IV. lO
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grande cérémonie ;] mais le vieux garçon veut toujours êtie beau ; d'ailleurs il n'a pas renoncé à tout espoir, et s'il ne plait pas à la petite]duchesse|, il veut essayer d'être plus heureux avec sa mère. Il salue Marie encore plus humblement que de coutume.
« Nous vous savons gré de votre empres- » sèment, « lui dit madame de Stainville , « il prouve l'intérêt que vous portez à notre » chère enfant.... mais je ne doute pas que » nos bons amis ne vous suivent de près.
» Je suis toujours exact, » dit Bellepêche, » quand je voyageais en Suisse , mes guides » Tétaient moins que moi. »
Daulay ne tarde pas à arriver, et quelques instants après on annonce madame Darmentière. Le comte seul ne vient pas ; il a pensé qu'il faudrait encore se trouver entre Marie et sa belle veuve, et pour lui cette position est trop embarrassante. D'ailleurs , que lui importe à lui que Marie soit reconnue duchesse , cela ne changera rien à ses projets. Il souhaite tout le bonheur possible à la jeune fille qui s'est donnée à lui ; mais ce
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bonheur il ne veut pas se charger de le lui faire goûter. C'est presque toujours ainsi que dans le monde on est utile à ses amis.
Midi sonne , et la duchesse de Valousky n'est point encore arrivée. Une heure, deux heures s'ëcoulent encore , et personne ne vient. Chacun grille d'impatience ; on se regarde , on va aux fenêtres , on écoute , et , au moindre bruit, Marie devienttremblante; enfin un bel équipage s'arrête devant la maison : une dame très-parée en descend.
■ La voilà ! c'est elle ! » s'écrie madame de Stainville , «je la reconnais... quoique » nous ne nous soyons pas vues depuis long- » temps... C'est toujours sa belle, son élé- » gante tournure. Allons, ma chère Marie, » ne tremble pas... ne dis rien , contente-toi » d'abord de la saluer comme tout le monde, p et laisse-moi préparer la reconnaissance.»
Un domestique annonce : « IMadame la » duchesse de Valousky. »
Tout le monde se lève dans le salon , où l'attente d'un grand événement se peint sur toutes les physionomies.
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La duchesse <Je Valousky est une femme de cinquante ans, qui a e'té fort belle, quia encore de beaux traits etune tournurenobie, mais dont les yeux ont presque toujours une expression de hauteur et de déd;iin, tandis que sur ses lèvres erre un sourire moqueur et prétentieux.
Madame de Stainville court au devant de la duchesse; les deux amies s'embrassent, mais madame de Valousky fait en sorte que cela n'efface pas son rouge et ne dérange pas ses plumes; cependant elle daigne faire une révérence gracieuse à toute la compagnie.
«Enfin, vous nous êtes donc rendue!»
dit niadame de Stainville. « Ah! vous ne » pouvez pas deviner avec quelle impatience » vous êtes attendue ici...
» — Je vous remercie, ma chère amie, i de la joie que vous cause mon retour, » répond la duchesse en se jetant sur un sofa. « Je vous certifie que j'en éprouve aussi » beaucoup à revoir mes anciennes connaisr sances et à me retrouver à Paris.
» — Oh! mais... vous avez encore un motif
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» bien puissant de vous réjouir... d'après ce » que vous m'avez écrit... et, tenez, ma chère » duchesse, excusez-moi, j'ai peut-être été » indiscrète... mais j'ai lu votre lettre devant » les personnes que vous voyez ici...
» — Comment."^ quelle lettre? » répond la duchesse.
« — Celle où vous me dites que vous avez » laissé en France, au village de Vétheuil, » à l'auberge du Tourne-Bride , l'objet de » vos plus chères affections...
» — Ah! oui... je me rappelle... Eh bien! » il n'y a ^ucun mal à cela , ma chère amie, » car ce dont je faisais mystère alors, n'en » sera plus un aujourd'hui ; grâce au Ciel ! » je ne cacherai plus rien.
» — Vraiment, oh! que vous me faites » plaisir en me disant cela... car j'ai agi un » peu sans votre permission dans tout » cela... — Vous avez agi... je ne vous com- » prends pas. — Je vais m'expliquer. Et d'a- » bord je dois vous dire que j'ai deviné » quel est cet objet chéri que vous brûliez » de revoir... que vous aviez confié à la
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» digne femme qui tenait alors l'auberge où » vous avez passé quelques jours.
