LE SYSTEME DE LUMIERES
De retour à la maison vers les premiers jours de novembre, je me livrai de nouveau au travail. Mon absence ne veut pas 'dire que j’étais exempt des soucis de mon comté durant tout ce temps-là. J’entretenais toujours une correspondance avec mes amis et les membres de comité de chaque paroisse. Beaucoup de mes réponses se faisaient par l’intermédiaire du télégraphe afin de régler à l’instant certaines demandes. Les sessions suivantes de ce parlement de 1905 à 1908 furent assez calmes comparativement, l’Opposition ne trouvant aucune mesure sujette à une sérieuse critique. Mais nos pêcheurs n’avaient pas seulement besoin de quais, de brise-lames, de bons chenaux pour la rentrée et la sortie des havres. Il leur fallait aussi des lumières pour faciliter leur approche de la côte et une fois entrés dans le hâvre principal, il leur fallait d’autres lumières pour les conduire jusqu’à la tête du havre et arriver aux quais sans difficultés et sans ces retards de toute une nuit auxquels ils avaient été obligés de se soumettre de tout temps.
Il y avait bien à l’entrée du goulet de Shippigan une lumière bien faible sur la côte qui ne pouvait être vue que lorsque les bateaux étaient tout près. Ce manque de lumière avait été la cause de la perte de plusieurs vies lors de cette terrible tempête au mois d’août 1900 au commencement de la campagne électorale. Le Ministre de la Marine et des Pêcheries, l’hon. Raymond Préfontaine avait fait l’achat du gouvernement français de trois luimières d’une nouvelle confection toute scientifique et dont il avait limité la vente à cinq seulement, pour le moment, en attendant plus de résultats.
Je fus assez prompt dans ma demande et j’obtins aussitôt une de ces lumières réverbérantes pour le phare du goulet de Shippigan. C’est une lumière qui tourne constamment et fait une apparition au même endroit trois fois par minute, ce qui indique que c’est bien la lumière de Shippigan. Cette lumière d’une force considérable s’étend à une distance de trente à quarante milles et plus, de sorte que les
bateaux quittant les bancs de pêche de 1‘ Ile du Prince Edouard aperçoivent cette lumière à l’instant, pour bien dire, et ils n’ont qu’à suivre ces réverbérations. Cette lumière mit la vie dans les familles de* pêcheurs, car toute la semaine la femme du pêcheur vivait dans une inquiétude constante et ce nouveau privilège devait créer une ère nouvelle pour la famille qui sait que le danger n’existera plus. Mais pour les pêcheurs de Caraquet, 'de Miscou, ce n’était pas suffisant. Unefois, en dedans du goulet, ces bateaux avaient à monter dans le havre dix à vingt milles, et si le bateau ne rentrait qu’à l’obscurité, il devait passer la nuit à l’ancre et n’arriver que le lendemain matin, et comme le retour de la pêche se faisait le samedi, souvent un bâteau retardé ne pouvait arriver que le dimanche matin. Pour éviter ces inconvénients autant que possible, on quittait le banc de pêche de bonne heure, ce qui voulait dire autant de perte de temps et de pro.r duits. De plus les bâtiments de l’océan qui devaient bientôt remonter ce hâvre ne pouvaient le faire que de jour et il fallait parfois faire halte à demi-chemin.
Tous ces avantages étaient bien appréciés des femmes des pêcheurs autant que des pêcheurs eux-mêmes. Pour montrer la reconnaissance qu’elles me vouèrent, je me permets de citer la réponse d’une femme d’un pêcheur à une remarque du colonel Anderson.
Nous prenions le dîner en toute hâte pour retourner à Bathurst et il y avait trois ou quatre femmes qui nous écoutaient. Ayant expliqué tous les bienfaits qu’on pouvait attendre de ces lumières qui seraient une protection pour la nuit, il dit aux femmes :
“Lorsque toutes ces lumières-là fonctionneront, les pêcheurs vont l’aimer votre député. Vivement une des femmes s’écrie: — “Ah! ce ne sont pas les pêcheurs, mais les femmes des pêcheurs qui vont l’aimer”.
