UNE COMMISSION ROYALE SUR LES CEREALES
Durant cette session de 1927, le comité de l’agriculture aux Communes avait fait une étude spéciale des conditions du grain dans l’Ouest, le blé en particulier, son transport sur nos voies ferrées, et sur les bateaux de mer, en vue de pouvoir éviter toute perte possible au cultivateur.
Lorsque M. McMaster, président de ce comité, proposa l’adoption du rapport qui recommandait l’établissement d’une telle commission, M. Gould (progressiste) d’Assiniboia, insista sur le fait que cette commission fut tout particulièrement chargée d’entendre la version des producteurs, afin de les mettre en mesure d’exposer leur manière de voir.
Cette demande était en conformité avec une résolution de M. Millar, adoptée aux Communes le 15 février 1923, qui disait que:
“La Chambre est d’avis que le gouvernement devrait former une commission chargée d’étudier le commerce du grain, et dont le rapport servirait de base à l’amélioration des lois relatives, ou a la solution permanente dans un avenir immédiat, des problèmes que comporte le placement du grain sur le marché”.
D’après cette explication, cette commission devait s’efforcer de recevoir l’expression des vues des fermiers en général (dans les trois provinces des Prairies, ce qui naturellement demanderait baucoup de temps et d’attention de la part de cette commission.
Le 30 avril, une Commission Royale fut établie pour prendre les informations nécessaires et faire un rapport sur le commerce du grain suivant la résolution de Millar (progressiste de Qu’Appelle).
Cette commission était composée de M. le Juge W. F. A. Turgeon, de la Cour d’Appel de la Saskatchewan, comme Président, de M. W. J Rutherford, B. S. A. doyen de la Faculté de l’Agriculture à l’Université de la Saskatchewan, Duncan McGibbon, M.D., Ph.D. Professeur d 'Agriculture à l’Université de l’Alberta, et de M. James G. Scott, de Québec, homme retiré des affaires avec une grande expérience dans l’administration des chemins 'de fer.
Le “Manitoba. Free Press”, disait le 22 juin:
“Le personnel est tel que tous les partis peuvent lui donner leur confiance. Il est composé d’un juriste distingué, de deux autorités de collège bien connues, et d’un expert en trafic.”
Cette commission ouvrit ses assemblées à Edmonton, le 25 juin, et traversa les trois Provinces des Prairies, prit tous les renseignements possibles sur ce commerce complexe du grain. Des séances furent aussi tenues sur les côtes, à Fort-William, Toronto, Montréal, Québec, St-Jean, Halifax, aussi bien qu’à Chicago et New-York.
Ce fut une surprise agréable pour moi d’apprendre la nomination de mon fils Alphonse sur cette Commission. Ce sont les différentes autorités de l’Ouest qui l’avaient recommandé. Je l’appris par la publication de l’arrêté-en-Conseil. J’en fus bien content, car je savais qu’il donnerait justice à toutes les classes intéressées et c’était une question vitale pour les fermiers de l’Ouest, pour la prospérité et le bonheur desquels il avait travaillé avec ardeur toute sa vie.
NOTRE VISITE A LA FAMILLE DANS LES PROVINCES DE L’OUEST JUSQU’A LA COLOMBIE-ANGLAISE.
Il y avait longtemps que nous projetions une nouvelle tournée dans les Provinces de l’Ouest.
En 1920, j’étais seul, et après avoir accompli ma mission auprès de l’hon. Mackenzie King, je dus me hâter de retourner à la maison. Cette fois-ci, nous devions de toute nécessité nous rendre dans la Colombie-Anglaise où mon fils Gray avait établi sa demeure depuis une couple d’années. C’était notre désir depuis longtemps. Dans nos voyages précédents, nous étions restés dans les autres provinces jusqu’au dernier jour. Cette fois le même intérêt nous appelait à la Colombie-Anglaise.
Afin d’être certains de ne pas rencontrer d’obstacles à notre voyage, nous décidons de partir directement d’Ottawa après la session.
Le premier jour de juillet, nous prenions le train à Ottawa pour Saskatoon, notre premier arrêt. C’est là que ma fille demeurait. Mon fils Alphonse et sa famille étaient à Prince-Albert.
A la gare, à notre arrivée à Saskatoon, ma fille, son mari sa petite fille et mon fils, le prêtre, nous attendaient. Ils étaient accompagnés du jeune Niderost, jeune avocat de la ville. Joie profonde de toute part. Mon fils, le prêtre, qui avait passé l’hiver à Prince-Albert, était venu à Saskatoon pour suivre un nouveau traitement d’un spécialiste de grande renommée récemment arrivé dans cette ville. Sa santé s’était améliorée depuis quelque temps, mais c’était encore loin d’une guérison. Impossible de monter un degré d’escalier à moins d’avoir de bons appuis. Cependant, comparé à son Mat des
six mois précédents, il y avait certainement beaucoup de progrès qui nous donnait une certaine espérance.
Le 5 juillet, mon fils avait ouvert les premières séances de son enquête à Edmonton, d’où il devait venir à Prince-Albert commencer une série de séances dans les autres villes et districts de la Saskatchewan. A part la joie, le plaisir, le bonheur et le contentement d’être avec mes enfants à Saskatoon, notre séjour dans cette ville était toujours des plus agréables.
