i revient chez madame de Stainville
il. 7
74 u:^ TouaiouROD.
On dîne gaiement, et le soir quelques voisins campagnards viennent, par leur présence, provoquer les saillies de d'Aubigny et les épigrammes de Daulay ; enfin le temps s'écoule plus vite, parce qu'une jeuiie et jolie femme est là, qui écoute, qui répond, et qui, quelquefois, daigne sourire à un bon mot de ces messieurs.
Mais l'heure est venue de se retirer; madame Darmentière remet son grand chapeau de paille , et elle se dispose à retourner chez elle. D'Aubigny attendait ce moment avec impatience ; car il s'est bien promis de reconduire madame Darmentière, déjà même il offre son bras ; mais la jeune dame le remercie gracieusement en lui disant :
« — Je vous suis obligée , monsieur, je ne » veux déranger personne... — Comment «madame... déranger!... c'est un plaisir » que vous me procurerez, au contraire... " A coup sûr, vous ne pensez pas que nous » vous laisserons vous en aller seule... — » Non , monsieur ; mais comme cela me » gênerait pour venir chez mon aimable
UN TODRLOUEOU. 75
» voisine, si, chaque soir, on était o])ligé » de me reconduire. J'ai dit à mon jardinier » de venir me clierclier, et je suis certaine » qu'il m'attend.... N'est-il pas vrai, made- » moiselle, que mon jardinier est là .^... «
La femme de chambre fait un signe affir* matif. Après avoir embrasse madame de Stainville, madame Darmentière fait vin aimable sahit aux trois messieurs, et s'éloigne en déclarant qu'elle ne reviendrait plus si 1 on s'obstinait à vouloir la reconduire.
Il faut donc laisser la jolie voisine regagner sa demeure dans la seule compagnie de son jardinier. Lorsqu'elle a quitté le salon, madame de Stainville part d'un éclat de rire , parce que les trois messieurs , et surtout d'Aubigny, semblent consternés de la sortie de madame Darmentière.
« — Ah ! messieurs !... madame îlormen- " tière a de la fermeté dans le caractère , » dit madame de Stainville, qui semble charmée de ce que sa voisine n'a voulu lui enlever aucun de ses cavaliers... « elle tient » bon quand elle veut quelque chose... ce » ne sera pas une conquête facile !...
"y 6 UN TOURLOUROU.
>■ — Tant mieux, madame, tant mievfx , » il y aura plus de gloire à la faire ! » répund le comte en se frottant les mains.
■j — Eh, mon Dieu ! » reprend Daulay, » la sévérité dans les regards ne me prouve >' rien à moi. Toutes les femmes ont un côté » faible... il ne s'agit que de le trouver.
» — Certainement ! certainement '. » dit Bellepêche en se regardant dans une glace !
« une conquête.... parbleu quand on
» voudra s'en donner la peine... on sait bien » comment il faut s'y prendre... et puis , » pour peu que l'on soit bel homme... une " femme n'est pas de marbre. En Suisse , » je me trouvai un soir à table d bote , à coté » d'une étrangère dont la beauté noble et r> fière captivait tous les regards. Je lui pré- » sentais de la venaison... c'était des per- » dreaux accommodés avec une sauce noire... » Ils ont une sinsulière façon d'accommoder » les perdreaux en Suisse... ils mettent des « épices. . . entre autres une plante qu'ils y cueillent dans les montagnes... »
Ici M. Bellepêche se retournant, s'aper-
UN ÏOURT.OCnOU, / /
çoit qu'il est seul clans le salon. Tout le monde était aile se coucliei*. Il se (iéci<le alors à en faire autant, sauf à se contera lui-même son histoire en se déshabillant.
UN TOURLOUROtJ.
CBAPiTRB IV.
Lettre mystérieuse. — Grande découverte.
ÏL y a quinze jours que mndame Darmentière habite sa campagne ; elle a passé presque tout ce temps chez madame de Stainville; elle arrive après le déjeuner, toujours simple mais belle, aimable mais réservée; elle plaît à tout le monde , même aux femmes, parce qu'elle ne semble pas s'apercevoir des conquêtes que font ses charmes et son esprit , et surtout qu'elle n'en lire pas vanité,
Itladame de Stainville abien quelques moments d'humeur lorsque son sigisbé Daulay regarde trop longtemps la jolie voisine; mais comme celle-ci ne fait aucune attention aux
vu TOCRtODEOU, 79
regards qu'on lui lance , il y aurait injustice f t maladresse à iui témoigner le moindre tîepit.
