TJ!^ 'rO0Rl,OUROU
n était un petit homme Qui s'appelait toto , caraba , Il allait à la chasse , A la chasse aux perdrix Carabine!...
« Eh non ! dit rieur-d'Ainour; c'est pas > Carabine , c'est Carabi dans la chanson. » — Tu crrrois que c'est Carabi ?... c'est » po-fisible... c'est pas moi qui l'a faite.
» — Ohé ! Pierre !. . . ohé ! viens donc » avec nous... il y a encore de la place sur * notre banc. »
C'est Fleur-d'Amour qui fait des signes au jeune soldat qui se promène lentement, seul, dans une contre-allée.
« C'est un de vos camarades que vous ap- « pelez? » dit mademoiselle Joséphine en. regardant Fleur-d'Amour.
« — Oui, mamselle 5 c'est parcequ'il élait: » avec nous tout à l'heure que je l'appelle. » — Pourquoi donc reste-t-il tout seul , » alors? — Ah! je vas vous dire... c'est » que le camarade que vous voyez là-bas... ». il aime Tisolement de la solitude... parce
» que son cœur a de la tristesse pour de » l'amour au sujet d'une femme... qu'il a » laissée au pays. — Ce pauvre garçon!... » ri peRse à sa bonne amie !... ah ! c'est bien » joli d'être fidèle comme ça ! — C'est-à-dire » que c'est bien bête^ puisque la celle qu'il » aimait, ne l'aimait pas , et qu'elle ne pense » pas du tout à lui , tandis qu'il se chagrine » à cause d'elle. — Ah ! si elle ne l'aimait *.pas, il est sûr que ce n'est pas trop la • peine de se gonfler les yeux pour des » iiidilïérentes... — Oh ! mamselle , je parie . » que vous ne seriez pas indifférente , vous , » si vous aimiez quelqu'un ? je lis ça dans » vos petits yeux... Ah ! queux petits yeux ! " c'est comme des boutons d'acier ! eh ! eh ! » eh ? — Oh ! oh ! oh l farceur que vous » faites! » répond mademoiselle Joséphine. « — Ah ! ah ! ah ! » dit la grosse bonne. — M Hu ! hu ! hu ! ï fait Carabine.
« Avez - vous été queuque fois voir les >' polichinelles » reprend Fleur - d'Amour quand on a cessé de rire..
• — Non. Oh ! je n'aime pas Tes marîcn- 111. A.
S8 Vy TOURLOUROU.
» nettes, moi !... c'est bon pour les enfonts... » Quand madame m'ordonne de mener ses » petites chez Séraphin , il n'y a pas de » danger que j'y aille ; mais je dis aux » enfants : \'ous direz à votre maman que » vous avez été chez Séraphin , ou, sans » cela je vous fouetterai ; et les petites di- » sent tout ce que je veux.
» — Cest juste, et voilà comme on doit » élever les enfants , ça leur z'y apprend » la discipline.
» — Voilà le temps qui se remet à pré- » sent, » dit Carabine en levant le nez en l'air.
<t — Okt oui... je crois ben que nous » n'aurons pas d'eau , » répond la grosse bonne.
c — Ce que j'aime beaucoup , moi , »• reprend l'autre bonne en s'adressant à Fleurd'Aniour,» c'est la comédie... Oh! la co- » médie , je me passerais de manger pour y » aller.
. — Moi, je préfère le spectacle, » répond Fleur-d'Aniour.
UN TOUULOUROU. 89
» — Mais c'est la même chose , mon- » sieur. — Vous croyez, mamselle ? Au » fait , c'est possible ; je n'y suis encore allé » qu'une fois que j'avais une permission de » neuf heures, que je suis rentré à minuit, » où l'on m'a mis à la salle de police. Mais » c'est égal, j'ai vu une bien belle pièce, » la Tour des Nèfles.
» — Ah! oui, j'en ai entendu parler; on » dit que c'est superbe... Ah! si vous vou- » liez me la raconter, ça me ferait bien » plaisii'.
» — Je vous raconterais tout ce que vous » voudrez, mamselle; je me nomme Fleur- » cC Amour ^ c'est vous dire que je suis » galant près du sexe. »
En disant ces mots, Fleur-d'Amour passe ses doigts sur ses lèvres, où il cherche en vain des moustaches; il lance une oeillade, puis commence son récit.
