CHAPITRE PREMIER
I,es boulevards.
Conduisez à Paris, sur les boulevards, une jeune fille qui ne serait jamais sortie de son village , et voyez quel ëtonnement , quelle admiration exprime son visage à l'aspect de ce panorama vivant, si gai, si animé, si varié. La jeune fille n'aura pas assez de ses yeux pour voir, de ses oreilles pour écouter. Telle esta peu près Marie, placée à sa fenêtre presque toute la journée depuis son arrivée à Paris.
2 UN TOBELOUROU.
Mademoiselle Félicité est souvent à côté de sa jeune maîtresse, et lui explique le tableau qui est devant leurs yeux. La petite bonne parle très-volontiers et très-facilement. Elle est moins causeuse lorsque Marie lui adresse quelques questions sur madame de Stainville. Alors Félicité se contente de répondre :
« Ah ! dame , mademoiselle , je ne con- » nais presque pas madame de Stainville , » je ne suis entrée à son service qu'au mo- » ment où elle partait pour la campagne j » elle m'a laissée ici pour avoir soin de ses s meubles et garder son petit pied-à-terre. » Mais, par exemple, je connais bien Paris... » ô Paris !... je le sais sur le bout de mon » doigt; je pourrais être cocher de fiacre. » J'ai servi dans tous les quartiers : ça fait » du bien , ca forme. J'ai été femme de )• chambre a la Chaussée-d'Aniin, chez une i> petite maîtresse chez laquelle il ne faisait » jamais jour avant trois heures de l'après- » midi. Elle m'a renvoyée parce qu'une fois » j'eus le malheur d'ouvrir les persiennes
» pendant que son amoureux était-là, et » qu'il s'aperçut alors qu'elle était criblée » de taches de rousseur. J'ai servi au faui» bourg Saint- Honoré des gens qui affi- » chaient du luxe, un grand ton; mais » c'étaient des riches malaisés; ils avaient » voiture , livrée , et on mourait de faim à l'of- » fice. J'ai été au faubourg Saint-Germain... » oh! là on était bien nourri; mais, un » matin, madame me donna mon compte, » parce qu'elle me trouva lisant le ISational , » qu'un de mes cousins m'avait prêté. J'ai été » bonne d'enfants au Marais; mais comme » on ne voulait me laisser aller promener » les marmots que sur la place Royale, j'ai » bien vite quitté, et je suis entrée chez de » bons bourgeois du faubourg Saint-Mar- » ceau... Je n'y suis restée que trois jours ! » La dame avait toujours les clefs de tout » sur elle. Fi donc ! c'est petit, c'est humi- » liant!... je ne veux pas qu'on se défie de » moi. Enfin j'ai servi bien des maîtresses, » et j'ai vu bien des choses!... Si je savais » l'orthographe , j'écrirais mes mémoires ;
4 UN TOURLOTJROU.
» mais j'ai un cousin qui me l'apprendra » dès qu'il sera établi bottier.
■ — Et ici , Félicité, dans quel quartier » sommes-nous ?
» — Ici mademoiselle... dame! c'est la li- » sière du Marais... mais le boulevard est » toujours un beau quartier. Celui-ci est B superbe, et ce château d'eau l'embellit en- » core. Venez donc à la fenêtre voir passer » le monde, mademoiselle... je vais vous » expliquer tout ça comme une lanterne » magique. »
Marie ne demande pas mieux, car elle ne peut se lasser de regarder sur les boulevards; Félicité se met à côté d'elle et, en lui désignant du doigt les objets, commence ses explications :
« Là bas, mademoiselle, c'est un café!... » puis encore un là... puis là. Il y a beau- » coup de cafés à Paris, et tous les jours » ils deviennent plus brillants, plus élégants; » si ça continue ou n'osera plus y entrer, s pour prendre un petit verre ou de la bière, » et une mise décente sera de rigueur. C'est
les garçons du café surtout qui sont beaux! Ah! mamselle, si vous saviez comme ils sont tous bien coiffés , bien bichonnés !.,r ils ont des raies , des touffes , des frisures ! c'est magnifique ! Aussi quand je vois passer dans la rue un monsieur parfaitement bouclé et frisé ! je dis : Voilà un homme qui serait digne d'être garçon limonadier.
