LA LOI DES CREDITS RURAUX
Cette loi des crédits ruraux avait été acceptée à la session précédente par le Sénat, après plusieurs amendements, mais elle n’avait pas été sanctionnée et cette fois-ci elle fut adoptée sans vote.
Il reste maintenant aux provinces à se préparer pour son administration. Elle sera certainement d’un grand bien pour nos cultivateurs qui pourront obtenir des emprunts à long termes et à des taux minimes.
L’étude des recommendations de la Commission Royale sur les griefs des Provinces Maritimes.
Les griefs des Provinces Maritimes: c’était la question du jour. Le rapport de la commission Duncan était bien vu partout, excepté de la part de quelques progressistes de l’Alberta et de la Saskatchewan et de quelques indépendants.
Dans les Provinces Maritimes, deux députés, tout en acceptant les recommendations du rapport, critiquaient le gouvernement libéral d’avoir été lent à porter remède et de ne pas avoir assez fait pour leur donner justice.
Ces deux députés étaient M. Hanson, de York-Sudbury, N.-B., et le Col. Thomas Cantley, de Pictou, N.-E.
Les propositions d’établissement de commissions nationales pour les ports de St- Jean et d’Halifax n’avaient rencontré aucune opposition à la Chambre des Communes; tous comprenaient bien que nos ports de mer doivent être équipés pour la demande du commerce.
La proposition d’un subside spécial 'de $1,600,000 pour les trois provinces pour l’année courante, sujette ensuite à une entente quelconque dans une convention interprovinciale qui était annoncée pour le mois de novembre prochain, ne devait pas non plus rencontrer
d’opposition, car les députés des diverses autres provinces devaient laisser le champ libre aux représentants de leurs législatures qui, elles aussi, demanderont peut-être de nouveaux privilèges lorsqu’il s’agira d’établir ces subsides d’une manière permanente suivant la constitution, comme je l’ai dit dans mon discours sur l’adresse, le 14 décembre dernier, et comme je l’avais bien démontré dans ma motion sur les changements de la constitution, le 8 avril 1925.
Mais, c’est la question des tarifs de transport qui devait rencontrer de l’opposition de la part 'de certains députés de l’Alberta et de la Saskatchewan. C’est M. le lieut.-col. James Layton Ralstonr ministre de la Défense, qui donna la réponse la plus détaillée à tous ces députés.
J’attendais avec impatience l’exposé de l’hon. Dr Veniot, notre ministre fédéral acadien. L’hon. M. Veniot avait beaucoup contribué à faire accepter ce rapport Duncan de la part des ministres de l’Ouest, qui avaient ensuite bien expliqué la question à leurs amis de chaque province toute basée sur les conditions établies par la constitution 'du Canada. Je savais qu’il donnerait un récit sérieux des diverses ententes lors de l’établissement de la Confédération, faites avec les Provinces Maritimes. Il devait aussi répondre aux critiques contre le gouvernement sur cette question et il profita, le 4 avril, de la censure du gouvernement libéral par M. Hanson pour donner à la Chambre et au pays une revue de l’entente avec les Provinces Maritimes lors de l’établissement de la Confédération. M. Veniot devait soutenir au parlement fédéral sa réputation bien établie à la Législature ainsi que sur les estrades du Nouveau-Brunswick. Son discours fut apprécié de tous les députés aussi bien que de la foule dans les galeries. M. Veniot se trouvait chez lui sur ce nouveau théâtre comme sur ceux qu’il avait fréquentés depuis son jeune âge.
Je regrettais beaucoup de ne pouvoir me rendre au Parlement et juger moi-même de l’effet de son début dans la sphère fédérale. J’avais bien hâte, dans mon isolement, de lire son discours le lendemain matin, dans le hansard. J’avais hâte aussi de voir les remarques 'de certains correspondants de la presse sur son discours et sur l’effet qu’il devait produire dans son auditoire si distingué.
Les rapports de tous les journaux étaient bien justes, mais jefus surtout bien content des commentaires écrits par le correspondant du “Soleil” de Québec.
