IV. i
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a — Quel est-il, le lâche qui vous a ravi >' l'honneur?.... son nom... parlez ! parlez , » Marie!.... il vous épousera ou j'aurai sa » vie...
» — Je ne vous dirai pas son nom , » Pierre, car je ne puis être sa femme.... et » je ne veux pas que vous répandiez son » sang... Non , je ne dois pas être vengée... » car cette fois, il n'y eut ni pièges... ni sé- » ductions... Je crus être aimée... parce que » j'aimais, je volai au devant de celui qui » ne me cherchait pas... qui ne pensait pas » à moi.... Ne me demandez plus son nom, v Pierre, car, je vous le répète, je ne le » dirai jamais.
» — Vous l'aimiez! » dit Pierre en poussant un profond soupir, « vous l'aimiez.... » et il ne vous aimait pas... tandis que » moi !.... y
Et deux grosses larmes tombent t'es yeux du soldat.
« — Vous voyez bien , Pierre, que j'avais » raison de vouloir mourir... et que je ne » puis plus retourner au village... »
Le soldat est quelque temps sans répon-
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dre; sa tête est retombée sur sa poitrine , il semble réfléchir profondément. Tout à coup il relève la tête; son front s'est éclairci, et il tend la main à Marie en lui disant :
« — Chère Marie , vous m'avez dit que » désormais je disposerai de votre sort... le » voulez-vous toujours ?
» — Oui , Pierre, car si je n'avais jamais » suivi que vos conseils, aujourd'hui je n'au- » rais rien à me reprocher !
» — Eh bien ! IMarie , tous vos malheurs » peuvent encore se réparer... devenez ma » femme... je serai le père de votre enfant... •> et jamais , je vous le jure , je ne vous re- » parlerai de la faute que vous avez comj mise...
» — Pierre'... que dites- vous! moi, votre » femme! vous. voudriez encore de la pau- » vre Marie?...
» — Ecoute-moi , » répond Pierre , <« si j'ai » supporté la vie , n'est-ce pas pour vous la » consacrer tout entière?... il m'a fallu du » courage aussi à moi , pour ne pas céder à » mon désespoir, lorsque vous avez repoussé » mon amour... aujourd hui , voulez-vous
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» donc que ce courage ait été inutile?.., et » me refuserez-vous encore lorsque je puis » vous rendre Tiionneur, le repos... lorsque » je puis vous épargner un crime! »
Pierre s'était jeté aux genoux de Marie, et il pressait contre son cœur et sur ses lèvres les mains de la jeune fille : celle-ci attendrie par un si noble dévouement , par un amour si vrai , sent qu'elle peut encore éprouver un sentiment de bonheur, et elle tend sa main à Pierre, en lui disant : « Dis- » posez de moi!... mon existence vous ap- » partient. »
Pierre couvre de baisers les mains de Marie; son amour pour la jeune fille a toujours été si respectueux qu'en ce moment même il n'ose point céder au désir qu'il éprouve de la presser dans ses bras. Après lui avoir encore renouvelé le serment de l'aimer toujours, et reçu d'elle lu promesse que désormais elle ne lui parlerait plus du passé , le jeune ^oldat prend congé de Marie pour retourner à sa caserne, où il veut demander une permission de quelques jours , afin de pouvoir ramener Marie à Vétheuil :
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cette permission il l'espère obtenir, parce qu'il est aimé de ses chefs , et que la belie action qu'il a faite en arrachant une jeune fille à la mort, a encore augmenté l'estime que l'on a pour lui.
Pourtant, au moment de laisser encore Marie chez la mère Dumont , Pierre éprouve comme un mouvement d'inquiétude. Mais la jeune fille, qui lit dans ses yeux ce qui se passe dans son âme, lui sourit tendrement , en lui disant :
« — Ne craingez plus rien , Pierre, dé- « sormais vous me retrouverez toujours!... ■ je n'ai plus envie de m'éloigner. »
Pierre est parti. Pendant son absence, la bonne vieille voit avec plaisir que Marie est plus calme j qu'elle ne songe plus à sortir , qu'elle ne veut pas même se mettre à la fenêtre, et enfin qu'elle lui demande de l'ouvrage, parce qu'elle ne veut plus passer sa journée à rien faire.
« — Mais, mon enfant! vous n'êtes plus » la même demoiselle qu'autrefois, » dit la mère Dumont en regardant coudre Marie.
« — Ah! madame... c'est que je ne suis
» plus une duchesse !... — Eh mon Dieu !... » vous ne vous en trouverez peut-être que » plus heureuse! Je sais beaucoup de gens » qui, du haut de leur grandeur, envient » le sort de ceux qui vivent ignorés ! »
Quelques jours se sont écoulés, lorsqu'un matin Pierre arrive une canne à la main, un petit paquet sur le dos.
« — J'ai ma permission i » s écrie-t-il dès qu'il aperçoit Marie , « il m'a fallu attendre » le retour du colonel pour l'obtenir. Mais » je suis libre pour vingt jours!... Ah! >' Marie, nous allons partir... retourner au » village... nous marier...
» ■ — Vous marier ! » sécrie la mère'^Dumont. — a Oui, oui, nous marier! Mairie a » consenti, elle sera ma femme... jai ob- » tenu aussi cette permission de mon colo- » nel... parce que je lui ai dit que c'était » pour épouser celle que j'ai eu le bonheur » de sauver!... Mais déjà j'ai retenu deux » places dans la voiture qui va jusqu'à une » lieue de Vétheuil... Venez, Marie, ne per- » dons pas de temps... Adieu , adieu ! bonne » mère Dumont, je vais épouser Marie,
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B vous n'avez plus besoin défaire des vœux B pour mon bonheur!
» — Adieu , mes enfants ! » dit la bonne vieille, « pensez quelquefois à celle qui fera » toujours des prières pour vous. »
Pierre et ÎMarie embrassent la bonne femme, et le jeune soldat entraîne la jeune fille, car il lui tarde de la ramener à son village , et surtout de lui faire quitter ce Paris. . . dont le séjour lui a été si funeste.
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