‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 142 sur 158 · L’HONORABLE SENATEUR PASCAL POIRIER · texte numérisé non relu

L’HONORABLE SENATEUR PASCAL POIRIER

J’ai dit que l’hon. Sénateur Poirier n’avait pu se rendre à Moncton pour les cérémonies et les travaux de l’Association de l’Assomption, mais si le sénateur ne peut pas facilement voyager, il ne cesse pour cela d’exercer ses talents dans diverses directions patriotiques, et surtout dans l’intérêt de la langue française, et il aime à faire connaître son origine, son entité et ses charmes qui ont captivé les poètes de Provence et bientôt après ceux de Picardie, de Normandie et de France.

Membre de la Société Royale du Canada depuis de longues années, il a contribué beaucoup à la haute réputation de cette Associa-

tion, qui comptent les plus brillants talents des diverses provinces du Canada.

A la réunion du mois de mai il a donné lecture d’un travail sur l’évolution de la langue française en France. Il fait connaître que nous assistons présentement au Canada non pas à la genèse d’une langue nouvelle mais à l’altération profonde sous l’influence de l’anglais, de notre vocabulaire ancestral.

Il met en évidence le danger dans lequel s’expose notre jeunesse acadienne qui se livre l’hiver à la coupe du bois dans les chantiers de notre province. Ce mot chantier est devenu un shanty — l’ensemble des opérations du bois se dit en anglais to log et nos gens s’en vont loguer pour M. Un Tel. C’est ainsi qu’ils disent aussi le halage, le bobbage et le yarjdage.

M. Poirier éveille l’attention de notre population acadienne sur le danger de l’usage d’expressions étrangères qui s’accroît d’un jour à l’autre.

Je crois devoir inscrire ici deux ou trois des derniers paragraphes de cette lecture instructive :

“L’altération profonde que subit en ce moment, sous la pénétration presque violente de l’anglais, l’antique parler acadien, n’est pas nécessairement une transformation de l’idiome, mais, c’en est le commencement. U y a pour nous 'danger en la demeure. Nous sommes ici au Canada vis-à-vis de l’anglais, à peu près dans la situation politique et industrielle où se sont trouvés les Gaulois vis-à-vis des Pomains, dans les premiers siècles qui suivirent leur asservissement.

“L’Acte constitutionnel de l’Amérique britannique du Nord, qui, pour toutes fins fédérales, met la langue française sur le même pied que la langue anglaise, n’en garantit pas la pérennité. Voyez ce qu’est devenu notre langue à la Louisiane, à peu près un siècle seulement après sa séparation d’avec la France. L’effort constant par l’école, par le journal, par le livre, par nos relations avec la France, est nécessaire, si nous ne voulons pas pendre de terrain, si nous ne voulons pas nous exaucer, dans un temps plus ou moins éloigné à perdre tout le terrain. Nous glissons sur une pente, il y a, je le ré-> pète, danger en la demeure”.

Puis il termine en disant: “Quelle sera la complexion de la langue française au Canada après huit siècles de domination anglaise? Que serait-elle aujourd’hui, si nous n’avions pas devant nous, derrière nous, autour de nous, au-dessus de nous, la grande littérature 'de la France qui nous couvre de son manteau de lumière? Si nous n’avions pour nous la France elle-même son prestige et sa gloire?

Nous glissons une pente. Annibal est à nos portes!”

Je soumets avec instance ces remarques à la sérieuse considération de la population française de tout le Canada.

Page 1