société ; pourvu que les personnes soient à peu près présentables, on s'en contente, et on y passe des journées près de gens avec lesquels à Paris on ne voudrait pas causer un quart d^heure.
M. Daulay, qui craignait surtout de rester en tête à tète avec madame de Stainville , lui conseillait souvent d'inviter ses voisins à venir la voir ; car la compagnie de M. Bellepêche et du comte d'Aubigny n'était pas suffisante pour garantir la jeune sigisbé des entretiens intimes. M. Bellepêche se levait tard ; il était fort longtemps à sa toilette , et quand il descendait, c'était pour déjeuner; il remontait ensuite dans sa chambre pour desserrer la boucle de son pantalon et les cordons de son gilet; cette opération terminée , il se regardait de nouveau dans une glace, se mirait de face, de profil,
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essayait même de voir son clos, puis redescendait, bien persuadé qu il était toujours le plus bel homme de France et de Navarre. Alors M. Bellepêche se rendait au salon j il parcourait les journaux, les brochures, en ayant soin de s'asseoir toujours vis-à-vis d'une glace, de manière à pouvoir admirer son torse, ou sa figure, toutes les fois qu'il tournait un feuillet. Après une heure de lecture, le célibataire allait faire une promenade dans le jardin; mais il marchait à pas comptés, dans la crainte de s'échauffer; s'arrêtant dès qu'il croyait se sentir en sueur quelque part, il tirait son mouchoir, s'essuyait, s'éventait, s'asseyait, et très-souvent s'endormait pendant deux ou trois heures. Au réveil, se sentant plus léger, plus leste, parce que la digestion de son dîner était faite, M. Bellepêche. remontait dans sa chambre, et là il resserrait les cordons de son gilet et la boucle de son pantalon. Puis il se mirait encore, se trouvait mince , svelte, et descendait au salon en faisant petit ventre. Au dîner, il s'abandonnait à son appétit.
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qui était toujours bon ; il mangeait beaucoup et longtemps, goûtait de tous les plats» et au dessert tàtait à tous les fruits. Après le dîner, on retournait au salon , mais là JM. Beliepêche s'apercevait qu'il ne respirait plus avec autant de facilité j aussitôt après avoir pris le café, il remontait à sa chambre, relâchait la boucle de son pantalon, puis redescendait au salon, en se donnant de l'air avec son mouchoir. C'était à cette époque de la journée que M. Beliepêche s'appliquait à faire l'aimable, et qu'il s'entortillait dans des histoires arrivées en Suisse et dont la fin était entièrement étrangère au commencement. CAa. dui'ait jusqu'au moment où on se souhaitait le bonsoir. M. Beliepêche retournait alors dans sa chambre, et là il commençait par lâcher tous les boutons de son pantalon et de son gilet; mais cette fois c'était pour se mettre complètement à son aise. Les jours suivants, c'était exactement la même conduite.
Passons au comte d'Aubigny : madame de Stainville avait deviné qu'un motif étran-
ger aux plaisirs de la campagne l'avait conduit chez elle; il n'était pas probable, en effet, que l'homme le plus à la mode, le plus recherche, le plus aimé des belles, serait venu passer son temps chez une petite maîtresse de quarante-huit ans , dont aucun motif ne le forçait à être le complaisant, si quelques raisons secrètes ne l'avaient attiré là.
Mais à Paris, dans une réunion nombreuse, le comte avait rencontré une femme dont la beauté, la tournure noble et décente l'avaient frappé. C'était madame Darmentière , jeune veuve qui regrettait beaucoup le mari qu'elle avait perdu, et allait fort peu dans le monde, où elle portait toujours un air de réserve, un front sérieux qui donnait à sa beauté quelque chose de sévère, et faisait souvent expirer sur le bout des lèvres les galanteries qu'on aurait voulu lui adresser.
D'Aubigny avait remarqué madame Darmenlière(une femme qui regrette sincèrement son mari doit nécessairement être remar-
quée); il s'était approché d'elle, avait essayé de causer, de faire connaissance, on lui avait répondu avec politesse , mais avec froideur, et, le comte qui était trop adroit pour s'imposer brusquement à quelqu'un, avait senti qu'il faudrait du temps pour se lier avec la belle veuve.
Mais bientôt le hasard lui fait découvrir que madame Darmentière vient d'acheter une maison de campagne près de la Roche Guvon ; c'est aussi dans ces environs que madame de Stainville possède une propriété; d'Aubigny y a déjà été plusieurs fois, mais il n'y passait que quelques jours. Il s'empresse alors d'aller demander à madame de Stainville si elle voit à la campagne une nommée madame Darmentière, on lui répond que pendant l'été on a fort souvent le plaisir de la recevoir , parce que la belle veuve , ([ui va peu dans le grand monde , et que l'on voit rarement à Paris dans les réunions, se livre davantage à la campagne, où l'on vit en dehors de toute cérémonie, et qu'elle n'y fuit pas la société de ses voisins.
