‹ Un tourlourouChapitre 19 sur 55 · i tm TOUPXOTJROD · texte numérisé non relu

i tm TOUPXOTJROD

» ses richesses... — Il est probable que ma- » dame de Valousky avait défendu de la nia- » rier avant son retour... — C'est ce que nous » saurons tout à l'heure... — Oh ! que je yojli- • drais être arrivée!... ]\Iais allez donc, Du-

■ pont^ fouettez donc vos chevaux... TSous

■ n'avançons pas... »

Maître Gobinard était assis sur le pas de sa porte. En attendant l'arrivée de ses deux amis, Gaspard et Martineau, avec lesquels il vidait tous les soirs quelques bouteilles, l'aubergiste prenait le frais tout en regardant sur la route.

A quelques pas de lui, Petit-Jean rinçait des bouteilles, qu'il rangeait ensuite symétriquement devant la maison, d'où l'on devait les transporter à la cave. De temps à autre, le petit marmiton, s'approchant de son maître, lui mettait une bouteille devant les yeux , en disant :

« J'espère que c'est propre!... Vous ne di- » rez pas cette fois que je laisse des arai- » gnées avec le vin ? »

Gobinard regardait , puis se contentait de

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faire un signe d'approbation en laissant le petit garçon continuer; car depuis l'aventure de la mélasse, quoique l'aubergiste eût pardonné à son aide de cuisine, il l'avait toujours traité avec une froideur qui ne s'était pas démentie. C'est que, depuis cette aventure , personne de chez madame de Stainville n'était revenu au Tourne-Bride. Gobinard regardait en vain sur la route, et c'était toujours avec un sentiment de tristesse qu'il rentrait dans l'intérieur de son auberge

Marie était dans la salle basse, étendant du linge qu'elle avait lavé le matin. La jeune fi!!e semblait faire son ouvrage sans peine ni plaisir, sans goût ni ennui; ses joues étaient toujours fraîches et roses, ses yeux doux, sa bouche gracieuse; pourtant, en examinant bien Marie, un observateur aurait découvert un sentimen t de tristesse caché sous cet air calme et indifférent.

Tout à coup maître Gobinard pousse une exclamation de joie; Marie accourt sur la porte j Petit-Jean suspend son travail.

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« C'est elle... je la vois! je la reconnais! » s'ecrie l'aubergiste en regardant au loin sur la route.

a — Quoi donc? » demande Marie en s'avancant.

» — Queuqu'il y a ? » dit le marmiton.

« — Oui... oui... c'est bien elle... la » calèche de madame de Stainvillel... — La » calèche... serait-il vrai?... — Tiens re- » garde toi-même, Marie. — Oh! vous avez » raison... c'est la même voiture que l'autre » fois... et il y a beaucoup de monde de- » dans! je distingue des dames, des mes- » sieurs. — C'est toute la société de madame » de Stainville qui vient ici.... Ah! quel bon- » heur! quel honneur!... ils viennent souper » chez moi ! Petit-Jean , je te défends, sous " peine de cent coups de pieds où tu sais » bien, de toucher à la moindre chose dans » la cuisine. — Soyez tranquille! not' maître; » je verrais brûler le rôti... je verrais un » poulet devenir en charbon que je n'y tou- » cherais pas. — A la bonne heure.

» — Mais pourvu qu ils viennent en effet

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» ici, » dit Marie; « s'ils ne faisaient que » passer... s'ils s'en retournaient à Paris... » — Oh! non... cela n'est pas présumable... » Ce n'est pas encore le moment oii l'on i> quitte la campagne! Je te dis qu'ils vien- » nent souper ici... je vais me surpasser... » Petit-Jean, vite à la cuisine; allume tous » les fourneaux... — Vous me disiez de ne » toucher à rien... — Du feu partout!... » petit drôle... Ah! la voiture s'approche... » je crois qu'on nous voit... Salue donc, » Marie... Ah! mon Dieu! et ces bouteilles » qui encombrent l'entrée de mon auberge... » Petit-Jean ! Petit-Jean ! »

Le marmiton vient avec un soufflet à la main.