« Car d'abord faut vous dire qu'on est » chez un marchand de vin de l'antiquité; » que ce sont de bons enfants qui viennent » la s'amuser... jouera la drogue et autres
iO' un ïouafeouRou.
> récréations ; pour lors il vient aussi du 'i gn>nd monde, des officiers, qui boivent. » Moi, je disais si on m'en offrait, je hoi- » rais tout de môme... mais on ne m'a pas » offert. Alors voilà que les officiers causent » entre eux de leurs affaires, vous pensez » ben que je n'ai pas eu l'insubordination ■ de les écouter. Je me suis même retourné B par honnêteté; pendant ce temps-là, on » a baissé un rideau. Vous comprenez 1*
» — Oui, monsieur.
» Je persévère ! Le rideau se relève. On ». voit l'intérieur de la Tour des A è fies « Voilà qu'il revient un ofiicier avec une » dame... Oh! une belle dame!... soignée... » c'est dammage qu'on ne voyait pas sa s- figure, qui avait un petit masque d'arle- » quin; malgré ça, l'officier avait l'air de la 1 chauffer ferme ; il la serrait de près , et il » batifolait gentiment!... mais voilà qu'en » jouant, il l'attrape avec une épingle, que « ca fait à la belle dame une éoratiirnure » au visage. Elle se fâche tout rouge... c'esti à-dire on ne voit pas si elle c.it ro'.îge,
vy TOURT.otrr.nr. 41
vu qu'elle a toujours son petit masque; mais c'est égal , elle se iàche... Moi , j ai dit qu'elle avait raison : on ne doi-t pas ësrrati£:ner le beau sexe. Elle s'en va en disant à son amoureux : Je Jie t'en dis pas plus ! Bon ^ voilà qu'on amène un autre officier qui est malade, qui a reçu un mauvais coup. Il vient dire à l'autre qui est.son ami : Adieu , je meurs, tu retourneras au pays sans moi... ou autre chose, mais ça doit être à peu près ca. Bien, là-dessus, l'autre se jette par la fenêtre dans la rue, vu que, sachant nager, il, ne se blessera point. On baisse encore le rideau. On voit ensuite un pa- . lais , tout plein de princes et de prirvcesses qui ont des queues... à leur robes, s'entend. Ils parlent encore de leurs affaires; moi, je mange des noix jusqu'à ce qu'ils aient fiiii. On voit après un vieux palais... au bord de l'eau... un vieux quartier, un quartier où. il ne doit pas faire bon la nuit. Il vient un grand maigre qui dit à des soldats : Arrètez-Eîoi
42 va ToxjRLOUROu.
c't'homme-là !... Bon, il est arrêté; mais il en vient un autre, qui dit au grand maigre : Je t'arrête!... Le v'iù arrêté aussi , si ben qu'ils s'en vont en s'arrêtant tous. Et comme je riais tout haut, moi, en voyant ça , il y a des gens qui m'ont dit : Si vous ne vous taisez pas, on va vous arrêter aussi , vous. Alors je me suis tait tout de suite. On voit après ça une prison... Ah ! une belle prison !... avec des gros piliers comme vous et moi ! Le grand , qu'on avait arrêté , est là , attaché et lîcelé comme un saucisson ! Mais la belle dame arrive, sans masque, cette fois; et comme elle ne veut pas que son amant reste ficelé, elle le détache , et ils s'en vont très-bons amis... Moi , j'ai été boire alors. Quand je suis revenu , ils étaient encore dans leur Tour des Nèfles , ^X. ils se disputaient!... ils se disaient des choses féroces... Puis , j'en entends un , en dehors , qui crie qu'on l'assassine... et voilà ceux-ci qui veulent aller à son secours , et qui ne peuvent pas » enfoncer leiir porte. Moi , là-dessus , je
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» n'en fais ni une ni deux, j'enjambe h-s » banquettes, je veux grimper sur le théâtre » je leur crie : Attendez ! j' vas vous donner ■ un coup de main , je vas vous enfoncer » ca !... Mais pas du tout, cinq ou six esco- » griffes me saisissent, m'empoignent, et » on me met dehors... C'est égal , je me suis » bien amusé. Voilà ce que c'est, mamselle, » c'est comme si que vous l'eussiez vue , » maintenant.
« — Je vous suis Irès-obligée , monsieur,
» — Connue il raconte bien ! « dit Carabine en regardant la grosse lille. » Il peut » se flatter de manier la parole, celui-là!...
