LES ELECTIONS PROVINCIALES DU NOUVEAU-BRUNSWICK
Le lendemain de la prorogation nous quittions Ottawa, à midi, ce qui nous donnait le temps d’arrêter quelques heures à Montréal pour rencontrer la famille de mon fils, qui y séjournait pendant l’absence de leur père en France. Son fils Wilfrid avait quitté l’Université d’Ottawa, quelques jours auparavant, et était allé rejoindre la famille. Je trouvais toujours cela bien agréable de les rencontrer. Nous avions été voisins pendant une grande partie de l’année.
Dès mon retour à la maison, la campagne électorale battait son plein. Peu de jours après, le 17 juillet, le Premier Ministre du Nouveau- Brunswick proclama la dissolution de la Législature, et les brefs d’élection furent immédiatement émis pour le 10 août. Le terme législatif allait bientôt expirer.
Une convention libérale avait déjà eu lieu à Caraquet, quelques jours avant notre arrivée.
M. John Lordon avait été choisi comme candidat anglais pour succéder à l’hon. M. Rand, qui était candidat dans sa propre division électorale, le comté de Moncton.
M. Lordon est un homme qui possède de grandes connaissances et une grande expérience dans le commerce du bois, dont il s’occu-
pait depuis son jeune âge. Pendant plus de dix ans il avait été agent particulier de la “Bathurst Lumber Company’’ s’occupant de l’engagement des hommes pour les chantiers et fixait leur salaire. Il avait une autorité particulière dans les chantiers. Il connaissait tous les règlements du Ministère des Forêts et des Mines ainsi que toutes les articles de la loi des compensations. Il était très populaire dans le comté et connaissait presque tout le monde.
Il était bienveillant, et tous les foyers du comté le connaissaient bien. Il n’avait jamais trompé personne et sa parole valait son pesant d’or. Il avait été le choix unanime de la convention.
Les trois autres, membres de la Législature, furent aussi élus à l’unanimité par la convention.
Le comté avait donc pour candidats le Premier Ministre, l’hon. Pierre J. Veniot, MM. Séraphin Léger, J. André Doucet et John Lordon. Le comté de Gloucester ne courait donc aucun danger.
Cependant toute élection demande du travail. Je donnai toute l’aide possible dans différentes parties du comté, surtout à Caraquet et Grande Anse.
Le gouvernement Veniot se présentait devant le peuple avec un passé sans tache et sans reproche, digne de l’estime publique et de plus, il apportait un programme pour l’avenir propre à rallier toutes les ambitions de la population dans le développement des multiples ressources de la province.
Jusqu’à la dernière heure, pour bien dire, il n’y avait pas ou presque pas d’opposition. Les journaux conservateurs demandaient bien un gouvernement conservateur, mais ne faisait aucune critique sévère et injustifiable. On demandait un changement.
L’administration des chemins était réellement sans reproches. L’administration des Terres de la Couronne avait été également des plus heureuse et encourageante. Le développement des pouvoirs hydrauliques, commencé sous l’administration Veniot-Foster comme on la nommait, se révélait déjà comme un grand succès et fournaissait à la population de la ville 'de St-Jean et des alentours un pouvoir électrique à un bien plus bas prix que ne l’avait fait la compagnie privée jusqu’à cette date.
Le Premier Ministre Veniot, pendant les deux années qu’il avait été à la tête du gouvernement, s’était occupé surtout du développement du seul grand pouvoir l’eau de la province, à Grand Falls, sur la rivière St-Jean.
La commission des pouvoirs hydrauliques, sous la présidence de l’hon. Dr Smith, avait acquis une précieuse expérience et commandait certainement la confiance du public.
Ce pouvoir hydraulique de Grand Falls avait été depuis plus de quinze ans une source de désappointements constants pour la population, non-seulement des environs, mais de toute la province. Dès 1909 l’administration conservatrice du jour avait donné une option à une grande compagnie américaine “l’International Paper Company” sur ces pouvoirs immenses de Grand Falls, qui devaient être développés par cette compagnie 'dans l’espace d’une année ou deux.
Ce gouvernement avait été au pouvoir de 1908 à 1917 et rien n’avait été fait. De plus, ce gouvernement avait vendu à cette compagnie une étendue de terre boisée, la plus riclie de la province, et rien n'avait été fait.
Le nouveau gouvernement avait, à différentes reprises, donné avis à la compagnie de voir à la mise en opération de ces ressources, sinon, il en prendrait lui-même possession et l’exploitation.
