LA CONFERENCE IMPERIALE
Cette conférence impériale a certainement donné une définition officielle de l’autonomie réelle des Dominions.
Le très honorable Mackenzie King a déclaré qu’il était heureux d’exprimer sa conviction que les conclusions de la conférence impé-
riale sont un sûr présage d’une plus grande harmonie entre les différents Dominions, et il ajouta que si la conférence impériale n’a pas opéré de changements, elle a certainement fait connaître aux autres pays, d’une manière plus claire, les conditions réelles des relations entre les divers Dominions.
Notre autonomie dans nos propres affaires est reconnue telle. Cette liberté d’action dans notre maison ne diminue nullement notre haute considération, notre dévouement pour la Grande-Bretagne et les autres Dominions.
J’insistai sur le fait que nos relations extérieures, notre liberté d’action dans le domaine international n 'affectent en rien notre constitution interne, qui est écrite d’une manière indélébile, qui est permanente, susceptible d’aucun changement excepté par le consentement unanime des législatures de toutes les provinces du Canada. Nous avons nos cours canadiennes pour définir la question de droit dans certaines controverses qui pourraient surgir entre elles. Inutile de se créer des craintes au sujet des droits des minorités catholiques ou autres, au sujet de nos droits bilingues, lesquels droits sont tous inattaquables.
Je félicitai notre honorable premier ministre et son conseiller et collaborateur qui, tous deux, méritent certainement notre haute considération et les cordiales félicitations du Canada pour leur attitude à cette conférence, où, pour ainsi dire, ils ont commandé la situation et se sont attiré le respect et l’admiration de leurs associés de la Grande-Bretagne et des autres Dominions, comme nous avons pu en juger par les gracieux éloges parus dans toute la presse britannique.
Enfin, je félicitai le gouvernement qui nous annonçait que le soixantième anniversaire de la Confédération serait dignement célébré en 1927. J’étais bien content de cette déclaration, car jusqu’à présent cet anniversaire n’a pas été célébré avec l’éclat nécessaire pour inspirer à notre jeunesse l’inspiration due à l’oeuvre de nos Pères de la Conf dération. C’est à la génération qui croît qu’incombera le devoir de gouverner le Canada, et sa mission sera de le gouverner suivant les traditions de nos fondateurs. Il nous faut encourager notre jeunesse dans la bonne voie, dans l’amour de notre pays, qui a déjà fait l'admiration de bien des nations du monde, et qui avec les Etats-Unis, a une mission toute spéciale à remplir envers les nations de l’Orient, avec lesquelles nous devrons avoir des relations les plus amicales pour les années à venir.
Je louai hautement le gouvernement pour l’invitation présentée au Prince de Galles, ainsi qu’au Premier Ministre de la Grande-Bretagne.
L’hon. W. B. Ross, du Cap-Breton, chef de l’Opposition au Sénat, prit la parole après moi. Il félicita le proposeur de l’adresse qu’il avait bien compris, mais il regrettait de ne pouvoir dès ce moment, féliciter celui qui l’avait appuyé, vu qu’il n’avait pu le comprendre, et il pourrait peut-être arriver qu’il serait obligé de le prendre à tâche lorsque ses paroles auront été traduites dans sa propre langue. Vivement, l’honorable M. Dandurand lui dit: “Mon hono-
rable ami peut être sûr qu’il a appuyé les droits maritimes.”
L hon. M. Ross répond: ‘‘Je suis content de savoir cela; cela couvrira une multitude de péchés.”
L’hon. W. B. Ross félicite le gouvernement au sujet de la commission d’enquête sur les griefs des Provinces Maritimes, et sa décision de mettre à exécution ses recommandations. Lorsqu’il aura eu le temps d’étudier sérieusement ce rapport, il sera mieux en état de se prononcer sur ses différentes recommandations.
