‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 106 sur 158 · A VANCOUVER · texte numérisé non relu

A VANCOUVER

Enfin, nous voilà à Vancouver, le but principal de notre voyage. Les enfants paraissent aussi contents de nous voir que nous sommes de les voir, et notre séjour fut une période de plaisir, de joie et de bonheur sans interruption. La mère était aussi joyeuse que les enfants. Enfin, nous étions heureux d’être tous réunis.

Ce bâvre de Vancouver est grand, immense même, et protégé de tout côté. On peut y placer toute la marine de l’Angleterre et l’on y voit toute l’ampleur nécessaire pour l’accroissement 'du commerce international qui le mettra avant longtemps l’égal du port de Montréal, le dépassera même, car il est ouvert sans interruption. Le climat de cette partie de la Colombie-Anglaise est idéal. Pas de froid, pas de neige, pas de gelée. La saison d’hiver amène de la pluie, c’est tout.

Nous pensions demeurer là deux ou trois semaines. Nous y sommes restés sept semaines. Impossible 'de quitter. Il y avait toujours de nouveaux projets, de nouvelles invitations, de nouveaux plaisirs pour nous. Le tout était fait avec une telle générosité qu’il était impossible de refuser. Il fallait de toute nécessité remettre notre départ à plus tard.

Un étranger de passage à Vancouver reçoit un accueil fraternel de toute part. La presse lui donne à l’instant la plus grande popularité possible. Les hommes d’affaires veulent lui faire part de leurs succès, de leurs espérances, de leur confiance dans l’avenir. Les employés publics, le maire de la ville, les représentants du peuple de toute classe ne peuvent lui donner assez de preuve de leur généreuse sympathie. Elle se répète chaque jour et au moment où l’on croit qu’ils ont épuisé leurs ressources, qu’il semble qu’il ne leur reste plus rien à offrir, ils reviennent avec de nouvelles marques d’affection.

Si la population est affable, généreuse et aimable, la ville ellemême est très belle et très captivante. On se croirait au paradis terrestre.

La presse du matin avait annoncé que nous étions attendus dans le cours de la journée. La presse du soir annonça notre entrée dans la ville. Tout cela accompagné des meilleurs souhaits pour un agréable séjour.

Les rédacteurs de journaux et les nouvellistes connaissaient notre histoire ‘dans tous ses détails.

A notre arrivée, on préparait l'exposition agricole de la province. Le président était M. Brown, avocat distingué de la ville. Bientôt, je reçus une pressante invitation. Mon fils avait tout préparé pour notre départ, lorsque de bonne heure il fut averti que M. Gale, ex-maire de Vancouver, viendrait nous conduire à l’exposition. Arrivé aux côtés du président, je rencontrai plusieurs de mes anciens collègues du Parlement, tels que l’hon. M. Aulay Morrison, devenu juge de la Cour Suprême, et M. McPherson, ancien député de Vancouver-sud.

Après une journée agréable, au moment où nous allions retourner à la maison, M. le Maire de Vancouver nous offrit de nous conduire.

Je rencontrai aussi l’hon. M. A. MacDonald, député à la législature provinciale pour Vancouver, ancien Procureur-Général, et depuis, juge de la Cour Suprême de Vancouver, qui fut toujours pour moi aussi bien que pour mon fils, un ami précieux. Il était alors président de l’association libérale de Vancouver et coopérait généreusement avec mon fils Gray. Il était alors très actif et était toujours présent aux assemblées. Le juge MacDonald est un éminent juriste. Comme il était actif en politique, il possédait l’admiration de Sir Wilfrid Laurier.

Quelques jours plus tard, une autre invitation nous était faite. Les membres de la commission du port de Vancouver avaient préparé une excursion dans leur bateau et nous invitaient à y prendre part. Il y avait une trentaine d’invités parmi lesquels mon nouveau collègue au Sénat, l’hon. G. G. King, père de l’hon. Dr King, Ministre des Travaux Publics. Nous avons parcouru le port dans toute son étendue. C’est un spectacle unique au monde. Un goûter délicieux fut servi aux invités vers les cinq heures de l’après-midi.

