UN DEUXIEME SENATEUR ACADIEN
Durant le règne 'de M. Emmerson, j ’eus à soutenir une dure
bre deTcommune. 3 pm“atir. a“ Sénat et de cessions à la Charnbie des Communes. Ce que j ai obtenu alors était, je crois d’un erand
généra1’ bien ^ -bfr une
censure de la part de quelques conservateurs acadiens de West-
moreland et surtout de la part du “Moniteur Acadien” qui persista pendant longtemps à censurer ma conduite dans cette question. J’ai toujours attribué la raison 'de cette critique au fait que mes adversaires considéraient simplement une nomination particulière au Sénat, sans considérer l’avantage général pour la population acadienne des Provinces Maritimes entières.
C’était en 1906. Un sénateur irlandais du Nouveau Brunswick venait de mourir. Il y avait aussi une vacance au Sénat pour la province de la Nouvelle Ecosse. Nous n’avions encore qu’un seul acadien pour le Nouveau Brunswick, l’Hon. Pascal Poirier.
Je travaillais avec toute mon énergie pour mon brave ami, l’hon.. Olivier J. LeBlanc, mon collègue et mon voisin à la Chambre des Communes. En même temps, l’hon. John Costigan, sollicitait cette succession. Il y avait des aspirants de toute part du Nouveau Brunswick surtout de Westmoreland. De tous, c’était bien l’hon. M. Leblanc qui avait le premier droit à cet honneur.
Mais l’Hon. M. Emmerson soutenait que M. LeBlanc serait élu le reste de ses jours 'dans son comté de Kent tandis que, en l’élevant au Sénat, ce comté serait probablement perdu pour le parti libéral. Les autres aspirants étaient certainement tous des bons sujets, mais aucun d’eux dans le temps n’avait plus de droit l’un que l’autre.
L’Hon. M. Fielding désirait faire nommer un Acadien pour sa Province et il était difficile de nommer deux Acadiens à la fois à cette époque.
L’Hon. John Costigan, comme disait Sir Wilfrid Laurier, mérite certainement beaucoup de reconnaissance de la part 'des Acadiens du Nouveau Brunswick car c’est bien lui qui a donné le premier élan à la race acadienne, lorsqu’il était le Ministre de cette province, dès 1882 jusqu’à 1896. C’est lui qui avait ouvert la porte du Sénat au premier Acadien, l’hon. Sénateur Pascal Poirier, c’est lui qui leur avait donné le premier juge Acadien à la Cour du Circuit d’abord, et l’avait plus tard promu au poste de Juge de la Cour Suprême dans la personne 'de Sir Pierre A. Landry.
De telles faveurs de la part de M. Costigan qui avait amené le réveil de la nation canadienne envers la race Acadienne ne devaient pas rester sans reconnaissance maintenant que l’occasion se présentait. En même temps, la nomination de M. Comeau, de la Nouvelle- Ecosse donnait le second sénateur Acadien au Sénat. Nous devions tout de même avoir deux Sénateurs Acadiens.
De plus l’hon. John Costigan me promettait d’assurer l’élection d’un Acaidien à sa place aux Communes pour continuer à représenter son comté de Yictoria-Madawaska. De sorte qu’au lieu d’avoir seulement deux représentants Acadiens aux Communes, nous en aurions trois. De cette manière nous devions avoir un député Acadien de plus aux Communes, et un sénateur Acadien de plus au Sénat. C’était bien dans l’intérêt général de la population acadienne des Provinces Maritimes.
L’Hon. John Costigan, sur mes instances pour un successeur Acadien pour son comté, alla visiter ses amis, les consulta tous, prê-
très Acadiens aussi bien que les électeurs en général et à son retour m’assura que son successeur aux Communes serait un Acadien, dans la personne de M. Pius Michaud, qui représenta le comté de 1906 à 1925 avec honneur et distinction. Sa défaite en octobre 1925 est bien difficile à expliquer.
Alors avec cette entente, je me déclarai satisfait à Sir Wilfrid Laurier, qui me dit qu’il annoncerait la nomination du Sénateur Comeau et du Sénateur Costigan ensemble, ce qu’il fit quelque jours plus tard.