L’honorable M. Ross admet avec l’honorable membre qui a proposé l’adresse, que la conférence impériale n’a pas changé notre position dans l’Empire, mais l’a confirmée et l’a fait connaître telle qu’elle est. Nos hommes d’Etat du passé, tels que Sir Wilfrid Laurier et Sir Robert Borden, ont certainement beaucoup avancé le Canada vers son indépendance, tout en conservant son amour et son admiration pour l’Empire. Nous l’avons vu, en 1914, lorsque le besoin de l’Empire le demandait, et nous le verrons encore si la même occasion se représente à l’avenir. Je m’accorde avec lui là-dessus.
Il ne voulait rien dire pour le moment au sujet des lois des crédits ruraux, et de la pension aux vieillards, car il y a des rumeurs que ces lois pouvaient revenir sous des formes différentes à cette session-ci. De même, dit-il, au sujet des embranchements de chemins de fer dans l’Ouest surtout, où chaque ligne doit être considérée suivant le développement nécessaire de la région qu’elle est appelée à secourir.
L’hon. M. Casgrain demande le privilège de dire quelques mots seulement sur les questions des dommages causés par les citoyens des Etats-Unis aux sujets de Sa Majesté dans le Canada, par la diversion des eaux à travers le canal des égouts de Chicago.
Il n’a jamais été en faveur d’un représentant canadien à Washington, mais si l’honorable Vincent Massey s’occupe de cette question et met fin à ces dommages immenses, il admettra que notre représentant a rendu un bon service au Canada, et il admettra son utilité.
L’hon. M. Dandurand, se levant pour clore le débat, nous félicite tous deux, l’hon. M. Buchanan et moi, sur nos intéressantes adresses au Sénat. Il dit qu’il n’a pas probablement pu bien faire comprendre ce que son ami de Gloucester, Monsieur Turgeon, avait dit lorsqu’il a interrompu le chef de l’Opposition. Notre ami de Gloucester, dit-il, a discuté un sujet d’une grande importance, c’est-à-dire l’accomplissement des recommandations faites par la Commission Duncan. Il peut y avoir sur certaines questions une nécessité de modification ou d’amendement de là constitution, et l’honorable membre de Gloucester dit qu’il espérait que ces modifications seraient accomplies suivant l’esprit et la lettre de la constitution.
Ces paroles étaient pour moi une grande satisfaction.
C’est bien le moment pour moi d’écrire ici mon appréciation d’une manière plus étendue que je ne pourrais le faire dans un discours qui ne pourrait être de longue durée.
L’hon. M. Dandurand est bien certainement une des meilleures autorités du Canada sur cette question, comme il l’est sur l’état de la Société des Nations.
L’hon. M. Dandurand, dans son discours sur l’adresse, déclara que sa propre conviction est que tous les pouvoirs que l’on peut trouver dans le rapport de la conférence impériale étaient déjà tous contenus en dedans des quatre points de notre Constitution. Il dit qu’il avait déjà eu occasion, avant aujourd’hui, de réclamer que tous ces pouvoirs étaient là pour nous, pour en jouir à mesure que nous en aurions besoin, et que l’évolution du Canada depuis 1867 a été un développement naturel des pouvoirs tels que conférés par la Constitution. “On a souvent répété, dit-il, que nous possédions depuis longtemps l’état qui est maintenant reconnu et cristallisé dans ce rapport. Certainement. Mais l’avantage que nous y retrouverons maintenant sera la reconnaissance officielle de cette réclamation et le libre exercice de ces pouvoirs.
L’hon. M. Dandurand dit qu’il approuve chaque mot de la clause concernant le status de la Grande-Bretagne et des Dominions.
Je cite ce que dit le comité dans ce rapport:
“Le comité est d’opinion que rien ne peut être gagné en essayant de poser par écrit une constitution pour l’Empire britannique. Ses diverses parties bien étendues ont 'différentes caractéristiques, des histoires bien différentes, et sont à des états d’évolution bien différents, tandis que, considéré comme un tout, il défie toute classification et ne porte aucune ressemblance à aucune autre organisation politique existante ou qui n’a jamais été essayée. Il y a toutefois dans cette constitution un élément bien important qui au point de vue strictement constitutionnel a maintenant, quant à ce qui regarde les parties importantes, atteint son plein développement — nous avons à faire référence au groupe des communautés indépendantes de la Grande-Bretagne et des Dominions.
