‹ Un tourlourouChapitre 25 sur 55 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

15B TN TOURt.OrROU.

» d'auberge , et c'est là ce qui vous fâche » contre moi... Allons ^ Tûarie , oubliez tout » cela... comme je 1 ai oublie moi-même... » N'en conservez aucune rancune, et croyez » bien que, malgré le ton familier que j'ai » encore quelquefois en vous parlant, je » saurai toujours respecter la protégée de « madame de Stainville. »

Marie s'est assise près du comte ^ elle a laissé sa main dans la sienne ; son cœur bat avec force, et elle n'ose lever les yeux. D Aubigny attendait ce qu'elle allait lui répondre; mais Marie ne répondait pas, ne bougeait pas, car elle se trouvait si bien , qu'elle aurait voulu passer la journée dans cette position.

« Eh bien! Marie!... » dit enfin d'Aubigny, qui craint que 1 émotion de la jeune iille ne le gagne, « vous ne m'en voulez » plus, n'est-ce pas?... »

Marie balbutie d'une voix tremblante :

« Ah! j'aimais bien mieux quand vous me » parliez comme autrefois... quand vous me » disiez... que... vous m'aimiez à la folie...

BN TOUHiOtTROU. 159

» — Pauvre petite! Comment, vous

» vous souvenez de cela ?,.. Mais songez » donc que vous êtes... une grande dame » à présent!... — C'est pour cela que je » pensais... que je croyais... Un comte et » une duchesse, est-ce que ce n'est pas la » même chose '^...

» — Pas tout à fait! » répond d'Aubignv en riant. « Mais cela se rapproche très- » souvent... Ah! Marie! Marie!... vous êtes » lîien jolie!... Mais si vous saviez ce qui se » passe dans mon cœur!...

» — Dites-le moi... Ah! parlez-moi...

■ comme au Tourne-Bride! — Non, vrai- » ment!... car je pouvais ne pas craindre de » tromper une jeune fille d'auberge, mais » je dois me conduire autrement avec la » protégée de madame de Stainville. — » Pourquoi donc vouloir toujourg vous » conduire autrement, puisque je vous • permets de me dire la même chose. Ah !... » mais, je sais bien, moi , quelle est votre » raison... Je sais bien pourquoi vous ne » me parlez jamais ici! — Ah! vous savez

» tant de choses... Eh bien ! voyons, petite » Marie , que savez-vous ? »

D'Aubigny tenait toujours la main de la jeune fille, qu'il serrait assez tendrement dans la sienne, et, soit habitude , soit distraction, il avait passé un bras autour de la taille de Marie, qu il tenait à peu près aussi cavalièrement que si elle eût été encore servante d'aubero^e.

Quelqu'un qui parut tout à coup devant le bosquet, fit changer subitement la position des personnages.

C'était madame Darmentière : elle venait d'arriver chez madame de Stainville, et était allée se promener seule au jardin. A son aspect, le comte a brusquement quitté Marie , il se lève et va au devant de la jolie voisine.

a — Pourquoi donc vous déranger, mon- » sieur ?» dit madame Darmentière d'un air ironique. « Vous étiez si bien auprès de 1 mademoiselle... je serais désolée de trou- « bler votre entretien.

» Ah ! madame » dit d'Aubigny un peu

UN TOURLOTJROU. 161

confus, « j'espère que vous ne pensez pas... •> vous savez bien que vous n'êtes jamais » de trop !....

» — Je pense , monsieur, que vous aviez » sans doute une conversation bien intëres- > santé avec mademoiselle... car vous vous » parliez de très-près... Vous lui donniez, " peut-être, quelque leçon de bienséance... » de bonnes manières... Oh! je suis certaine ■' que mademoiselle se formera très-vite avec " vous. — Et pourquoi donc monsieur ne » me parlerait-il pas, madame? » répond Tïlarie en tremblant de dépit et de jalousie, « puisque je suis... duchesse, il me semble » que l'on ne doit pas rougir de causer avec » moi... Et vous, madame, qui semblez si » fière... qui me regardez à peine... vous V n'êtes pas duchesse pourtant...

» — Ah! ah! c'est trop plaisant! en vé- » rite! » dit madame Darmentière en riant, X Mademoiselle va me donner des leçons de » savoir-vivre... Il est fâcheux que le ton et » le langage sentent encore la petite servante.

