‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 139 sur 158 · LE DR J. CLARENCE WEBSTER · texte numérisé non relu

LE DR J. CLARENCE WEBSTER

Au cours des préparatifs pour la célébration du soixantenaire de la Confédération, les journaux du Nouveau-Brunswick, comme des autres provinces, ont publié un grand nombre d’articles et d’ouvrages donnant les principales raisons pour les réclamations des Provinces Maritimes. J’en ai lu un grand nombre, toujours avec intérêt, mais je dois admettre que de ce grand nombre, l’article du célèbre docteur J. Clarence Webster, de Shédiac, publié dans le “Sydney Post”, intitulé: “Une revue économique des Provinces Maritimes’’, est bien celui que j’ai le mieux apprécié, car il donne à la fois la louange et le blâme à qui de droit, et détermine les vraies causes de notre position.

Le Dr Webster commence par rectifier l’erreur générale dans les Provinces de l’Ouest, que la population des Provinces Maritimes a sollicité son admission dans la Confédération, et s’est plainte, tandis que c’est bien le contraire; c’est la dépression économique générale qui a causé le mécontentement et le pessimisme dans les Provinces Maritimes. Le Dr Webster commente favorablement l’inspiration du Premier Ministre, le très honorable Mackenzie King, d’avoir nommé une Commission Royale qui devait s’enquérir des causes du mécontentement et du malaise dans les Provinces Maritimes. Le vote des mesures recommandées par le rapport de cette Commission Royale, sans opposition, à bien dire, dans le Parlement, a été regardé dans les Provinces Maritimes comme un indice de la justice et de la générosité des grandes provinces du Canada envers leurs petites soeurs le long de la mer. Le docteur déclare que sans cette mesure il n’y aurait pas eu de célébration, d’un océan à l’autre, du jubilé de la Confédération. Les Provinces Maritimes se seraient tenues dans un silence maussade, ne chérissant que des ressentiments de dédain pour le reste du Dominion. Il rappelle aussi que ce sont les menaces des Etats-Unis de l’abrogation du traité de réciprocité, et des privilèges de l’usage des ports américains qui avaient fait tourner les yeux des membres du gouvernement du Canada vers les ports des Provinces Maritimes, déclarant que le temps était venu de chercher à obtenir son indépendance, en construisant le chemin de fer Intercolonial de Québec à Halifax, ce qui permettrait en même temps

aux Provinces Maritimes d’avoir accès aux marchés des Provinces •de l’Ouest. Cette dernière considération devait assurer la bienveillance des habitants de l’Est pour le projet.

Mais le Dr Webster rappelle avec sagesse que l’abrogation du traité de réciprocité avec les Etats-Unis devait tout de même causer un plus grand tort aux Provinces Maritimes qu’à tout autre. Elles perdaient leur plus grand marché, le seul à bien dire, pour leurs ressources naturelles. Ce n’est pas la Confédération qui leur a enlevé ce marché.

De plus, dès après la Confédération, la construction de navires de bois, leur principale industrie, arrêtait à l’instant pour être remplacée par la construction de navires de fer. Telles ont été les causes premières du malaise dans les Provinces Maritimes, conditions qui n’étaient pas dues à la Confédération, mais qui s’étaient imposées au moment de la Confédération.

Le Dr Webster admet aussi que le commerce du bois a diminué de beaucoup dans nos Provinces de l’Est.

Le tarif de protection pour les grandes provinces centrales ne faisait qu’aggraver la situation dans les Provinces Maritimes, et il admet que plusieurs demandaient la sécession. Mais il se demande ce que ces gens-là pouvaient attendre des Américains, lorsque Terre- Neuve, qui avait refusé l’entrée dans la Confédération dans l’espérance de pouvoir plus facilement obtenir l’entrée libre des marchés américains, n’a encore reçu aucune attention de la part des Américains.

Puis, le Dr Webster exprime l’espoir que notre population, à l’avenir, restera dans le pays, et que l’exode vers les Etats-Unis cessera à l’instant. Il regrette de voir tant de fermes abandonnées qui n’auraient jamais dû l’être.

C’est ce que j’ai toujours représenté, c’est ce que j’ai toujours demandé et j’espère que nos gouvernements verront 'dès aujourd’hui à conserver notre population dans notre pays. Nos terres n’ont pas été cultivées comme elles auraient dû l’être. Nous importons des autres provinces des produits pour la nourriture pour des montants de douze à quinze millions de dollars par année, que nos fermiers ne peuvent nous fournir. Comme le Dr Webster, j’ai toujours regretté l’exode de notre population, et les conséquences de ce malheur se font sentir d’une année à l’autre avec plus 'de gravité.