Leur position et leurs relations mutuelles peuvent être facilement définies. Elles sont des communautés autonomes dans l’Empire, égal en status, en aucune manière subordonnées les unes aux autres, sous aucun aspect de leurs affaires domestiques ou externes, bien que unies ensemble par une allégeance à la Couronne et librement associées comme membres de la communauté britannique des Nations.”
L’hon. M. Dandurand dit qu’il regarde cette 'déclaration comme bien opportune, non pas parce que notre status était sous question dans l’Empire britannique, mais parce qu’il était sous question en dehors de l’Empire.
C’est ainsi qu’un sénateur des Etats-Unis, méconnaissant complètement notre organisation impériale déclare dans une résolution
que, une des raisons qui avait empêché les Etats-Unis d’accepter le Traité de Versailles, était que l’Empire britannique avait six votes et les Etats-Unis un seul vote.
La situation qui est officiellement décrite et reconnue dans ce document a été de tout temps entrevue de la part de nos principaux hommes d’Etat. L’hon. M. Dandurand fait allusion au temps où les Pères de la Confédération avaient envoyé leur délégation en Angleterre, guidée par Sir John Macdonald et Sir George E. Cartier. Il n’y avait qu’une seule chose qui n’avait pas été réglée, c’était le titre à donner à notre pays. En arrivant à Londres, Sir John A. Macdonald dit: “Je veux le nom et le titre de “Royaume 'du Canada’’, et il fut bien prêt de gagner son point. Mais au dernier moment, Lord Derby prit la responsabilité de refuser cette requête parce que alors, en 1866, lorsque le nord venait de gagner la guerre contre le sud, les Etats-Unis étaient bien sensibles sur la question de l’intervention européenne sur notre continent, et bien nerveux et impatients au sujet du courant de l’opinion en Grande-Bretagne et au Canada sur la guerre de sécession, et Lord Derby pensait que l’appellation “Royaume du Canada” pourrait peut-être paraître odieux à notre voisin du Sud.
“Quoiqu’il en soit, dit l’hon. M. Dandurand, je crois qu’alors nous avons eu la substance, si nous n’avons pas eu la forme.”
En demandant ce titre, Sir John A. Macdonald voulait démontrer que nous n’étions plus une dépendance, mais bien un pays autonome avec complète indépendance dans l’administration de nos affaires, sous le même drapeau et sous la même couronne. Tels étaient les principes de Sir John A. Macdonald, tel était l’objet qu’il avait en vue. Ces principes, nous les trouvons sur les lèvres de Sir Wilfrid Laurier en 1908, dans son discours au troisième centenaire de la fondation de Québec par Champlain. Alors en présence du Roi d’Angleterre et des Dominions d 'aujourd’hui, à un dîner donné au Gouverneur-Général d’alors, Lord Grey, où étaient les représentants de toutes les parties de l’Empire, Sir Wilfrid parla comme suit au sujet de notre status:
“A mesure que j’avance en âge, j’apprécie de plus en plus la sagesse de la constitution britannique, sous laquelle je suis né et j’ai été élevé, et sous laquelle j’ai vieilli, qui a donné aux différentes parties de l’Empire leurs gouvernements libres et séparés. C’est notre gloire que le Canada soit le plus libre pays du monde. C’est notre gloire que dans ce pays les libertés de toutes sortes, liberté civile et religieuse, fleurissent au plus haut degré. A ceux qui ne voient que la surface des choses, ceci peut ne pas être apparent. Le fait que nous sommes une colonie n’altère pas la vérité de cette assertion. L’infériorité qui peut être inexpliquée dans ce mot “colonie” n’existe plus. Nous reconnaissons l’autorité de la Couronne britannique, mais aucune autre autorité. Nous approchons du jour où notre Parlement canadien réclamera des droits d’égalité avec l’Empire britannique, et lorsque les seuls liens qui nous lieront ensemble sera un même drapeau et une même couronne.”
