II
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» es bien ... très-bien dans cette toilette efc » avec cette coiffure; il ne te manque qu'un- » peu d'habitude, cela viendra vite; dans » huit jours je gage que tu auras toute l'ai- » sance , toutes les manières de ta nouvelle » position. Mais viens, que je te présente » à ces messieurs... ils vont te trouver » charmante , j'en suis sûre. »
Marie l'espérait bien aussi; elle suit madame de Stainville qui descend au salon. Daulay et Bellepêche y étaient déjà, car tous deux avaient rêvé à la jeune fille , à celle qui serait probablement un jour l'héritière de la duchesse de Valousky, et déjà leur imagination travaillait, leur esprit enfantait mille projets, leur cœur se livrait aux plus vastes espérances.
A l'aspect de Marie, ces messieurs poussent un cri d'admiration: i Adorable! di- » vine!,.. » s'écrie Bellepêche.
« — Mademoiselle est charmante dans sa » nouvelle toilette! » dit Daulay en modérant les élans de son admiration, parce qu'il s'aperçoit que madame de Stainville l'observe.
UN TOURLOCHOU. 189
« ^Charmante! dites donc ravissante, » reprend le vieux garçon j a et , en honneur, » on croirait que mademoiselle a porté de » semblables toilettes toute sa vie... elle a » une grâce... une aisance... »
En ce moment 3Iarie se sentait au contraire fort gauche, et elle ne savait que faire de ses bras.
€ Allons mon cher Bellepêche , vous êtes » indulgent pour notre jeune amie, » dit madame de Stainville; » mais d'ici à quel- » ques jours, je veux qu'elle ait toutes les » manières d'une demoiselle de bonne com- » pagnie.
» — Avec vos leçons, » dit Daulay, « ma- » demoiselle Marie ne peut manquer de de- » venir parfaite... — Hum!... flatteur!...
• — Moi , » reprend Bellepêche , « je » soutiens que mademoiselle a dans les » traits... dans le regard... dans le nez quel- » que chose qui dénote son illustre ori- » gine... la noblesse est dans le sang !... ça ■ ne se perd pas. . . J'ai poussé mes obser- » valions très-loin là-dessus!... »
140 rx TOURLOunou.
Marie se contente de saluer un peu gauchement, sans répondre autre chose aux compHinents qu'on lui adresse. Ses yeux, en entrant dans le salon , y avaient cherché quelqu'un qui n'y était pas et devant qui elle brûlait de paraître avec sa nouvelle toilette.
« A propos, ma petite Marie, » dit madame de Stainville en faisant asseoir la jeune fille à côté d'elle, « que sais-tu faire?... ton éducation a dû être bien néglisée... il faudra remédier à cela... la mise ne suffit pas , il faut encore savoir parler dans le monde. Voyons, que sais-tu .^'... conte-nous cela. — Madame, je sais bien lire, et j'écris aussi assez passablement... — C'est déji quelque chose que je n'espérais pas; et l'orthographe ? — M. Blartineau a dit aussi que je n'allais pas mal... — Allons, de mieux en mieux!... Ensuite ? — Je ne calcule pas très-bien ; mais je sais coudre , blanchir, savonner, repasser.. — Chut!... » chut!... assez, assez!... voilà de ces choses » qu'il ne faut pas savoir. . fi donc!... tu
" oublieras tout cela; mais tu apprendras à » broder... à dessiner, à danser et peut-être >> un peu de musique.
» — Je m'offre volontiers pour donner à » mademoiselle des leçons de géographie, » dit Bellepêche... « je la ferai voyager sur la » carte... Je connais beaucoup la Suisse... » ses montagnes, ses glaciers... J'ai monté » sur le Righy avec un bâton ferré...
» — Bien! bien, mon cher Bellepêche, » nous verrons tout cela, après mille autres » choses plus nécessaires à une demoiselle » du monde !...
» — Oh! moi, je sais bien ce quejevou- » drais lui apprendre! » se dit Daulay en faisant une pirouette dans le salon.
L'arrivée de d'Aubigny interrompt cette conversation. Il s'approche de Marie, l'examine et s'écrie :
« Très-bien, d'honneur... Qui diable re- » connaîtrait la petite servante d'auberge.^..
» — Ah! mon cher comte, » dit madame de Stainville, « voilà de ces choses qu'il est, » inutile de rappeler à Marie!...
142 UN TOURLOUROD.
» — C'est même inconvenant, » dit tout bas Bellepèche.
