LA SESSION DE DECEMBRE
Avant son départ pour la conférence impériale à Londres, le Premier Ministre avait convoqué les Chambres pour le 9 décembre, afin de faire voter les argents nécessaires pour l’administration des affaires le reste de l’année fiscale, et mettre une fin à ces mandats du Gouverneur-Général.
Nous partions le dimanche soir, le 5 décembre, et l’hon. M. Veniot et Madame Veniot étaient sur le même train.
Les cérémonies d’ouverture à Ottawa étaient nouvelles pour Madame Veniot, et ma femme se faisait un plaisir à l 'introduire à ses anciennes connaissances et à qui de droit. Tous les députés que je rencontrais, qui avaient eu l’occasion d’avoir affaire au Ministre des Postes, se faisaient un plaisir de me dire combien ils avaient apprécié leur première connaissance, et toute la confiance qu’ils mettaient en lui pour la direction de ce grand ministère, et l’effet de son
active coopération dans le gouvernement fédéral. La session devait de toute nécessité ajourner avant les fêtes 'de Noël pour une période plus ou moins prolongée.
Le discours du trône, prononcé par le nouveau Gouverneur-Général, Son Excellence le très honorable vicomte Willingdon, fut certainement compréhensif et proposait des réformes importantes. La cérémonie fut faite avec toute la solennité possible. La présence des dames, femmes et enfants des députés, était nombreuse, et les galeries étaient remplies, incapables de contenir toute la foule.
Le débat sur l’adresse fut annoncé pour le mardi suivant, le 14 décembre, à 3 heures p.m., au Sénat.
C’était l’honorable W. A. Buchanan, de Calgary, Alberta, qui avait été invité à proposer cette adresse au Sénat, et le nom d’un sénateur pour l’appuyer, dans la langue française, n’avait pas été publié. Soudain, tard le soir, l’honorable sénateur Dandurand m’appelle au téléphone, me demandant si je voulais lui rendre un service. Je me rends à sa Chambre, et il me demande de vouloir bien appuyer la motion de l’bon. sénateur Buchanan, sur le discours du trône. Difficile Je refuser la demande du chef.
Je devais de nécessité souhaiter la bienvenue au Canada à notre nouveau Gouverneur-Général, dont les services qu’il avait déjà rendus à l’Empire britannique dans diverses missions commandaient d’avance notre admiration.
Je ne voulais pas non plus oublier son prédécesseur Lord Byng, et j’exprimai mon admiration pour l’amour qu’il a manifesté pour nous pendant son séjour au Canada, et les services immenses qu’il a rendus aux Alliés dans la guerre, services qui recevront l’admiration de la postérité dans l’histoire à tout jamais.
Le Canada était entré dans une ère nouvelle de prospérité, depuis le dernier budget surtout, et j ’en appelai au témoignage des directeurs de nos principales banques canadiennes, comme celle de la Banque Royale du Canada et la Banque de Montréal. Le retour au pays, 'durant la dernière année, de 42,206 Canadiens qui avaient traversé la frontière dans l’espérance d’améliorer leur sort, était certainement encore un autre bon témoignage de notre prospérité.
J’appuyai aussi sur l’amélioration merveilleuse de la condition financière de nos chemins de fer canadiens qui dans moins de cinq années avaient réduit leur déficit annuel de 81 millions de dollars à 41 millions de dollars.
Etant des Provinces Maritimes, je devais nécessairement discuter la clause du rapport de la Commission Royale sur la situation économique des Provinces Maritimes.
J’exprime l’espoir que le parlement et le gouvernement mettront ces recommandations à exécution en autant qu’elles seront praticables et constitutionnelles.
J’exprime à l’instant mon approbation la plus sympathique de la mesure proposée de donner de l’aide aux établissements fondés pour la production du coke 'domestique provenant de la houille canadienne.
L’industrie du charbon est la principale industrie de la Nouvelle-Ecosse. La production de la houille a diminué dans cette province en proportion de l’importation de la houille américaine dans les provinces de Québec et de l’Ontario qui n’ont pas l’avantage de posséder cette grande ressource.