Le président de cette commission était M. Kirkpatrick et le vice-président M. R. E. Beattie, pharmacien, qui avait été' élu en 1921 pour la division de Kootenay-Est, et qui avait résigné son siège en faveur du Dr King, qui reçut alors le portefeuille des Travaux Publics. Sa principale ambition était de racheter ce comté pour le parti et la politique libérale avec lesquels sa victoire était assurée

C’est un homme de grand mérite qui a travaillé avec énergie jusqu’à ses derniers jours, malgré la maladie. Il mourut dans l’été de 1925.

On croirait peut-être qu’après ces deux fêtes, nous serions laissés à nous-mêmes et à la famille. Mais ce n’était que le commencement.

Peu de jours après, il y eut un pique-nique libéral à Chilliwack, la demeure de M. Munroe, alors député libéral de Fraser Valley, que j’avais connu à Ottawa et qui était un grand ami de mon fils. Je lui avais promis ma visite pendant mon séjour dans la Colombie- Anglaise.

Chilliwack est à soixante milles de Vancouver. A six heures du matin, nous prenions le train électrique et à dix heures nous arrivions à Chilliwack.

Dans l’après-midi, M. Munroe adressa la parole à l’assemblée, et en terminant il me présenta à ses électeurs. Je dus faire de mon mieux encore une fois. J’espérais que ce serait la dernière démonstration.

M. Munroe est un député actif qui a donné toute l’attention possible aux intérêts de son comté. Il a été battu, malgré cela, en 1925, sur le traité avec l’Australie, qui fera la richesse de la province par ce marché extraordinaire ouvert à l’industrie de la pulpe et du papier. Mais la vallée de la rivière Fraser est le grand centre de l’agriculture, dont un des principaux produits est le beurre de l 'Australie, qui, selon le traité, est en échange de l’exportation de la pulpe et du papier. Les conservateurs firent la lutte à M. Munroe sur cette question, et les riches fermiers de cette riche contrée lui tournèrent le dos.

Quelques jours après, nous fûmes invités par les “Native Sons of Canada”, qui tenaient leur assemblée mensuelle à Vancouversud.

Cette association, qui est toute patriotique, voit à la protection de ses membres, nés en Canada, avant tout autre. Elle est composée des citoyens les plus indépendants et les plus distingués de la province. Elle compte des juges, des avocats, des médecins, des professeurs d’universités, parmi ses membres, ainsi qu’un grand nombre d’autres de toutes les classes. Plusieurs ont été protégés par leur association.

Je fus vraiment frappé par l’esprit de cette assemblée. Le motif de cette association est certainement très louable et tout se fait d’une manière très méritoire pour ses membres.

De bons discours furent prononcés, et l’on admit de nouveaux membres auxquels je me fis un plaisir de me joindre, comme expression de mon admiration pour leur association que je croyais, et je le crois encore, digne d’encouragement. En récompense, ou pour punition je ne sais trop — il me fallut moi aussi faire un discours. Je

ne sais trop ce que valaient les paroles que j’ai prononcées alors, mais je reçus des félicitations chaleureuses de la part de l’hon. juge Jackson, un des premiers magistrats établis au Yukon par le gouvernement de Sir Charles Tupper, et qui avait connu personnellement Sir Wilfrid Laurier.

Je suis encore membre de cette association et chaque année j’envoie ma souscription annuelle.

Toutes ces invitations suffiraient, à mon avis, pour montrer et faire connaître la noblesse et la générosité des citoyens de Vancouver. Mais il y eut encore autre chose.

Mes collègues conservateurs des Communes et du Sénat me traitaient avec les mêmes égards que mes collègues libéraux. Il n’y avait pas de limite à leur générosité.

C’est ainsi que les Sénateurs Crowe, Green et Planta, ainsi que M. McQuarrie, député de New- Westminster aux Communes, nous faisaient, à ma femme et à moi, un accueil très cordial.

Je refusai, non sans difficulté, deux ou trois invitations d’adresser la parole dans différents centres voisins. Mais un soir, mon fils, en rentrant de son bureau, me «dit: “Il faut que vous veniez au pique-nique libéral, demain, au parc.”

Inutile pour moi de chercher des excuses. Il me fallut y aller.