» — C'est bien malhonnête, ce que vous Ji. 14.

165 VJi TOUnLOTIROU.

K dites là... madame! » répond la jeune fille qui suffoque de colère.

« — Chut! chut ! Marie, » dit le comte, « vous offensez madame.,. Et vous , ma- ■ dame, excusez cette petite.... elle ne sait » pas encore s'exprimer.

» — Oh ! je lui pardonne de grand cœur! » dit madame Darmentière , » pauvre fille! on j> lui a tourné la tète ici... Je désire qu'elle » ne regrette jamais le séjour tranquille d'où » on l'a tirée. »

En disant ces mots , madame Darmentière s'éloigne; mais d'Auhigny se hâte de la suivre , sans même jeter un regard sur Marie.

La jeune fille est restée dans le bosquet, attristée^ confuse, fâchée de ce qu'elle a dit à madame Darmentière, et pourtant plus irritée que jamais contre cette dame, pour qui le comte vient de la quitter.

« Quel dommage ! » se dit Marie, « M d' Au- » higny me tenait la main... il pressait ma » taille... il allait revenir avec moi aussi ai- » mahle qu'autrefois... C'est l'arrivéede cette

urr TouaLOUROu. 163

» dame qui a tout changé!... Mais patience , » à Paris 5 cette dame ne demeurera pas avec " nous... on ne la verra pas tous les jours... » Quand je causerai avec monsieur le comte, » elle ne viendra pas nous déranger, et puis » à Paris , j'achèverai de prendre les nia- » nières, la tournure du beau monde... Ah ! » je voudrais déjà y être... mais la saison s'a- » vance heureusement. Encore quelques se- » maines, a dit madame de Stainville , et » nous quitterons la campagne ! Ah ! qu'il » me tarde d'être dans cette grande ville.... » où l'on dit que l'on s'amuse tant!.... Cette »' madame Darmentière... ah! je la déteste.»

Marie est retournée au salon. Là elle apprend par madame de Stainville que M. Daulay est allé à la chasse dans la propriété de l'un de ses amis, et qu'il doit être huit ou dix jours absent.

«Mais, » ajoute madame de Stainville, « ce qui me contrarie, c'est que depuis son » absence , jai reçu une invitation pour » aller à une fête que donne une de mes » amies à son château, ici près , à une lieue

164 UN touhlotjhou.

» au-dessus de Mantes. Cette fête doit durer » cinq jours. Madame Darraentière n'ira que « si j'accepte... Le comte nous presse d'y » aller, et doit être notre cavalier ainsi que » M. Bellepèche ; mais toi , ma petite Marie, » que feras-tu pendant ce temps?... il faudra » donc que tu restes seule ici ?... Je t'aurais » bien emmenée, mais je crains que les robes » que j'ai fait arranger pour toi ne soient » point assez fraîches, assez élégantes.

» — Oli! je vous en prie, madame, » dit Marie, « ne vous gênez en rien pour moi... ï je resterai ici... je ne m'ennuierai pas.,. » j'étudierai toutes ces choses que vous » m'avez dit d'apprendre. D'ailleurs, est-ce » que votre femme de chambre ne me tien- » dra pas compagnie ? — Non , il faut bien » que je l'emmène pour m'habiller. Mais le » jardinier et sa femme seront là pour te » garder. Ainsi, !Marie, tu n'es pas trop » fâchée que je te laisse? — Ah! madame, » vous êtes trop bonne de me demander » cela. — J'avais pourtant bien envie de » laisser d'Aubigny et madame Darmentière

UN TOURLOUROD. IDO

» aller sans moi à cette fête. Bellepêche y » tient fort peu, il serait resté aussi. — Oh!

■ non, madame, non... il ne faut pas les » laisser aller tous les deux... sans vous...