Aussi, je crois devoir insérer ici l’appréciation de ce journal afin qu’elle soit conservée par mes petits-enfants et aussi par d’autres lecteurs peut-être. Il me semble que cette appréciation est écrite telle que je l’aurais écrite moi-même si j’avais entendu le discours. Elle fait connaître les traits particuliers de l’éloquence 'de M. Veniot. Les lecteurs acadiens qui ont pu la lire la trouvent justeet bien méritée ; elle sera appréciée de tous ses compatriotes.
Cette appréciation d’une plume étrangère fera une plus forteimpression que si elle était de la mienne, car on pourrait dire quec’est chez moi une habitude de lui faire des compliments.
“Le Soleil”:
Ottawa, 5 (avril 1927). — Depuis son entrée au conseil de la nation canadienne, l’honorable P. -J. Veniot n’avait guère fait d’ascension sur le “Parnasse” politique, de sorte que sa première visite à la tribune, hier, fut entourée de curiosité et d’intérêt, sillonnée de salves 'd’applaudissements, couronnée d’une ovation dans laquelle la droite et la gauche se confondirent. Quel meilleur témoignage que ce tribut d’admiration arraché à l’adversaire! Devant semblable résultat, le distingué député de Gloucester pourra marquer cette journée d une pierre blanche, car elle fut réellement heureuse.
Le ministre des postes a une façon tout à fait originale de s’exprimer. Sa phrase est forte et respire l’énergie. On sent que l’orateur est sûr de lui-même, et qu’il est prêt en tout temps à croiser le fer avec quiconque est assez audacieux pour lui disputer le terrain.
L’honorable P. -J. Veniot a le sentiment bien placé. C’est avec une ardeur imprégnée de sincérité qu’il a fait valoir les prétentions, des Provinces Maritimes. Pour l’ancien premier ministre du Nouveau-Brunswick, les mots sont autant d’allées qu’il échelonne sur la question à débattre. Pas de grandes périodes ni d’envolées oratoires, mais un exposé net, vigoureux, abritant une provocation ; mais quand il évoque les heures graves de la grande guerre, sa voix se voile et trahit l’émotion révélant l’extrême sensibilité de ce lutteur, dont l’idéal et le patriotisme ont gardé toute leur robuste vitalité.
Son argumentation est renforcée d’une série de coups de poing qui s’abat sur le pupitre, façon bien catégorique de ponctuer un discours déjà généreusement “scandé”.
Dès le début de ses remarques, le ministre des postes explique que si ce n’eut été de l’attitude que M. Hanson, député de York- Sunbury, il n’aurait pas entreprit le plaidoyer “pro domo” qu’il va entamer. Le représentant de York-Sunbury se laisse entraîner par ses inclinations politiques et prend une attitude trop partisane. Mieux vaudrait pour lui de suivre l’exemple de ses collègues, les “maritimes righters”, qui coopèrent en ce moment avec le gouvernement afin que cette mesure de soulagement soit adoptée.
L’hon. Baxter a reconnu dans une entrevue, que le gouvernement fédéral, si l’on tient compte que le premier ministre actuel du Nouveau-Brunswick est un conservateur (on admettra que cet aveu est très appréciable), ne pouvait accorder plus qu’il ne l’avait fait. Au lieu de faire de l’agitation politique autour de cette importante question, les tories devraient se rappeler qu’en 1920 les trois gouvernements libéraux des Provinces Maritimes ont présenté au gouvernement conservateur à Ottawa une requête exposant tous les griefs des Provinces Maritimes. Mais le gouvernement fédéral — composé de leurs amis — fit en cette circonstance la sourde oreille.
Répondant à M. Gardiner, progressiste de l’Ouest, qui s’est opposé aux revendications des Provinces Maritimes, l’orateur exprime quelque surprise à cette hostilité. “Car, fait-il remarquer, M. Gardiner représente pourtant une division qui a nom acadien.”
Les Provinces Maritimes ne se présentent pas au Parlement comme des suppliantes, mais à titre de membres de la confédération
canadienne. Pour cette raison, il ne faut pas comparer leurs griefs à cette affaire <de l’entente de la Passe du Nid au Corbeau.
Traitant ensuite de 1 ’lntercolonial, l’honorable P. J. Veniot souligne le fait que pendant 40 ans, ce chemin de fer fut administré en conformité avec les promesses faites aux Provinces Maritimes, lors de la Confédération. Mais, en 1912 — sous le régime conservateur — les taux furent augmentés, et c’est alors que l’Intercolonial cessa d’accuser des surplus. Pour l’édification de M. Gardiner, l’hon. M. Veniot lui rappelle que le blé de l’Ouest est transporté par nos chemins de fer à un taux inférieur au coût du transport.