Belîepêche prend plus de soin que jamais lie serrer la boucle de son pantalon,' il étudie devant une glace les poses qu'il adoptera lorsqu'il sera devant madame Darmentière, car cette dame a de la fortune, elle est libre, et le vieux garçon , qui a toujours espéré que ses avantages physiques lui procureraient un bon mariage , commence à penser qu'il est temps que ce mariage arrive, et songe très-sérieusement à faire sa cour à madam.e Darmentière.
D Aubigny ne prend aucun ombrage des longues œillades de Daulay, ni des poses académiques de M. Belîepêche; de tels rivaux ne lui semblent pas redoutables. Mais ce dont il s'inquiète, c'est du peu de progrès que lui-même fait près de la belle veuve; c'est de la tranquillité avec laquelle on reçoit ses soins; de la gaîté avec laquelle on accueille ses soupirs; c'est enfin de cette égalité d humeur qui ne se dément pas chez
IVO UN TOURLOUi;0'o'.
lOruIame Darmentière, et la rend aussi aima- ])\ii le lendemain que la veille. Une telle l<-!nme désespère un amoureux ; on préféi'etiiit des caprices , des dédains , de la coquetterie, de la haine même..- car au moins on inspirerait quelque chose et quand on aime on est surtout désolé de ne rien inspirer.
Une après-dinée, la société de madame de Stainville était réunie dans le jardin. Les diUnes s'occupaient de broderies; d'Aubigny et Daulay luttaient d'amabilité, et Bellepeche cherchait de quelle manière il avancerait sa jambe gauche, lorsque le jardinier vint apporter à sa maîtresse une lettre qu'on lui l'envoyait de Paris où elle lui avait été atiressée.
Aladame de Stainville regarde l'écriture , cherche à rappeler ses souvenirs; puis, après en avoir demandé permission à la compagnie, brise le cachet et lit la lettre.
Par discrétion on s'était remis à causer pour laisser à la maîtresse du lieu tout le loisir de lire la missive qu'elle venait de recevoir 5 mais bientôt madame de Stainville
UN TOUKLOUKOU. 81
pousse une exclamation desurpiisequidonr e à chacun le droit de la questionner.
« Voici une lettre qui produit de l'effel , » au moins , » dit le comte en souriant. » » Elle est plus heureuse que beaucoup de » gens !...
» — C'est quelque déclaration d'amour, » l'it Daulay en se pinçant les lèvres, pour liiire semblant d'être jaloux..
« — Est' ce qu'il y a quelque maladie » épidémique à Paris ? » demande Bellepèche avec inquiétude.
« — En "vérité, messieurs, vous êtes très- » curieux, » dit madame Darmentière , « et « notre chère hôtesse aura bien de la bonté si elle répond à toutes vos questions.
» — C'est ce que je vais faire pourtant, » dit madame de Stainville , « et je ferai » même mieux ; je vous communiquerai » cette lettre que je viens de recevoir, vous » verrez si son contenu singulier ne donne » point champ aux plus vastes conjectures. >' D'abord je vous dirai qu'elle est d'une de » mes anciennes connaissances, la duchesse
82 tj^ TorniocBou.
« de Valouslii... Je ne sais si vous m'en avez » déjà entendu parier?
» — N'est-ce pas celle qui a logé au » Tourne-Bride, dans la chambre où nous » avons diné ? » dit Daulay.
« — Précisément. Je vous ai dit que ma- * dame de Valousky était aussi spirituelle » que jolie, qu'assez maltrailée d'abord par » la fortune, elle avait fait, il y a quinze » ans, un héritage considérable... et qu'a- » lors elle prit le goût des voyages...
» — Je me rappelle tout cela, » dit Bellepèche... « Cette duchesse est veuve?.... — » Oh ! il y a fort longtemps ; elle perdit son » mari à vingt ans et maintenant elle doit » en avoir un peu plus du double.