Je demandai avec instance au gouvernement de donner toute l’aide et tout l’avantage possible à cette industrie qui sera d’une grande importance non seulement pour la Nouvelle-Ecosse, mais pour les provinces de Québec et de l’Ontario surtout.
Cette industrie du coke est susceptible 'de grands développements, plus grands que le peuple ne l’entrevoit encore aujourd’hui. Avec des traitements scientifiques, notre charbon peut produire des huiles et du gaz qui produiraient l’énergie électrique à aussi bon marché que nos forces hydrauliques, qui ne pourront pas s’étendre dans tous les coins de notre vaste territoire.
Une autre grande question étudiée par cette commission est la question du transport et du tarif des marchandises sur nos chemins de fer. Le transport est la question vitale, non seulement pour les Provinces Maritimes, mais pour tout le Canada. Les ressources de notre pays sont immenses, et même je dirais inépuisables, quant aux pêcheries du moins; mais elles sont distribuées sur un territoire vaste de plusieurs mille milles entre les côtes de l’Atlantique et du Pacifique.
Les régions les plus productives sont à de grandes distances de nos ports de mer, telles que les Provinces 'des Prairies, éloignées des côtes de l’Atlantique et du Pacifique. Cependant, c’est l’accroissement de la production dans ces provinces qui contribuera le plus à la prospérité des provinces industrielles de Québec et de l’Ontario, par l’augmentation de la production agricole qui augmente la production des instruments aratoires et de toutes autres marchandises que ces provinces ne produisent pas. De même la prospérité des Provinces Maritimes contribuera à la prospérité des provinces centrales.
Le développement de nos ressources et la distribution de leurs produits demandent une sage et intelligente considération de la part des autorités régissant nos chemins de fer. L 'augmentation du trafic seule pourra sauver notre situation ferroviaire, et pour cela il faudra conserver tout le trafic possible pour nos chemins de fer canadiens et nos ports canadiens, au lieu de le laisser prendre la direction des chemins de fer et des ports américains. C’est cette grande question de transport vers nos ports de Saint-Jean et Halifax qui conservera le plus, dans mon opinion, l’harmonie dans notre population et lui donnera un élan considérable vers la prospérité. On demande d’expédier les produits de l’Ouest par les ports canadiens de l’Atlantique et l’on ne doit jamais oublier que sans nos ports d’hiver, la Confédération n’aurait probablement jamais eu lieu.
’ Nos ports de l’Atlantique manquent d’outillage pour le trafic d’hiver et j’appuyai fortement l’article 16 du rapport qui recommande au gouvernement fédéral d’établir, en vertu de nos lois, pour
chacun d’eux, une commission de port, dont les fonctions consisteront à améliorer le port au point que graduellement des débouchés soient créés qui permettront au commerce de s’exercer tant en hiver qu’en été.
Je louai Sir Henry Thornton, président du bureau d’administration des chemins de fer, qui dernièrement a contribué par ses actions et par ses conseils, à l’amélioration des conditions sur la région Atlantique du chemin Canadien-National, et j’ai confiance qu’il continuera l’accomplissement du programme qu’il a tracé.
J’appuyai aussi la commission dans sa déclaration que la division de l’Atlantique doit être à Lévis, et non à la Rivière-du-Loup, comme je l’avais moi-même demandé dans cette Chambre il y a une couple d’années.
J en appelle ensuite à la commission des chemins de fer pour son appui d un tarif préférentiel sur les marchandises, car, je l’assurais, cette diminution des taux sera bientôt compensée par une augmentation de transport.
Le rapport de la commission recommande encore l’étude des subventions aux Provinces dans l’intérêt des Provinces Maritimes. Ce problème ne peut etre résolu que par une conférence interprovinciale dont les conclusions devront être approuvées unanimement par nos législatures dans l’intérêt général de toutes les provinces.