Au commencement de l’année 1924, le Premier Ministre Yeniot avait obtenu de la Compagnie l’abandon de ses prétentions et en même temps une entente pour le retour à la province des terrains concédés par le gouvernement précédent.
Pendant les deux dernières années, les meilleurs ingénieurs avaient été employés (hommes d’expérience venant des provinces de Québec et Ontario) à faire les plans et préparer les estimés du coût de l’équipement nécessaire pour l’opération de ces immenses ressources. Nos magnats de la forêt avaient même aidé à obtenir l’aide d’ingénieurs de la meilleure réputation.
Tout allait on ne peut mieux et il semblait que tout souriait au nom de Veniot. La province du Nouveau-Brunswick allait enfin entrer -dans une ère de prospérité inconnue jusqu’à ce jour.
Les pouvoirs de Grand Palis allaient alimenter bien des industries et toute la population pourrait jouir des avantages de ces forces électriques à des prix comparativement peu élevés.
Mais soudain, les licenciés de nos forêts, les Directeurs de la Bathurst Co., de la Fraser Company et quelques autres eurent une entrevue avec le Premier Ministre et son conseil et demandèrent avec instance une réduction substantielle du tarif sur la coupe du bois, une réduction 'de leur quote-part à la loi des compensations.
“Impossible de faire ces réductions, disait M. Veniot.
“Impossible de vous appuyer dans votre élection sans ces concessions”, répondaient les représentants de ces grandes compagnies.
“Enfin, leur dit M. Yeniot, si je vous accorde de telles réductions, augmenterez-vous les gages de vos employés?
“Impossible” fut la réponse froide de ces industriels, “nous ne pouvons pas augmenter les salaires”.
“Alors, leur 'dit M. Veniot, impossible de nous entendre”.
Mais ce n’était pas tout. Les représentants de ces grandes compagnies étaient opposés au développement des pouvoirs d’eau de Grand Falls par le gouvernement. Ce développement devait leur être transféré pour leur propre utilité et leur propre avantage d’abord, et si toutefois, ils eussent eu un surplus de pouvoir ils l’auraient eux-mêmes distribué suivant leur bonne volonté.
“Les landlords du Nouveau-Brunswick m’ont mis le couteau à la gorge, dit M. Veniot, mais j’ai préféré sauvegarder les intérêts du peuple et je me soumets avec confiance à son verdict”.
Nous avions confiance dans le succès du gouvernement. Sa politique de développement de nos ressources provinciales devaient bien en appeler à la sagesse du peuple.
Aussi dans toutes les parties de la province, M. Veniot lui-même réunissait les assemblées les plus nombreuses et les plus enthousiastes telles qu’aucun Premier Ministre de langue anglaise n’en avait jamais pu réunir. Les expressions d’appréciation de son administration et de son bon programme étaient des plus cordiales et des plus chaleureuses, dans les comtés entièrement anglais aussi bien que dans les centres acadiens.
L’hon. J.B.M. Baxter, député fédéral de St-Jean, avait quitté Ottawa plusieurs jours avant la prorogation et assumé la charge de chef du parti conservateur provincial.
M. Baxter était bien l’homme le plus fort que son parti pouvait présenter. Il était en même temps le choix des grands commerçants de bois, après le refus que M. Veniot leur avait fait de se soumettre à leurs demandes.
La campagne se continuait en faveur de M. Veniot. Son adversaire n’avait pas les assemblées démonstratives qui continuèrent à être le privilège de M. Veniot.
M. Baxter ne présentait aucun programme à ses électeurs. Il ne pouvait rien condamner dans l’administration de M. Veniot. Tout ce qu’il pouvait dire était que l’administration de M. Veniot avait été extravagante et qu’il fallait mettre un terme à cela et sauver la Province.
Le projet de Grand Falls était considérable et il assurait qu’il ne fallait pas engager la Province dans des dettes qui seraient sa ruine. Il promettait d’étudier ce projet d’exploitation, avant d’exposer la province, et que le contrat pour les travaux d’approche qui avait été donné serait annulé, le jour même où il arriverait au pouvoir.
Malgré cela, M. Baxter avait donné sa promesse aux marchands de bois, de leur remettre le développement de Grand Falls. Je le tiens de la bouche même de mon ami, M. Angus McLean. Le 22 ou le 23 juillet, l’hon. M. Baxter avait adressé la parole à une assemblée publique ’à Bathurst. Inutile de dire que je n’assistais pas à cette assemblée, car le soir même je prenais le train avec ma femme pour Québec, pour aller assister aux funérailles de Son Eminence le Cardinal Bégin, mon cousin germain.