» — Oh! oui... Il parle ben long-temps » sans s'arrêter!
» — La seule chose qui me surprenne » dans cette pièce-là, c'est queca s appelle la » 2'oui' des ISèJles , et je n'en ai pas vu... » personne n'en a mangé! Maisest-ii drôle, » ce Pierre, de rester là-bas, et de ne pas » vouloir venir avec nous.
» — C'est peut-être nous qui faisons » peur à votre camarade, » dit madeu oiselle .Tos 'nhine en se reii<2or:îoant.
-H xr>î Tori\LonROT7.
« Peur! ail! par exemple... il doit en avoir » vu de plus laides que vous!
» — Oh! que oui , » dit à son tour Carabine, « qu'il en a vu d'aussi laides... je veiix » dire de plus laides... V'ià le temps qui se » soutient, quoique ça... »
En ce moment on aperçoit beaucoup de monde courir vers le même point.
« — C'est peut-être des individus qui se » battent! » dit Fleur-d'Amour, « Carabine, » va donc un peu voir ça. »
Carabine se lève, et va lentement vers l'endroit où le monde est rassemblé : pendant ce temps, son camarade continue de faire les yeux doux à mademoiselle Joséphine, qui n'y semble pas indifférente.
Carabine revient en se dandinant se placer près de la grosse bonne,
« — Qu'est-ce qu'ils ont là-bas? » demande Fleur d'Amour.
« — C'est rien!.,, c'est deux enfants » qu'ont manqué d'être tués... parla chute » d'un éventaire... près duquel ils jouaicni.
» — î)cux enfants, » dit Joséphine en
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regardant autour d'elle. « Ah, mon Dieu! » mais si c'était mes mioches... Est-ce deux » petites filles ? — Justement... — Ah, mon » Dieu ! c'est ça. — Ah ben , sovez calme... » elles n'ont que deux grosses bosses à la i> tète... qui ont saigné un brin... — Ces » maudits enfants... il faut toujours que ca » vous cause du tourment. »
Mademoiselle Joséphine se lève, et, suivie de Fleur-d'Amour, va dans le groupe de m.onde, où elle trouve les deux petites filles, confiées à sa surveillance, pleurant à chaudes larmes, et ayant chacune la figure toute meurtrie.
Quelques personnes cherchaientà consoler les enfants, et leur demandaient déjà leur adresse.
« Ah! vous voilà, mesdemoiselles... c'est » Lien heureux... depuis le temps que je » vous cherCiie!... » dit la bonne, en prenant avec colère chaque petite nlle par la main. « \ ous êtes dans un joli étatl... vos » robes salies... chiffonnées !
» — Ce n'est pas à leur robe, qu'il faut m. j
46 VTf TOCRLOUROTJ.
» faire attention maintenant, » dit un vieux monsieur, « c'est à leur tête... elles ont » chacune une forte bosse...
» — Cela vous apprendra, mesdemoiselles, » à faire le diable... à jouer comme des po- » lissonnes... Hom ! fi! les vilaines!...
» — Si vous ne les aviez pas quitte'es, » cet accident ne leur serait pas arrivé, » reprend le même monsieur.
» — Ha cà , et de quoi donc vous mêlez- » vous, monsieur? « répond mademoiselle Joséphine, en regardant d'un air furibond la personne qui vient de parler... « Je vous » trouve encore plaisant avec vos avis!... » Etes-vous le père et la mère de ces petites , » pour me parler ainsi ? — Si j'étais leur » parent, » répond le monsieur, « je vous » promets que vous ne resteriez pas long- » temps leur bonne. — Voyez-vous ça !
» vieux singe!... Yous les feriez promener » sur des chameaux , peut-être... Allez donc » râper vot' tabac... vieux cornac...
» — C'est vrai! » dit Fleur-d'Amour en s'avancant d'un air menaçant : « Je vou-
V7i TOURtOUROU. 47
» drais bien savoir qui qui vous a donné » le droit de parler à mamselle... vieil in - » firme. »
Ce mot fait beaucoup rire les badauds rassemblés là, elle vieux monsieur s'éloigne, hué par la multitude, pour avoir voulu prendre le parti de deux enfants que leur bonne gronde au lieu de les secourir. Mais c'est presque toujours ainsi que la multitude fait justice.
