‹ Un Tribut à la race acadienneChapitre 25 sur 158 · TROIS NOUVELLES STATIONS · texte numérisé non relu

TROIS NOUVELLES STATIONS

Ce n’était pas tout. Aucune amélioration quelconque n’avait été faite sur cette partie de l’Intercolonial depuis sa construction, malgré l’augmentation de la population, de la production des fermes et du trafic.

Il y avait à l’ouest de Bathurst une station à Petit Rocher, 12 milles, une autre à Belledune, neuf milles, et une autre à Jacket River, huit milles.

Sur toute cette distance, la voie ferrée est à un demi ou trois quarts de mille du chemin public.

Les trois quarts de la population avaient donc une distance de trois à sept milles à parcourir pour atteindre une station avec leurs produits.

J’entrepris de faire ajouter une station à Beresford, à cinq milles de Bathurst, où un chemin conduisait aux concessions de Ste-Thérèse et des “Free Grants”, une autre à Nigadoo où un autre chemin public montait aux concessions longeant la rivière Nigadoo. Puis, une autre à Pointe Verte, cinq milles à l’ouest de Petit Rocher, un centre d’une population considérable qui à part la culture de la terre, s’occupait aussi beaucoup de la pêche.

Ces nouvelles bâtisses devaient diminuer la distance aux stations de deux à quatre milles.

Le département, sur les instructions de M. Pottinger et à ma demande, avait fait visiter les endroits, s’était enquis des produits à exporter, des avantages réels pour la population et du coût de nos stations. Il y avait aussi, en été, l’exportation du poisson frais surtout le saumon, dont la pêche est considérable sur toute cette côte. Je ne perdais pas patience. Je tenais à réussir car je connaissais les résultats qui devaient en découler à l’avantage du chemin de fer, aussi bien que du public.

Enfin après la session de 1900, des soumissions furent demandées pour la construction de trois stations aux endroits mentionnés.

La joie était universelle dans toute la paroisse de Beresford, depuis la ligne de Bathurst à la frontière du comté ide Restigouche. Tous nos fermiers et nos pêcheurs se trouvaient tout à coup à courte distance de la station du chemin de fer, ce qui était une grande économie de temps et de travail et de misères, surtout dans les mauvaises saisons.

J’entrevoyais bien d’autres améliorations d’une égale nécessité. Mais je ne pouvais tout obtenir d’un seul coup, ni durant un parlement. Il me fallait savoir remettre au lendemain ce que je ne pouvais faire le jour même, et aussi être capable de diriger l’opinion publique dans le même sens et lui faire apprécier la grande vertu de patience.

Pendant ce temps, les travaux continuaient au brise-lames Gu goulet de Shippigan, qui coûtait beaucoup d’argent pour le travail en

été, et en hiver, pour l’approvisionnement du bois, de branches et de pierre. C’était une ère de grande prospérité. M. le curé de Shippigan, dans son zèle pour ses ouailles, profita de leur prospérité pour leur bâtir une nouvelle église, la vieille petite église d’antan ne suffisait plus et tombait en ruine. Il entreprit les travaux et à chaque mois, après la paye au brise-lames, il faisait une collecte et des sommes considérables tombaient dans sa caisse. C’est durant cette construction suivie de la construction d’un quai que je commençai après ma première élection, que fut bâtie une église qui fait encore l’admiration des étrangers aussi bien que le légitime orgueil des vieux paroissiens. De petits travaux se faisaient aussi à Grande Anse, à un petit brise-lames construit du temps de l’hon. M. Anglin et que je devais faire agrandir plus tard.

J’avais aussi obtenu un montant considérable, $14,000, pour extension et amélioration d’un quai à Stonehaven, où la Compagnie Read exploitait, comme aujourd’hui et depuis longtemps, une carrière de pierre qu’elle convertissait en outils de toute sorte et expédiait, aux Etats-Unis. Ces exportations devaient se faire par la mer et il fallait créer un hâvre pour mettre les bâtiments en sûreté. Cette industrie employait une centaine d’hommes par été, tous à bien dire des Acadiens de la paroisse de Grande Anse, qui se rendaient le lundi à une 'distance de dix à douze milles et ne revenaient à la maison que le samedi soir. Les propriétaires de cette carrière et de cette industrie ont toujours été 'de mes plus sincères et dévoués partisans. Le travail à cet endroit continua pendant de longues années et avant mon époque il n’y avait là comme seul accomodation qu’un petit quai. Aujourd’hui, il y a un quai considérable, avec une aile à l’ouest qui crée une protection pour les vaisseaux qui, une fois rentrés, ne subissent plus les fureurs de la mer et de la tempête. Cette construction est protégée d’une manière permanente par une muraille de pierres, grandes et épaisses soigneusement entassés au fond de l’eau jusqu’à la hauteur de la construction en bois, qui ne souffre nullement du battement du flot et ne se 'détruit pas.

Tous ces travaux à Stonehaven donnèrent là aussi une même ère de prospérité à la population anglaise et écossaise que dans les autres endroits pour la population française. Ici c’était surtout l’argent à ces fermiers déjà indépendants, mais qui savaient profiter de l’abondance pour faire des épargnes et augmenter leurs économies dans les banques. Ce district toutefois ne m’a jamais donné la majorité dans les élections les dernières années de ma carrière, mais j’étais toujours certain d’environ quarante pour cent du vote. Cela est dû au fait que pendant le règne de M. Burns, et mon exil à New York, la plus grande partie de ce district, pour ainsi dire presqu à l’unanimité était devenue conservatrice enracinée, et au jour du vote, le vieux préjugé politique dominait irrésistiblement. Malgré tout cela, j’ai toujours possédé leur respect; c ’est là surtout que durant les campagnes politiques on entendait dire : “If Turgeon was a conservative we would vote for him”.

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