M Angus McLean prenait le même train mais dans un autre wagon pour Montréal. Il me dit: “j’irai vous voir tout à l’heure”. En effet, vers neuf heures, M. McLean vint me trouver et il m’explique que la seule raison pour laquelle il a laissé M. Veniot c’est que M Veniot voulait le contrôle et l’opération des pouvoirs d’eau par le gouvernement auquel il est lui-même opposé en principe, tandis que M Baxter veut le contrôle par des corporations privées ce qui ne met pas la province en danger”. Tout ce que je pus dire, c’est aue j’étais avec M. Veniot pour l’opération sous le contrôle du gouvernement et que je devais naturellement lui rester fidèle, regrettant notre séparation dans cette élection.
Quand je disais à M. McLean que je regrettais notre séparation à propos de mon ami M. Veniot, je le regrettais sincèrement et plus
profondément que le public puisse se l’imaginer. Nous nous étions toujours si bien compris.
Revenu des funérailles du cardinal Bégin, je me remis à l’ouvrage avec les membres du comité, lorsque je n’étais pas retenu à mon bureau pour donner quelques renseignement confidentiels à quelques électeurs qui le demandaient, comme je le faisais dans mes propres élections. Tout allait bien encore et continua ainsi jusqu’après un jour ou deux après la nomination officielle, le 3 août. Alors, le journal bien connu, “l’Orange Sentinel” publia un long et fort article contre M. Veniot, avertissant ses lecteurs de ne pas voter pour M. Veniot, car il valait autant voter pour le pape de Rome. C’était suffisant pour abattre M. Veniot , comme cela l’avait été en Ontario en 1911, au sujet de Sir Wilfrid Laurier. J’eus l’impression alors, et je le dis confidentiellement à une couple d’amis, que le gouvernement serait battu.
En effet, le jour du vote, le 10 août, M. Veniot restait avec ses trois collègues 'de Gloucester, les trois députés de Kent, les deux députés de Madawaska et les deux députés de Victoria, onze sur une représentation de quarante-huit.
C’était bien étonnant, mais on peut le dire, le gouvernement de M. Veniot n’a pas été renversé à cause de sa politique, son administration ni son programme, mais seulement par un souffle de préjugés soulevé à la dernière heure. Je dis à la dernière heure, car je crois que si les mêmes articles eussent été publiés une semaine plus tôt, le temps aurait dissipé cette mauvaise impression.
Je regrettais probablement cette défaite plus que tout autre dans la province. Son règne ayant été très court, M. Veniot n’avait pas eu le temps 'de se faire apprécier à sa juste valeur. Je le regrettais pour lui et sa famille. Je le regrettais pour la province, qui, à mon jugement, souffrirait certainement de la perte du chef le plus énergique du jour et qui lui avait offert la clef du succès. Je le regrettais pour la nationalité acadienne qui perdait son Premier Ministre acadien avant qu’il eût rempli sa mission, de faire reluire sur elle une gloire qui lui aurait assuré une plus belle place dans la direction de la destinée non seulement du Nouveau-Brunswick mais même dans le Canada tout entier.
A tout interlocuteur de langue française je disais: “Vous n’aurez pas un autre Premier Ministre avant plusieurs générations et je me rappelle que le 'dimanche suivant, assistant à l’assemblée régionale de l’Assomption à Grande Anse, paroisse du regretté Mgr Stanislas Doucet, et ayant été invité à prendre la parole et ne voulant pas parler politique, je donnai quelques conseils à l’auditoire, parmi lequel il y avait une vingtaine de prêtres acadiens; je les priai de ne pas oublier que dans tout pays démocratique, où une minorité a obtenu des privilèges et des faveurs, ces privilèges et ces faveurs, une fois perdus, le sont pour de longues années.
Pour revenir à M. Veniot, le soir du vote, j’hésitais à aller le voir mais il m’était tout de même impossible 'de passer la nuit sans aller lui exprimer mon chagrin et lui donner quelques paroles d’encouragement.
Je connaissais sa force de caractère. J’avais moi-même subi bien des déboires, mais les siens n’étaient pas tout à fait de la même nature. On m'avait bien souvent refusé dans mes jeunes années une expression de confiance suffisante pour me mettre à l’oeuvre, mais une fois donnée, cette confiance ne m’avait jamais été retirée. J’étais prêt à ne pas prendre au sérieux son sourire ni ses plaisanteries.