Joséphine est revenue à son banc avec les deux petites filles auxquelles elle dit :
« Voulez-vous bien ne pas pleurer comme « ça.... braillardes !.... et ne vous avisez pas » de dire que je vous ai quittées, ou je vous » fiche le fouet à toutes les deux , quand vos » parents seront sortis- — Oui, ma bonne.. » hi, hi, hi... — Nous dirons que c'est un « ivrogne qui s'est jeté sur nous et vous a » fait tomber, entendez-vous.*' — Oui ma » bonne.... hi, hi, hi.... — Allons, taisez- • vous donc, pleurardes... je vas vous ache- » ter du pain d'épice.
» — Ah ! oui , dit Fleur-d'Amour, le pain
48 UN TOUF.LODROU.
« d'épice, il n'y a rien de bon comme ça » pour les bosses à la tète. »
La bonne achète du pain d'épice qu'elle donne aux deux petites filles , et celles-ci le mangent tout en poussant de gros soupirs, et portant leurs petites mains à leur tète. La conversation s'est renouée entre les bonnes et les soldats , lorsque tout à coup mademoiselle Joséphine s'écrie:
«Tiens, voilà Félicité qui passe.... Féli- » cité... viens donc nous dire bonjour. »
Ces mots s'adressaient à la jeune bonne que M. Daulay avait placée près de Marie: c'était elle qui passait alors seule sur le boidevard.
Félicité a reconnu la voix de son amie, elle s'approche du banc de pierre.
« — Tiens, bonjour C'est toi^ José-
» phine ?... Est-ce que tu es en maison par » ici, maintenant ? — Oui , je suis rue Char- « lot... bonne d'enfant, mais je n'y resterai » pas... je suis dans une baraque... des gens » qui sont gênés... du petit monde, ça ne me » convient pas ; j'ai pris ça en attendant. D'ail-
» leurs, tu sais que je suis comme toi, je n'aime » pas à moisir dans une condition. — Oh ! » c'est vrai , que t'es pas mal changeusel — » Et toi, Félicité, chez qui que t'es? — Moi... » Ah ! ma foi , je suis joliment bien , ya !.... » et je t'assure que je n'ai pas envie de quit- » terd'où que je suis. — C'est ben étonnant.. » Est-ce que tu sers chez un grand Turc P » — Oh! mieux que ça! je sers chez une » jeune personne qui arrive de son village... » qui ne connaît encore rien de rien... qui » me laisse faire tout ce que je veux, et qui » ne fait rien sans me consulter. Si bien que » c'est absolument comme si c'était moi qui » étais la maîtresse. — Es-tu heureuse !... Où » donc as-lu trouvé une si bonne place?.... » — Ah! dame! c'est tout une histoire!... » aussi je n'ai qu'une crainte, c'est que ça ne » dure pas longtemps... parce que , quand la » jeune fille découvrira ce qui en est... Ah ! » dame .. elle se fâchera peut-être. — Bah... i> 11 y a donc du mystère dans ta maîtresse? » — Puisque je te dis que c'est toute une » histoire; je te conterai cela un jour que m. 5.
» j'aurai le temps.... mais aujourd'hui je ne » peux pas rester... je crains que le monsieur » ne vienne, et j'aurais un savon, s'il voyait » que je laisse mamselle seule... — Ah ! il y a » un monsieur... bon, je commence à com- » prendre. — Oui , et un monsieur qui a » diablenient peur qu'on ne lui enlève sa » belle , car il me défend de la quitter d'une » minute! mais tu entends bien que je brûle « l'ordre quelquefois. — Pardi! ils soiitéton- » nants, il faudrait, pour les satisfaire, s'at- » tacher sur une chaise avec des épingles! »
Pendant cette conversation, Fleur-d'Amour s'est levé, il a été rejoindre Pierre, et, passant son bras sous le sien, il parvient à l'amener près du banc et à le faire asseoir au bout, près de lui.
Mademoiselle Félicité, qui a regardé venir les deux soldats, dit à son amie :
« Tu es avec ces militaires? — Oui... nous » causions; il y en a un qui est presque mon » pays. »
Félicité se met à rire, et répond « — Oui ! B nous connaissons ça! et lequel qui est ton
UN XOURLOUROU. 51
» amoureux? — Que t'es bête!... mon amou- » reux... nous venons seulement de jaser » pour la première fois... — Enfin.... s il te » parle... on sait ben où il veut en venir... » est-ce le brun ?... — Non, c'est l'autre... » le gros blond... il a l'air bien gai, n'est-ce » pas? — Oui... mais moi j'aimerais mieux » le brun.... le brun.... Quelle belle figure!