Le Dr Webster admet que l’action du Parlement du Dominion en accordant la plus grande partie de nos demandes pour un traitement légitime a déplacé beaucoup de cette amertume, qui existait depuis longtemps dans l’esprit public, et l’a remplacé par un esprit d’espérance pour l’avenir. Mais il nous faut, dit-il, le développement le plus intense possible 'de nos industries du charbon et de l’acier, vitales à la prospérité de la Nouvelle-Ecosse. Il nous faut toute législation possible qui satisfera nos justes demandes. “Mais audessus de tout, dit-il, il nous faut développer une plus grande entreprise individuelle dans la conduite de nos affaires, et nous procurer un meilleur système 'd’éducation, de sorte que notre population soit

mieux instruite 'dans les méthodes scientifiques nécessaires pour le développement de nos ressources naturelles, telles que pratiquées par les nations les plus avancées. Des esprits bien entraînés, aussi bien que le capital, sont nécessaires pour la solution de nos problèmes économiques, dont les plus importants pour les Provinces Maritimes sont l’utilisation de nos gros dépôts de charbon et d’huile; la protection de nos forêts, la conservation des richesses naturelles de nos fermes et l’établissement de meilleures méthodes de culture, et une administration scientifique de nos pêcheries.”

J’espère que cette publication 'du Dr Webster portera de bons fruits dans le Nouveau-Brunswick et les autres Provinces Maritimes.

Au Dr Webster ma sincère reconnaissance.

VISITES AU CANADA DU PRINCE DE GALLES, ACCOMPAGNE DE SON JEUNE FRERE, LE PRINCE GEORGE

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ET DU TRES HONORABLE STANLEY BALDWIN, PREMIER- MINISTRE DE LA GRANDE-BRETAGNE, ACCOM¬ PAGNE DE MADAME BALDWIN.

Le samedi 30 juillet, de bonne heure le matin, le Prince de Galles, notre futur roi, accompagné de son jeune frère le Prince George, ainsi que le Premier Ministre de la Grande-Bretagne, le très honorable Stanley Baldwin, accompagné de son épouse, arrivaient à Québec pour leur visite, depuis longtemps promise, au Canada.

Inutile de dire qu’à Québec les visiteurs royaux et le chef du gouvernement de la Grande-Bretagne ont été reçus non seulement avec tout le 'décorum voulu, mais aussi avec toute la générosité de coeur possible.

Les rapports des journaux s’accordent avec les rapports des principaux visiteurs qui ont participé à cette glorieuse réception.

Le Premier Ministre de la Province de Québec, l’honorable L. A. Taschereau, a su bien exprimer le sentiment de la province de Québec à l’égard de l’Empire britannique. Une seule phrase dit tout ce qu’il y avait à dire à cette occasion: “Nous appartenons à l’Empire britannique, dit-il dans son adresse de réception aux hôtes royaux et nous voulons rester 'dans l’Empire britannique”. Ces paroles-là suffisent pour étouffer toute calomnie de la part d’une certaine petite faction de la province d’Ontario.

A Montréal, les visiteurs ont été reçus avec la même largesse de coeur et la même générosité que dans la ville de Québec, et ils ont été à même de. connaître les aspirations de la population française et catholique de cette province, la fondatrice de notre grande Confé dération canadienne.

Les hôtes royaux ont bien apprécié l’esprit 'de la population canadienne partout où ils ont été.

A Ottawa, dans la capitale, cette réception a de beaucoup dépassé tout ce qui a jamais été fait dans le passé pour le Prince de Galles lui-même, en comparaison avec sa première visite au Canada £n 1919. Le gouvernement avait fait les préparatifs les plus complets et les plus somptueux, et toute la population développa la plus grande générosité de coeur possible.

J’avais beaucoup regretté mon incapacité de me rendre à Ottawa pour la célébration du jubilé soixantenaire, mais je regrettai encore mon absence forcée de ces réceptions dont la solennité ne se renouvellera pas 'de mon temps dans le Canada. Mais là où j ’ai regretté et regretterai toujours le plus vivement mon absence, c’est au dévoilement de la statue de Sir Wilfrid Laurier par le Prince de Galles lui-même. Que j 'aurais voulu voir apparaître cette figure symbolique à l’admiration de la foule mouvementée. Que j’aurais voulu entendre les applaudissements à ce moment si lyrique. J’aurais voulu entendre les discours prononcés en cette solennelle occasion par notre premier ministre, l’hon. Mackenzie King, le sénateur Dandurand, le Premier Ministre de la Grande-Bretagne, Sir Robert Borden, l’honorable sénateur P. L. Béique et l’honorable Rodolphe Lemieux. J’ai savouré la lecture de tous ces éloquents discours, celui de Sir Robert Borden comme celui de l’honorable Mackenzie King. Notre Premier Ministre a certainement prononcé un discours d’un grand mérite et personne ne peut apprécier mieux que moi ses expressions d’admiration pour notre homme d’Etat canadien, car nul autre ne connaît mieux que moi les sentiments de vénération de l’honorable Mackenzie King pour notre grand chef, notre plus grand homme d’Etat canadien, Sir Wilfrid Laurier, l’égal des plus grands hommes d’Etat de tout autre pays.

