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L’ELECTION PROVINCIALE DE

Les choses allaient bien, je pourrais dire très bien au Parlement pour Sir Wilfrid Laurier.

La construction du Transcontinental avançait toujours et accroissait la prospérité du pays. Les deux nouvelles Provinces, l’Alberta et la Saskatchewan, étaient florissantes, prospères, satisfaites de leurs nouvelles législatures et reconnaissantes au gouvernement libéral pour tous les avantages qu’il leur avait procurés par une sage et généreuse administration. Il en était de même au Nouveau Brunswick où la construction du Transcontinental traversant la province jusqu’à Moncton avait créé une prospérité jusqu ’àlors inconnue. Il était visible que Sir AVilfrid Laurier et son Cabinet se proposaient bien 'de faire de la session de 1908 la dernière de ce parlement et d’en appeler au peuple, car il a toujours été considéré comme une mauvaise tactique pour un gouvernement d’attendre à la dernière heure pour faire la dissolution des Chambres. Mais le terme de la Législature du Nouveau Brunswick finissait bientôt. Nous avions encore un gouvernement soi-disant libéral, mais de coalition avec le parti conservateur. Ce n’est que depuis 1908 que nous avons eu des gouvernements de parti, conservateur ou libéral.

Nous avions eu une élection provinciale en 1903. Le gouvernement Tweedie d’alors était un gouvernement soi-disant libéral, mais soutenant sept ou huit députés conservateurs flans différents comtés qui profitaient de leur position contre les libéraux aux élections fédérales.

J’avais toujours été par principe opposé à de telles coalitions pour l’honneur et l’honnêteté de toute administration car lorsqu’un comté avait élu des membres des deux partis, si le peuple se plaignait de quelques mesures, le député conservateur jetait la faute sur le député libéral et vice versa. Quand venait une élection fédérale, le parti conservateur profitait du prestige acquis de Frédéricton pour censurer le parti fédéral.

J’avais de tout temps demandé la division de parti au local comme au fédéral lorsque j’étais Rédacteur du “Courrier des Provinces Maritimes”, et avec effet. Plusieurs journaux y référaient de temps à autres, et tradusaient parfois mes articles sur ce sujet, surtout le “Globe” de St-Jean. En 1903, dans l’élection générale provinciale, j 'avais avec détermination averti le Premier Minitre l 'Honorable Tweedie, et les autres libéraux que je ne pouvais appuyer autre qu’un bulletin (ticket) libéral. Je ne pouvais pas écrire et parler d’une façon et agir de l’autre. C’était comme on le voit maintenant, le parti conservateur avec tous ses moyens qui devait flans Gloucester avoir l’appui du gouvernement. M. Tweedie et ses ministres, qui tout en se disant libéraux ne voulaient pas reconnaître les candidats libéraux dans Gloucester, Northumberland et une couple d’autres comtés.

On savait que la lutte devait être sérieuse, que les conservateurs, les Burns et les Adams allaient remuer ciel et terre pour gagner, car battus, ils seraient privés de bien des avantages, ils ne pourraient plus se jouer du monde comme par le passé.

Je pouvais à peine trouver des candidats pour entreprendre la lutte. Toutefois, M. Curren, de Bathurst, M. Jérôme Boudreau de Petit Rocher et M. Pierre Morais de Caraquet se décidèrent à entreprendre la lutte et bien que trois hommes nouveaux devant le peuple, ils firent une lutte qui mit les conservateurs sur leur garde pour l 'avenir.

Sans aucune ressource pécuniaire, contre tous les efforts d’un gouvernement soi-disant libéral et toutes les influences des Lumber Lords, mes trois candidats ne furent battus que par des majorités variant de 50 à 98 votes. Et ce qui était le plus à considérer était que cette vieille loi provinciale d’élections générales de la Province exigeant que le jour de la votation devait toujours être fixé à un lundi dans le comté de Gloucester existait encore et que cependant l’élection avait eu lieu le samedi en dehors de Gloucester, et les Conservateurs avaient deux jours à leur avantage en prédisant que si mes candidats étaient élus, ils ne seraient pas reconnus par le gouvernement. Il est facile de voir que si l’élection de Gloucester avait eu lieu le mê¬

me jour les trois candidats libéraux auraient été élus.

Comme on le voit les candidats conservateurs élus devaient jouir de tous les avantages des partisans du gouvernement dans le comté de Gloucester. Ces candidats devaient avoir toutes les forces du gouvernement à déployer contre moi de ce jour à la prochaine élection, Toutefois comme je 1 ai déjà dit, je fus élu l’année suivante par une plus grande majorité que dans le passé.

Enfin à cette élection de 1908, les choses devaient être différentes. C’est-à-dire que le résultat devait être différent pour Gloucester quoique dans les mêmes circonstances.

En 1906 le Premier Ministre Tweedie avait été fait Lieut, Gouverneur, et l’hon M. Pugsley alors Procureur Général était devenu Premier Ministre. A la retraite de M. Pugsley qui avait accepté un portefeuille dans le gouvernement fédéral, l’Hon. Clifford Robinson avait été fait Premier Ministre du Nouveau Brunswick. Quelques mois après il en appelait au peuple sans avoir tenu de session sous son régime. M. Robinson qui s’était toujours déclaré franc libéral pour la politique fédéral ne voulut pas reconnaître les candidats liberaux de Gloucester choisis par une convention libérale du comté pour l’arène provinciale.

