II. lO
ï — Il s'aoit (le ]Marie ! » s'ëcrie Gobinard, « de cette pauvre Marie... qui se trouve » être une grande dame... nous avons dé- » couvert ce secret !...
s — Que diable me chantes-tu là? «répond Gaspard en regardant l'aubergiste avec surprise.
« — Maître Gobinard , laissez-moi expli- » quer l'affaire à ce brave homme, « reprend madame de Stainville, « je ne lui demande » qu'un peu d'attention.
» — Oh ! de l'attention tant que vous » voudrez : ça coûte pas cher, ça. — jN'avez- » vous travaillé dans cette maison à lépo- » que où JM. Gobinard était en voyage .•*... » — Oui... j'ai travaillé au jardin pendant » un mois, six semaines, tous les jours. — » Etiez-vous ici lorsqu'une dame, que l'on ' nommait madameladuchesssede\alousky » vint y loger quelque temps?... — Oui... » oui... c'est justement alors que j'y étais; » je me la rappelle aussi vot duchesse ! c'était ï une dame qu'était toute parée, toute fa- » raude, quoi... etbenjolietoutede même!...
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» — Fort bien. La duchesse fut malade • ici, dit-on... quelle était sa maladie ?.., — » Ah! j'en sais rien !... je suis pas médecin , » moi. — La duchesse resta ici quelques » jours ? — Dame , oui... — Qui est-ce qui » la soigna ? — La maîtresse de l'auberge , » madame Gobinard entrait seule dans sa » chambre... Oh ! elle avaitben soin d'elle. — '» Et la petite Marie, cet enfant que l'on dé- » posa ici... on ne saitcomment, avait-elle été » amenée ici avant l'arrivée de la duchesse ?... » Rappelez- vous bien : ce point est décisif. »
Gaspard regarde avec étonnement madame de Slainville, il est quelque temps sans répondre; et dit enfin :
€ Non... non... alors... on n'avait pas en- » core ici la petite Marie!...
» — Plus de doute!» s'écrie Daulay, « c'est » la fille de la duchesse!
» — C'est une duchesse !... Marie est une » princesse! » crie Gobinard en jetant son bonnet au plafond.
« — Comment !... Marie ?-.. je ne vous » comprends pas , b dit Gaspard , • qui
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» peut vous faire penser que l'enfant dont » on ne connaît pas les parents soit fille de » cette grande dame.
» — Cette lettre, « dit madame de Stainville, « cette lettre que m'écrit la duchesse » de Valousky. .. tenez... tenez... lisez... » de là. . .
» — Oh ! pas pus de là que d'ailleurs , » vu que je ne sais pas lire. — Eh bien ! » écoutez, alors... écoutez bien, »
r>Iadame de Stainville fait encore une fois la lecture de la letlre de la duchesse. Gaspard écoute avec beaucoup d'attention; et, pendant cette lecture, l'expression de sa physionomie annonce tout lintérèt qu'il y prend.
Lorsque madame de Stainvilfe a cessé de lire, Daulay va frapper sur l'épaule de Gaspard en lui disant : « Eh bien !... pouvons- » nous douter à présent que cet objet si » clier... cet objet des plus tendres affections » de la duchesse, ne soit l'enfant qu'elle a » laissé en ces lieux ? »
Gaspard semble réfléchir ; il garde long-
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temps le silence; enfin il s'écrie: « C'est » drôle tout de même !..,
» — Mais, » dit d'Aubigny, « vous avez » oublié de faire à maître Gaspard la ques- » tion la plus essentielle : c'est de savoir s'il » a vu cette autre femme qui a soi-disant » apporté ici la petite Marie. . et si ce per- » sonnage n'est point simplement inventé » pour caclier la vérité.
» — Ab ! oui , » dit l'aubergiste , « l'autre » femme... enfin celle qui a soi-disant confié » son enfant à ma défunte , avec un sac » d'écus de six cents francs, et dont on ne » sait ni le nom ni l'adresse... dont on n'a » jamais entendu reparler depuis?. ..Voyons, » Gaspard, toi qui travaillais ici; toi qui, » depuis que je tiens cette auberge , n'as » point passé un seul jour sans y entrer, » tu as dû voir cette femme qui se disait la » mère de Marie ?
« — Je n'ai jamais aperçu la femme aux » six cents francs ! » répond Gaspard . • et personne dans le village ne l'a vue plus » que moi.