Malgré tout “Le Moniteur Acadien” ne cessa durant longtemps de m’accuser d’avoir négligé les intérêts des Acadiens en cédant à la nomination de M. Costigan à qui le parti conservateur était bien endetté.
Mais j’ose croire, qu 'après réflexion, l’opinion publique me donnera justice.
L’HON. GEORGE GRAHAM Ministre des Chemins de Fer.
L lion. George Graham fut appelé à remplacer M. Emmerson à la tête du Ministère des Chemins de fer. L’Hon. M. Graham avait éfp député de la Législature de l’Ontario depuis plusieurs années et chef du parti libéral de cette province. C’était un homme d’une grande expérience, une intelligence distinguée, doué d’une grande énergie et d’un vrai patriotisme.
Il ne fit pas comme son prédécesseur de l’Ontario, l’hon. J. G. Haggart, qui considérait l’Intercolonial comme une charge inutile pour le Canada. M. Graham mit toute son énergie dans l’administration de cette voie et sa sage conduite a valu beaucoup de bien au pays tout aussi bien qu’aux provinces maritimes. C’est lui qui en 1911 avait passé sur mes instances un Bill pour l’achat du chemin de fer de Caraquet a Tracadie. Le Bill avait subi sa deuxième lecture avant la prorogation pour l’élection générale hâtée par le refus des conservateurs de laisser passer le bill de la Réciprocité avec les Etats- Unis. L ’Hon. M. Graham avait aussi fait passer un Bill pour un subside de $3,200 du mille à toute compagnie qui bâtirait une extension de ce chemin de Tracadie à New Castle.
Les conservateurs obtinrent la majorité en 1911 on sait comment, et à leur arrivée au pouvoir, ils refusèrent de reprendre ces Bills’ Voilà ce que les comtés de Gloucester et de Northumberland ont perdu alors, à part la Réciprocité avec les Etats-Unis, par la défaite du Gouvernement libéral de Sir Wilfrid Laurier en 1911.
Il est vrai que j’ai réussi après bien des années d’efforts à faire acheter cette ligne plus tard en 1920. Je reviendrai sur ce sujet.
La retraite de l’Hon. M. Emmerson du Cabinet de Sir Wilfrid Laurier, nécessitait un autre Ministre pour représenter la province du
Nouveau Brunswick dans le gouvernement. Sur les onze députés de la Province huit, dans le temps, étaient des libéraux. Mon nom fut à l’instant mentionné de toute part dans la province et même de la Nouvelle-Ecosse. J’étais bien le doyen en Chambre <de tous mes collègues de la Province. Les autres noms suggérés étaient l’hon. M. Pugsley alors Premier-Ministre du Nouveau Brunswick, et M. F. Carvell, député de Carleton. Le premier par sa position dans la Province et son grand talent légal le mettait en évidence dans tout le Dominion. M. Carvell était aussi bien connu. Il avait représenté son comté durant un terme parlementaire à la Législature Provinciale, plusieurs années auparavant.
Je puis dire que je fus plus que noblement soutenu dans cette lutte par toute la population acadienne surtout; et par beaucoup d’Anglais, malgré mes deux forts concurrents.
Ce n’était pas que j’ambitionnais cette position pour moi-même mais elle devait me donner un surcroît de force pour avancer les intérêts des Acadiens dans la Province, tout en travaillant aussi avec l’ambition possible pour les intérêts de la population anglaise, laquelle je croyais ne perdrait rien par mon avancement au pouvoir suprême de la Province.