Il y avait une immense plate-forme pour y faire asseoir les invités, et c’est M. MacDonald qui ouvrit la séance et fit un discours éloquent et intéressant. Puis M. McPherson vint ensuite.

M. McPherson est un bon orateur, à la parole facile et au langage soigné. Puis on appelle le Sénateur Turgeon.

Alors, il me fallait bien monter sur l’estrade et mettre sous les yeux des auditeurs les immenses avantages de la Colombie-Anglaise, dont les ressources sont supérieures et plus riches que celles des autres provinces. Cette province est destinée à devenir la première des provinces canadiennes, la “banner province’’.

Riche de ses forêts encore vierges, ses mines qui se développent tous les jours, la Colombie-Anglaise possède encore d’immenses ressources agricoles, telles qu’on le voit par la belle vallée de la rivière Fraser, qui est certainement la plus belle, la plus riche de toute cette partie du pays. Cette province possède une vingtaine 'd’autres vallées qui n’attendent que la valeur, l’énergie de leurs fils pour en faire sortir la prospérité. Je fis un appel à la jeunesse, la priant de rester dans leur propre province, qu’ils y seraient plus heureux que partout ailleurs.

Je dois reconnaître que mes conseils furent appréciés par la foule, au milieu de laquelle j’eus le plaisir de faire bien des connaissances.

En cette occasion comme en toute autre, les journaux du lendemain avaient tous un rapport de mon discours avec de généreuses appréciations. Mais ce n’est qu’à mon retour au Nouveau-Brunswick que j’appris que la presse canadienne avait envoyé dans l’Est des rapports de chacun de mes discours publics. Je n’y avais pas même songé.

Et que dire des hasards de tous les jours? Il s’est passé bien peu de jours durant notre longue visite sans être invités pour une promenade quelque part. Nous avons visité tous les environs des villes de tous côtés.

Mais pensez-vous que ce fut tout? Certes, non.

Un jour, par l’entremise de mon fils, nous recevons une invitation de la commission du port de New-Westminster, pour une excursion dans ce port, en montant la belle rivière Fraser.

Un magnifique bateau, le bateau de la commission, nous attendait au quai à dix heures 'du matin.

New-Westminster est à douze milles de Vancouver, c’en est presque la continuation; un étranger ne pourrait en reconnaître la limite.

Le bateau était rempli des principaux citoyens de cette ville.

Nous avons remonté cette belle rivière et visité les travaux, les quais, qui avaient besoin de réparations à certains endroits, vu le sable accumulé. Je promis de leur donner mon appui auprès du ministre des Travaux Publics et de ses collègues. Nous avons visité aussi les scieries immenses de la côte du Pacifique.

Il est très intéressant de voir ces billes, non pas 'de douze ou de quinze pieds comme nous voyons ici, mais mesurant des centaines de pieds, chargées sur trois ou quatre chars reliés ensemble, prendre la direction des Provinces de l’Est, ou les voir couper pour fins de construction.

Un dîner riche et succulent nous attendait sur le bateau. Le capitaine était non seulement un bon marin, mais aussi un homme d’affaires distingué.

En arrivant, nous avions rencontré M. McQuarrie, député de la ville, et Mme McQuarrie. Ma femme et Mme McQuarrie étaient devenues bonnes amies à Ottawa, comme j’étais moi-même bon ami

M. McQuarrie. Le Sénateur Taylor, vu la maladie de son assistant-rédacteur, au “Colombian’’, n’avait pu venir et avait chargé M. McQuarrie de m’en exprimer ses regrets.

Cette journée fut une des plus agréables, et ma femme se plaît toujours à en faire le récit à ses amies.

Il y aurait bien encore d’autres parties de plaisir que je pourrais raconter, d’autres invitations aimables que nous avons acceptées et qui furent des rencontres agréables, mais je ne puis tout dire. Toutefois, il y a encore un événement que je ne puis passer sous silence.

” Le mois de septembre était arrivé et j’avais dit plusieurs fois qu’il nous fallait retourner à la maison.