Je considérais, que c’était la mort ou la vie pour le parti libéral de Gloucester. Il me fallait faire élire les candidats libéraux ou le parti liberal serait détruit à jamais dans Gloucester.

. Plusieurs libéraux bien connus allèrent à Moncton lui expliquer la situation et le supplier de reconnaître les candidats libéraux de Gloucester. “Non dit-il, je suis libéral, mais pas pour Gloucester et Northumberland”. Tel était l’esprit libéral du jour au Nouveau Brunswick.

La Convention libérale avait choisi le Dr Alphonse Sormany de Lamèque, l’avocat J. P. Byrne et M. P. P. Morais de Caraquet. A une heure assez avancée de la campagne, M. Morais qui avait été défait à l’élection de 1903, crut devoir se retirer précisément à cause de sa défaite antérieure, craignant que le fait qu’il avait été battu pourrait faire tort au parti et qu’il était plus prudent de n’avoir que des hommes nouveaux. Il est bien vrai que les conservateurs se servaient déjà de cette ruse pour affaiblir les candidats libéraux dans l’esprit des électeurs. C’était un geste certainement généreux de la part de M. Morais dans les circonstances. Il n’y a pas de doute qu’il aurait été élu.

Il me fallut alors chercher un autre candidat et après beaucoup de supplications, M. Séraphin R. Léger de Caraquet accepta la candidature. Je me sentais certain du succès, mais tandis que les conservateurs remuaient ciel et terre pour leurs candidats avec l’appui du Premier Ministre l’Hon. C. Robinson, mes chefs libéraux surtout ceux du haut du comté étaient dans la consternation et n’osait donner aucun encouragement. J’étais pour ainsi dire abandonné. Ce silence de leur part était dû à ce qu’ils croyaient impossible de réussir dans de telles circonstances. Ma réponse devait être ferme. Après, bien des supplications de ma part, je leur dis qu’il était absolument nécessaire de gagner cette élection, élire trois candidats libéraux, que je me chargeais de tous les frais et de tout le travail. Il me fallait parler ainsi car personne ne voulait aider financièrement. Le fait est que l’on croyait réellement à un effort inutile.

Mais je savais que je pouvais un jour réveiller leur énergie endormie par les futilités du passé avec ce que le gouvernement de Sir Wilfrid Laurier avait fait pour moi dans le comté, je devais certainement réussir. Ma victoire du jour assurait bien des victoires à l’avenir, pour la législature provinciale comme pour le parlement fédéral, tandis que l’élection des candidats conservateurs devait enlever le comté pour de longues années. Comme toujours cette élection provinciale se faisait dans le coeur de l’hiver.

Je montai à Ottawa pour la session. Enfin 'deux semaines avant l’élection, j’arrivai à Bathurst pour convoquer les principaux amis du haut du comté à une entrevue et je les suppliai de m’appuyer et de m'aider à sauver le comté pour le parti libéral. Ce fut fait, et j’ouvris la campagne avec mes trois jeunes candidats. Il était difficile pour ces jeunes athlètes politiques de me suivre. Mais d’une assemblée à l’autre les choses allaient de mieux en mieux et après quelques jours j 'entrevoyais le triomphe du parti libéral dans Gloucester. Aussi le soir du vote, l’enthousiasme fut grande dans le comté alors que l’on apprit que les trois candidats libéraux, Sormany, Byrue et Léger étaient élus par des majorités écrasantes. Deux candidats conservateurs perdaient leur dépôt, M. T. M. Burns étant le seul à le sauver.

L’élection dans la province n’avait lieu que le lendemain et malgré la victoire libérale dans Gloucester, le gouvernement Robinson était battu n’ayant avec lui que neuf autres libéraux élus en de-

hors de Gloucester. Devenu chef de l’Opposition, M. Robinson fut bien content d’avoir trois membres de Gloucester à ses côtés.

Si ses trois amis conservateurs de Gloucester avaient été élus tous trois se seraient immédiatement joints à l’administration Hazen, leur ami, leur véritable chef. Ces hommes ne désiraient que d’avoir le pouvoir à leur disposition. De cette manière après une élection, il leur était facile de se ranger du côté du gouvernement. Tel était l’esprit politique du temps.

C’est cette élection qui a assuré l’existence du parti libéral dans Gloucester.

Les trois députés de Gloucester restèrent fidèles à leur parti. Ils restèrent dans l’Opposition avec M. Robinson qui n’avait pas voulu les reconnaître avant leur élection.

De ces trois députés libéraux de Gloucester, M. Byrne est devenu Procureur-Général en 1917, poste qu’il occupa jusqu’au mois d’octobre 1924, alors qu’il fut fait juge de la Cour du Banc du Roi. M. Séraphin Léger est encore député pour le comté de Gloucester et le Dr Alphonse Sormany se retira de la politique en 1912 pour aller s’établir à Sbédiac pour l’exercice de sa profession. Il est là un des médecins les plus respectés, et a toujours pris une part active au travail pour le parti libéral. C’est un des chefs dans le comté de AYestmoreland. Il est le frère du Rév. Wilfrid Sormany, curé de Rogersville décédé au mois de février dernier au grand regret <de toute la population catholique de la Province.

A la mort de Mgr Richard, l’apôtre de l’Acadie, de mémoire toute exceptionnelle pour le peuple acadien catholique, le Rév. AV. Sormany avait été transféré de la paroisse Ste Thérèse, à Rogersville. Il s’est montré le digne successeur de Mgr Richard en toute circonstance. Il était personnellement un de mes amis les plus sincères.

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