Le public a oublié, et peut-être n’a jamais su au juste toute la sympathie qui fut manifestée en ma faveur dans cette lutte pour un premier représentant français du Nouveau-Brunswick dans le Cabinet. M. Veniot n’avait pas été lent, et dès le premier jour il envoyait un télégramme, suivi d’une forte lettre à Sir Wilfrid Laurier, le priant d 'honorer la race française de notre Province en me choisissant pour ce poste. Presque tous les membres du Clergé de Gloucester envoyèrent leur sincère et forte recommandation. Mais les demandes et les pétitions à Sir Wilfrid ne venaient pas seulement du comté de Gloucester, mais de toutes les parties de la Province. Le brave et généreux député de Kent, l’hon. O. LeBlanc, et M. Pius Michaud, successeur de l’hon. John Costigan, vinrent tous deux à Ottawa supplier Sir Wilfrid, au nom de leurs électeurs, de m’élever à ce poste non seulement d’honneur mais d’influence. Du comté de Westmoreland, Sir Wilfrid Laurier recevait chaque jour de nombreux télégrammes des chefs français du parti. Et je dois dire que tous les Acadiens conservateurs déclaraient devoir recevoir avec plaisir, et comme un acte de justice ma nomination à ce poste. “Le Moniteur Acadien” disait et répétait que ma nomination serait accueillie avec plaisir et avec un esprit de justice, si Sir Wilfrid Laurier pouvait réussir à avoir assez d’influence sur ses collègues pour faire réaliser les espérances de la population du Nouveau Brunswick. “L’Evangéline” nouvelle publication française des Provinces Maritimes, se mit à l’oeuvre avec énergie et chaque numéro du journal contenait un article en appelant à Sir Wilfrid en ma faveur au nom de tous les électeurs. Le rédacteur du jour était encore le fondateur lui-même de cette publication française, M. Valentin Landry, et je dois à sa mémoire de dire qu’il déploya une énergie patriotique en ma faveur non seulement comme rédacteur de “L’Evangéline” mais de plus comme membre de la So-
ciété de l’Assomption qui, à une réunion du comité à Moncton sur sa recommandation envoya à Sir Wilfrid un pressant télégramme le priant 'de rendre justice à la population française en m’élevant au poste en question.
Je dois ajouter que j’étais moi-même chaque jour étonné Ü’apprendre les démarches de mes compatriotes de la Province. Quoique je ne fusse pas le favorisé du jour au poste, je n’en gardi pas moins et garde encore aujourd’hui, une profonde reconnaissance pour eux tous, malgré que leurs suppliques ne furent pas accordées.
. Entre temps, je me rendis à Ottawa pour voir Sir Wilfrid Laurier, non pas dans mon intérêt mais dans l’intérêt de la minorité française. A mon départ, je n’avais pas encore appris toutes les démarches qui se faisaient pour moi idans les autres parties de la Province et des mes premières paroles à Sir Wilfrid, je dis: “Je crois que vous avez reçu quelques lettres et quelques télégrammes en ma faveur pour le choix d un représentant du Nouveau Brunswick dans votre Cabinet: Certes, oui, répondit Sir AVilfrid et il en vient encore”. Il était a ouvrir deux télégrammes de ce genre que son secrétaire venait de déposer sur sa table.
Jetais simple député de Gloucester, mais je n’ai jamais oublié un moment et je n’oublierai jamais la généreuse et sympathique inervention de toute la race acadienne en ma faveur dans cette occasion. Leur action était une expression de reconnaissance pour mon travail et une franche expression de leur patriotisme. Et depuis ce jour-la avec toute mon expérience du passé, un “Acadien” pour moi qu il soit conservateur, libéral, indépendant, pauvre ou riche, e’est un Acadien et cela veut tout 'dire.
Sir Wilfrid Laurier avait eu sans doute plusieurs aspects de la question à considérer. D’abord, lui Premier-Minist" appartenait à a minorité française dans le Canada, et moi à la minorité française du Nouveau Brunswick. C’était certainement un point qui exigeait de a reflexion. Puis l’hon. W. Pugsley était reconnu comme je vfens de le dire comme l’homme supérieur à tous, et j’admettais qu’il était un talent hors de l’ordinaire. Après sa décision prise Sir Wilfrid Laurier m écrivit me demandant d’accepter sa décision avec calme qu elle avait ete prise apres mûre réflexion de tous les aspects de la question. Je répondis à Sir Wilfrid de vouloir bien se rappeler que dans ma première lettre à ce sujet, je disais: “Lorsque vous aurez
P Y-t w lB°ma '°eUta eSt’’ C’est « «»e je dis encore”
L non. W. Pugsley fut assermenté Ministre ides Travaux Publies et élu comme tel le 18 septembre 1907 par acclamation.
. Queues jours plus tard, le 27 du mois de septembre, je recevais un télégramme de mon fils Alphonse disant qu’il venait d’être assermenté Procureur-Général pour la Saskatchewan. C’était pour moi une joie plus sincère que si j’avais été moi-même Ministre de la Couronne.