EMBRANCHEMENTS DE CHEMINS DE FER
Enfin, le 19 juillet, la prorogation avait lieu. Beaucoup d’ouvrage avait été fait. Sur les 28 bills de ces embranchements, 17 furent autorisés par le Sénat, les neuf autres rejetés ou amendés sans corraboration de la Chambre des Communes. C’était certainement un gros progrès depuis la session précédente, et l’opinion générale fut assez satisfaite.
On autorisa l’embranchement du Nouveau-Brunswick, de Kingsclear, Rivière de la Croix, avec l’autorisation de s’entendre avec la compagnie du Pacifique-Canadien — ce qui a eu lieu plus tard. L’embranchement Sunny Brae-Guysborough dans la Nouvelle-Ecosse fut de nouveau renvoyé.
A peine revenus à la maison, nous célébrions la fête de l’Assomption à Saint-Isidore, paroisse agricole du comté de Gloucester.
Je n’avais pas revu mes bons amis de Saint-Isidore 'depuis ma dernière élection, et je crus devoir profiter de cette occasion pour les rencontrer en plus grand nombre.
Cette paroisse de Saint-Isidore avait été fondée en 1874 et c’était donc le cinquantième anniversaire de sa fondation. Je n’avais pas pensé à cela avant mon arrivée, alors que je vis sur les plus grands édifices les chiffres :
Ces chiffres me rappelaient, de nécessité, que cette année était le cinquantième anniversaire de ma première 'défaite électorale. Ils me rappelaient aussi que cette année les braves colons de Saint-Isidore, qui venaient d’arriver, étaient tous ou à peu près tous venus au poil voter pour moi. A cette époque, les électeurs de St-Isidore devaient se rendre à Tracadie pour voter. Ils n’avaient pas encore de division de district électoral. Ils avaient contribué à cette grande majorité que j’avais eue à Tracadie, malgré tous les efforts de mes adversaires.
C’était en même temps l’inauguration de leur nouvelle église, commencée par leur grand apôtre, le Rév. Père Gagnon, qui lui-même avait amené ces colons de l’ile Shippigan, cinquante ans auparavant. Il était le père de tous. Il était parti depuis quelques années auparavant pour le ciel, appelé à aller jouir de la récompense des Saints. M. l’abbé Bernier lui succédait, et jamais missionnaire ne fut plus énergique ni plus heureux dans ses oeuvres.
Cette église de Saint-Isidore est une des plus belles églises du ’c-anada, à part celles des grandes villes, et la plus belle dans le Nouveau-Brunswick. Tout y est admirable.
Je rencontrai tous mes bons amis, parmi lesquels un de l’année 1874, qui avait voté pour moi, me donnant son premier vote. Il y avait là une foule considérable, venue de toutes les paroisses environnantes. Quelques moments avant l’assemblée, je reçus un message de M. le curé Bernier, me priant de me rendre et de prendre place sur l’estrade avec les membres du clergé et autres, et me demandant de vouloir bien adresser la parole.
Je trouvai là la plupart des curés des paroisses voisines, en plus, l’hon. M. Yeniot, Premier Ministre du Nouveau-Brunswick, M. Jean- Paul Chiasson, président général de l’Assomption, M. André Doucet. et plusieurs autres.
Quand mon tour arriva de parler, il me fallut bien me soumettre. Je profitai immédiatement de cette circonstance du cinquantième anniversaire de la fondation de cette belle paroisse, pour rappeler aux paroissiens la générosité de leurs ancêtres, de leurs pères qui, alors, étaient tous, ou presque tous, allés déposer au poil leur bulletin en ma faveur, et que durant toute ma carrière les électeurs de cette paroisse sous l’influence de cette inspiration m’avaient toujours témoigné une généreuse sympathie égale en tout temps à celle témoignée par la population de Petit-Rocher.
Je me fis un plaisir d’attirer l’attention de l’auditoire sur l’oeuvre plus qu’admix-aole de ces colons acadiens qui, avec les seules ressources du sol, avaient érigé de si beaux monuments à la religion, avaient converti leurs hameaux en véritables châteaux où la vertu et la prospérité régnaient suprêmes. J’encourageai les jeunes à marcher dans la voie ouverte par leurs pères et à continuer à maintenir la belle réputation de cette admirable paroisse qui avait déjà donné deux prêtres distingués à l’Eglise, et une légion de religieuses qui donnent les bienfaits de l’éducation dans les différentes provinces du Canada.
Ce fut une heureuse journée pour moi. Il me semblait être de nouveau enveloppé de la cordiale sympathie de mes anciens amis qui se tenaient à mes côtés et qui résistaient à toutes les offres avantageuses pour ne pas m’abandonner.