‹ Un tourlourouChapitre 17 sur 55 · UN TOUaLOUKtOïi · texte numérisé non relu

UN TOUaLOUKtOïi

» des prunes de monsieur!., fi donc ! est-ce » que je mange de cela.!^... — Pourquoi donc » que vous n'en njangeriez pas? » répond Gaspard, « est-ce que vous croyez que mes » prunes sont venues pour des chiens ?.... » — Mon ami, tàcliez d'abord d'avoir im ton » plus poli, et de faire-attention à qui vous » parlez... vous n'êtes pas en ce moment » avec vos pareils. — Je ne suis pas avec mes » pareils... ah ben ! en v'ià une bonne à » c't heure... est-ce que vous n'avez pas un » nez, une bouclie et dtà oreilles comme » moi?... est-ce que vous pensez que je suis » une grenouille, par hasard? — Ah, mon » Dieu ! mais je reconnais ce rustre, » dit à demi-voix Daulay, « c'est celui que nous » avons déjà rencontré au Tourne-Bride,... » — Oh! je vous reconnais ben aussi, » moi, » dit Gaspard, qui avait entendu ce que le petit-n^aître n'avait prononcé qu'à demi-voix; « cest vous qui, l'autre jour, » m'avez appelé cet homiite l oh!... je vous

» ai ben remis tout de suite mais

» j'ai pas de rancune, allez, et je voits ven-

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r> drai des prunes tout de même qu'à un » autre! »

Gaspard ajoute en lui même : Tu les paieras double par exemple.

« — En effets » dit à son tour d'Aubigny , « c'est maître Gaspard qu« nous avons » le plaisir de retrouver.

» — Gaspard, comme vous dites... oh! je » ne changeons pas de nom, nous autres!... » c'est pas comme les gens de Paris, qui en » ont souvent un pour chaque quartier!

» — Toujours plaisant et caustique, maître » Gaspard !...

» — Allons, mesdames... voici le panier... » voulez-vous vous risquer?

» — Très-volontiers, » dit madame Darmentière, « d'ailleurs à la campagne il ne » faut pas être difficile... Mais elles sont très- 1 bonnes ses prunes!...

» — Pardi! j'crois ben, » dit Gaspard, « c'est de la reine-claude violette. — Alors » il fallait donc me le dire^ » reprend Daulay , « au lieu de me parler de chiens el de ' grenouilles.... — Pourquoi avez-votii iair

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» (le ravaler ma marchandise? — Diable! if » me paraît qu'il ne faut rien vous dii-e à vous » autres paysans! Voyons donc ces pru- « nés... — Je vous préviens qu'elle vaut six » liards la pièce, parce qu'il n'y en a plus... » la prune s'en va!... et celle-ci est la der- » nière...

B — Est-ce que ca ne me fera pas mal à » l'estomac, vos reines-claudes violettes? » demande Bellepèche en regardant Gaspard.

a — l'm'semble que vous n'avez pas l'air » trop poumonique ! » répond le paysan d'un air moqueur.

La société commence à s'amuser des saillies et de la brusque franchise de Gaspard qui n'est pas plus embarrassé au milieu de gens du grand monde que s'il était au cabaret.

« Voyons le raisin maintenant , « dit le comte.

» — Ah , dame ! le raisin n'est pas comme » la prune, il commence, lui... c'est pas en- » ocre tout miel , mais c'est déjà bon tout » de même...

» — Oh! non, ce n'est pas tout miel ! »

CN TouniiOtJiîOîj. 67

<lit Kaulay qui vient de goûter une grappe ; « si c'est avec cela qu'on fait du vin par ici, « ce'.! doit être excellent pour accommoder une salade!

» — Oh ! vous avez encore mangé queu- » que chose de plus mauvais que ça! » répond Gaspard d'un air goguenard.

« Non, certes, » dit Daulay, « je n'ai » jamais rien pris qui m'ait fait faire la gri- » mace à ce point,...

» Bath! bathl... cherchez ben... — Ha çà, » mais il est tout à fait plaisant ce paysan, » qui veut m'apprenclre ce que j ai fait...

» — Et moi je vous dis que vous avez fait j» une ben autre grimace quand on vous a " servi au Tourne-Bride des soles avec de la » méiasse.... et que vous avez eu peur d'être » empoisonné !...

» — i^Ia foi , ce brave liomme a raison , » dit d'Aubigny , et je suis de son avis... Ce » raisin , tout vert qu'il soit, est encore préï férablo aux filets des soles de maître Go- » binard. Ha çà, mais comment savez-vous » cette aventure ?...

C8 v:s lonuLOUKou.

>' — Oh! pardi! c'est tout simple, puiscfue » j'étais au Tourne-i3ride pendant que vous » diniez... Je vous ai entendu en sortant >' faire vos compliments à Gobinard — qui » se serait arraché les cheveux s'il en avait » eu. Enfin ^ j'ai appris comme ça toute l'af- » faire.... C'était son marmiton qu'avait pris » un pot pour un autre... delà mélasse pour " du bouillon... du coulis, du réduit!... est- » ce que je sais , moi !... si ben qu'on a en- » voyé le petit courir après voti'e calèche, y- pour vous apprendre ca , et que le marmi- « ton, au lieu de rattraper votre voiture, » s'est laissé tomber dans un bourbier, et >' est revenu tout couvert de vilaines ordu- » res sauf votre respect, et puis que le père » Martlneau, le professeur d'écriture, s'était >^ charité de vous apprendre la chose, et » qu'il s'est contenté de la dire au jardinier >> de madame, qui , a ce que je vois , ne l'a- » vait pas redile à sa maîtrsse, et v'ià toute » rhisloire, »

L;i compagnie a écouté avec attention le iccil de Gaspard , et M. Bellepôche s'écrie:

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« Voyez cependant à quoi tient notre exis- » tcnce !... Si ce petit marmiton avait aussi » bien pris de l'eau de javelle, nous eus- » sions ete tous empoisonnés!...