Un jour que le comité libéral de Vancouver avait une assemblée publique dans leur salle de la rue Granville, les officiers prièrent mon fils de me transmettre leur invitation. Cette assemblée était annoncée pour le 6 septembre au soir. Or, le 6 septembre est l’anniversaire 'de ma naissance. Je terminais alors^ ma 74ème année et nous avions ce jour-la une reunion de famille a Vancouver, la piemière depuis la séparation des enfants. Nous n’avions jamais pu nous réunir, ni à Bathurst, ni même à Ottawa. Mais ce jour-là, Gray était à Vancouver avec toute sa famille, ma fille Bessie était là, ainsi que Joseph (le prêtre); il manquait encore Alphonse, mais heureusement il devait arriver dans la soirée, avec les associés de la Com-

mission Royale des grains, pour continuer ses assemblées à Vancouver, à New-Westminster et à Prince-Rupert. Il nous avait fallu quitter les côtes de l’Atlantique et venir sur les côtes du Pacifique, pour pouvoir réunir toute la famille, après vingt ans de séparation.

L’hon. M. A. MacDonald, président de ce comité libéral, en m’introduisant, fit la remarque que je célébrais, ce jour-là mon 74ème anniversaire de naissance, que j’avais été élu à sept élections successives, et que j’étais encore un jeune homme. Je dus parler, et dans mon opinion, il me semble que c’est mon discours de ce soir-là qui dut être le meilleur que j ’ai prononcé pendant mon agréable vacance.

Je parlai du tarif, taxe indirecte qui frappe la masse du peuple. Je parlai des transports, faisant remarquer que la commission des chemins de fer venait de recommander une forte réduction sur les taux de fret pour les pommes de leur province, et je leur assurai qu’une diminution sur le coût des transports valait beaucoup mieux pour le producteur qu’un tarif élevé pour le fermier. Cette remarque fut fort bien accueillie, car, au Parlement, les députés conservateurs de la province demandaient toujours un tarif élevé sur les pommes des Etats-Unis.

Le lendemain, les journaux avaient tous un rapport de mon discours, prononcé le jour du soixante-quatorzième anniversaire de ma naissance et tous m’exprimaient leurs souhaits pour plusieurs années encore.

De retour chez mon fils, c’est bien alors que cet anniversaire fut célébré de la manière la plus familiale et la plus intime. Mlle Lillian Robinson, amie très intime de toute la famille, était avec nous. Nous étions tous très heureux.

Cependant, j’avais peine à dissimuler mon chagrin de l’absence de mon cher Charles, ainsi que de sa jeune veuve et de sa petite orpheline. Ce qui prouve combien il est difficile en cette vie d’être parfaitement heureux.

La commission des grains siégea pendant trois jours à Vancouver et je suivis ses séances avec attention, apprenant toujours quelque chose de nouveau sur cette question bien complexe des grains. Elle alla ensuite tenir une séance à Westminster. C’était durant l’exposition agricole et j’avais encore été invité. Je passai la matinée à la séance de la commission, et l’après-midi à l’exposition. J’y rencontrai le Sénateur Taylor, qui me fit un bel accueil, ainsi que les amis que j’avais rencontrés dans notre excursion dans le port, peu de temps auparavant.

Nous avions passé plusieurs semaines agréables, partagées en plaisirs de toutes sortes. Nous avions été tellement occupés que notre visite à Victoria avait été remise de jour en jour. Mon fils Gray voulait nous retenir à Vancouver pour quelques jours encore, mais vu ses occupations nombreuses, la chose lui devenait très difficile.

Un jour de septembre, étant appelé à Victoria par le comité libéral, nous partîmes immédiatement, ma femme et moi avec lui. A mi-

nuit nous nous embarquons à bord d’un magnifique bateau et nous arrivons à Victoria à sept heures du matin.

La ville de Victoria, vue du bateau, offre un spectacle émouvant. D’un côté, on aperçoit les édifices parlementaires, et de l’autre, l’hôtel de la compagnie du chemin de fer du Pacifique-Canadien avec ses allées remplies de fleurs les plus brillantes et qui forment un ensemble de beauté que je trouve difficile à décrire, car les jardins autour de cet hôtel doivent être vus pour juger de leur beauté.

L’hôtel même est un véritable château dont l’entrée principale dépasse en beauté tout ce que l’on a du genre en ce pays, et même, je crois, sur le continent américain. Nous nous sommes hâtés de visiter les bâtisses du parlement, qui comprennent la bibliothèque et le musée. Elles surpassent toutes les autres bâtisses des Provinces de l’Ouest.

