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L’AUTONOMIE DES PROVINCES DE L’OUEST

L’autonomie des Provinces de l’Ouest fut la principale question de cette première session du 9ème parlement du Canada.

Le chemin de fer Trancontinental se bâtissait suivant les termes des contrats et tout allait très bien. Le Conseil administratif des Territoires du Nord Ouest était devenu une institution antique et insuffisante pour le développement nécessaire de ces riches vallées déjà connues comme le grenier de l’Empire Britannique et devenues depuis le plus grand producteur de blé du monde.

La population de ce district demandait son autonomie provinciale, comme les autres Provinces. Une partie de ces territoires avait déjà obtenu cette autonomie désirée depuis 1869, sous le nom de Province du Manitoba.

Sir Wilfrid Laurier durant la campagne électorale de 1904 avait promis à cette population de leur accorder ces privilèges dès la session suivante s’il restait au pouvoir.

Il y avait plusieurs sujets importants dans cette entreprise. Il y avait la question des ressources naturelles retenues par les vieilles provinces à leur entrée dans la Confédération et qui n’avaient pas été accordées non plus à la Province du Manitoba.

Il y avait aussi la question de l’éducation, cette question qui avait amené la défaite du gouvernement conservateur en 1896 dans le Manitoba.

La question du maintien des ressources naturelles par le gouvernement provincial était considérée par Sir Wilfrid Laurier, non pas comme un empiètement sur les droits des territoires, puisque ces terres étaient la propriété du gouvernement du Canada, c’est-à-dire de la population du Canada. Mais il fallait agir envers ces territoires avec générosité, et aussi, avec sagesse et prudence. Tout cet immense territoire avait besoin d’une grande et rapide augmentation de population qui devait être amenée de l’étranger avec grandes dépenses, que ces nouvelles provinces, pour quelque temps ne seraient pas en état de rencontrer et leur progrès alors serait bien lent. De plus, afin de faciliter davantage le progrès de ces territoires, Sir Wilfrid Laurier offrait une compensation considérable, généreuse, dans un surplus de subsides au-dessus de celui des autres provinces jusqu’au temps où elles seraient devenues en état d’administrer leurs propres ressources comme les vieilles provinces. Aussi cette mesure était iine mesure paternelle de la part du gouvernement fédéral.

Ces territoires furent divisés en deux provinces, celle à l’ouest s’appelle Province de l’Alberta, et l’autre Province de la Saskatchewan. Le temps a prouvé que cette mesure était sage puisque ce n’est qu 'aujourd’hui même, 1926, que la Province de l’Alberta réclame ses ressources, et est prête à renoncer à son subside supplémentaire à l’expiration d’une période de trois ans.

La Province de la Saskatchewan préfère encore ce subside à la possession et à l’administration de ses ressources naturelles. Ainsi le temps justifie amplement cette mesure paternelle, comme je viens

de la désigner de la part de Sir Wilfrid Laurier et du parti libéral.

Mais la question la plus contestée, et avec le plus d’amertume fut la question des Ecoles.

A la formation 'de ces teritoires après leur acquisition de la Compagnie de la Baie d’Hudson, ces territoires avaient reçu du gouvernement un véritable système d’écoles séparées, modelé sur ceux de Québec et d’Ontario lors de la Confédération et la population catholique, presque toute française jusqu’alors, était bien satisfaite. Mais sous l’administration conservatrice 1878 à 1896, un grand nombre de privilèges possédés par la population catholique des Territoires furent restreints sur les représentations des Conseils d’administration. A différentes périodes, on demandait certaines restrictions, de certains droits de ces provinces ou de ces territoires, tels qu’appelés dans le temps. La population catholique entrevoyait des difficultés pour l’avenir, mais les gouvernements les uns après les autres craignaient de refuser la demande de ces empiètements, reposant leurs espérances dans l’avenir. C’est ainsi que l’hon. J. Thompson, Premier Ministre du Canada et le premier catholique qui ait occupé ce poste après la mort de Sir John A. Macdonald dut sanctionner certains empiètements de ces privilèges en s’écriant: “Nous réajusterons ces pertes lorsque nous établirons ces territoires en provinces’’. Son intention, sans doute, était bien bonne, mais elle n’était pas réalisable.

L’Acte de l’Amérique du nord dit:

“Art. 93—

3) Lorsque dans une province un système d’écoles séparées ou dissidentes existe par la Loi lors de l’Union, ont subséquemment établi par la Législature de la Province, un appel sera fait au Gouverneur Général en Con seil contre tout acte ou décision d’une autorité provinciale affectant un droit ou un privilège d’une minorité protestante ou catholique romaine des sujets de la Reine en relation avec l’éducation”.