Cela était en août 1908 à Québec, en présence de Son Altesse le Prince de Galles, venu au Canada pour cet événement. Plus tard, Sir Robert Borden réclama les mêmes statuts à Versailles. Et il réclama à Londres, et il a fait ce grand pas en avant, l’accord avec Londres et Washington autorisant le Canada à envoyer un représentant officiel, un ministre plénipotentiaire.
L’hon M. Dandurand dit qu’il cite ces trois chefs, tous canadiens, tous des hommes d’Etat canadiens qui ont pu affirmer que nous sommes des nations autonomes, des nations-soeurs, mais liées ensemble par une même couronne et un même drapeau et nous trouvons dans le rapport de la conférence la sanction et l’acceptation des vraies aspirations et déclarations des hommes d’Etat qu’il a nommés.
Sans doute, dit-il encore, les Canadiens ont fait leur part. Le développement du Canada est celui de toute la nation. Le droit d’affirmer devant tous que nous étions une nation qui devrait être considérée et avoir droit d’entrer dans l’association des nations a été établi durant ces tristes années de 1914 à 1918 sur les champs de batailles de l’Europe. Mais l’hon. M. Dandurand admet avec l’hon. M. Ross que cette déclaration officielle n’est que la cristallisation des principes qui étaient contenus dans l’Acte de l’Amérique du Nord en 1867 : pouvoirs qui doivent être employés à mesure que nous en avons besoin et à l’heure convenable. Le temps est venu pour une nation de neuf millions d’habitants de demander à administrer ses affaires, et les administrer au nom d’un et même roi, chez elle et à l’étranger’’.
Cette histoire de l’évolution politique du Canada donnée par l’hon. M. Dandurand est certainement la plus exacte possible, et ce que nous avons gagné à la dernière conférence impériale, c’est la reconnaissance à l’étranger de nos libertés constitutionnelles déclarées à l’unanimité par la Grande-Bretagne et toutes les nations soeurs de la communauté britannique.
Cela a été fait par l’entremise de notre Premier Ministre, l’hon. M. Mackenzie King, et son associé, l’hon. Ernest Lapointe, 'dans la tranquilité, sans causer la moindre critique d’aucune part. Nous, Canadiens, savons où nous en sommes.
Le débat sur le discours du trône au Sénat ne dura que trois heures. Le même soir, à la Chambre des Communes, ce débat était également terminé. Deux jours, au lieu de deux mois à la dernière session. Puis dans l’espace de quelques instants, les crédits pour le reste de l’année courante étaient votés, et le lendemain, 15 décembre, le représentant de Son Excellence le Gouverneur-Général, son honneur Francis Alexander Anglin, juge-en-chef de la Cour Suprême du Canada, vint sanctionner ces crédits, après quoi la Chambres des Communes ajourna au 8 février et le Sénat au 15.
Des affaires dans les divers ministères, surtout des réclamations de nos soldats, me retinrent à Ottawa jusqu’au samedi le 18 décembre. De plus mon fils Gray était aussi à Ottawa, se préparant à partir le plus tôt possible. Nous partîmes le même soir, lui, pour Vancouver, et moi pour Bathurst.
L hon. M. Yeniot et Mme Veniot, son fils Walter, secrétaire particulier, et Mademoiselle Lucie Thériault, assistante, étaient sur le même train. Avec sa courtoisie ordinaire, M. Veniot nous fit partager les accommodations de son char officiel, ce qui était d’un grand soulagement pour ma femme qui n’est pas bonne voyageuse sur les trains de chemins de fer.
A Bathurst, tous étaient à faire leurs préparatifs pour Noël et le Jour de l’An et les deux dernières semaines de l’année s’écoulèrent agréablement et rapidement. La température était exceptionnellement belle pour la saison.