0 ail ! ma chère , quel superbe tambour major
1 ca ferait. — Je lui trouve l'air trop triste... » et puis il ne parle pas. . il ne veut pas venir » causer comme ses camarades... parce qu'il » regrette une bonne amie qu'il a laissée au » pays. — C'estégal! il me plairaitbien àmoi.. »
Et mad:'moiselle Félicité toussait, chantait, se retournait et faisait son possible pour attirer les regards de Pierre qui avait ses yeux baissés et ne les levait pas.
« Oh! c'est comme si tu te mouchais, » dit Joséphine en riant. « — Tu crois... peut- » être... et si j'avais le temps... écoute José- » phine, viens t'asseoir et te promener les » matins autour du Chàteau-d Eau... là-bas » sur l'autre boulevard... Tu sais? — Ah,
S2 VN TOCRLOUROU,
• pardi ! je connais bien le Château-d'Eau et » même le Wauxhall... j'y ai danse. — Je de- » meure en face; j'irai y causer avec toi.... » tâche que ton amoureux amène son cama- » rade... — Lequel?... celui-là... ou celui ci? » — Ah! fi donc... celui-ci , je n'en voudrais » pas pour mon chat! il ressemble aux têtes » de Curtius... C'est du beau brun que je » parle... c'est étonnant comme il me plai- » rait, celui-là !... ah ! ma chère , quel bouil- » Ion je lui offrirais!... — Tu es bien heu- » reuse de pouvoir offrir du bouillon , toi! » où je suis on ne mange que de la soupe aux » hei-bes... Monsieur et madame sont trop' » échauffés apparemment! ils veulent se ra- » fraîchir! — Adieu, Joséphine... il faut que » je rentre... mais tu viendras où je t'ai dit , » n'est-ce pas ?... — Sois tranquille, et on tâ- » chera de t'amener le bel indifférent. »
Mademoiselle Félicité s'éloigne ; mais non sans avoir fait une gracieuse révérence aux militaires , accompagnée d'un regard trèstendre à Pierre.
« C'est une de vos amies que vous con-
UN TOrRLOUROU. 5':î
» naissez? » dit Fleur-d'Amour à Joséphine. « — Oui.... c'est une bien bonne enfant! »
Et, la jeune bonne, se penchant veis le jeune soldat, avec lequel elle semble déjà aussi sans façon que si c'était un de ses parents, lui parle bas et rit en lui montrant son camarade Pierre.
« Voyez-vous ça! » s'écrie Fleur-d'Amour, « voila un être suscestihie de faire des pas- » sions et qui ne veut pas seulement lâcher » un souris au beau sexe.... mais patience , » faudra ben que je le forme!... \oti"e amie » est gentille à votre égal!.... elle offre du » bouillon... nous ne serons pas assez mal- » honnêtes pour les refuser. »
Après s'être donné rendez-vous pour se revoir , Joséphine se lève et dit à sa compagne :
« Adélaïde , il est temps de rentrer.
» — Ah ; oui! faut rentrer ! » dit la sfrosse bonne en jetant un regard sur Carabine.
« — Tiens, vous rentrrrez déjà.... » dit Carabine en se levant aussi, « mais de quoi » qui vous prrresse?
» — Ah! ben! et les maîtres... qui gron- » dent toujours.... nous nous reverrons.... » quand il fera beau. — Je l'esperrre , mam- » selle. »
Joséphine a pris les deux petites filles par la main, elle dit à sa compagne : « Est-ce » que tu n'avais pas un petit garçon , toi ?
» — Ah! c'est vrai... tiens, j'y pensais pus » du tout!.... L'avais-je vraiment emmené?
* — Je crois ben que je vous ai vu un » petit garrrçon ! » dit Carabine.
a — Oui , oui, elle l'avait, » dit Joséphine^ « voyons, il faut le trouver.... appelle-le.... » Comment se nomme-til — Auguste.
■ — Auguste!... Auguste!... eh! petit » Auguste ! »
Les soldais font chorus avec les bonnes pour appeler l'enfant ; mais le petit Auguste ne paraît ni ne répond.
a Comme c'est embêtant! « dit la grosse Adélaïde, « où se sera-t-il donc fourré, ce » petit vaurien-là?... il est méchant comme » une gale! il ne m'en fait jamais d'autres ! » il se perd au moins trois fois par semaine.