■ Oh! je vous en prie, madame, accompa- » gnez-les, ça me ferait bien de la peine si » vous refusiez pour moi cette partie de » plaisir. — Allons, j'irai alors... D'ailleurs,

■ une fois à Paris, j'espère que tu ne pourras » plus t'ennuyer. »

Madame de Stainville embrasse Marie, et fait ses apprêts pour se rendre à l'invitation de son amie. Le lendemain, dans la journée, on met les chevaux à la calèche; madame Darmentière est arrivée depuis longtemps avec un arsenal de cartons ; Bellepêche est habillé, serré, bouclé et sanglé comme un âne qui doit servir de cheval; le comte est prêt , et ses yeux annoncent tout le plaisir qu'il se promet en accompagnant la jolie veuve, qui ne semble pas lui garder rancune de son entretien au jardin avec Marie. Tous deux montent en voiture avec madame de Stainville et Bellepêche, ceux-ci font des

Ï66 UN XOtJHLOtTROIT.

signes d'adieu à Marie, que le comte a saluée lestement, et à qui madame Darmentière n a pas dit un seul mot.

Marie est seule dans la maison, car le jardinier et sa femuîe logent dans un pavillon séparé. Marie ne sait que faire, elle s'ennuie au milieu de ces beaux appartements; elle soupire sur ces divans où l'on peut mollement s'étendre; elle regarde le piano et les crayons mais elle ne sait pas s'en servir. Elle veut prendre un livre , mais elle est trop distraite pour porter attention à ce qu'elle lit. Elle va devant les glaces, se mire, se regarde marcher et s'étudie à se donner des grâces et un maintien distingué.

Malgré l'attention qu'elle donne à cette grave occupation , Marie trouve que le temps ne marche pas; et le soir en se couchant elle se dit : « C'est singulier comme » la journée m'a semblé longue... elles pas- » saient si vite... au Tourne-Bride î... Oh! » mais à Paris ce sera différent. . . j'aurai » tant de choses à voir, là!.. »

Le lendemain s'écoule aussi tristement et

UN TOURLOtFROTJ. 167

semble encore plus long. Le jour suivant Marie était clans le jardin , assise sous le bosquet où elle avait causé avec d'Aubigny , lorsque tout à coup Daulay paraît devant elle en costume de voyage.

« — Ah ! je vous trouve enfin , niade— » moiselle, » dit le jeune homme, en s'approchant de Marie avec empressement. « Je » vous cherchais par toute la maison!... — » Vous êtes donc déjà revenu de la chasse, * monsieur? — Oh ! bien mieux que cela... » Figurez-vous qu'en chassant je suis entré » dans la propriété de cette dame chez la- » quelle madame de Stainville est en ce mo- » ment avec toute notre société. — Et vous » n'êtes pas resté avec eux? — Je compte » retourner les joindre , mais auparavant » il faut que je m^acquitte d'une commission » dont madame de Stainville m'a chargé , et » celte commission vous concerne. — Qu'est- » ce donc? — D'abord vous saurez que la » fête que ces dames sont allées embelhr de « leur présence doit se prolonger beaucoup: » on parle d'un théâtre de société, bâti dans

» le parc... d'une pièce clans laquelle nous • jouerons tous.... bref, si madame de » Stainville revient de là dans quinze jours » ce sera très-prompt ! . . . — Ah ! mon » Dieu ! vais-je m'ennuyer pendant tout ce » temps-là ! — C'est justement ce que ma- » dame de Stainville a pensé... car elle vous » aime tant!... — Oh oui ! — Elle a dit : Je » ne veux pas que ma chère Marie reste » seule à la campagne , où elle mourrait » d'ennui ; il vaut bien mieux qu'elle soit » chez moi, à Paris, où j'irai la retrouver; là, » du moins, elle aura mille distractions!... » — Oh! quel bonheur... Quoi, madame a » dit... — Elle ma chargé de revenir bien » vite ici... de vous conduire chez elle, à y Paris , puis de retourner la joindre au » château où l'on m'attend. — Comment , « monsieur Daulay , vous aurez la bonté... » — Trop heureux , mademoiselle, de pou- » voir vous être agréable . — Oh ! que je » suis contente!... certainement, j'aime » bien mieux être à Paris qu'ici. — En ce » cas, mademoiselle, partons tout de suite..