« — Et pourquoi donc? » reprend d'Aubigny, « Est-ce de la faute de Marie... de » mademoiselle, dis-je , si ses parents l'ont » laissée jusqu'à présent dans une auberge » de village ? En sera-t-elle à présent moins • jolie, moins gracieuse?... Quant à moi, » j'avoue que je suis un grand égoïste, car » en voyant tant de cbarmes , je regrette » parfois ces douces libertés , que l'on » pouvait se permettre avec la simple pay- » sanne... et qui doivent faire place au res- » pect pour la demoiselle.
» — Taisez-vous, d'Aubigny, vous ne » pensez que de vilaines choses !... » dit madame de Stainvilleen souriant. « — Mais j'en r> imagine de fort jolies, au contraire!... »
Pendant ce dialogue, les regards de Marie étaient modestement baissés ; mais lorsquelle les portait sur le comte, la douceur de leur expression semblait lui dire que la demoiselle était assez disposée à tolérer les mêmes li-» bertés que la paysanne.
UN TOURLOTJROU. 14^3
Pendant les premières journées , on est tout à Marie; madame de Stainville s'attache à lui enseigner comment ilfaut se tenir se conduire , parler et répondre dans un salon ; au lieu de s'appliquer à connaître les qualités ou les défauts de la jeune fille, et de chercher à élever son âme en lui inspirant de nobles sentiments, on ne songe qu'à lui donner des 1 econs de coquetterie : c'est de son extérieur, de sa tournure, de ses manières que l'on s'occupe, comme de ce qui est le plus essentiel pour aller dans le monde, où le fond est souvent bien peu de chose! où les dehors sont tout.
Marie apprend vite tous ces riens importants : chercher à plaire , se corriger de ce qui serait ridicule, voilà de ces leçons dans lesquelles une jeune fille , déjà passablement coquette, doit faire de rapides progrès. Le pronostic de madame de Stainville s'est réalisé, il ne s'est pas écoulé huit jours depuis que Marie est auprès d'elle , et déjà celle-ci sait parfaitement se tenir, saluer, s'asseoir, «ntrer et sortir dans un salon.
Bellepêche ne tarit point dans ses éloges et ses compliments; depuis que Marie fait partie de la société , le vieux célibataire augmente ses frais de toilette ; il passe sa matinée à essayer des pantalons qu'il a fait venir de Paris , et avec lesquels son tailleur lui a promis qu'on ne lui verrait plus de ventre; la boucle et les bretelles subissent (le fréquentes corrections ; enfin , ce monsieur, qui a passé sa vie dans l'attente d'une riche conquête, est maintenant résolu à tout tenter pour faire celle de Marie , car la fille naturelle de la duchesse de Valousky doit être un jour un parti excellent. Dans cet espoir, Bellepêche se fait autant qu'il le peut le cavalier de Marie. Dans le salon , c'est à côlé d'elle qu'il s'assied, c'est avec elle qu'il cause; dans le jardin, c'est toujours de son côté qu'il va; à la promenade, il lui offre le bras ou marche près d'elle , et tout en lui lançant des regards; dont il ^croit l'effet prodigieux, lui parle de son voyage en Suisse et de son pèlerinage au mont Righy .
Les assiduités, les soins empressés de Bel-
tS TOUnLOUROU. l-4o
lepêche, produisent sur la jeune fille l'effet contraire à celui que son courtisan espérait; Marie est fatiguée de la conversation de Bellepêche; sa présence continuelle l'obsède, quand elle le voit s'asseoir près d'elle, son cœur est prêt à faillir; mais cette émotion n'est nullement favorable à celui qui la fait naître. Marie se dépite lorsque ce monsieur lui offre son bras, car elle n'ose le refuser, et ce n'est point le sien qu'elle désirerait prendre. Enfin, la jeune fille éprouve presque de l'aversion pour Bellepèche, et elle trouve que ses conversations éternelles lui font payer bien cher les avantages de sa nouvelle position.
