‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 115 sur 158 · SESSION · texte numérisé non relu

SESSION

Jeudi, le 5 février, la session fut ouverte avec toute la solennité accoutumée.

Le discours du trône prononcé par Son Excellence le Gouverneur- Général, Lord Byng contenait plusieurs déclarations de grande importance.

Il annonça que la situation économique du monde entier s’était améliorée 'd’une manière sensible depuis la dernière session. Un grand progrès avait eu lieu en Canada et nos exportations avaient un excédent de $260,000,000 au-dessus des importations, et la situation financière laissait entrevoir le retour prochain de l’or pour étalon de monnaie courante.

Il fallait une économie rigoureuse dans les dépenses publiques, mais le fardeau actuel des impôts était dû principalement aux dépenses incontrôlables provenant des obligations imposées par la guerre et de la situation obérée des chemins de fer.

Le coût de production des matières premières et des articles nécessaires à la vie avait diminué grâce aux réductions faites au tarif et à la taxe sur les ventes. Il promettait une mesure de contrôle sur le transport par terre et par mer afin d’activer le commerce interimpérial, l’exportation en général et le commerce canadien dans les ports du Canada, de l’Atlantique et du Pacifique, lesquels doivent être outillés de manière qu’ils puissent répondre aux exigences de la navigation moderne.

Le discours annonçait aussi que 'des traités avaient été négociés et signés entre le Diminion 'du Canada et les Etats-Unis pour une meilleure collaboration dans l’administration des lois des deux pays con-

Mgr Philippe-L. Belliveau, P.D.

Grandigue, N. -B.

cernant la contrebande ainsi que la poursuite et l’extradition des personnes prévenues d’infraction aux lois antinarcotiques de l’un ou l’autre pays, lesquelles avant d’être ratifiées seraient soumises à l’approbation du parlement.

Enfin, ce discours annonçait que le Parlement serait prié de sanctionner la convocation d’une conférence entre le gouvernement fédéral et les gouvernements provinciaux afin d’étudier la question d’amender l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord, quant à la constitution du Sénat et à d’autres points importants.

Toutes ces questions et problèmes mentionnés dans ce discours étaient intéressants pour moi, surtout ce qui regardait le tarif et les ports canadiens. J’avais souvent discuté ces deux importantes questions et j 'étais content de voir que le gouvernement prenait enfin des mesures que j 'avais tant 'de fois suggérées en Chambre et dans ma correspondance avec le Premier Ministre.

Toutefois, il y avait cette dernière clause d’une conférence interprovinciale et fédérale dans le but d’étudier la question d’amender l’Acte de l’Amérique Britannique du Nord quant à la Constitution du Sénat et relativement à d’autres points importants qui avait surtout attiré mon attention.

Je n’avais jamais approuvé l’idée d’un amendement à la constitution, pas plus au sujet du Sénat qu’au sujet d’autres questions qui pourraient surgir.

Je pensai d’abord laisser faire, vu que la question devait être référée à une conférence des Provinces, et je dis à notre chef, l’hon. M. Dandurand, que vu cette déclaration je laisserais passer la question sans rien dire.

Plusieurs sénateurs conservateurs censurèrent fortement le gouvernement de vouloir réformer le Sénat et démontrèrent tout le bien procuré au pays par l’élimination de bien des mesures qu’il avait rejetées depuis la confédération et que le temps avait justifié l’action du Sénat.

L’hon. Jules Tessier, membre du Sénat depuis vingt-deux ans, ancien député et ancien président de la Législature de Québec, dans son discours en réponse à l’adresse qu’il secondait, dit au gouvernement “qu’il faudrait apporter de très forts arguments et des raisons qui n’avaient pas encore été prouvées pour nous convaincre de la nécessité de cette réforme’’.

Je décidai d’étudier les différents courants d’opinion que la presse du pays nous apporterait a la suite de cette discussion. J e me tenais prêt à toute occasion.

C’est l’hon. C. W. Robinson, du Nouveau-Brunswick, qui proposa l’adresse de remerciement en réponse au discours du trône.