L ’ingénieur-en-chef du département de la Marine, le Col. Anderson vint à Caraquet. Il laissa le train à Bathurst et je le conduisis à Caraquet où il fit tous les sondages et les plans nécessaires pour l’établissement de ces deux lumières que nous voyons depuis vingtcinq ans dans le hâvre de Caraquet. Puis il ordonna une bouée à gaz, chose nouvelle alors, pour conduire à l’arrivée au quai. Avec ce système, les bâteaux montent le hâvre de Caraquet, la nuit mieux que le jour.
Ces lumières depuis vingt ans ont épargné beaucoup 'de misères, sauver beaucoup de temps aux pêcheurs, et beaucoup d’inquiétudes à leurs femmes, et à leurs familles. Jusqu’à cette époque le départ du pêcheur le lundi matin était une séparation cruelle pour toute la famille qui vivait dans l’inquiétude jusqu’à son retour. Maintenant, la femme, la mère le regarde partir avec un sourire comme lorsqu’il part pour aller travailler dans un champ voisin.
Un autre trait qui exprimera la reconnaissance de mes braves pêcheurs acadiens. En parlant de l’effet de cette belle lumière du goulet de Shippigan, le bon père Joseph Chénard 'de Caraquet, un des plus braves et des plus heureux, s’écriait dans une assemblée: “Turgeon ! Il a amené les bancs de pêche le long de la côte”.
L’ïïon. H. R. EMERSON SUCCEDE à M. BLAIR
A la retraite de l’hon. A. G. Blair, du Cabinet de Sir Wilfrid Laurier, l’Hon. H. R. Emmerson après la session fut appelé à le remplacer dans l’administration du Ministère des Chemins de fer.
L’hon. M. Emmerson, était député pour le comté de Westmoreland 'depuis l’année 1900. Il avait représenté ce comté à la Législature provinciale depuis 1890, et était devenu ministre des Travaux Publies, et Premier Ministre en l’année 1898. Il avait résigné ces postes et ces honneurs pour devenir député au parlement fédéral, certain du succès de son élection contre M. Powell, homme de force et de valeur qui avait représenté ce comté comme conservateur de 1895, à cette date. Il fut alors élu par acclamation. Il ne m’appartient pas dans ces notes d’entreprendre de faire l’éloge de l’Hon. M. Emmerson qui a été un des hommes les plus 'distingués de la Province, bon administrateur et bon orateur.
Comme son prédécesseur, l’hon. M. Blair, M. Emmerson mit toute son âme dans le chemin de fer Intercolonial, dont le grand centre était dans son comté, dans la ville de Moncton. L’Hon. M. Emmerson, . jouissait d’une popularité enviable dans son comté et dans sa, piovince et ii s attira dans peu de temps l’estime du Parlement fédéral. M. Emmerson fit progresser l’Intercolonial d’une manière rapide et considérable. C’est lui qui établit le second train quotidien
de Montréal à Halifax, appelé Océan Limité. — The Océan Limited .
Les premières années, ce train ne fut en opération que durant l’été. Mais depuis il a été maintenu en permanence. C’est certainement un tram de passagers très rapide qui traverse la distance entre Montreal et Halifax, distance de 841 milles en 24 heurres. M. Emmerson s mteressa à faire progresser cette voie nationale comme l’avait tait 1VL. Blair. La classe des travaillants comme la classe des commerçants et des passagers étaient heureuses et appréciaient 1‘ esprit humanitaire de l’homme de Westmoreland. Le service devenait rapidement de plus en plus effectif, l’ouvrage dans les usines de Moncton augmentait constamment et tout le monde était souriant dans Moncton et Westmoreland comme dans toute la Province. L ’Hon. M. Emmerson emeura Ministre des Chemins de fer jusqu’à l’année 1907, alors qu’il
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J 914 étant toujours réélu avec de grosses majorités.