Le séjour de l’hon. M. Veniot à Bathurst ne fut pas un congé sans interruption. Il avait autant d’ouvrage et de correspondance qu’il pouvait en faire chaque jour, entre ses nombreuses visites à ses électeurs. J’en connais quelque chose. Plus un représentant est reconnu pour avoir du prestige, plus il est certain d’une augmentation de demandes de toutes sortes. “Demandez et vous recevrez” se répète-t-on les uns aux autres.
A peine arrivé chez lui, il dut dès le lendemain se rendre à Moncton et adresser la parole à un banquet de l’association des voyageurs de commerce, le 20 décembre. Puis après avoir passé les journées du 27 et 28 à Frédéricton, il dut se rendre à St-Jean, le soir du 29f décembre, pour adresser la parole à l’association des voyageurs de commerce, de Saint-Jean, et à ce dernier endroit adresser encore la parole en compagnie de l’hon. Dr J. B. M. Baxter, qui lui a succédé comme Premier Ministre de la Province. Si l’hon. M. Baxter est heureux d’être Premier Ministre du Nouveau-Brunswick, je me figure que l’hon. M. Veniot est plus heureux aujourd’hui qu’il est Ministre des Postes du Canada qu’il était durant son règne de Premier Ministre du Nouveau-Brunswick.
Tous deux à cette occasion se mirent sur le même terrain et sollicitèrent avec force 'd’enterrer l’esprit de parti politique pour le bien commun et l’avancement des Provinces Maritimes.
“Commercialisez l’idée d’une plus grande unité à travers les Provinces Maritimes” fut une des fortes expressions de l’hon. Ministre des Postes, nous disent les journaux de St-Jean. L’hon. Dr Veniot déclara que pendant qu’il était impossible de dire exactement quelle action le gouvernement pourrait prendre au sujet du rapport Duncan, vu l’absence du Premier Ministre à la conférence impériale, toutefois on peut assurer que tout effort possible sera fait pour mettre à effet les recommandations du rapport Duncan.
Le Ministre des Postes dit qu’une législation sera introduite au Parlement pour nationaliser les ports de St-Jean et d’Halifax et il fit un chaleureux appel pour une force unie de la part des députés des Provinces Maritimes.
Le Dr Baxter de son côté insista sur la nécessité pour tous de se donner la main pour le bien général des Provinces de l’Est.
Le maire de Saint-Jean, son honneur W. W. White, adressa aussi la parole à cette assemblée.
M. Yeniot revint à Bathurst, la veille du jour de l’An au matin, et dut se préparer à partir pour Ottawa le lendemain du jour de l’An. Il est bien probable qu’il ne reviendra pas à Bathurst avant la fin de la session, au printemps.
Ainsi se termine cette année 1926 qui a subi le plus de crises politiques depuis la Confédération, qui parfois semblaient devoir détruire le parti libéral à jamais, et qui, malgré tout, s’est terminée par une victoire brillante et pleine d’espérances pour ce parti, qui, paraissant tout démembré le 1er juillet, revenait au pouvoir le 14 septembre avec une forte majorité indépendante de tous les groupes, avec les hommes les plus forts du passé et l’addition 'de plusieurs talents de force, parmi lesquels notre ministre acadien, l’hon. M. Veniot.
Cette année 1926 ne m’a pas porté au sommet de l’échelle des honneurs, comme elle l’a fait pour M. Yeniot. Toutefois je dois certainement beaucoup de reconnaissance à la Providence, car ma santé continue à être bonne et même excellente comme il y a vingt ans. Les campagnes politiques ne me fatiguent pas, moins peut-être que nos jeunes candidats et nos jeunes législateurs.
C’est la même chose pour mon épouse qui est certainement mieux et plus forte que dans les années passées. Mes enfants et petits-enfants jouissent d’une bonne santé à l’exception de mon bien-aimé Joseph, le prêtre, qui malgré son courage et son ambition ne fait pas beaucoup de progrès. Toutefois il ne désespère pas. Chaque fois qu’un nouveau médecin de grande réputation arrive à Vancouver, il accourt le consulter, et cela ravive son courage. J’espère encore moi-même.