» Là-bas, mademoiselle , ce sont de petites boutiques de marchands qui viennent étaler sur le boulevard : ils vous vendront de la porcelaine, des théières, des assiettes , des tasses , des vases , et toujours à très-bon marché , à ce qu'ils diront ; mais je vous préviens que toutes ces pièces sont de rebut et ont quelques défauts,
» Ah ! voilà les marchands à treize sous, à dix-sept sous, à trois sous et demi. C'est à qui criera le plus fort pour attirer l'attention des passants; voilà une boutique de gilets, de pantalons tout faits, tout confectionnés , comme ils disent j c'est au rabais, c'est à soixante pour cent de perte, et c'est toujours le restant de la vente.
b UN TOURLOUROU.
» Tout cela, mamselle, pour attirer les ba- » daudsjetles chalands; mais, quand on •» s'arrête devant ces boutiques-là , il faut » bien prendre garde à son sac et à son » mouchoir. La société des badauds est très- » mêlée à Paris.
» Voyez , mademoiselle , que de monde, » que de promeneurs ! on voit de bien drô- » les de tournures!... Voilà de jolies dames » qui sont très-élégantes... elles ont des ro- » bes neuves... ça se voit, et elles sortent •> pour les montrer : c'est bien naturel ! Au- » près d'elles passe une pauvre femme qui » s'entortille avec peine dans un vieux tartan » tout passé, dont on ne voit plus les cou- » leurs... C'est quelque rentière qui ne peut » pas se consoler de ce qu'on ait supprimé ■ la loterie. Au fait, j'ai connu une ouvreuse » de loges qui avait vendu tous ses effets et » même le pantalon de son mari pour suivre » un terne sec. Quand on a supprimé la lo- » terie, son terne était justement au moment » de sortir... la pauvre femme! elle a fait » une pétition à son commisaire de police ,
UN TOURLOCROU. 7
» pour avoir un dédommagement; on ne » lui a pas seulement répondu.
» Ce beau monsieur qui descend de ca- »' briolet est un tailleur : il porte un habit » enveloppé avec soin dans un beau foulard; B cet homme qui passe avec tout une défro- » que sur son dos, est un marchand d'habits. . . » mais de vieux habits alors. L'un porte à » un petit-maître des vêtements à la mode; » l'autre achète à un domestique les effets » dont il ne veut plus. Avec le vieil habit » le fripier ambulant fera une veste neuve, » et un ouvrier s'en parera les [dimanches » et les fêtes; avec le bel habit le petit-maître » ira se montrer aux spectacles, aux concerts, » aux promenades; ensuite il le donnera à » son domestique qui, après l'avoir porté » quelque temps , le revendra au marchand » ambulant, qui le revendrai l'ouvrier; vous » voyez, mademoiselle, qu'un habit va sur » bien des dos, passe par bien des mains et » doit voir bien des choses.
» Tenez, mademoiselle, regardez celte » énorme dame qui se carre en donnant 1(î
8 UN TOCRLOUROU.
» bras à ce petit monsieur. La dame a sur » son bonnet des plumes, des fleurs et de » la dentelle, elle porte un cachemire, des » diamants. Le monsieur a un chapeau en » vrai castor, un habit en louvier superflu , « une canne à pomme d'or et un gros cachet » à sa chaîne de montre, ce n'est plus la » mode , mais il y a des gens qui veulent » toujours faire prendre l'air à leurs bijoux. » Voyez comme ce couple marche à pas » comptés; on dirait une patrouille! La » dame affecte un air dédaigneux en passant » devant les femmes mises simplement! le » monsieur souffle en marchant comme un » cheval poussif; il a l'air de dire : Faites de » la place à mon épouse ! Ces gens-là , made- » moiselle, sont d'anciens bouchers retirés » du commerce, avec vingt mille francs de » rente. Certainement ce n'est pas un crime » d'avoir vendu des côtelettes, bien au con- » traire; mais il ne faut pas ensuite singer » les grands seigneurs et souffler avec un air » d'importance au nez des passants.