Daulay est bien moins souvent près de Marie; dès le commencement du séjour de la jeune fille chez madame deStainville, il s'est aperçu que des yeux scrutateurs suivaient les siens, observaient ses moindres démarches, épiaient toutes ses actions. Une femme qui n'est plus jeune doit plus qu'une autre craindre de perdre son amant, car après celui-là, rien ne lui assure qu'on viendra la ir. i3
146 UN TOURLOTJROU.
consoler encore. Mais , tout en cherchant à endormirla jalousie demadanie deStainville, Daulay est loin de renoncer à l'espoir de plaire à Marie; déjà, au contraire, soti imagination a fornié un plan qu'il est décidé à mettre à exécution. Posséder la jeune fille, devenir l'épovix d'une riche héritière, et par-là secouer un joug pesant, changer une vie ennuyeuse monotone , contre une existence riante et fortunée , voilà quel est le hut auquel Bauîay s'est promis d arriver; mais pour cela , il a compris qu'il fallait agir avec prudence , et surtout ne rien laisser paraître de ses desseins.
Les assiduités de Bellepêche ne portent point omhrage à Daulay; d'ailleurs , il est bien facile de voir que Marie s'ennuie des éternels discours de cet amoureux suranné: celui-ci est le seul qui se fasse illusion sur l'effet qu'il produit. Lorsque Daulay s'approche de Marie, lorsqu'il lui adresse la parole, les yeux de la petite semblent le remercier de ce qu'il vient la délivrer de l'importunité de M. Bellepêche; elle l'ac-
UN TOTJRLOUROU. 147
cueille toujours avec un aimable sourire, et le jeune homme pourrait se flatter de plaire à Marie, s'il n'avait point remarqué le trouhle , la rougeur de la jeune fille, lorsque d'Aubigny s'approche d'elle.
Daulay, qui observe tout en silence, n'a point de peine à lire dans le cœur de Marie : car celle-ci , malsfré les leçons de madame de Stainville, ne sait point encore déç^uiser ses secrets sentiments.
« Cette petite a du penchant pour le » comte, » se dit Daulay; « mais fort heu- » reusement d'Aubigny , toujours amou- » reux de madame Darmentière, ne fait * pas attention aux regards, au trouble de >' jMarie. J'aurais beaucoup à craindre s'il i> lui faisait la cour; mais il est occupé » d'une autre, et d'ailleurs le riche comte » d'Aubigny ne songe nullement à épouser » la fille légitime ou naturelle de la du- » chesse de Valousky. Cependant je ferai » bien d'agir le plus tôt que je le pourrai; » car il ne faut pas compter sur la con- » stance des hommes. Quant à Marie, son
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» penchant pour d'Aubigny ne peut être » qu'un caprice de jeune fille!... une idée » romanesque de cette jeune tête, à qui le 1 titre de comte a semblé séduisant; mais » que je l'éloigné de lui, et elle l'aura bien » vite oublié! C'est ce dont je tâcherai de » faire naître l'occasion. Je commence à me » lasser de promener la tendre Stainville; et, » dussé-je y dépenser le peu qui me reste, » je tenterai tout pour épouser l'héritière de » madame de Valousky. »
Marie était loin de se douter des projets qui se tramaient autour d'elle; enchantée d'avoir de belles robes, d'être coiffée à la grecque ou à la Glotilde, de passer des heures à sa toilette, et de singer dans le salon les manières de sa protectrice, Blarie se serait trouvée bien heureuse, si d'Aubigny se fût plus occupé d'elle; s'il lui eût parlé plus tendrement, et peut être s'il l'eût encore traitée comme la petite servante du Tourne-Bride. Le comte, gai, aimable, mais indifférent près de Marie , ne témoignait jamais le désir de causer un moment seul
vm TOURLOCRoti. 149
avec elle, quoique plus d'une fois celle-ci
eût, comme par hasard, fait en sorte d'en
avoir l'occasion.
« Que lui ai - je donc fait? » pensait
Marie 5 » il me disait que j'étais gentille., il m'embrassait. . . me serrait dans ses bras lorsque je nétais qu'une pauvre paysanne, et maintenant que je suis une demoiselle... fille d'une duchesse même... car ils m'ont tous dit en secret que ma mère est une duchesse; eh bien ! monsieur le comte ne fait pas attention à moi... Il me parle... comme à tout le monde, il ne cherche jamais à rester près de moi. . . Ah ! certainement cela n'est pas naturel... Il me semble, pourtant que je suis encore plus jolie dans mes nouvelles toilettes. . . Madame de Stainville m'assure que j ai de la grâce ; cet ennuyeux , M. Bellepôche me répète sans cesse que je suis ravissante... Quelquefois M. Daulay me dise tout bas qu'il me trouve adorable... Il n'y a que JM. d'Aubigny qui ne me dise rien... et c'est par
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» lui surtout que j'aurais voulu m'entendre » faire des compliments. »
Marie ne tarde pas à comprendre pourquoi le comte ne s'occupe pas d'elle; la raison en était bien simple, c'est qu'il était continuellement occupé d'une autre. A la vérité, un homme à bonnes fortunes comme d'Aubigny aurait pu facilement mener deux intrigues à la fois , et peutêtre aurait-il remarqué les tendîmes regards de Marie, si madame Darmenlière eût déjà cédé à ses désirs ; mais la belle veuve , tout en montrant au comte un peu moins d'indifférence, ne lui accorde aucune faveur, et celui-ci, tout étonné de la résistance qu'on lui oppose , et à laquelle il n'est pas habitué, est plus amoureux qu'il ne l'a jamais été, par la raison, sans doute, que jusque-là les dames auxquelles il avait adressé ses hommages ne lui avaient pas laissé le temps de devenir très-amoureux.