L’hon. C. W. Robinson avait résigné la position de Ministre des- Terres de la Couronne dans le gouvernement Foster- Yeniot pour accepter un siège au Sénat au cours de la session précédente. Je connaissais bien le talent, l’expérience et l’énergie de cet ami de trente ans mais je dois dire malgré cela que son discours en cette occasion fut même supérieur a mon attente.

Il traita avec force nos questions de transport, l’usage de nos ports canadiens et de nos forces hydrauliques et exprima l’espoir que le temps viendrait enfin où les Provinces Maritimes recevraient l’attention qu’elles méritent dans la Confédération.

Au sujet de la constitution, il dit qu’il espérait qu’une conférence pourrait remédier à bien des torts et déclara que c’était le seul moyen constitutionnel de faire 'des changements. Il se dit fortement contre les changements qui avaient été faits en 1912, en faveur de l’Ile-du- Prince-Edouard alors que ces changements auraient dû être soumis à une conférence interprovinciale.

Aussitôt l’adresse sur le discours du trône acceptée, le Sénat avait une autre obligation à remplir, c’était une présentation de condoléances et un hommage à la mémoire des honorables Bolduc, Yeo, Godbout, Fowler, Murphy et Côté. Ces six sénateurs étaient tous morts depuis notre séparation, au mois de juin précédent.

Les sénateurs Bolduc et Godbout avaient été mes collègues au Séminaire de Québec, où ils m’avaient devancé de deux ou trois ans.

Le Sénateur Yeo, de l’Ile du Prince-Edouard, était au Sénat depuis mon arrivée à la Chambre des Communes et m’avait toujours témoigné une amitié tout à fait fraternelle. Le Sénateur Côté était mon ami et l’ami dévoué de mes fils et surtout de mon fils Gray, son collègue à la Législature de l’Alberta, et de mon jeune fils Charles dont il m’avait parlé au cours de la 'dernière session avec affection.

Le Sénateur Fowler, du Nouveau-Brunswick, avait été mon collègue aux Communes depuis 1904.

Je ne connaissais le Sénateur Murphy que depuis ma nomination au Sénat et il m’avait toujours témoigné beaucoup d’amitié.

C’est M. le Sénateur Belcourt qui fut chargé de faire l’éloge de nos collègues disparus. Il va sans dire qu’il donna à chacun le tribut d’hommage qu’il méritait, et il le fit avec des paroles appropriées -aux diverses qualités de chacun d’eux.

Il devait de plus présenter les condoléances du Sénat à l’hon. M. Raoul Dandurand, le représentant du Gouvernement au Sénat, à l’occasion de la mort toute récente de son épouse. Madame Dandurand, à part de grandes qualités de coeur, était un grand talent littéraire. Ses oeuvres lui avaient valu de grands honneurs au Canada et à l’étranger.

“Ceux-là même, dit M. le Sénateur Belcourt, qui ont eu le privilège de connaître Mme Dandurand, ne peuvent mesurer toute l’étendue de la perte subie par notre ami et collègue. Il aura toutefois la consolation de savoir que nous connaissons tout le tendre et infatigable dévouement dont il a entouré sa chère compagne durant les longues années de son invalidité”.

Vu la longueur du débat sur l’adresse aux Communes le Sénat s’ajourna, et ce n’est que le 21 avril que nous nous mîmes sérieusement à l’ouvrage.

En attendant, je lisais régulièrement les tirades contre le Sénat qui étaient plus fréquentes surtout dans la presse de l’Ouest C’étaient les membres des Législatures des Provinces de l’Ouest sur-

tout, qui demandaient les uns après les autres d’abolir le Sénat, de le réformer, de le rendre éligible comme la Chambre des Communes.

“Abolish the Senate! Reform the Senate!” Tous les jours nous lisions sous ces titres de longs articles. C’était surtout par rancune contre le Sénat d’avoir rejeté la loi des embranchements de chemins «de fer.

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