» Cet homme que vous voyez de l'autre
» coté du boulevard, portant sur son dos » une petite fontaine de feiblanc avec une » foule de sonnettes, des gobelets, des ru- » bans, ayant toujours avec cela un tablier » blanc et un nez rouge , c'est un marcband. » de coco : un liomme qui donne à boire » depuis un iiard jusqu'à deux. \ ous verre/ » toujours autour de lui des enfants, des » gamins, des bonnes et des tourlourous....
» — Qu'est-ce que c'est qu'un tourlourou, « Félicité ?
» — Mademoiselle, c'est un petit nom f d^amitié que nous donnons en général aux » jeunes soldats de la ligne, cela remplace » \e Jean-Jean, et c'est approchant le même » personnage. Les toulourous sont les nou- » veaux enrôlés , ceux qui n'ont pas encore » de vieilles m.oustaches et qui flânent sur « les boulevards en reçfardant les ima£fes, » les paillasses et en cherchant des payses.
« — Mon Dieu, Félicité, comment pou-
» vez-vous savoir tant de choses ? — Dame !
» mademoiselle, je n'ai pas habité tous les
» quartiers de Paris sans y avoir puisé quel-
iir. 2
J^O us lOtJRLÛUROU.
» qne iiistrucliou ; (J'culleurs les bonnes, les » iVuniies de chambre ont presque toujours B un parent ou deux dans les tourlourous j » wiais regardons encore, mademoiselle.
» — Voilà un jeune homme qui fait seni- » blant cle lire en marchant; je dis qu'il ne r> fait que semblant, parce que sur le bou- » levaid au milieu de la journée, il est imï possible de lire , vu qu'il faut à chaque iny> stant se déranger, se garer pour ne pas » se jeter dans quelqu'un.
» — Quelle sont ces grandes voitures , » Félicité... Je le vois s'arrêter souvent , et il 1» y enlre toujours du monde.
» — j^lademoiselle, ce sont des Omnibus , » ca veut dire des voitures où tout le monde » est libre de monter pour six sous, ca vous » conduit dans tous les quartiers par cor- » respondance... Par exemple : d'ici, voulezï vous aller au Pont-Keuf; vous montez dans ï une voiture qui vous dépose à Tivoli^ et » puis là , vous attendez une correspon- » dajjce : c'est bien gentil; c'est dommage » pourtant que les cochers ne jouent plus de
U> TOURLOUKOU. 1 I
» la trompette... c'était bien plus niililaire, » et j'aime beaucoup tout ce c|ui est iuiUital:e » moi.
1 — Quelle est cette musique que j'eu- » tends... où court tout ce monde?...
» — Ce n'est rien , mademoiselle, c'est ia » musique du marchand d'eau de Cologne...
• qui vend en même temps de la pouuaade
• pour les lèvres et pour les cors aux pieds. » Pour attirer le monde, le marchand a deux » domestiques habillés en Turcs, qui jouent » des cymbales et du tambour; tandis que » lui , avec une perruque de chiendent et un » habit de marquis , fait des discours au pu- » hllc et vante les merveilleux effets de sa » pommade et de son eau de Cologne. On » appelle cela un charlatan; il n'en manque » pas à Paris!.... Tenez, mademoiselle^ exa- » minez ce grand homme en habit râpé et » taché , qui a jabot et des bas bleus, un lor- » gnon et des mains sales, des bouchons de » carafe montés en épingle et des souliers
» éculés; regarde- le... Il se promène une » grande partie de la ji)urnée sur les boule-
lïi UN rOlRLOUROU.
» vanls, il s'arrête devant les boutiques, il » a toujours l'air d'acheter quelque chose , » et pourtant il n'achète rien. Cet homme- » là est un compère , souvent d'ici je l'ai vu » travailler.
» — Qu'est-ce que c'est qu'un compère, » Félicité?