» — Vous avez deviné... j'avoue que cela » me surprend. — Ah! je le crois... mais j'ai » deviné pourtant... ces messieurs peuvent ■ vous le (lire.
» — Oui... madame deStainville à sur-le- » champ trouvé le nœud de tout ce mys- » tère, » dit Daulay.
« — Nous avons tous trouvé le nœud , » dit Bellepêche , tandis que Marie, inquiète, tremblante, regarde la duchesse et cherche à lire dans ses yeux.
« — Eh bien ! vous me surprenez beau- • coup, » reprend la duchesse, « car je pen- » sais que c'était un secret pour tout le » monde.
I — Ce pouvait être un secret fort dif- » ficile à trouver pour ceux qui n'auraient » pas su les autres circonstances qui étaient » à ma connaissance. Enfin, ma chère du- » chesse, voulant vous procurer le bonheur » de revoir plus tôt l'objet de vos plus ten- » dres affections... voulant vous montrer
» tout l'intérêt que je lui porte... j'ai osé... » lui faire quitter le modeste asile ou vous » l'aviez laissé... et c'est chez moi... c'est » ici que vous allez goûter l'ivresse la plus » pure...
» — Comment! c'est ici?.., chez vous.''... » voilà une surprise charmante!... et moi » qui ai fait partir hier au soir mon domes- » tique pour \étheuil, en lui ordonnant de » se rendre au Tourne-Bride, et dy récla- » mer mon trésor... car c'est un véritable » trésor pour moi... c'est mon enfant enfin...
» — Votre enfant!... Ah! j'attendais ce » doux mot! Eh bien , il est ici , ma chère... » il est devant vous, viens ma belle Marie, « viens te jeter dans les bras de ta mère!... »
Et madame de Stainville, prenant Marie par la main , la pousse presque sur la duchesse; mais celle-ci faisant deux pas en arrière, tandis que de sa main droite elle semble vouloir repousser la jeune fille , s'écrie d'un ton presque courroucé :
« Sa mère!... J'ai une fille, moi?... Ah ! » par exemple, cela est un peu fort!... ma-
» dame de Stainville, voilà une plaisanterie « que je trouve très-déplacée... »
11 faut voir alors le changement qui s'opère sur tous les visages : Daulay et Bellepèche restent la bouche béante; madame de Stainville semble foudroyée; Marie devient pâle et confuse; madame Darmentière est la seule dont la physionomie ait peu varié, on aurait dit qu'elle avait à son tour deviné cet événement.
« — Comment!... comment, vous n'avez ?• pas une fille! » s'écrie madame de Stainville lorsqu'elle peut retrouver la parole. » Comment! cet objet chéri... qui fait liattre » votre cœur... ce n'est pas un enfant... que » vous avez laissé mystérieusement à Vé- » theuil?
» — Non , madame... non... en vérité vous » donnez bien légèrement des enfants à vos » amies!.... Vous avez de singulière idées » sur leur vertu !...
» — Mais , madame... votre lettre... ces » mots : J'ai logé dans une auberge^ j'y ai » laissé l'objet de mes plus chères affections.. .
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» — Eli ! oui , niadanie, oui , j'y ai laissé le » premier volume de mes mémoires!... que » j'avais commencés sous l'empire et que je » n'osais pas mettre au jour sous la restau- » ration, parce que j'y parlais souvent de » Napoléon, et, ne voulant pas voyager avec » ce manuscrit , je le remis à la maîtresse de » l'auberge, en lui faisant jurer de n'y point » jeter un œil indiscret!... Voilà, madame, » voilà quel est l'enfant que je brûle de reï Aoir... c'est celui de mon espiit, de mon -- imagination, et je n'en ai jamais eu d'au- » très , je vous prie de le croire.
» — Un volume de mémoires... » murmure madame de Stainville en se laissant iiller sur un fauteuil. « Ah! je ne me le par- » donnerai jamais.
■ — Un manuscrit ! » dit Daulay en riant aux éclats; « ma foi , le quiproquo est pré- » cieux !...
» — Ce n'était pas une petite duchesse!...» se dit Beilepèche en rongeant ses ongles. « Ah, mon Dieu ! et j'ai dépensé neuf cents » francs pour elle!... »