» — Voiiù ce que c'est que de manger chez » un traiteur de village !

» — A propos, » dit le comte, « et la jolie » Marie... la petite brune aux yeux si bril- » lïiuts, est-elle toujours au Tourne-Bride ?

ï — Tiens, sans doute!... et où donc vou- » (I liez-vous qu'elle fût?... Mais dites donc, » j V.i pas le temps de rester là... J'ai de l'ou- » vr.ige encore... Prenez-vous mon raison? » — Non... il est trop vert ! — Alors , payez-^ » n:oi mes prunes, et que ca finisse... Je ne » poMx pas passer ma journée comme vous , » à nse coucher sur le dos... c'est bon pour » les gens de Paris, ca. — Vous croyez donc » que les gens de Paris passent tout leur r> tfiups à se reposer ? — Ah! dame, je sais » bon qu'il y en a aussi qui travaillent^ qui » fbfit des ouvrages avec des plumes, de »' Tencre... un tas de grimoire, où je ne » connais goutte ! et dont je me passe bciiî

70 vys Tocniouuou.

» quoique le père Ivi^rlineau dise que je ne » suis qu'un âne... Mais les ânes gagnent » leur vie tout de même... Qui est-ce qui » paie de vous tous ?...

» — Tenez, l'ami, voilà pour vous, »

dit d'Aubigny en présentant une pièce de cinq francs au paysan. Celui-ci la prend en s'écrianl :

« — Ahben, à la bonne heure!... vous » n'êtes pas trop dur, vous!... quand on est » bon enfant avec moi, je le suis tout de » même!... Si vous voulez mon àne pour » vos dames, pour vous en revenir, je vas » vous le prêter, et vous ne me donnerez » rien de plus pour ça.

» — Ces dames veulent-elles accepter la » monture qu'on leur offre? — JNon, pas « moi, » dit madame de Stainville, quand » je suis sur un àne, j'ai trop peur qu'il ne » se couche !...

» — Oh! le mien n'aura pas envie de se » coucher avec vous ! je vous en réponds , » dit Gaspard.

» — Moi, je pre'fère aller à pied, » dit

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madame Barmentière. « — A votre aise : • alors je m'en vas ; salut, la compagnie! »

Gaspard porte la main à son bonnet, puis retourne à son âne qu'il pousse devant lui , et avec lequel il continue son chemin.

« — Ce rustre n'est pas sot! » dit d'Aubigny en regardant le paysan s'éloigner.

« — Je le trouve très - grossier! » dit Daulay , « et sans la présence de ces dames, » je lui aurais donné une leçon de politesse. » — Je crois que vous auriez eu fort affaire, » et que vous y auriez perdu vos peines.

• — Quelle est donc cette jolie Marie , » dont monsieur vient de demander des » nouvelles ? » dit d'un air indifférent madame Darmentière.

« — C'est une jeune fille fort gentille, » répond madame de Stainville, « elle est ser- » vante au Tourne-Bride, et en vérité elle » mériterait mieux... Elle a une figure tout- » à-fait aimable... et puis c'est un enfant qui » a été abandonné, et dont l'aubergiste a » pris soin... Elle n'a jamais connu ses pa- » rents, tout cela la rend intéressante... Si

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» j'y avais songé, j'aurais dit à ce paysan de » me l'envoyer; car j'ai plusieurs chifTons, » quelques robes, dont je veux lui faire » présent.

» — 3Iadame est vraiment trop bonne, «dit Daulay, «je trouve, moi, que cette » jeune fille n'a rien de remarquable. C'est • une fille d'auberge, jolie... comme peut » l'être une fille d'auberge!... et voilà tout.

» — C'est la beauté du diable, et pas autre » chose 1 » dit Bellepéche en essayant de changer de position. « Elle a de la fraîwcheur, de la vivacité!... mais ce n'est » point là un vrai type de beauté. QueIKi e différence avec les Suissesses!... Oh! les » Suissesses sont de superbes femmes. Jeu I) ai connu deux entre autres... c'était aux » environs de Zurich, je venais de faire une » tournée , et l'on m'avait donné pour guide » un chien des montagnes. n Bel animal!... » il avait le poil comme de la soie, la queue » longue et fournie comme celle d'un re- » nard , et une tache de feu sur le ventre... » Je préfère cette espèce aux chiens de Terre-Xeuve...

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» — Si nous rentrions, » dit madame de Stairiville, « je crois que chacun doit être » reposé... — Nous sommes à vos ordres, I» mes(]ames... — En route , alors ; monsieuc » Dau!av, donnez-moi donc la main pour » m'aider à me lever... — Me voici , » madame. »

Madame de Slainville a demandé la main à Daulay pour quitter le gazon, mais une fois levée, elle n'abandonne pas cette main sans reprendre aussitôt le bras du jeune: homme, afin qu'il ne puisse aller s'offrir pour cavalier à madame Darmenticre. On revient donc dans le même ordre que l'on était parti; pourtant, cette fois , la jeune dame qui donne le bras au comte s'obstine à mesurer son pas de manière à rester toujours près de madame de Stainville. Est-ce simple politesse de. sa part ? est-ce pour que ifAubigny ne puisse pas avoir avec elle de conversation particulière ? c'est ce que celui-ci se demande, tout en pestant contre ce caprice de madame Darnientière.

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