» — Ce peut être encore une femme fort » agréable! » murmure Bellepèche en admirant sa rotule.
« — Blaintenanl, écoutez ce qu'ellem'écri t.»
Chacun se rapproche île matiame de Stain-
ville, qui recommence, mais tout haut,
cette fois , la lecture de la lettre qu'elle vient
de recevoir.
UN TOUSIOCHOO. 83
« Ma chère amie, il y a bien longtemps » que vous n'avez eu de mes nouvelles, et » peut-être m'avez vous cr.îs morte ; ce qu'il • y a de certain, c'est qu'on ne doit plus pen- » ser à moi, car à Paris comme partout on » oublie vite les absents. J ai été un peu » fâchée contre vous qui n'avez pas ré- 1» ponùu a plusieurs de mes lettres; mais ma » rancune ne tient pas contre mon désir de » causer avec une ancienne amie. Je vous » dirai donc que j'ai beaucoup voyagé, beausi coup parcouru le monde; que j'ai eu le « talent de m'amuser en Angleterre, de rire » en Allemagne et de me plaire en Ilussie ; » mais que je songe cependant à revenir en » France qui est ma patrie, quoique je porte « lui nom polonais. Encore quelques mois » de séjour en Italie, quelques courses a » Rome, à Gènes, à Florence, et je revien- V drai à Paris, que probablement je ne quit- ■ terai plus; ma fortune me permettant » maintenant d'y vivre selon mon goût.
» — iSous voici au plus intéressant, » dit madame de Stainville en s'interrompant pour
U^N TOTIRI-OLUni;.
regarder ses auditeurs, qui jusqu'alors cherchaient ce qu'il y avait de singulier dans 1;; lettre qu'on leur lisait.
« J'ai appris que vous possédiez une niai - » son de canipa^^ne dans les environs àc » Mantes et de la iloclie-Guyon. A mon re- » tour en France , mon premier soin sera » de me rendre de ces eûtes où un motil" » bien important m'appelle. Il y a dix-sept » à dix-huit ans^ j'ai voyagé parla, et je me » suis arrêtée au petit village deVétheuil; » j'ai logé dans une auberge qui avait pour » enseigne : ^/« Tourne-Bride. »
» — Décidément, maître Gobinard ne » nous avait pas trompés , » s'écrie Daulav.
— xVttendez ! attendez, messieurs, ce n'est pas tout! je poursuis : « qui avait » pour enseigne : ^ii Tourne-Bride. C'est » là, c'est à cette auberge que je dois m« » rendre d'abord, car j'y ai laissé l'objet de » mes plus chères jdïections... et dont j'eus » alors bien de la peine à me séparer ! Lr » retrouverai -je encore à mon arrivée en » France ?... c'est là ce que je me demande
» chaque jour... c'est là ce qui fait souvent » battre mon cœur. Mais Fhotesse qui tenait » l'auberge du Tourne-Bride était une digne » femme; j'aime à croire qu'elle méritait la y> confiance que je lui ai alors témoignée , » qu'elle s'en sera toujours rendue digne , » et qu'à mon arrivée au Tourne-Bride tous » mes vœux seront satisfaits. Tout ceci, ma » chère amie, doit vous paraître inintelli- » gible , mais dès que je serai près de vous » je vous expliquerai ce mystère , et j'aime » à croire que vous approuverez la conduite » prudente que j'ai tenue en cette occasion. » Adieu , je vous embrasse de nouveau ; » dans cinq ou six mois j'espère le faire plus » réellement. Votre amie,
» Herminie, » Duchesse de Valousky. »
Tout le monde se regarde alors , et madame de Stainville s^écrie :
« Eh bien, messieurs... que pensez-vous » de la fin de cette lettre ?
» — C'est assez singulier', » dit Daulay ir. 8
JSS UN TOURLOCBOU.
« — Cest fort mystérieux ! » dit Bellepêche.
« — Ce qui nie semble très-clair, » dit à son tour d'Aubigny, « c'est que madame » de Valousky a laissé quelque chose à Tau- » l)erge du Tourne-Bride.