Notre Premier Ministre a souvent touché la bonne note dans ses adresses au cours de toutes ces fonctions. Ainsi dans son adresse de bienvenue à l’honorable Stanley Baldwin, le Premier Ministre de la Grande-Bretagne, je remarque le paragraphe suivant: “Le lien ■d’union plus resserré.” “Durant la période de notre croissance constitutionnelle, le Parlement du Canada a assumé de temps à autre des pouvoirs qui avaient précédemment été exercés en notre faveur par le Parlement de la Grande-Bretagne. Nous sommes fiers de proclamer que dans tout ce qui se rapporte à nos relations domestiques et extérieures, notre Parlement jouit maintenant d’une liberté comparable à celle du Parlement de Westminster. Avec cet accroissement d’autorité et de responsabilité est survenu un lien plus étroit de sympathie et d’union avec les Parlements libres de l’Empire et une coopération plus cordiale et plus effective dans les intérêts du gouvernement sous la couronne britannique.” Cette déclaration est certainement une juste appréciation du progrès de la Confédération canadienne 'depuis son établissement.

De même, le très honorable Mackenzie King a des passages dans son éloge de Sir Wilfrid Laurier certainement bien remarquables. Ainsi, je traduis ce paragraphe: “Les droits des minorités étaient pour Sir Wilfrid Laurier une cause sacrée. Je l’ai entendu dire que,

être en minorité de race et de religion était dans sa vie publique une croix qui lui avait été donnée à porter. Au moment où il devint le chef de son parti, on sait qu’il a déclaré que cela voudrait dire beaucoup de sacrifices à la fin. Il savait combien la vraie signification des grandes questions est souvent perdue dans les appels qui sont faits aux préjugés et aux passions. Mais ici cherchons la perspective de l’histoire. Nous connaissons si peu la vraie signification des croix et des sacrifices. Avoir été de la minorité de race et de religion, comme Sir Wilfrid Laurier l’a été, et avoir joui, comme il l’a fait, d’une si grande confiance de la part de tous, ces sacrifices seront reconnus comme la gloire couronnante de sa carrière. Non seulement dans le Canada cela a-t-il aidé à inspirer dans la poitrine des minorités une confiance dans sa défense des traditions et des lois britanniques, mais dans la plus grande arène de l’Empire cela a donné aux hommes d’autres races une foi dans la justice et la liberté des institutions britanniques, que sans cet exemple sous leurs yeux ils auraient peut-être trouvé difficile de posséder.” Ce sont ses dernières paroles surtout que j’admire.

A Sir Robert Borden mes sincères félicitations. Son éloge de Sir Wilfrid Laurier a été ce que j’attendais de son esprit de justice. Sa dernière phrase renferme tout: “Pour moi la Chambre des Communes n’a jamais été la même après que sa gracieuse présence cessa de mouvoir au milieu de nous. Sans distinction de race et de parti, ses concitoyens le tiennent en heureuse mémoire et lui accordent une réputation filiale qui résistera à la répugnance du temps.”

Tout le monde connaît l’admiration que l’hon. Rodolphe Lemieux entretient pour Sir Wilfrid Laurier, et tout le monde connaît aussi les charmes de sa parole, aussi bien que la magnanimité de ses sentiments.

Son éloge de cet homme d’Etat a dû être bien court dans cette occasion. Je dois aussi me contenter de conserver quelques riches expressions qui font bien connaître notre grand Canadien. M. Lemieux dit “que le nom de Sir Wilfrid Laurier rappelle un homme d’Etat d’une vision “entraînante”, un parlementaire accompli, un orateur de langue d’or, dont l’éloquence retirait son inspiration’ des plus nobles passions qui s’agitent dans une poitrine humaine.”

Le Canada se fait honneur, dit-il, en perpétuant le culte de ses glorieux enfants. Il est bon qu’un esprit d’idéalisme soit cultivé dans le pays dans un temps où les affaires publiques par la force des événements sont confinées aux intérêts matériels. Les monuments érigés sur la côte du Parlement sont des évocations d’un passé que la jeunesse canadienne devrait constamment garder sous ses yeux, parce qu’ils serviraient à rallumer dans leurs âmes la flamme de mémoire qui retient de grands enseignements et des leçons profitables.

Dans notre pays, dit-il, avec la complexité de ses problèmes gouverner était un art difficile .

Inutile pour moi d’en dire davantage. Toute la presse du Ca nada a reproduit son discours en entier.

L’hon. Juge Arthur-T. LeBianc N ouveau- Brunswick

UN TBIBUT A LA BACE ACADIENNE

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