En réponse a 1 argument que les subsides établis par les Pères de la Confédération n’étaient pas justes et suffisants, je répondis que naturellement les Pères de la Confédération croyaient, et devaient croire, que la population de nos provinces augmenterait rapidement et que, par conséquent, ces subventions augmenteraient dans la même proportion. C’est avec chagrin, mais dans l’intérêt futur de nos provinces même, que je fais ces déclarations : que notre population au lieu de rester sur notre sol, s’est dirigée vers les Etats- Unis, et que la population de ces provinces est restée à bien dire stationnaire. Bien petite est la proportion qui a été s’établir dans les Provinces de l’Ouest. C’est aux Etats-Unis qu’elle s’est toute envolée.
A la page 14, le rapport dit que depuis 1911 la population des Provinces^ Maritimes n’a augmenté que de dix pour cent. La commission n’a peut-être pas été mise au courant des choses comme je le suis moi-même, et je dois dire que toute augmentation de population durant cette période, quant à la province du Nouveau-Brunswick, est entièrement due à la population acadienne. C’est avec chao-rin’ mais je le dis dans l’intérêt de la province, que la population” anglaise dans la province du Nouveau-Brunswick n’a augmenté que de 31 âmes depuis la Confédération, et toute l’augmentation de la population de la province est entièrement due à la population acadienne. Nos autorités provinciales demandent à grands cris aujourd’hui l’immigration étrangère et lui offrent des terres vacantes qui n’auraient jamais dû être désertées. J’ai toujours cherché à garder notre population chez nous, et si au cours de ma carrière je n’ai pas réussi suivant mon désir, je puis au moins déclarer que le comté de
Gloucester démontre une plus grande augmentation que partout ailleurs. Pour toutes ces considérations, ajoutai-je, j’espère que les recommandations de la commission royale sur la colonisation recevront la considération la plus sérieuse de nos autorités provinciales aussi bien que fédérales, et qu’elles s’efforceront de garder notre population sur le sol canadien en général, et dans notre province en particulier.
A propos du chemin de fer de la Baie d’Hudson, c’est avec plaisir que je voyais dans le discours du trône l’annonce que le gouvernement a l’intention de confier l’examen du havre à un expert britannique faisant autorité sur les conditions produites par les marées et les estuaires sur les ports de mer. J’ai toujours douté et je doute encore de la praticabilité de la navigation au hâvre de Port Nelson, tandis que les conditions du Fort Churchill sont considérées comme excellentes. La décision du gouvernement veut dire que s’il est nécessaire d’utiliser le hâvre de Fort Churchill, ce changement sera accompli.
Puis, venait la nomination d’un Ministre plénipotentiaire accrédité par Sa Majesté pour représenter les intérêts du Canada aux Etats-Unis. Ceci démontre une époque importante dans l’évolution des relations internationales du Canada. L’oeuvre de notre digne représentant contribuera certainement à créer un esprit d’harmonie toute fraternelle entre les deux nations, qui pourra aider à régler dans l’avenir bien des problèmes internationaux de grande importance.
Son oeuvre, dis-je, pourra établir un sentiment de coopération commerciale et économique qui seront à l’avantage de tout le Canada et surtout des problèmes maritimes.
Les témoins qui ont comparu devant la commission d’enquête sur les griefs des Provinces Maritimes ont tous demandé avec instance l’admission gratuite des produits de nos ressources de la forêt, de la terre et de la mer sur le marché américain, avantage que noup avons perdu en 1911 par le refus de la Réciprocité avec les Etats- Unis. Reprenons courage pour un meilleur avenir. Je souhaitai tout le succès possible dans son importante mission à l’honorable ministre plénipotentiaire, l’honorable Vincent Massey. Nos relations avec les Etats-Unis sont devenues si importantes que seul un Canadien qui connaît bien le sentiment canadien peut aujourd’hui parler avec autorité. Dorénavant nous aurons à négocier nos propres traités. Nous devrons alors en assumer la responsabilité.