Marie s'aperçoit que le brillant d'Aubigny recherche sans cesse la compagnie de madame Darmenlière, et elle éprouve un sen-
tiracnt dont elle ne peut se rendre compte, lorsqu'elle se trouve près de cette dame , qui, de son colé, ne lui a jamais témoigné qu'une politesse froide , bien éloignée de l'engouement dont la jeune fille s'est ■vue l'objet dans la maison de madame de Stainville,
11 semblerait qu'au premier coup d'œil les femmes devinent celles qui sont ou qui seront leur rivale : cette pénétration , cette espèce de seconde vue, est due sans doute à la finesse de leur esprit, à leur parfaite connaissance du caractère et des goiits de celui qu'elles aiment, et peut-être aussi à cette puissance de coquettei'ie dont elles savent que sont douées les personnes de leur sexe quand elles veulent faire la conquête d'un bomme.
Dès le premier jour où elle avait vu Marie, madame Darmentière, tout en rendant justice à ses attraits, à sa fraîcheur, n'avait point cependant paru enthousiasmée de la nouvelle protégée de madame de Stainville; quelquefois un sourire un peu moqueur errait sur
Io2 TFN TOOnLOUKOIT.
sl^s lèvres , lorsqu'il échappait à la jeune fille nue parole ou un mouvement qui rappellaient la servante d'auberge ; alors elle regardait d'Aubigny , et semblait satisfaite lorsqu'il avait compris l'expression de son sourire.
Marie examinait en silence madame Darmentière ; elle la trouvait belle , et pourtant elle cherchait des défauts à ses traits; puis elle soupirait en voyant les grâces de ses manières, en l'écoutant parler, chanter au piano, et elle disait : « Hélas! je suis en- » core bien loin d'elle! »
Il y avait déjà six semaines que Marie habitait chez madame de Stainville; l'amitié de celle-ci ne s'était point démentie ; la conduite deDaulayayant dissipé les craintes que pouvait faire naître le voisinage d'une jeune et jolie personne, la nouvelle protectrice de Marie formait déjà ses projets pour l'hiver.
« Je veux, disait-elle à Marie, te donnera » Paris tous les maîtres qui te seront néces- > saires; tu es intelligente, en peu de temps » tu en sauras suffisamment pour aller dans
» le monde. Je te présenterai comme une » parente qui m'est confiée, je te mènerai » aux spectacles, aux concerts, aux bals.... » Puis , clans quelques mois , lorsque ta mère » reviendra à Paris, au lieu d'une petite ■ paysanne qu'elle s'attend à trouver, elle » embrassera une jeune fille remplie de grâ- » ces !... Oh ! combien elle me remerciera de » ce que j'aurai fait pour toi !
» — Que vous êtes bonne, madame! »
s'écriait la jeune^fiUe. « Ah ! puisse ma mère m'aimer autant que vous !... — Ta mère te chérira, j'en suis sûre, surtout en te trouvant si jolie... car la beauté flatte toujours... Elle a été forcée de se séparer de toi, de cacher qu'elle avait une fille. Sans doute des raisons puissantes l'y obligeaient! Mais en revenant en France, son plus grand désir est de te revoir... Ton souvenir fait battre son cœur; tu es l'objet de ses plus chères affections... Je te cite les paroles de sa lettre. — Oh ! tant mieux... Et ma ^mère est une duchesse?... — Chut!... il ne faut^pas dire cela tout