» — C'est un homme qui s'entend avec » d'autres pour attraper le monde... et pas » autre chose, mamselle, car je soutiens, » moi, que les marchands qui vendent de » bonnes marchandises, n'ont pas besoin » de compère. Tenez... regardez, là, pres- » que au-dessous de nous... cet homme qui » a devant lui une petite table couverte de » savon à détacher; il s'égosille à vanter le » mérite de sa marchandise et personne ne s lui achète; on passe devant sa boutique » sans s'arrêter; mais voilà le compère qui » arrive... il a toujours des taches à son ■ habit... il s'arrête... Voyez-vous, le mar- » chand le prend au collet, le frotte avec » son savon , le brosse, le tourne et le re- » tourne en s'écriant :
BN TOUBLODEOU. 13
» Voyez, messieurs et dames; monsieur ' était plein de taches... il était dégoiitant ! » on n'osait pas le regarder!... Eh bien! » qu'ai-je fait?... je l'ai frotté avec mon » savon... tout a disparu! monsieur est pro- » pre, monsieur est présentable... mon- » sieur n'est plus reconnaissable, — C'est » vrai, répond le monsieur en regardant » autour de lui d'un air Je bonhomie : c'est 0 vrai... j'étais couvert de taches!... mais " ce savon m'a complètement nettoyé. Don- » nezmoi six tablettes de votre excellent » savon... donnez-m'en dix; on en a lou- » jours besoin. Tenez, payez-vous... Six " sous le morceau , c'est potir rien ! donnez- » m'en douze ! Ensuite le monsieur est une » heure pour fouiller à sa poche, une heure » pour payer et choisir ses savons, et dans ■> cinq minutes il viendra recommencer la " même scène.
» — Qu'est-ce qu'on fait donc là-bas, » près du Château-d'Eau ; je vois beaucoup " de monde arrêté ? » dit Marie.
« — ^ Là , mademoiselle , c'est un faiseur m. 2.
Ë4^ C.N TOUULOUIiUt/.
• de tours, avec sa famille; c'est à quî^ » sera le plus fort clans cette famille-là. Le » petit garçon, qui n'a que six ans, marclie » sur sa tèle, fait la roue et tourne pendant » une heure sans s'arrètei\ Le père avale » des sabres, des serins, des couteaux et ■-> de la filasse allumée; mais c'est la mère » (|ui est bien plus extraordinaire!... elle » se couche sur le dos, entre deux chaises ;, » !a tète sur l'une , les pieds sur l'autre , et , » dans cette position, on lui place sur le 1^ ventre des poids de cent livres que son » mari se met à frapper avec un marteau , » et pendant qu'oii se sert de son ventre » comme d'une enclume, cette femme s'é- » crie : « Plus fort!... Frappez donc!... » Encore plus fort !... »
» — Ah, mon Dieu!... quel vilain spec- » tacle ! et on s'arrête pour voir de ces
• choses-là!
» — A Paris, mademoiselle, on s'arrête » pour tout : quand vous êtes dans la rue, » levez les yeux en 1 air , fixez-les longtemps » sur une fenêtre j bieulùt on s'ariêterj
UN TOUULÛCPrOU. 16
' près de vous, on regardera où vous regar- :' » dezj chacun se demandera : Qu'est-ce crut: ■* c'est? Personne ne pourra répondre; » mais c'est égal, on continuera de regarder. » Si vous causez avec quelqu'un et si en » parlant vous semblez animé, on s'arrête » encore, pour entendre ce que vous dites , » et dans l'espoir que vous vous disputerez.
• Les Parisiens sont extrêmement curieux ; » ils voient beaucoup de choses, et à les ob-
• server on croirait qu'ils n'ont jamais » rien vu.
» — • Comme tout ce monde qui pas^c » semble gai, satisfait' Les habilanls de » Paris ont l'air bien aimables et bien s heureux !
» — Ah ! mademoiselle, il ne faut pas se » fier aux apparences; dans une grande » ville on ne veut jamais avoir l'air mal- " heureux ou mécontent... parce que ça " Ole le crédit et la confiance. 11 passe de- " vant nous bien des gens en voiture, qui » doivent leur toilette, leur carrosse, ieuri ' chevaux et leurs valets. Celui-ci qui s^
16 V!X TOUHLOCROXT.
» pavane d-ans son tilbury n'oserah peut- » être pas aller à pied, de crainte d'être » ai'rèté par ses créanciers , tandis qu'en » tilbury, il passe vite et se contente de les » éclabousser. Ce qu'il faut avant tout à » Paris, c'est faire figure!... Ah! dame! i^ quand on fait figure on est susceptible » d'aller loin, et d'obtenir les plus belles » récompenses.