» — Sans doute! mais quel est ce quelque » chose, objet de ses plus chères affections , » dont elle eut taiit de peine à se séparer... » car voilà bien les termes de sa lettre.
» — Ces mots sont bien tendres en effet, » dit madame Darmentière, « cela semblerait » annoncer qu'il s'agit d'une personne qui » la touche de près... mais une personne... » cela se sait... et cette femme qui tient l'au- « berge doit avoir jasé depuis si longtemps.
» — Cette femme est morte ! » dit Daulay, « morte depuis bien des années; c'est » son mari qui tient l'auberge , mais il était » justement absent lorsque madame de Va- » lousky s'est arrêtée chez lui ; il nous a » conté cela lui-même, il n'y a pas long- » temps.
» — Mais, » ajoute Bellepèche, « il n'a
» pas dit que la duchesse eiit laissé rien de » mystérieux chez lui , il n'en a pas soufflé » mot...
» — C'est que probablement il n'en sait » rien non plus , car maître Gobinard n'est » pas homme à garder un se(Tet ; qui sait » si sa femme lui a confié celui-là?... si, » ayant donné sa parole à la duchesse, elle » n'a pas cru devoir emporter ce mystère
■ dans la tombe.
» — Cela devient excessivement com- » pliqué ! » s'écrie Bellepêche en se caressant le menton.
« — Peut-être... peut-être... » dit madame deStainville j « f objet de ses plus chè- » res aff'ections,... qu'elle espère retrouver a » son arrivée,., et c'est là ce qui fait souvent » battre son cœur... voilà bien ce qu'il y a... » oh ! mais plus j'y réfléchis... Quelle lu- » mière vient me frapper !...
* — Je gage que je vous devine , » s'écrie Daulay, « et que nous avons la même pen-
■ sée !... cette jeune fille abandonnée..» dont » on n'a jamais vu les parents... cette petite » Marie... — Justement î...
» — Ma foi , cela m'est venu aussi à » l'idée , » dit d'Aubigny, « mais comment » supposer que pendant dix-sept ans une » mère ait pu rester éloignée de son en- » fant ?...
» — Une mère... son enfant... je ne com- » prends pas du tout, » dit Bellepêche.
» — Moi je comprends fort bien , dit madame Darmentière , « mais , ainsi que » monsieur d'Aubigny^ je ne puis concevoir » que l'on se prive aussi longtemps des ca- » resses de quelqu'un que l'on doit chérir.
» — Mais, connaissons -nous les motifs » de la duchesse?... peut-être des raisons » de famille importantes, majeures... vous » concevez que madame de \alousky, étant » alors veuve... ne pouvait avouer sa fai- » blesse... d'ailleurs voyez encore les termes » de sa lettre : Je vous expliquerai ce mys- » tère , et j aime à croire que vous approu- » verez la conduite prudente que f ai tenue » en cette occasion... la conduite prudente! » il y avait donc un grand motif... voyez » comme tout semble s'accorder avec nos » conjectures !
» — En effet, » dit le comte, « mais ce » ne sont encore que des probabilités...
» — Qui me semblent des preuves très- * claires, à moi, » ditDaulay, « et d'ailleurs » pour avoir des renseignements plus cer- » tains, pour savoir si les dates, les épo- " ques sont bien les mêmes, il n'y a qu'à » se rendre au Tourne-Bride et questionner » maître Gobinard.
» — Oh! quant à moi, » dit madame de Stainville , « j'avoue que je brûle de tenir la » clef de ce mystère.,.. Je ne dormirais pas » de la nuit, s'il me fallait rester dans cet état » de doute... jMarie serait l'enfant naturel de » la duchesse de Yalousky, de mon ancienne « amie...
» — D'une femme qui a 60,000 livres de » rentes au moins! » ditDaulay.
« — Ah! c'est la petite JMarie qui serait... » la chose... l'objet... le paquet que la du- » chesse a laissé au Tourne-Bride, » ditBellepêche qui commence à comprendre.
« — Le paquet! » s'écrie madame de Stainville en haussant les épaules, « mais, monu. 8.
V!S TOLKLOUROC.
» sieur , relisez donc cette lettre : et voyez s'il » est question de paquets! Il y a Vobjet de » ses plus chères affections.
