LA PREMIERE COMMUNION
Durant mes vacances, le curé de Petit-Rocher, le Rév Père Robert, un prêtre de France, un saint sur la terre, mais avec qui les enfants étaient timides a tel point que bien peu d’entre eux dans leur énervement pouvaient répondre à ses questions, me demanda de lui rendre le service de préparer les enfants à leur première communion, me disant qu’il accepterait sans exception tous ceux que je choisirais
•comme capables et dignes de recevoir le Sacrement de la Sainte Eucharistie. Il y avait une centaine d’applicants, plusieurs d’un âge déjà assez avancé. Pendant un mois je leur donnai des leçons cinq ou six fois par semaine. A peu d’exception près, ils étaient tous bien préparés, bien intelligents et de véritables bons enfants. Inutile de dire que les parents, les bonnes mères surtout étaient contentes de voir que leurs enfants plusieurs fois renvoyés les années précédentes à cause de leur timidité étaient enfin acceptés et me promettaient une ineffaçable reconnaissance de mes bons services.
La connaissance faite avec ce grand nombre de jeunes enfants chez lesquels j ’avais été à même de percevoir le brillant esprit et le bon coeur, m’attachait de plus en plus à tout ce qui était acadien et créait chez moi un désir de plus en plus vif de rester au milieu d’eux.
Ces enfants eux -mêmes n’ont jamais oublié mes services en cette occasion. Maintes fois et tout dernièrement encore, j ’ai rencontré de ces enfants devenus pères et mères de familles venir me dire après une assemblée politique: “Vous rappelez-vous, c’est vous qui m’avez fait faire ma première communion”.
De telles réminiscences, naturellement ont toujours tenu mon coeur palpitant pour tout ce qui regarde mes Acadiens.
Enfin, la dernière journée arrivée, par un effort suprême, je pourrais dire, je pris encore une fois la route de Québec. Cette fois-ci, je me fis conduire à Chatham pour y prendre le bateau de Québec. Cette route de Bathurst à Chatham a été bien améliorée ces années dernières par les gouvernements provinciaux, sous la direction du défunt John Morrissey et de M. Pierre J. Yeniot, tous deux Ministre des Travaux publics. De Petit-Rocher à Chatham, c’était un voyage de toute une journée. J’arrivai à temps pour le bateau et une de mes premières connaissances qu’il me fut donné de faire fut celle du jeune lévite M. Stanislas J. Doucet, qui retournait au Collège des Sulpiciens où il avait déjà étudié deux années et où il devait, à son arrivée, recevoir le sousdiaconat. Je pouvais lire dans ses yeux une brillante intelligence et dans ses paroles une grande modestie. Je le laissai à Québec emportant de lui un bienveillant souvenir. “Il fera un saint prêtre”, me disais- je, sans toutefois penser qu’il deviendrait un des plus grands talents, non seulement du Canada, mais du monde entier, un théologien, un philosophe, un homme de science des plus distingués. A mon retour au Nouveau-Brunswick, il fut du premier au dernier un de mes amis les plus généreux, les plus sincères et les plus dévoués.
Il a publié plusieurs ouvrages qui ont fait l’admiration de tout le monde. J’aurai occasion de parler encore de lui. Toutefois, au sujet de son dernier poème: “The Soûl” je m’empresse de dire que tout dernièrement j’entendais l’hon. Rodophe Lemieux et Son Excellence le Gouverneur Général, Lord Byng, dire que cette oeuvre “The Soûl” est certainement un ouvrage bien riche et bien remarquable.
A peine rendu, après quelques mois de travail et d’étude, je me trouvai encore menacé de cette dyspepsie, et après consultation avec
mon directeur spirituel, l’abbé Taschereau, je fis mes adieux, revêtis mes habits laïques et bientôt après j 'arrivais à Petit-Rocher.
Tous ceux que je rencontrais m’accueillaient avec la plus grande générosité de coeur possible, et leurs meilleurs souhaits les plus sincères m 'étaient exprimés par des paroles bien émouvantes et bien touchantes. Plusieurs allaient jusqu’à prédire déjà l’ouverture d’une ère nouvelle pour les Acadiens et toute la population de Gloucester. Mon travail devait être pour le bonheur public, et ils s’engageaient déjà à mêler leur activité à la mienne dans l’intérêt public.
Peu d’étudiants à leur sortie de collège ont reçu l’expression d’autant de bons souhaits sincères et généreux que ceux que je reçus à mon arrivée à Petit-Rocher et dans toutes mes premières pérégrinations dans le comté de Gloucester.
Je me mis à l’ouvrage avec joie et avec courage, inconscient des énormes difficultés, des désappointements, des déboires, des misères que je 'devais rencontrer avant d’atteindre le succès.