A dix heures, je me rendis à sa résidence où je le trouvai entouré d’une dizaine d’amis aussi chagrins que lui-même et auxquels il parlait avec une indifférence naturelle.
Je lui exprimai ma sympathie et lui donnai tous les encouragements possibles. Mais je comprenais bien que ce terrible échec avait dû créer dans le fond de son âme des sentiments de peine et d’amertume.
Aussi, le lendemain, retournant chez lui pour le voir un moment seul, je pus constater combien il était affligé. Il avait tout mis dehors, comme on dit, dans la certitude de la victoire: il s’était endetté et craignait même de perdre sa propriété. Je savais que tout ce qu’il disait était vrai et pour la première fois, je sentais comme des sanglots dans sa voix.
Le rencontrant le lendemain il me fit monter dans son automobile et nous fîmes le tour de la ville et des endroits environnants. Il était aussi abattu que la veille. Je l’encourageai à rentrer dans la sphère fédérale, laquelle, dans tous les cas, serait meilleure que celle de chef d’une petite opposition à Frédériction. L’idée ne lui sourit pas dans le moment. Il craignait d’être accusé de lâcheté. Toutefois, je le laissai plus encouragé qu’une heure auparavant.
Quelques jours après, toute trace de chagrin, d’inquiétude avait disparu et il partait pour Frédéricton préparer les affaires afin de donner sa démission le plus tôt possible.
Je le répète, l’hon. M. Veniot méritait un meilleur sort. Son gouvernement libéral méritait une meilleure appréciation de ses oeuvres. Toutefois M. Veniot n’était pas abattu. Un homme de sa valeur, avec une réputation d’intégrité absolue d’administrateur habile jouissant d’une grande popularité dans son comté, ne pouvait être mis de côté à cause de sa défaite. De grands hommes dans les autres provinces du Dominion avaient été battus avant lui et sont quand même revenus à la tâche. C’était le mauvais sort du moment.
Nous le reverrons bientôt bien justifié et bien récompensé.
LES ELECTIONS FEDERALES
Au moment de cette défaite du parti libéral dans le Nouveau- Brunswick, nous entendions des murmures d’élections fédérales prochainement. ,, , . , ,
J’avais bien étudié la posture du parti liberal et du gouvernement dans le Dominion. L’administration de l’hon. Mackenzie King avait certainement été très sage, vu les circonstances où se trouvaient
le pays lors de l’arrivée au pouvoir du parti libéral aux derniers jours de décembre 1921. Jamais gouvernement canadien n’avait été placé dans de telles circonstances. Le parti libéral était le plus fort des trois groupes mais n’avait pas une majorité indépendante des deux autres groupes. Il est vrai que le groupe progressiste l’avait toujours appuyé dans toute mesure financière et économique, mais c’était tout de même une position inquiétante. Rien n’était certain qu 'après les votes pris. Le gouvernement avait eu d’énormes majorités parfois, surtout sur le budget de chaque année. Ces progressistes étaient de vrais libéraux — des libéraux trop empressés — on pourrait dire, et bien des mesures ne pouvaient être soumises à la Chambre, sans que le gouvernement fût exposé à une défaite.
Le budget de 1924 avait été très populaire et dans la bonne direction. Nos manufacturiers avaient augmenté leurs productions et employaient plus de monde. Mais il restait encore un certain nombre de sans travail, et l’ère de prospérité n’avait pas encore produit tout l’effet qu’on pouvait attendre. Le parti conservateur était prêt à répéter sa tactique sournoise du passé, si nécessaire pour arriver au pouvoir. La province de Manitoba était à peu près dans le même état, et à part la Saskatchewan, les autres provinces de l’Ouest ne pouvaient donner aucun encouragement.
Les Provinces Maritimes semblaient perdues pour le parti libéral. Le nouveau gouvernement conservateur de l’hon. M. Rhodes venait de remporter la Province de la Nouvelle-Ecosse aux élections provinciales du mois de juin; au lieu d’un contingent solide de 18 libéraux nous ne pouvions compter que sur deux dans l’élection fédéral à l’automne.
La Province 'de Québec resterait solide, je le savais, mais cela n’était pas suffisant. Dans notre province du Nouveau-Brunswick, nous avions quatre libéraux, et je ne pouvais compter que sur deux à l’automne, c’est-à-dire Gloucester et Madawaska-Restigouche.