UN TOURLOTJROtr. 55
• — Si on le sifflait, » dit Fleur-d'Amour, ■ entendrait-il ?
» — Ah! la bonne farce! » dit Joséphine, « le siffler comme un caniche... ah! ah! ah! •> ah!... farceur, allez!...
. — Oh ! oh! oh !.. . — Eh ! eh ! eh !.... — » Oh ! oui , nous sommes des farrrceurs !... » hxi ! hiï ! hii !...
» — Voyons, il faut retrouver le moutard » pourtant.... » dit Joséphine, « toi, Adé- » laïde, tu ne te remues pas, tu ne bouges » pas plus que si ça ne te regardait pas. — » Dame!.... quoi que tu veux donc que je B renme ?... — j\Iais il faut s'informer... de- » mander aux marchndes ; il ne peut pas » être fondu ce petit! »
Les bonnes et les soldats courent de divers côtés , s'in formant si l'on a vu un petit garçon dont ils donnent le signalement. Les recherches sont longtemps infructueuses, et la grosse bonne n'en est pas plus alarmée j elle répète toujours:
« Oh ! je suis tranquifle sur le petit Au- » gustejil a une langue, celui-là!... et quoi-
56 U\ ÏOUKLOUUOU.
» qu'il n'ait que six ans, c'est un petit gail » lard qui sait joliment se faire servir. Je » gage qu'il est queuque part à s'amuser, le » vagabond ! »
Enfin une marchande d'oranges dit à Joséphine: « J'ai vu un petit garçon comme » celui que vous cherchez.... il avait casse » un carreau avec son cerceau... on la mené » au corps-de-garde là bas.... parce qu'il t » dit qu'il n'avait pas d'argent , mais qu'or » viendrait le réclamer.
» — S oyez-vous le petit malfaisant ! » s'é crie la grosse bonne ; a faut que j'aille U » chercher au corps de garde à c't'heure.. » et ce carreau...^ s'il faut que je le paie... » j'ai pas d'argent, moi.... — Va toujours » on te le rendra peut-être sans argent.... :
Adélaïde va au corps de garde du Château d'Eau , escortée par Carabine, et elle revien bientôt tenant par la main le petit garçon l'officier de la garde nationale avant payé le, verres cassés par l'enfant qui semble for gai et crie à tue-tête:
« J'ai bu de l'eau-de-vie , moi !.... on m
» fait boire la goutte!... ils sont bien gentils » les soldats ! C'est bon la goutte !...
B — Oh ! fameux , l'enfant! » dit Fleurd'Amour. « Ce sera un luron fini!... Au re- » voir , mesdemoiselles... à celui d'une autre » rencontre.
» — Au plaisir , monsieur Fleur-d'A- » raour, » répond mademoiselle Joséphine en lançant au militaire un regard d'intelliiïence.
« — Al'agrrrément de vous retrrrouver , » mademoiselle Adélaïde, » dit Carabine à la grosse bonne , qui lui répond en souriant :
« — Oui , monsieur le mihtaire j'y viens » queuques fois. »
Alors les trois soldats retournent du côté de leur caserne.
La grosse bonne s'en va avec le petit garçon en lui disant : « Si tu as le malheur d'a- » vouer que tu as bu de l'eau-de-vie, je te » rosserai ferme... — Et si je ne le dis pas , » m'en donneras-tu, ma bonne ? — Oui, je » t'en donnerai . — Ah ! je ne dirai rien
» alors je veux encore boire ta petite
o8 U5 TOITRLOUROU.
» goutte, moi; c'est bien bon la petite
» goutte. »
Quand à mademoiselle Joséphine, elle rentre de son côté avec les deux petites filles, auxquelles elle répète tout le long du chemin :
« Qu'on n'ait pas le mnlheur de dire que » j'ai causé avec des soldats , ou je donne » une fessée soignée. — Oh ! nous ne di- » rons rien , ma bonne. — A la bonne B lieure... et pour les bosses à la tête , vous » vous rappelez l'histoire que j'ai faite! — « Oui ma bonne. — C'est bien.... Alors, » quand on est sage, on a du nanan.»
C'est ainsi que ies bonnes font l'éducation des enfants qu'on leur confie.
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