Ce fut un grand plaisir pour moi de rencontrer M. W. D. Carter, assitant Procureur-Général de la Province, qui avait été rédacteurpropriétaire du journal anglais à Richibuctou, dans le comté de Kent, N.-B., et qui publiait mes lettres françaises en 1898-99. Il se fit un plaisir de nous conduire partout.

Dans l’après-midi, après avoir visité tous les quartiers de la ville, nous sommes montés sur les “Hauteurs Gonzalès” visiter l’observatoire météorologique, que nous avons pu examiner avec satisfaction, grâce à l’amabilité du surintendant, M. F. Napier Denison.

De retour à l’hôtel, mon fils nous apprit qu’il y aurait une assemblée politique à 8 heures à la salle du parti libéral, après laquelle nous devions reprendre notre bateau à minuit pour retourner à Vancouver.

Les citoyens, les électeurs et les électrices de l’île de Vancouver ne le cèdent en rien à leurs frères et soeurs de la terre ferme.

La salle était remplie par autant d’hommes que de femmes. Les deux associations étaient unies et je crois que l’auditoire, s’il y avait une différence, était encore plus enthousiaste que tous les autres. Les applaudissements étaient fréquents.

Un grand nombre des jeunes gens des collèges et des universités se trouvaient dans la foule.

Comme toujours, le président me présenta à l’assemblée avec des paroles élogieuses et comme le vétéran politique des provinces de l’Est. Je parlai pendant près d’une heure, encouragé que j’étais par les applaudissements répétés à tout moment.

Si cette province n’élit pas beaucoup de députés libéraux, ce n’est pas que la population manque d’esprit libéral, mais plutôt, comme on nous dit souvent, c’est que les premiers colons venus d’Angleterre, il y a trente ans, sont devenus riches une fois entrés dans le pays, et maintenant se croient obligés de voter “tory’ . La jeune génération est certainement en majorité liberale et exercera bientôt une influence considérable.

Enfin, le 12 septembre était le jour fixé pour notre séparation. Mon fils Alphonse s’embarquait pour Prince-Rupert avec ses collègues de la commission, et à 8 heures le lendemain matin, nous pre-

nions le train du Canadien-Pacifique pour Calgary et Edmonton. Nous tenions à revenir par cette route afin 'de contempler les montagnes majestueuses qui traversent cette première ligne de l’Ouest.

Deux jours après, nous arrivions à Edmonton, vers onze heures. En entrant à l’hôtel MacDonald, on me remit une lettre du Sénateur Côté, qui venait d’être appelé au Sénat quelques semaines auparavant. Il nous annonçait qu’il viendrait nous chercher le lendemain pour nous conduire à l’église, à la messe de dix heures, le dimanche. Nous sommes jamais négligés dans l’Ouest.

A l’église, nous rencontrons des anciennes connaissances, parmi lesquelles l’hon. P. E. Lessard, M. Giroux, avocat, grand ami de mon fils Gray.

Notre première visite fut à la tombe 'de mon fils Charles, que ma femme n’avait pas encore visitée. M. Giroux nous y conduisit, et nous amena à sa demeure, où Mme Giroux nous attendait pour dîner. C’est M. Giroux qui succéda au Sénateur Côté, à la Législature d’Edmonton.

Dans l’après-midi, il y eut réception chez le Sénateur Côté, où encore nous avons rencontré la plupart de nos bons amis. Tout le monde nous parlait de mon fils Charles et disait l’amitié et l’admiration qu’ils lui avaient portées et leur grand chagrin de l’avoir perdu si tôt. Ces louanges me consolaient en même temps qu’elles me faisaient grand plaisir. Puis, nous sommes allés faire une courte visite au Collège des Jésuites, où mon Charles avait laissé sinon son dernier soupir, mais sa dernière parole qui semblait encore vibrer dans l’âme de tous ceux qui l’avaient entendue.

Vers onze heures, nous reprenons la route d’Edmonton à Ottawa. Après quelques jours dans la capitale, nous partions pour Bathurst, où nous arrivions aux derniers jours de septembre, après trois mois d’absence.

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