L’année présente s’ouvrait toute souriante et semblait devoir être la continuation du bonheur de l’année qui venait d’expirer, laquelle avait remis le pouvoir au parti libéral le 14 septembre, victoire mémorable sous bien des rapports, surtout pour la population acadienne des Provinces Maritimes qui pour la première fois était gratifiée d’un ministre acadien dans le gouvernement du Canada, dans la personne de l’hon. Dr P. J. Veniot.
Je n’avais aucun doute sur son succès et j’attendais avec hâte les résultats de son administration et l’appréciation de ses collègues du Cabinet et de la Chambre des Communes. J’étais bien certain qu’il ferait à l’instant une bonne impression sur chacun d’eux, et je ne m’étais pas trompé.
D’un autre côté, mon fils Gray, de Vancouver, C.-B., devait être nommé président de la commission de ce port célèbre où il devait déployer toute son énergie et son activité à l’intérêt public. De mon côté, comme toujours, ma santé était excellente, et ne laissait absolument rien à désirer. Je rajeunissais, semblait-il, avec les années.
Le 17 janvier, les Sénateurs libéraux de la province, ainsi que les députés et les candidats défaits aux dernières élections, provinciale et libérale, étaient convoqués à une convention à Moncton pour faire le choix d’un chef pour remplacer M. Veniot, qui avait changé sa sphère politique. Cette assemblée fut une des plus harmonieuses, des plus encourageantes de toutes celles que nous avons eues dans notre province depuis trente années. Tous mes anciens amis des différents comtés de la province semblaient contents de me rencontrer encore une fois et de m’exprimer leurs meilleurs souhaits pour de longues et heureuses années. Je recevais de l’hon. W. E. Foster et de quelques autres de chaleureuses félicitations pour mon discours sur l’adresse, le 14 décembre.
Mais, parfois, les choses changent vite ici-bas et en quelques instants, toutes ces belles espérances, toutes ces heureuses dispositions devaient être remplacées par de tristes désappointements et un horizon sombre apparemment pour le reste de mes jours.
Au moment où le Conseil devait signer l’arrêté nommant mon fils Gray au poste de président du port de Vancouver, un télégramme fut reçu du “Board of Trade” de cette ville disant que M. Turgeon était un homme politiquevtrop actif “too active a politician” pour être nommé à de telles fonctions.
Pour ma part, ce reproche d’activité politique eut 'dû être un encouragement pour sa nomination. Ce sont des hommes actifs et d’énergie qui doivent être choisis pour de telles fonctions. Mais làdessus, les ministres libéraux éprouvèrent un frisson glacial et changèrent leur recommandation, malgré les sollicitations généreuses de l’hon. Dr J. H. King, ministre représentant la Colombie-Britannique" qui regrette encore aujourd’hui même le désappointement causé à mon fils et à moi-même. Toutefois, le journal conservateur: “The Province”, l’auteur de l’agitation, ne remercia pas le gouvernement, mais continua à se plaindre du personnel de cette commission. Pour lui, ces derniers officiers n’étaient pas assez actifs.
Ce fut pour moi aussi, 'dans le moment, un vrai désappointement qui me rappelait tous les déboires que j’avais éprouvés jusqu’à son âge. Mais il me fait plaisir de déclarer que plus tard, en arrivant à Ottawa, je fus étonné de voir avec quelle générosité les principaux libéraux de la Colombie-Anglaise prirent à coeur la cause de mon fils auprès du Premier Ministre lui-même. Une quinzaine des principaux citoyens de Vancouver vinrent à Ottawa aux premiers jours de la session et lui exprimèrent leur chagrin du refus du gouvernement à la dernière heure de nommer M. J. G. Turgeon à ce poste pour lequel il avait été désigné non-seulement par les libéraux, mais parun grand nombre de conservateurs.