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Ces renseignemens avait suffi pour donnera d'Aubigny le plus grand désir de retourner à la campagne de madame de Stainville, et c'est pourquoi nous lavons vu arriver en calèche avec MM. Daulay et Bellepêche.
Dès le lendemain de son arrivée, le comte va se promener dans les environs , et cherche la propriété de madame Darmentière ; il n'a pas de peine à la trouver ; aux champs on connaît ses voisins , et il serait difficile de s'y cacher, car les paysans sont généralement curieux.
D'Aubigny s'approche de la maison qu'on lui a indiquée; elle est petite, mais jolie; une grille placée devant, et fermant une cour plantée d'arbres, permet de voir dans une partie des jardins. D'Aubigny s'arrête, regarde; il voudrait apercevoir madame Darmentière ; il reste longtemps immobile devant la maison. Au bout de quelque temps un jardinier sort et vient à lui :
« — Est-ce que monsieur demande quel- » qu'un ?
» — Est-ce qu'il n'est pas permis de re-
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» garder ce jardin ?.... — Pardonnez-moi, » monsieur, — Vous avez des fleurs super- » bes ! — - Monsieur est bien honnête. — » Cette maison n'appartient-elle pas à ma- » dame Darmentière? — Oui, monsieur.
» — Et... elle y est maintenant? — Non, » monsieur, madame n'est pas encore arri- » vée de Paris; mais nous l'attendons, elle » ne doit pas tarder à venir. »
Le comte s'éloigne en se disant : * Que » les amoureux sont stupides I... je restais ' » là, planté devant cette grille... j'y serais « peut-être encore si ce brave homme ne )) m'avait dit que sa maîtresse est à Paris... » Après tout... n'ai-je pas le temps de voir >• cette dame!... je n'en suis certainement " pas amoureux... a peine si je la connais... » elle est fort bien... mais il y en a mille » plus jolies.., je n'ai presque pas causé avec » elle... à peine si elle m'a répondu quelques » mots... il me serait difficile d'affirmer si » elle a de l'esprit.., elle doit en avoir... ses » yeux en promettent... mais les yeux d'une » femme promettent tant de choses!... Les
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» femmes les moins spirituelles savent quel- » quefois donner à leurs regards beaucoup » d'expression... on y est trompé bien sou- ■ vent. »
D'Aubigny est obligé de se contenter encore de la société qui vient chez madame de Stainville ; miiis ie temps lui semble long au milieu de ces bourgeois campagnards dont les femmes et les filles ne savent faire que de gauches révérences; Dauhiy fiiit ce qu il peut pour s'attacher aux pas du comte: c'est un moyen de ne pas rester seul avec 1;« tendre Stainville, qui voudrait toujours se promener dans les allées sombres et solitaires ; et M. Bellepèche, quand il a convenablement desserré ou relâché la boucle <le son pantalon, cherche le comte pour lui parler de ses voyages en Suisse; mais toi t cela paraît fort monotone à d Aubigny, qui serait déjà retourné à Paris, si chaque jouril n'avait l'espoir de voir arriver madame Darmentière; quelquefois il a lidée d'aller au Tourne-Bride luliner la petite 3Iarie. mais il y a cinq quarts de lieue pour arriif." ' 5
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ver à l'auberge où est la jolie iiile, et pendant qu'il irait là, une autre femme, moins jolie peut-être, mais dent !a conquête serait bien plus {laiteuse, peut venir faire visite à madame de Stainville.
L'intérieur de la maison de campagne commençait à devenir assez triste; madame de Slainville boudait Daulay parce qu'il ne la menait ni dans le labyrinthe ni dans la grotte ; Daulay avait de l'ennui d'être sans cesse obligé de promener une petite maîtresse de quarante-huit ans, dont la sensibilité devenait très-exigeante. Bellepêche , après s'être miré dans toutes les glaces de la maison , et avoir marché en rentrant son ventre, aurait voulu que quelque femme fat là pour prendre garde à lui. Enfin , d'Aubigny , qui ne voyait pas arriver madame Darmeutière, ét^ùt fort maussade, et ne prenait pas la moindre peine pour être aimable.
Mais ainsi qu'un rayon de soleil dissipe les nuages et fait oublier une triste journée, ainsi il ne faut souvent dans une société qu'une personne de plus pour y ramener la gaîté , les plaisirs et le bonheur.
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