REMARQUES
Si je me donne la satisfaction de relater tous ces 'détails, c’est que je tiens à rappeler comment les ambitions, les souhaits, les voeux d’une mère sont parfois réalisés malgré de longues années d’épreuves et de sacrifices de toutes sortes, qui semblent dans le temps enlever toute justification de leur réalisation. La vie entière de cette bonne mère en est une preuve bien frappante, une vie entière de sacrifices personnels soutenus dans une constante abnégation d’elle-même, par la conviction qu’ils devaient assurer le bonheur et la prospérité de ses enfants. Et quelques moments avant son dernier soupir, la Providence dans sa générosité et sa sagesse avait exposé à ses regards l’accomplissement de ses voeux pour ceux qu’elle laissait derrière elle.
A mon retour de la Saskatchewan, je dus m’arrêter à Ottawa pour la session du parlement de 1905, après l’élection de novembre 1904, par laquelle le gouvernement libéral avait été maintenu au pouvoir par une confirmation solennelle de l’approbation par le peuple de la construction du chemin de fer Transcontinental.
Cette construction était en marche, et tout le pays jouissait déjà d’une prospérité au delà de toute attente par la demande incessante de travail et des matériaux nécessaires pour cette immense entreprise.
Dans le comté de Gloucester, les travaux étaient en marche dans bien des endroits. A Shippigan, à Miscou, au goulet de Shippigan tout marchait comme par enchantement. Même à Lamèque, il y avait déjà une extension du quai nécessitée par l’addition de nouveaux bateaux de pêche. Le grand quai de Caraquet se terminait à la joie
de tout le monde, et les exportateurs 'de bois se préparaient pour la saison suivante, alors que des bâtiments d’outremer devaient venir chercher les produits de leur industrie. A Grande Anse, on s’occupait à relier le vieux brise-lames à la côte pour empêcher le hâvre de s’emplir de sable et donner plus de facilité pour le débarquement des cargaisons, et une plus grande protection aux bâteaux de pêche.
A Stonehaven, les améliorations se continuaient encore, et les vaisseaux américains commençaient à jouir de ce hâvre.
A Shippigam la construction de ce hâvre artificiel qui fait encore l’étonnement de bien du monde, était en marche et personne n’était privé d’ouvrage. La pisciculture à homard sous la direction de M. Sébastien Savoie était déjà en opération à l’entrée du hâvre à quelques pas du brise-lames.
Une autre construction énorme mais d’un autre genre était aussi en cours. C ’était la construction d ’une usine de réduction du chien de mer qui menaçait de ruiner la pêche sur les bancs, et cette usine permettrait aux pêcheurs de se rembourser des dommages faits à leurs agrès par la vente de ce poisson destructeur qui était converti en huile et qui 'devait servir d’engrais pour les fermiers, mais qui, dans le commencement 'devait être expédié sur le marché américain, nos fermiers des provinces maritimes ne connaissant pas encore la valeur de cet engrais. C’est à la science et au dévouement du professeur E. E. Prince que je dois ces deux établissements dans mon comté.
Tout allait certainement bien et je dois dire que j’étais heureux, mon ambition étant satisfaite autant que je pouvais l’espérer et après avoir obtenu tous ces principaux travaux, les plus essentiels, j’étais certain de voir que le comté de Gloucester jouirait de tous les bienfaits auxquels il avait droit.
Je n’étais pas sans reconnaître la générosité du gouvernement à mon égard et je ne manquais pas d’exprimer ma reconnaissance dans mon discours sur le Budget pour les faveurs reçues tout en en demandant d’autres justifiées encore par les bons résultats qu’elles devaient procurer au commerce.
Dans le vote des crédits, j’étais souvent appelé à donner des explications sur ces travaux considérés immenses par l’Opposition, mais je dois dire que je n’ai jamais eu de critique offensive de l’Opposition. Au contraire, on applaudissait souvent à mes explications. La plus sévère critique était que le comté de Gloucester recevait plus d’argent public que le reste de la Province du Nouveau Brunswick. Je leur répondais que s’ils connaissaient le comté 'de Gloucester, comme je le connaissais, ils l’aimeraient autant que je l’aime.