J’entrevoyais le retour du parti libéral dans un état de délabrement tel qu’il aurait de la difficulté à se maintenir une seule session. Ce que nous perdions dans les Provinces Maritimes allait aux conservateurs qui devenaient le plus fort groupe et peut-être aussi plus fort que les deux autres réunis.
Dans mon désir de vie pour le parti libéral pour le bien du pays, je crus de mon devoir d’écrire à notre chef pour lui faire part de mes vues et le supplier de remettre l’élection à l’année suivante. Je me hâtai car je craignais que l’avis officiel fut émis d’un jour à l’autre.
Bien humblement, mais avec ardeur, je suppliai notre Premier Ministre de remettre l’élection générale à une autre année, car j’entrevoyais sinon une défaite complète du parti libéral, un délabrement qu’ils serait difficile de réparer. Ils perdraient probablement une vingtaine de sièges dans les Provinces Maritimes, lesquels iraient au parti conservateur. Dans l’Ontario, le parti conservateur extrême allait répéter ce qu’il avait fait à Sir Wilfrid Laurier en 1911, et il lui resterait à peine une douzaine de fidèles. Dans les Provinces de l’Ouest, à part la Saskatchewan, il ne pouvait attendre
de progrès. Je lui disais que si toutefois il pouvait avoir une majorité sur les conservateurs, elle serait si faible et si chancelante qu’il serait obligé d’avoir une autre élection. Alors pourquoi ne pas attendre, certains que nous étions que l’ère de progrès était ouverte et qu’elle répandrait ses bienfaits dans l’intervalle.
Le lendemain, nous étions à Montréal, pour le retour de mon fils de la France. Il devait bientôt partir pour la Saskatchewan afin d’arriver pour l’ouverture de la Cour d’Appel.
De Montréal, je me rendis à Ottawa dans l’espérance de voir le Premier Ministre, mais il venait de partir pour la campagne et je n’avais pas le temps d’attendre. Cependant j’eus des entrevues avec Thon. M. Copp et l’hon. M. Motherwell, l’ami le plus dévoué de mon fils. Ce dernier aurait préféré une autre année lui aussi, mais la majorité de ses collègues voulaient en appeler au peuple à l’instant.
Peu de jours après mon retour je reçus une lettre du Premier Ministre, lettre bien cordiale, pleine 'd’appréciation de mes remarques, déclarant que la grande majorité de ses collègues désiraient une élection immédiatement, et il espérait que, l’occasion une fois donnée, je donnerais tout mon appui au parti.
Inutile de dire que de ma part, rien ne manquerait quand l’heure sera venue, lui répondis- je.
Peu de temps après je le rencontrais à Bathurst, un instant, à son passage vers la Nouvelle-Ecosse. Plus tard à son retour, j’allai le rencontrer à Moncton alors qu’il était accompagné de l’hon. Dr Bélan'd. La convention libérale avait lieu ce jour-là et l’hon. M. Copp devait donner sa démission. J’étais à l’assemblée au milieu de plussieurs de mes bons amis du comté, tels que le Dr Sormany, l’hon. M. Rand, M. Goodwin et autres. Soudainement, j’entends que mon nom était mentionné par le président de la convention. C’était M. Mc- Queen, de Shédiac, qui m’invitait à adresser la parole à l’assemblée, en attendant le retour 'des délégués officiels qui s’en allaient en délibération sur le choix d’un candidat.
Dans une telle précipitation je crus de mon devoir de traiter brièvement la question de transports, de nos chemins de fer, de nos ports de l’Atlantique, ce qui devait le plus je croyais intéresser cette assemblée dans un tel moment.
C’est alors que l’hon. Dr Smith fut choisi le candidat libéral en remplacement 'de M. Copp.
Le soir, grandes assemblées à deux endroits dans la ville. Dans cette même salle, l’hon. Sénateur Béland adressait la parole et à la fin de son discours, il devait être suivi de l’hon. Premier Ministre. Le Dr Béland finissant son discours, allait succéder au Premier Ministre à l’autre salle. A son départ, avec une plus grande surprise que dans la journée, j’enten'ds encore mon nom appelé pour entretenir l’auditoire en attendant l’arrivée du Premier Ministre.
Une salle immense, remplie dans tous les petits coins. Il me fallait bien dire quelque chose et j’expliquai les bienfaits d’un tarif
peu élevé, pour le revenu et non pas pour la protection, ce qui serait au bénéfice des Provinces Maritimes, plus encore que de certaines, autres parties du Canada.