» Ote-moi toutes ces bouteilles... ces ba- » quets... cette eau... Est-ce que le devant » d'une maison doit être obstrué ainsi?... » — C'est vous, not' maître, qui m'avez dit » de rincer les bouteilles neuves là, afin » que... — Point de raison !... je ne veux » pas que l'on me raisonne... Que tout cela » disparaisse avant que cette belle société II. q

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» ne descende chez moi! Toi, Marie, un » coup de plumeau dans la salle.,. Moi, je » vais mettre une veste blanche. »

Marie, avant de donner le coup de plunîeau^ est allée donner un coup d'œil au miroir, et rajuste son petit bonnet. Quant au marmiton, il saisit autant de bouteilles qu'il peut en porter, les emporte en les cognant les unes contre les autres, et marmotte entre ses dents : « si elles sont étoi- » lées, tant pis!... je n'en réponds plus; » pourquoi me presse-t-on comme ca ? »

Marie a rajusté sa toilette, Gobinard a passé une veste blanche, les bouteilles sont ôtées ; il ne reste plus qu'un baquet plein d'eau; mais la calèche a fait du chemin, elle s'approche de l'auberge, elle s'arrête devant , et , tout en se contondant en saluts , maître Gobinard lance des regards furieux à son marmiton, en lui disant :« Ote-moi B ce baquet. »

Cependant on ouvre la portière de la voiture. Le Comte et Daulay sont bien vite à terre j M. Bellepêche descend le troisième ,

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mais, au moment où il pose son second pied sur la route, Petit-Jean roule avec le baquet qu'il tenait de ses deux mains, et dont le poids venait de l'entraîner. ÎMalheureu sèment pour M. Bellepeche, c'est de son côté que tombent baquet et marmiton, et le beau célibataire se trouve bientôt les pieds dans l'eau, éclaboussé jusqu'au menton, et ayant Petit-Jean entre les jambes.

« Ah misérable! » s'écrie l'aubergiste, en courant tirer Petit-Jean par une jambe , tu » as donc résolu de déshonorer ma maison...

• je vais te casser les reins! Pardon!

» mille excuses, mesdames et messieurs... » une mare d'eau devant ma porte à pré- » sent î... c'est désespérant... Attendez, » mesdames... attendez... je vais chercher » une planche pour que vous puissiez passer » à sec...

» — C'est inutile, maître Gobinard , » dit le comte. « nous porterons bien ces dames » jusque sur les marches de votre porte. »

Et déjà d'Aubigny s'est avancé et a pris dans ses bras madame Darmentière, qui se

disposait à descendre. Daulay en fait autant pour madame de Stainville , tandis que M. Bellepêche s'essuie la figure et le pantalon , en disant : « Je suis trempé... heureuse- » ment qu'il ne fait pas froid... mais c'est » toujours très-désagréable. »

La société est entrée dans l'auberge, où c'est de Marie qu'elle s'occupe d'abord. Madame de Stainville court à la jeune servante; elle lui prend la main, l'attire vers elle et l'embrasse , en s'écriant:

«Bonjour, Marie, bonjour, ma chère » enfant... ah ! qne je suis contente de te » revoir... La voilà, madame Darmentière, » cette charmante fille dont je vous ai parlé » si souvent... Trouvez-vous maintenant que » mes éloi^es aient été exac^érés ?

» — Mademoiselle est fort bien , » répond madame Darmentière, en considérant la la jeune fille.

« — Je présente mes salutations à made- » moiselle Marie, » dit Daulay en saluant d'un air gracieux la fille d'auberge.

« — Je prie mademoiselle Marie d'agréer

0 l'expression de mes hommages ; » dit respectueusement Bellepêche , tout en continuant de se frotter les jambes avec son mouchoir.

La jeune fille est tout interdite , toute confuse de se voir l'objet des attentions, des politesses de toute la société; elle n'y comprend rien ; elle salue à droite et à gauche, en regardant chacun , comme pour s'assurer si l'on ne se moque pas d'elle. Puis ses regards s'arrêtent sur d'Aubigny, qui seul a conservé avec elle le même ton qu'autrefois , et lui a dit seulement : « Bonjour , » Marie , bonjour, ma belle enfant.

» — Mesdames et messieurs , » dit Gobinard en s'approchant, son bonnet de coton à la main , « je vais vous préparer un sou- » per, qui, je l'espère, vous fera oublier la » bévue de mon marmiton ; car on a dû vous » dire que ce fut par sa faute que mes filets de soles...