Je rencontrais à tout instant des citoyens que j’avais connus en 1920 dans différentes assemblées. Je rencontrais aussi des amis de mon fils, ses anciens collègues de la Saskatchewan. Nous étions chaleureusement accueillis partout. Le temps passait vite. Parmi nos connaissances les plus intimes était la petite, mais noble famille Niderost, voisin de ma fille. Le père retiré des affaires vivait avec sa femme et son fils unique, M. Cari Niderost, jeune avocat brillant, gradué de l’Université de Saskatoon.
C’est une famille suédoise émigrée au Canada, il y avait déjà trente ans.
Nous parlons toujours avec défiance de l’immigration étrangère, mais des familles comme celle-là nous n’en n’aurons jamais assez.
Vers le 15 juillet, mon fils revenait d’Edmonton avec ses collègues de la Commission Royale sur les céréales, qui devait siéger à Prince-Albert.
Nous nous rendîmes d’avance afin de le rencontrer à son arrivée avec sa famille dans cette ville remplie pour nous d’anciennes et agréables connaissances, toutes empressées de nous témoigner leur amitié.
La séance de la commission dura deux jours et fut très intéressante. Je rencontrai là tous les principaux citoyens de la ville, tous les bons fermiers du district, ainsi que mes anciennes connaissances, et nous avons visité tous les endroits d’intérêt jusqu’à de grandes distances.
Quelques jours après nous sommes revenus accompagnés de mon fils qui devait tenir des séances de la commission à Saskatoon.
Nous avons passé alors une bien agréable semaine en compagnie des membres de cette commission et j’eus encore le privilège d’assister à ces séances si intéressantes. Sir Henry Thornton, président du bureau d’administration des chemins de fer du Canada, était en tournée d’inspection dans le district et il fut appelé a donner son témoignage sur les transports des grains, ce qui était très intéressant pour moi. Je rencontrai aussi 1VI. Lang, ancien collègue do mon fils à la Législature et dans le gouvernement de la Saskatchewan. Je l’avais déjà rencontré plusieurs fois à Ottawa, et toujours avec plaisir. C’était un bon “Britisher”, bien canadianisé, bien dévoué à la
prospérité de son pays d’adoption. .
Avant le départ de la commission, le Dr Lynch, un des médecins les plus distingués de l’Ouest et de tout le Canada, revenu de la guerre décoré par l’Angleterre en reconnaissance des services rendus à l’humanité, donna un dîner aux membres de la commission auquel il
avait aussi invité Sir Henry Thornton et moi-même à titre de père du Juge Turgeon, son ami sincère.
C’est alors que je connus plus intimement M. J. G. Scott, membre de cette commission, et dont la nomination était due à ses connaissances et son expérience des transports sur les chemins de fer.
Cette heureuse rencontre fit naître entre nous une amitié mutuelle, et pour ma part je pus apprécier ses connaissances des grands problèmes du Canada. C’est un de nos Canadiens de grands mérites.
Avant le départ de la Commission de Saskatoon, M. Scott donna lui-même un dîner à ses collègues et à leurs secrétaires auquel il nous invita ma femme et moi, et ce fut encore un agréable moment.
Enfin, mon fils partit pour d’autres parties de la province et le temps était arrivé pour nous de nous rendre à Vancoiiver, voir les autres membres de ma famille, mon fils Gray, sa femme et leurs quatre enfants. Ma fille et son enfant, ainsi que mon fils Joseph, devaient bientôt nous rejoindre, et son mari devait venir la rejoindre aussitôt que son commerce le lui permettrait.
Joseph avait hâte de jouir du climat égal, sec et tempéré de la côte du Pacifique où on lui promettait une guérison plus rapide.
J’avais écrit à mon fils le jour de notre arrivée à Vancouver, et je lui avais fait connaître mon désir de visiter Prince-Rupert avant mon retour.
La veille de notre départ de Saskatoon, je reçois un télégramme de lui m’annonçant qu’il part pour Prince-Rupert et qu’il me rencontrera à un endroit qu’il nomma, dans cette ville. Alors, je fus au comble de la joie. Nous nous rendîmes à Edmonton et de là nous prîmes la route du nouveau Transcontinental pour Prince-Rupert.
D’Edmonton à Prince-Rupert, la route est pleine d’intérêt. De bonne heure le matin, nous arrivions au parc Jasper qui est toujours rempli de touristes, des chasseurs en grande partie. Puis vient le mont Robson, la partie la plus élevée de toutes les Montagnes Rocheuses. Ce qui est aussi très intéressant, ce sont les petits villages ou réserves habités par les Sauvages, qui font une continuelle exposition de leurs travaux.
A Red Pass Junction, tout près du mont Robson, nous quittons la route de Vancouver pour prendre celle de Prince-Rupert. Nous traversons alors les plus forêts du Canada et peut-être du monde entier. Tl y a des scieries tout le long de la route, à bien dire. Prince-George est le principal village entre le mont Robson et Prince-Rupert.
Enfin, dans l’après-midi, à quatre heures, nous arrivions à Prince- Rupert et le train était encore en mouvement quand nous apercevions mon fils Gray sur la plate-forme. Plus d’inquiétudes, plus d’incertitude. Avec Gray, nous étions chez nous dans ces régions lointaines.