Il est donc facile à voir que tout ce que le Parlement fédéral pouvait faire, était de transmettre dans le Nouvel Acte de ces provinces les statuts existant le jour qu’ils étaient admis à l’état de province. M. Henri Bourassa voulait donner à l’instant le système de Québec. Comme on a pu le voir dans mes explications de la loi des écoles du Nouveau Brunswick, la chose aurait été inutile, lors même qu’elle aurait pu recevoir la majorité du Parlement fédéral, car l’opposition à la nouvelle législature n’aurait eu qu’à en appeler au Conseil Privé qui aurait donné et corroboré le jugement du Conseil Privé sur la loi des Ecoles du Nouveau Brunswick. Je citai ce jugement en grande partie. Je l’ai déjà écrit au commencement de cevolume.

C’est la position que je pris dans ce débat et je dois dire que mon discours m’obtint bien des félicitations surtout de M. Walter Scott, déjà désigné comme Premier Ministre de la Saskatchewan, et Sir Charles Fitzpatrick, Ministre de la Justice et qui avait charge de-

cette loi à la Chambre des Communes.

Aussi; nous avons vu dès les premières sessions des nouvelles législatures, que le parti opposé aux Ecoles séparées a fait bien des efforts pour obtenir une majorité à la Législature, mais n'a pas réussi. Et ce parti, malgré toute son ambition, n’osa jamais en appeler au Conseil privé, sachant bien que ces provinces avaient un droit indiscutable aux privilèges qu’elles possédaient par leurs lois locales à leur entrée dans la Confédération.

J’espère être bien compris de mes lecteurs sur cette question.

L’année 1905 fut bien remplie d’événements de toutes sortes. C’était dans les premiers jours de l’année que je revenais de l’Ouest après une visite bien joyeuse et bien utile qui m’avait donné l’avantage d’apprécier cette partie du pays. La construction de tant de travaux dans mon comté était regardée de toute part dans la Province comme chose extraordinaire et l’on entendait des personnes d’en dehors dire qu’ils voudraient bien que leur représentant fasse la moitié autant pour leur comté. Trois de mes enfants étaient bien établis, tous loin de moi, et les deux autres étaient au collège. C’est dans l’été 1905 que j’envoyai ces deux frères inséparables passer l'été à Prince Albert dans la Saskatchewan. Ce fut une heureuse promenade pour eux et une importante éducation. C’est alors que le frère aîné retint avec lui pour une année le jeune Charles dans le but de lui faire refaire des forces qu’il avait perdues au collège de Caraquet. Joseph revint seul faire sa dernière année au collège. Avec tous mes enfants établis à Ottawa et dans l’Ouest, et mes deux plus jeunes au collège, je me trouvais seul à la maison depuis longtemps. J’avais toujours autant d’ouvrage que je pouvais en faire de bonne heure le matin et tard le soir. C’est alors surtout que je pouvais me livrer à l’étude ou à la rédaction de mon journal avec plus de tranquillité.

Je suppose que comme les autres, j 'avais foi dans les paroles de la Bible: “Il n’est pas bon pour l’homme d’être seul”. Neuf années s’étaient écoulées depuis que la mère de mes enfants nous avait quittés, ses désirs étaient accomplis. Tous les enfants étaient heureux et l’avenir des deux étudiants était déjà défini avec précision.

Je décidai alors de prendre une nouvelle compagnie, qui dans mon jugement au lieu de rompre le bonheur de la famille devait aider à le perpétuer et même l’accroître à mesure que les relations de famille deviendraient de plus en plus intimes. Ma deuxième femme ne devait jamais être la belle-mère de mes enfants, mais la soeur de tous. Elle apportait dans la famille un esprit d’affection fraternelle et mutuelle qui n’a jamais été interrompu, ni froissé un seul instant.

C’est le 21 septembre, 1905, que j’épousai Mary Loretta Meahan, fille de M. Charles Meahan de Bathurst. La famille Meahan avait été de mes meilleurs amis depuis mes premiers jours au Nouveau-Brunswick, aussi sincères et généreux que mes bons Acadiens. Ce monsieur John Meahan qui avait été mon collègue dans ma première campagne électorale en 1874, était le frère ainé de son père.

Le mariage eut lieu 'dans la tranquillité, tard le soir à l’heure de notre départ pour un voyage à la Saskatchewan.

M. l’abbé Eloi Martin, curé de Bathurst, officia à notre mariage, assisté de l’abbé Henri O’Leary, alors son vicaire, qui fut sacré évêque de Charlottetown, Ile du Prince Edouard dans la même église, dans l’été de 1913, et fait archevêque d’Edmonton, Alberta, en l’année 1920. Notre promenade 'dans l’Ouest fut non seulement des plus plaisantes, mais des plus utiles à tous les points de vue, faisant chaque jour de nouvelles connaissances dans tout le district de Prince Albert, de Duck Lake, Rosthern et même jusque dans Humboldt.

C’est durant notre séjour à Prince Albert que la première élection de cette nouvelle province eut lieu, et j’eus l’occasion d’adresser la parole aux électeurs dans deux assemblées à Duck Lake dans la langue française et M. Davies le député fédéral du comté parla en anglais.

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