» — Oui, oui, Gobinard, nous savons » tout cela, et nous vous tenons pour un » excellent cuisinier, » dit madame de Stain- II. 9.

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ville, « mais ce n'est pas de souper qu'il » s'agit en ce moment. Une affaire bien im- » portante nous amène ici... Conduisez-nous

» dans la chambre où nous avons dîné

» Venez avec nous.... nous voulons vous » parler... à vous seul d'abord. Marie, reste » là... ne t'éloigne pas, ma chère amie ; nous » reviendrons bientôt près de toi. »

Gobinard ouvre de grands yeux, il est tout aussi surpris que Marie, cependant il se hâte de monter l'escalier, fort curieux de; savoir ce que l'on peut avoir à lui dire eu secret. Quant à 3ïarie, elle reste dans la salle, inquiète, interdite, et fort impatiente aussi de savoir ce que tout cela signifie.

Lorsque la société est dans la chambre au premier, les dames s'asseyent, et Gobinard attend qu'on lui dise de quoi il s'agit. C'est madame de Stainville qui porte la parole, et elle tient à sa main la lettre de la duchesse de \alousky.

« Mon cher Gobinard, vous avez eu » l'honneur de loger ici... il y a dix-sept ans » et demi, madame la duchesse de Vu-

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» louski P,,. — Oui, madame... je puis » vous certifier que c'est la vérité... C'est » dans cette chambre qu'elle coucha... — » Nous savons parfaitement que vous ne » nous en avez point imposé. Où étiez- » vous à cette époque ? — A la Guade- » loupe, pour recueillir un héritage : c'est » ma femme qui tenait mon auberge...

» — Et quand vous revîntes, en vous par- » lant de la duchesse, votre femme. vous » parla-t-elle d'un objet bien cher que celle- » ci lui avait confié en secret; répondez- » nous avec franchise, Gobinard, vous » allez voir bientôt par cette lettre que je ï viens de recevoir de mon amie Herminie » deValouski, que nous possédons toute » sa confiance , et que voui3 n'avez rien à » craindre en nous confiant tout.

» — Ma foi, madame, » dit Gobinard d'un air étonné , « je puis bien vous cer- » tifier que voilà la première fois que j'en-' » tends dire que cette duchesse a laissé » quelque chose de précieux chez nous.

» Nous sommes d'honnêtes gens , je vous

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» prie de le croire, et quand on laisse Je » moindre objet chez nous, on le retrouve. = — Assez! mon cher Gobinard^ nous » ne doutons pas de votre probité... Vous » n'étiez pas dans le secret, je le vois... » Ecoutez maintenant cette lettre que m'é- » crit madame de Valouski, et pesez-en » bien toutes les paroles. »

Madame de Stainville lit à l'aubergiste la lettre de la duchesse. Gobinard est tout oreille, mais quand la lecture est finie, il s'écrie: « J'ai beau me creuser la têtc.jen'y » comprends rien... Un objet hen cher... Ma » femme, en qui on a eu confiance... Je me » donne au diable pour démêler tout ca... » — Peut-être allez vous bien vite com- » prendre maintenant, » dit Daulay.

« Quand vous revîntes de votre long » voyage, que trouvàtes-vous de plus » dans votre maison ?...

» — Ce que je trouvai... mais dame, la » maison était toujours la même... Ah! si » fait! tiens ! je n'y pensais plus, moi, je » trouvai la petite IMarie... qui alors pouvait

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» avoir un an au plus... et dont ma femme » avait pris soin...

» — Et cette petite fille comment...

» par qui avait-elle été confiée à votre » femme ?...

» — Par qui ? Ma foi, ma femme me » dit que... »

L'aubergiste s'arrête comme frappé d'une idée subite, et regarde tout le monde, en s'écriant :

« — Ah ! mon Dieu !... est-ce qu'il serait » possible... Marie... cet enfant inconnu... » ce serait... — Ah ! vous nous comprenez » à présent, » dit madame de Stainville. — « Ah ! mais !... j'en reviens pas, moi... » Comment ! Marie... Ah ! je ne sais pas où «j'en suis!... — -Allons, Gobinard, calmez- » vous et rappelez-vous bien tout ce que » votre femme vous dit alors... — Oui, » madame... oui.,. Elle me dit qu'une » pauvre femme était venue ici avec cet » enfant... Ah ! mon Dieu !... puisqu'elle » lui avait remis Marie... en lui laissant un « sac de six cents francs...