■ au château on m'a prêté un cabriolet..,, il » nous attend. Il est maintenant près de « onze heures et nous avons dix-huit lieues » à faire , mais le cheval est bon et en six » heures nous serons arrivés... — JMais il » faut que je rentre à la maison pour pren- X dre... — Rien, rien, madame de Stain- » ville ne veut pas que vous emportiez la » moindre chose d'ici. A Paris, chez elle , » vous trouverez tout ce qu'il vous faudra » en robes... en bonnets... en chapeaux... » vous y aurez une petite servante fort in- » lelligente qui saura vous habiller... Mais » venez, dépêchons... je n'ai pas de temps » à perdre, j ai promis d'être de retour au » château cette nuit. — Eh bien ! me voilà.. » Oh ! je ne demande pas mieux que d'aller » à Paris... »

Daulay prend la main de Marie et la fait marcher vers une petite porte qui est à l'extrémité des jardins , du côté opposé à la maison , et donne sur un chemin de traverse.

« Par où donc allons-nous .^^ » dit Marie. II. i5

170 TJN TorRLorROu.

« — Soyez tranquille, nous prenons le bon » chemin. C'est par là que je suis venu.... " C'est là que le cabriolet nous attend j et » le chemin de traverse est beaucoup plus » court pour aller à Paris. »

JMarie suit Daulay avec confiance, car elle n'a aucune raison pour se défier de lui. Arrivés à la petite porte, Daulay, qui a la clef, ouvre et fait sortir la jeune fille en ayant soin de refermer la porte après lui. Un cabriolet étaitarrèté à quelque pas, le jeune homme y fait monter Marie, s'y place près d'elle et fouette son cheval qui part comme le vent.

Les bois; les prairies, les villages fuient derrière nos voyageurs. Pendant quelque temps , Daulay évite la grande route , mais après avoir fait trois lieues il y revient, et Marie traverse plusieurs bourgs populeux. Au milieu de leur voyage, Daulay est obligé d'arrêter pour laisser prendre quelque repos à son cheval . mais il fait entrer Marie dans une chambre d'auberge, demande quelques rafraîchissements qu'il

Vy TOtJRtOUROU. 171

prend avec elle, et ne la quitte pas une minute.

« Sommes-nous bientôt arrives? » dit Marie. « — Nous avons fait la moitié du » chemin, et vous voyez que je vous mène » grand train... — mais j'y songe... mon- » sieur Daulay.. est-ce que je vais me trou- » ver toute seule chez madame de Stainville; moi , qui ne connais pas Paris, je serais bien embarrassée. — Rassurez-vous mademoiselle, vous trouverez, chez votre protectrice, une domestique pour vous servir. C'est une jeune fille que madame de Stainville avait prise fort pea de temps avant de partir pour la campagne, elle est très-intelligente, elle vous servira avec zèle... elle vous dira aussi les usages de Paris. Par exemple, vous comprenez que dans une grande ville, une jeune demoiselle... comme vous, ne doit pas sortir seule, c'est inconvenant et quelquefois dangereux. — Oh ! je ne sortirai pas ! — Avec votre bonne, vous le pourrez quelquefois... au reste, si je puis m'èchapper en-

» core de ce château , où je ne retourne que » par complaisance; je ne manquerai pas » d'aller vous voir. — Vous êtes bien bon. » Mais il ne faudrait pas quitter la société » pour moi. — Le cheval doit être reposé, » nous pouvons repartir. — Oh! je le veux » bien. »

Les voyageurs remontent dans le cabriolet et se remettent en route. Marie est si contente d'aller à Paris, qu'elle ne se plaint pas de la fatigue que l'on ressent en faisant dixhuit lieues presque tout d'un trait. Enfin on aperçoit les édifices de la grande ville ; on arrive; on passe la barrière, et Daulay dit à sa compagne de voyage: « Nous som- » mes dans Paris! »

Et Marie regarde de tous côtés pour apercevoir les merveilles qu'on lui a promises, et elle ne les aperçoit pas encore, parce qu'on n'a pas l'habitude de les placer dans les faubourgs, et que Daulay n'a pas voulu prendre par la belle entrée de la barrière de l'Etoile. Mais en pénétrant dans l'intérieur de la ville; et surtout en suivant les boulevards, la jeune

UN TOURLOUROTJ. 173

fille ne sait comment exprimer son étonnement et son admiration.

Daulay arrête son cabriolet sur le boulevard Saint-Martin , dans une belle maison en face du Château-d'Eau. Il fait descendre Marie qui est tout étourdie par le mouvement des passants et le bruit des voitures. Il la fait monter trois étages, sonne à une porte , et une jeune bonne, à la mise coquette, à l'air déluré, ne tarde pas à ouvrir.

