CHAPITRE V
La duchesse de Valousky.
Un mois s'était écoulé depuis que Marie habitait de nouveau chez madame de Stainville, lorsqu'un matin celle-ci reçut une lettre qui lui causa de grands transports de joie, et elle courut aussitôt à l'appartement de sa protégée en lui criant de loin :
« Ma chère enfant... la duchesse arrive... » elle sera ici demain... Cette lettre me l'an- » nonce en me disant que sa première visite » sera pour moi !... Ah ! quel bonheur ! tu » vas retrouver une mère... elle va te presser ï sur son cœur, et je serai témoin de ce » tableau !
» — Oh! oui, madame, c'est un grand
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» bonheur!... je suis bien contente !.., Au » moins, quand ma mère m'aura reconnue... » nommée sa fille... on ne craindra plus... » Si... enfin si quelqu'un voulait m'épou- » ser... il pourrait le dire.
» — Quelqu'un !.,. Oh ! sois tranquille, » ma belle Marie, tu ne manqueras pas de » soupirants, tu n'auras que l'embarras du » choix. »
« Le mien sera bientôt fait! » se dit la jeune fille en étouffant encore un soupir, qu'elle espère être le dernier ; car une fois reconnue par sa mère, elle ne doute pas que le comte ne s'empresse de demander sa main , et ce n'est pas là un des moindres motifs de sa joie.
« Je veux que tous nos amis , tous ceux » qui connaissent le mystère de ta naissance » soient témoins de ton bonheur, » dit madame de Stainville. « Daulay va venir , je le » prierai de prévenir d'Aubigny , Bellepê- » che , madame Darmentière , afin qu'ils
» viennent ici demain et ils viendront.
» Oh! je suis certaine qu'ils voudront jouir
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» de l'i%Tesse que je vais causer à madame « de \alousky. ■
Madame de Srainville est comme une folle; elle va, vient, donne des ordres, ëcnt des lettres; elle a envie de donner une fête, puis elle pense qu'il vaut peut-être mieux laisser goûter à la duchesse un bonheur intime que trop de monde troublerait; mais ce qu'elle veut surtout pour le lendemain, c'est que la toilette de Marie soit charmante, qu'il ne lui manque rien , qu'elle ajoute encore à sa beauté. D'ailleurs, depuis quelques jours le teint de Marie a perdu de sa fraîcheur, ses yeux sont battus , ses jolis traits semblent altérés ; il faut donc que l'art lui rende cet éclat que la nature capricieuse semble vouloir lui retirer.
Daulay arrive ; on lui apprend la grande nouvelle , on le charge de la répandre ; puis , à chaque instant de la journée, madame de Stainville va regarder Marie , elle refait une boucle de ses cheveux , retouche quelque chose à sa coiffure , et s'écrie : • Oh ! tu se- » ras charmante... Demain mon coiffeur sera
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» ici à neuf heures du malin.,. C'est fâcheux
» que tu aies les yeux battus l'air fatigué
» depuis quelques jours.... Est-ce que tu le » sens malade, ma chère amie ? — Non,ma- » dame , je n'ai rien. — Santé de jolie » femme... on est journalière ; mais demain » tu seras ravissante ! je veux que la du- » chesse soit folle de to i »
Il est enfin arrivé ce jour si impatiemment attendu, et qui doit faire époque dans la vie de Marie. La jeune fille n'a point dormi, tant elle est émue d'avance à l'idée qu'elle va voir sa mère. jMadame de Stainville n'a guère reposé non plus; car elle croit déjà entendre les remerciements dont son amie, la duchesse, va l'accabler. Tout est en l'air dans la maison. De bonne heure ces dames s'occupent de leur toilette; comme elles ne savent pas précisément à qu'elle heure madame de Valousky doit arriver, elles ne veulent pas être en relard.
Sur les onze heures arrive Bellepêche en granile tenue, costume noir des pieds à la tête; on croirait qu'il va assister à une