Les Provinces Maritimes, assure-t-il, sont disposées à partager le fardeau nécessaire pour assurer la prospérité de l’Ouest. “Il conviendrait, il semble, que l’Ouest soit disposé à faire les mêmes sacrifices pour assurer la prospérité des Provinces Maritimes’’, dit-il.
A ceux qui prétendent que ces provinces sont favorisées d’un taux de transport inférieur au reste du pays, il oppose un démenti formel. Prenant comme exemple le transport des pommes de terre, l’avocat des provinces affectées révèle comment la comparaison des chiffres établit la différence énorme existant entre le transport de ce produit et celui du blé de l’Ouest.
Les déclarations des pères de la Confédération au sujet des chemins de fer prouvent clairement que les Provinces Maritimes ne font que revendiquer leurs droits. Si à cette époque on avait décrété que les chemins de fer seraient construits comme entreprise commerciale, les provinces précitées auraient avalé la pilule sans protester.
Mais il avait été alors entendu que la construction de l’Intercolonial était une mesure de stratégie militaire. Aujourd’hui, les provinces exigent que le gouvernement respectent l’entente à la base même de la Confédération. Si ce grave problème est résolu équitablement, dit avec feu l’hon. M. Veniot, une vague de satisfaction traversera le pays d’un océan à l’autre et unira les Provinces Maritimes plus intimement, non seulement au Canada, mais encore aux institutions britanniques. Traitez-nous avec cet esprit de justice auquel nous avons droit.
LOI TENDANT A ENCOURAGER LA PRODUCTION DU COM¬ BUSTIBLE TIRE DU CHARBON CANADIEN
Cette loi est destinée à favoriser et encourager autant que possible la fabrication du coke tiré du charbon canadien. J’avais fortement recommandé une telle loi dans mon discours sur l’adresse, dans l’intérêt surtout de la province de la Nouvelle-Ecosse et des grandes villes de Montréal, Ottawa et Toronto, qui ayant l’avantage de cette industrie trouveront de l’emploi pour un nombre considérable de travaillants et auront en même temps le meilleur combus-
tible possible pour le même prix qu’ils paient pour le combustible américain ; il fut perdu en Canada des cent millions de piastres, qui à l’avenir resteront dans le pays.
L’hon. M. Stewart, ministre de l’Intérieur, en présentant le bill à la Chambre, explique que cette loi est proposée dans le but de mettre à exécution le conseil contenu dans le rapport Duncan. Toutefois, la loi ne sera pas limitée aux Provinces Maritimes. L’aide proposée en vertu de ce bill est pour encourager l’érection d’usines pour la fabrication du sous-produit qui est le coke. L’aide ne sera accordée que pour le charbon domestique, et ne s’appliquera nullement à la production métallurgique du coke. “Le but principal de ce projet, dit M. Stewart, est d’encourager l’emploi du charbon canadien dans la fabrication du coke, qui, je l’espère, supplantera en grande partie l’usage de l’anthracite américain dans la zone du Canada central, où il existe un problème du combustible.’’
Une des conditions de cette aide, c’est que le manufacturier devra employer au moins 70 pour cent de charbon canadien.
M. Garland (Bow River) est opposé à tout subside à une telle industrie et dit que l’on devrait plutôt réduire les taux de transport du charbon sur les chemins de fer.
Après un débat de plusieurs heures, le bill est adopté. Cette loi créera à elle seule une grande ère de prospérité, non seulement dans la Nouvelle-Ecosse mais dans tout le pays. Ainsi le rapport Duncan est accepté dans toutes ses mesures, à bien dire, à part celles qui sont du ressort de la commission des chemins de fer et de la convention interprovinciale au sujet de l’augmentation ‘des subsides.
Il y a encore la question des tarifs de transports sur le transcontinental pour le grain de l’Ouest aux ports de Québec, Saint- Jean et Halifax, qui a été soumise à la commission des chemins de fer.
J’espère que la commission donnera sa décision dans peu de temps et qu’elle sera propre à favoriser l’exploitation de cette route pour le plus grand bien du pays tout entier.