« Félicité, » dit Daulay, « voici une de- » moiselle que madame de Stainville vous » envoie... vous aurez pour elle tous les » soins, tous les égards; vous ne la quit- » terez pas une minute : c'est l'ordre de » votre maîtresse, et elle attendra ici le I retour de madame de Stainville. »

Mademoiselle Félicité fait une gracieuse révérence à Marie, en disant :

■ Ça suffit, inonsieur, oh!... certaine- » ment , je servirai mademoiselle avec le plus » grand plaisir... je vous promets qu'elle ne » manquera de rien. »

Daulay fait entrer Marie dans l'intérieur H. i5.

174 vi% touhloghod.

de l'appartement : c'était un petit logement composé de quatre pièces, dont deux donnaient sur le boulevard, il était meublé avec goût, et tout à neuf.

Marie promène ses regards autour d'elle et s'écrie :

a Comment! c'est ici le logement de ma- « dame de Stainville?. . . ah! c'est singu- 'T- lier, c'est plus petit qu'à la campagne... » A Paris, on est donc les uns sur les autres ?

» — Ah! je vais vous expliquer cela, » répond Daulay, « ceci n'est encore qu'un » pied à terre, parce qu'en partant pour la » campagne , madame de Stainville a vendu » son hôtel du faubourg Saint-Germain, elle » a pris ce petit appartement... seulement >• pour mettre quelques meubles qu'elle avait » conservés, mais lorsqu'elle sera revenue, » son intention est bien de louer un autre » appartement... oh ! elle en aura un magni- • fique. — Au reste, monsieur, si je dis » cela, ce n'est pas que je ne me trouve pas » bien ici, au contraire... c'est bien joli... » et cette vue... ah! mon Dieu, que c'est

UN TOURLOUROC ITo

» gai! que de monde !... la belle promenade ! » — Ce sont les boulevards!... j'ai bien pensé » que cette vue vous plairait, et que c'est » pour cela que j'ai... que madame de Staiii- » ville vous a envoyée en avant; mais il faut » que je reparte sur-le-champ : au revoir , « mademoiselle Marie ; ne sortez pas seule ; » suivez les avis de Félicité. Vous trouverez

■ dans un de ces meubles des robes , des » châles... tout ce qui vous sera nécessaire, » et votre bonne a de l'argent pour vous » acheter ce dont vous aurez besoin. J'es-

■ père , d'ailleurs, revenir bientôt à Paris. » — Adieu , monsieur Daulay , je vous suis » bien obligée de la peine que vous avez » prise en me conduisant ici. Dites à ma- » dame de Stainville que je serai bien sage, » que je la prie de ne pas m'oublier... et » que je la remercie beaucoup de m'avoir » envoyée à Pat-is. >

Daiilay prend la main de Marie , qu'il porte respectueusement à ses lèvres, et sort accompagné de la jeune bonne qui le suit

176 UN TOtJRLOUROU,

jusque clans l'escalier. Là, Daulay dit tout bas à mademoiselle Félicité :

« Tu as de l'argent, tu as mes instruc- • tions!... ne t'en écarte pas!... ne quitte » pas cette jeune fille. Si elle veut sortir , » accompagne-là. Ne la fais jamais aller du » côté du faubourg Saint-Germain 5 fais-lui ■ porter un grand chapeau avec un demi- » voile , en lui disant que c'est le bon genre; » songe , enfin , que je récompense comme » on me sert.

» — Oh! soyez donc tranquille, mon- » sieur , je ne suis pas faite d'hier au soir !

» — Je retourne près de madame de Stain- » ville , afin que l'on ne puisse me soupçon- » ner lorsqu'on apprendra la fuite de Marie ; » mais je reviendrai le plus tôt possible faire » ma cour à ma charmante petite duchesse... » car elle est à moi maintenant!... et je ne » crains plus que d'autres m'enlèvent ce pré- » cieux trésor ! »

Daulay descend précipitamment l'escalier, remonte en cabriolet, va chez son

vy TouuLOUROtf. 177

loueur de chevaux , y laisse sa voiture , prend un cheval de selle et repart pour la Roche-Guyon.

Page 1