" — Attendez, Félicité... il nie semble » que j'entends chanter..,
r — Oui, mademoiselle; c'est une femme * qui joue du violon et chante, tandis que » l'homme qui est avec elle l'accompagne » avec un orgue et nn tambour de basque, » On aime beaucoup la musique à Paris ; » cependant les chanteurs ambulants sont » plus rares qu'autrefois ; mais en revanche » il y a tant de concerts... Oh ! vous verrez » tout cela, n)adeinoiselle. Monsieur Baulay, » je veux dire madame de Stainville vous » mènera aux spectacles , aux bals , aux » concerts...
» — Et M. le comte d'Aubigtiy, » dit
EN TOURtnur.ou. 17
Marie, « vient-il chez madame de Stain- » ville aussi souvent ici qu'à la campagne?
» — Le comte d'Aubigny... qu'est-ce que » c'est que ce monsieur-là ? — Mais c'est » un ami de votre maîtresse... de ma protec- » triée... Est-ce que vous ne le connaissez » pas P — Non , mademoiselle... Ah ?ce n'est » pas étonnant, j'ai été si peu avec ma- » dame. . . — Mais vous avez dû voir le » comte, quand votre maîtresse est partie, » il était en voilure avec elle... et puis, » M. Bellepêche... — Ah ! oui, mademoi- » selle... oui, un monsieur... — Bien joli » garçon !... n'est ce pas ? — Oh ! oui , ma- » demoiselle, très-joli garçon !... une taille » assez gentille... — Comment, gentille! mais t il est fort bel homme. — C'est ce que je » voulais dire, mademoiselle. — Et un air » si aimable... si doux... — Oh! oui, ma- » demoiselle... il a l'air doux comme un » mouton ! »
Mademoiselle Félicité détourne la tète en se pinçan! les lèvres pour ne pas rire, et se dit en elle-même : « Je ne sais pas ce que
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» c'est que ce comte d'Aubigiiy, mais il me » semble que mademoiselle Marie y pense » beaucoup plus qu'à M. Daulay. »
Et pour clianger la conversation , la petite l)onne tâche de ramener l'attention de 3Iarie sur les boulevai'ds , en lui disant :
« Ce que vous voyez, mademoiselle, vous donne bien une légère idée des habitants , du mouvement de Paris; mais ceci n'est rien encore!... et quand vous connaîtriez le Palais-Royal... les Tuileries... et 1 Ermitage , donc... Ah! mademoiselle... c'est l'Ermitage qui est un joli endroit , où l'on danse trois fois la semaine; un orchestre délicieux , et des danseurs si galants ! Après chaque quadrille ils veulent toujours mener leur danseuse dans un bosquet pour prendre quelque chose... Ah I les demoiselles ont bien de l'agrément à Paris ! Il y a encore une foule de récréations dont je ne vous ai pas parlé... Mais vous ne m'écoutez pas , mademoiselle , est-ce que vous avez vu passer quelque «chose de curieux ?... »
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Pfpiiis quelqm^s iiis'aiils, en effet, Marie uvali les regards attachés sur le même objet • elle cousidérait plusieurs soldats arrêtés sur le boulevard, devant un faiseur de tours. Les traits de l'un d'eux lui rappelaient Pierre, ce jeune paysan qui s'était engagé par désespoir de ce qu'elle ne l'aimait pas. BJarie a benti son cœur battre plus vile, elle tlit d une voix émue à sa jeune bonne:
« Ces hommes... arrêtés là-bas... ces sol- » dats en pantalons garance... — Ce sont m des tourlourous.. comme je vous le disais » tout à Iheure, mademoiselle... Est-ce que » vous avez aussi quelque connaissance parmi » ces militaires ? — Non... Mais il me sem- » blait... je me trom{)e peut-être... »
Les soldats se sont éloignés ; Pdarie les a suivis des yeux , et Félicité se dit : « C'est » singulier!... Cettejeune fillequi est, dit-on » une petite innocente, parait avoir des con- « naissances intimes parmi les comtes et les » tourlourous. »
âO UN TouRLouaon.
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