154 UN TOTOLOUROU.
» haut... C'est encore un mystère... Mais je » t'aime tant que je n'ai pas eu la force de te » le cacher! — Je ne dirai rien , je vous le » promets... Lne duchesse! quel bonheur! » Je serai donc duchesse aussi , moi? — Je » le présume... à moins... car tu es un en- » fant de l'amour... que la duchesse n'ose » avouer... Mais alors même qu'elle n'avoue- » rait point que tu es sa fille, elle peut t'a- » dopter, et comme cela te donner toute sa » fortune... et elle est considérable; plus de » 60,000 francs de rente!... — Oh! c'est bien » beau cela? — Madame Darmentière ^^ non, » vraiment! Elle a, je crois, l'2 ou lo,000 » francs de revenu , pas davantage. — Et » elle n'est pas duchesse, n'est-ce pas ? — » Non, sans doute; sa famille est noble, » mais son mari ne l'était pas... Pourquoi me » demandes tu cela ? — Oh! pour rien, ma- » dame... Et vous aurez la bonté de ni'em- » mener avec vous à Paris ? — Cela va sans » dire! Crois-tu donc que maintenant je » veuille me séparer de toi! — Ah! que je » suis contente!
UN TODRLOUROU. 153
Et Marie, après avoir embrassé sa protectrice , va se promener dans le jardin en se disant : « Je serai duchesse, je serai très- » riche.... plus que cette dame Darmen- » tière... Il me semble alors que monsieur » le comte pourrait Wien me parler autant » qu'à elle ! »
Et la jeune fille se hâte de s'enfoncer sous une allée couverte, car elle vient d'apercevoir Bellepeche, dans le jardin , et elle ne se soucie pas d'entendre parler de la Suisse, ni d'écouter les gros soupirs de ce monsieur.
Marie marchait vite ; le jardin était grand, coupé d'allées sombres, de bosquets touffus; on pouvait facilement s'y dérober aux regards des fâcheux. Mais tout à coup la jeune fille s'arrête, car elle vient d'apercevoir d'Aubigny assis sous un bosquet de lilas, et tenant des tablettes sur lesquelles il écrit avec tant .d'attention , qu'il n'a pas entendu venir Marie.
Il y a déjà quelques minutes que le comte écrit avec son crayon, lorsqu'en levant les yeux il aperçoit devant lui la jolie figure de
186 es ToniiLouftou.
Marie. D'Aubigny fait un mouvement de surprise, et se hâte de remettre ses tablettes dans sa poche, en s'ëcriant :
« — Comment!... vous étiez là, mademoi- » selle Marie?... — Oui, monsieur. — Depuis ■ longtemps?... — Mais.... oui... — Et que » faisiez-vous là?... — Mais... rien... je vous B regardais écrire... — Par quel hasard » seule?... Votre fidèle Bellepêche aurait-il | » la goutte!^ — Oh ! non , monsieur. . . je viens » de le voir dans le jardin, et c'est pour » l'éviter que je me suis sauvée par ici... Il » m'ennuie beaucoup ce monsieur là. — Ah! » il vous ennuie... Cependant il vous dit » que vous êtes charmante, et une femme » aime toujours à s'entendre dire cela. — » Oh! c'est selon par qui... — Au fait, elle a » raison, cette petite... Ah! pardon... ma- » demoiselle Marie.... j'oublie sans cesse » votre chanofement de situation.... Je crois » encore parler à la jeune fille du Tourne- » Bride... Excusez-moi! je suis extrêmement B distrait... — Oh! cela ne me fâche pas, » monsieur, au contraire... je voudrais...
Vy TOURLOUROTJ. 157
» qu'on se rappelât plus souvent... tout
■ cela. — C'est très-bien de penser ainsi , » cela prouve que vous ne rougissez pas de » ce que vous avez été.... que vous ne tirez » point trop de vanité de votre nouvelle
■ position.... — 3iais, ce n'est pas cela que
■ je voulais dire, monsieur.... Je voulais » que... vous... seulement... car vous étiez » bien plus aimable avec moi... quand je » n'étais qu'une paysanne. »
Ces mots sont accompagnés de soupirs ; d'Aubiguy lève les yeux sur Marie, sa rougeur, son émotion le frappent; pour la première fois, il se rappelle mille circonstances qui s'accordent avec ce qu il croit deviner en ce moment, et, prenant la main de la jeune tille, il l'attire sur le banc, près de lui, en lui disant avec l'accent de 1 intérêt :
« Qu'avez-vous , Marie? vous tremblez
■ près de moi... Vous aurais-je fait du cha- » grin?... Peut-être vous rappelez-vous
■ encore les propos un peu légers que je » vous tins lorsque je vous croyais que fille