» — Six cents francs... une pauvre femme, dit Daulajj • voyez comme tout cela était peu vraisemblable.... » — Oh! certainement que ça n'était pas vraisemblable et même j'avoue qu'alors ca me

parut bien singulier aussi". — Vous ditelle le nom de cette femme qui lui avait confié son enfant?.... — Rien!... elle ne le savait pas... et chaque fois que je revenais sur ce sujet , je me rappelle que ma femme devenait embarrassée, qu'elle chantait la conversation.. Du reste, elle eut toujours pour Marie la plus tendre amitié!.... Elle ne lui refusait rien, elle lui achetait tout ce que la petite paraissait désirer.

» — C'est qu'il est bien probable, » reprend Bellepèche, i que madame la duchesse » de Valouski avait laissé une forte somme » à votre femme, pour qu'elle eût grand » soin de la petite. On vous a dit à vous » six cents francs pour ne pas vous donner » de soupçons...

» — Comment? il se pourrait, » s'écrie

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Gobinard , » Marie serait l'enfant d'une » duchesse!... Ah! mon Dieu.^ et moi qui

* lui ai fait éplucher de la salade et hacher » du persil !....

» — Calmez-vous, mon cher Gobinard; » voyons, maintenant, pour achever de

* lever tous nos doutes , n'auriez-vous pas » encore ici quelque garçon... quelque ser- " vante qui étaient employés dans cette » maison près de votre femme à l'époque » où ces événements arrivèrent... Si vérita- » blement une autre femme que la duchesse " de Valouski a amené ici la petite Marie, » on l'aura vue, aperçue cette femme; car s enfin elle ne s'était pas rendue invisible » elle et son enfant!...

» — Attendez donc... il y a quelqu'un qui » pourra nous dire comment tout cela s'est y passé...! car en fait de servantes alors, » nous n'en avions" qu'une qui est morte.... » Mais Gaspard, qui travaillait ici, à mon » jardin... et qui prenait tous ses repas chez

» nous Gaspard est le seul qui puisse

» éclaircir cette histoire...

» — Gaspard... le marchand de prunes?

» dit le comte en souriant ;,.. eh mais vrai- » ment, nous avons l'honneur d'être de sa » connaissance.

» — Ah ! dame l c'est un gaillard qui n'est » pas bete ! » reprend l'aubergiste, « mais il " faut quelquefois lui arracher les paroles » comme si c'était des sous.

« — Et cet homme , où est-il ?.. ne pour- » rions-nous le voir.*' » demande madame de Stainville.

« — Oh ! mon Dieu , ça n'est pas dif- » ficile il vient ici tous les soirs , peut- » être maintenant est-il arrivé et se repose- » t-il en bas... »

Maître Gobinard ouvre la porte, s'avance sur l'escalier et se met à crier d'une voix de Stentor:

« Gaspard... es-tu là .*'

» — Eh ben, oui, je suis là! » répond une voix rauque , que la société n'a pas de peine à reconnaître. — « Alors, monte ici... » monte tout de suite... c'est pressé... on » veut te parler. »

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On ne tarde pas à entendre les sabots du paysan sur les marches de l'escalier. Gaspard monte sans presser son pas, et, arrivé devant la porte de la chambre, il s'écrie :

« Eh ben ! quoi que t'as donc, Gobinard ? » est-ce que le feu est dans ta culotte?... » c'est pas moi qui l'éteindrai , d'abord.

» — Gaspard, prends donc garde... fais » un peu attention devant qui tu parles, ne y vois-tu pas qu'il y a ici des personnes... » considérables ? — Oh ! que si! oh ! que si! » Pardine! je la reconnais ben la société... » je lui ai vendu de la reine-claude violette... » il y a pas ben longtemps... Salut, messieurs, » mesdames, la compagnie.

» — Entrez... entrez donc, monsieur Gas- » pard, » dit Daulay en prenant pour la pi'emière fois un air poli avec le paysan.

« — Est-ce que vous avez besoin de » moi? » dit Gaspard en regardant tout le monde.

« — Oui, brave homme, » dit madame de Stainville, « nous désirons obtenir devons » des renseignements bien importants.

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