» — C'est vrai, il y a cela. Au reste, la » duchesse pourra en dire plus à son retour » de Suisse... N'est-elle pas en Suisse en ce » moment?.... Elle aura voulu monter sur » le Righi, comme moi... avec un bâton » ferré....
» — Oh ! je n'y tiens plus! « reprend madame de Stainville en se levant, « et si la » société est assez aimable pour y consen- » tir... Il n'est pas tard encore ; le temps est » superbe, on va mettre les chevaux à ma » calèche, et nous allons tous partir pour » le Tourne-Bride...
» — Bravo! idée charmante! » s'écrie Daulay.
» — Y consentez-vous, madame Darmen- » tière?.,. — Moi? mais très- volontiers ; » vous savez bien que je fais tout ce qu'on » veut. D'ailleurs , cela me procureia le » plaisir de voir cette petite Marie , cette » jeune fille dont j'ai déjà entendu parler, et
U5 TOrRiOUROU. 91
» j'avoue que je suis curieuse de la coii- » naître.
» — Vous verrez une bien jolie per- » sonne!... • dit madame de Stainyille.
• — Une charmante figure ! » s ëcrie Daulay, t et puis de la grâce, de lu fraî- » cheur.... Quelque chose enfin qui an- » nonce qu'elle n'est point née pour la si- » tuation où elle se trouve...
» — C'est une fort belle fille! » reprend Bellepêche, un beau sang, superbe carna- » lion... Quand je l'ai vue, elle m'a rappelé les paysannes.... je veux dire les demoiselles de Lucerne... qui sont très-bien aussi I... »
Madame Darmentière ne dit rien, mais ses yeux rencon trent alors ceux de d' Aubigny, et tous deux échangent un sourire qui prouve qu'ils ont en ce moment la même pensée.
Madame de Stainville a déjà quitté le jardin, elle va demander ses chevaux, elle presse ses domestiques, sa femme de chambre; en deux minutes elle a mis un chapeau et un chàle : c'était la première fois de sa vie qu'elle passait aussi peu de temps à sa toi-
92 XIN TOURLOUROU.
lette; mais chez les femmes , une passion en fait oublier une autre : ce n'est pas comme chez les hommes, qui en conservent facilement une grande quantité à la fois.
Chacun a vite fait ses dispositions pour ce petit voyage-impromptu. Enfin la voiture est prête; on y monte, toujours en se pressant , et l'on donne au cocher l'ordre d'aller le plus vite possible, à condition pourtant qu'il ne versera point.
Pendant tout le trajet , on ne parle que de Marie et de la duchesse de \alousky. En rassemblant ses souvenirs, madame de Stainville se rappelle que son ancienne amie avait eu dans sa jeunesse une passion secrète, un amour malheureux.
■ Toutes les femmes ont eu au moins une » passion secrète! » dit d'Aubigny en souriant; « il eût été bien étonnant que cette » belle duchesse fût restée en arrière... D'a- » près ce que je vous ai entendu dire d'elle, » je pensais même que madame de Valousky » ne s'en était pas tenue à un seul attaches ment ..
» — Oh ! mon cher comte , vous êtes tou- » jours méchant.... vous pensez beaucoup » de mal de notre sexe! » repond madame de Stainville en minaudant.
« — J'en pense beaucoup de bien, au » contraire , et c'est pour cela que je ne » doute pas qu'une johe femme n'ait inspiré » plus d'une passion.
» — Cela prouverait-il , monsieur, qu'elle » ait été sensible à toutes ? » dit madame Darmentière d'un air presque sévère.
« — Non, madame, non, sans doute...
» — Nous nous éloignons de la question, » dit Daulay; « ce qu'il est important de sa- » voir, c'est si la duchesse de Valousky a eu » des enfants issus de son mariage ?
» — Non, elle n'en a pas. — Alors, si » elle reconnaissait maintenant sa fille natu- » relie, celle-ci hériterait de sa brillante for- » tune? — Il n'y a pas de doute. — Quel » changement de situation pour cette jeune » fille ! — Et quel bonheur qu'elle n'ait point » épousé quelque rustre , quelque paysan » avec lequel il aurait fallu qu'elle partageât